LES ROUMAINS D ISTRIE
guère sur le littoral; rimmigration se poursuivit longtemps. Au milieu du x vu" siècle, le doge Pesaro(de Venise\ pour repeupler l'Istrie décimée par la peste, distribua des Morlaques, des Bouches de Cattaro à Peroï, sur la côte occidentale au nord de Fasana. Ceux-là sont des Bocchesi et des Grecs orthodoxes qui ont conservé leur dialecte et leurs mœurs, d'ailleurs fort honnêtes. On en compte environ 700 ; sur la carte de Czœrnig le jeune, le territoire de Peroï est teinté comme serbo-croate et faisant tache au milieu des Italiens.
En 18ol, Czœrnig inscrivait 2.800 Roumains en Istrie, dans quelques communes au nord du lac Gepich, et dans celle de Zejane, du pays des Tchitclies. Ce chiffre était en désaccord avec le recensement officiel de 1846 qui en relevait 1.5oo; celui de 1880 néglige cette partie de la population; celui de 1890 en porte 470. Or Czœrnig le jeune a rendu un état civil à 2.121 Roumains, dont 1.590 avaient été enregistrés comme Italiens et 531 comme Serbo-Croates. Ce petit groupe est curieux parce qu'il est un témoin de l'histoire ethnique de la province. Cette communauté, qui fond à vue d'œil — puisqu'en effet à l'église et à l'école elle emploie le serbo-croate — est un reste de la colonisation romane jadis plus étendue, qui embrassait et la frange littorale et les îles. Ces résidus, dont l'effectif nalleint pas un millier, végètent autour d'Albona (arrondissement de Pisino)^.
JMais les Roumains ou Rumuues sont-ils les descendants des colons romains, comme ils s'en targuent, sur la foi de textes qui racontent que le latin fut la langue parlée jusqu'au xiif siècle partons les riverains de la côte dalmate'?
1. l.tM/lincr dit (|uc le dialecte de l'ilo d(^ Vcyiia a des ariinités sensibles avec ristio-Kouiiiain. Selon G. N'assilich {Sui lluineni delV Is/ria. HiassuiiLo-slovicG-bibliografico, Archeogralb triostino .\'>C1H, 1899-1910, p. 183), les Roumains de Veglia et des îles et de l'Jstrie seraient venus au xiv" siècle di' la Maior V lac Ida.
Uurada, liumami clin Islria (Ikiilet. Soc. Géosr. roumaine? t. XV, 1894, 3° et 4° trim., p. 50, 77), donne une bibliographie, des spécimens dialectaux et les évaluations diverses auK(iuclles a été porté le nombre des Roumains à diverses époifues : il ne parait pas qua le chill're doive dépasser ^.000.
2. Constantin Jirecek-. Die n.oiiianen in den filddlen Dalmnticnt ndlirend
AriciUiACH. ::.' (
306 l' AUTRICHE ADRIATIQUE ET BALKANIQUE
Est-il plus probable que leurs ancêtres furent chassés par les Honsrrois du Bas-Danube, de la Mésie, et durent s'ébranler vers l'Occident en menant la vie nomade, d'où leur nom de Valaques ^ ? Beaucoup de localités furent "habitées par eux, qui aujourd'hui sont slaves et qui rappellent le terme de village, catu/tù, en roumain {Catuna, Catlim, Cadiim, etc.) ; tels aussi les noms de Vlach et Vlahoca ei quelques autres vestiges dans la toponymie-. Actuellement, le plus gros réside à Berdo : un petit îlot subsiste à Zejane.
Leur idiome est un roumain très particulier ou très altéré, avec des emprunts dialectaux à 1 Islro-Roumain et au Macédo-Roumain, qui ne se rencontrent pas dans la langue d;ico-ioumaine, celle de la Roumanie. Beaucoup de vocables latins persistent parmi eux". Loin de vouloir assimiler ou détruire ce petit monde des Vlabovi, comme les désignent les Slaves, ou Cir•ibi^i^ suivant le sobriquet italien, la Diète d'Istrie a décidé, en 1888, de les doter d'écoles roumaines, et de les conserver, pour l'intérêt archéologique qu'ils présentent.
Les Allemands dénoncent avec d'autant plus d'amer-tume la propagande des nationalités qu'ils crient à la dépossession. Ils évoquent le souvenir des Lombards, qui en etTet prirent quartier dans la contrée de Goi'iz; les comtes de Goriz dépendirent des Habsbourg. Les Allemands affirment en conséquence que le karst istriote est — historiquement — un morceau de terre germanique"
des Mittelalters (loc. cit., t. XLVIII, 1901, XLIX, 1903 et 1904), se demande si les Vlach du xiii» ou w» siècle parlaient encore roumain ou étaient déjà sla visés.