‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 25 sur 375 · LA NATIONALITE ET L ÉTAT XXV · texte numérisé non relu

LA NATIONALITE ET L ÉTAT XXV

La nationalité ainsi comprise n'est point par bonheur un chimérique idéal : des peuples privilégiés — dont le nôtre — en jouissent ; mais d'autres plus nombreux s'efforcent encore d'y atteindre, au prix de luttes hasardeuses et contre toutes sortes d'obstacles. Une nationalité pour se constituer exige tout un travail de régénération, l'assimilation ou l'expulsion des éléments réfractaires, l'élaboration d'un régime politique sinon d'un pacte social : c'est la rupture avec un état de choses ancien qui ne va pas sans crises ni déchirements. D'autre part l'avènement d'une nationalité menace le pouvoir absolu^ : on comprend à merveille la résistance de Metternich et de ses continuateurs au mouvement qu'ils taxaient de révolutionnaire à tous les titres. Le droit dynastique est moins compromis : car, supposé que l'Au triche-Hongrie soit fractionnée en communautés autonomes sous la souveraineté du monarque commun, la dynastie sera plus renforcée en fin de compte qu'affaiblie par ces unions personnelles ; en quoi le prestige de l'Empereur serait-il amoindri, si avec la Couronne de Saint Etienne, il coiffe encore celle de Saint Wenceslas ? et du jour oij le souverain de la Grande-Bretagne régnera sur l'Irlande dotée du home ride, ni sa titulature ni sa prérogative n'en seront lésées. D'ailleurs le droit dynastique a des souplesses sans pareilles.

L'Etat est pour les nationalités un adversaire autrement redoutable : l'éclosion de ces individualités nouvelles brise son moule, détruit l'unité plus ou moins factice que la centralisation lui avait assurée" Encore le mal est à demi conjuré quand cette transformation s'accomplit à l'intérieur des frontières, et ne met pas en péril la puissance matérielle et territoriale de l'Etat, comme ferait par exemple au sein de l'Empire autrichien l'instauration d'un royaume de Bohème. Mais il arrive aussi qu'une nationalité ne peut se fonder que par la réunion de membres épars dans les Etats étrangers ; ainsi litalia-

1. I.a tlirse, Irt's lilaiulivusoincnl (lévcluppôo d'Olto lîain'r, aboutit îi celle ariir'iiiiilioii que la iialioualiLé ne peut !>e réaliser |ileiiiemeiit (|ue par el ijaiis le socialisiiie (p. H-8).

Page 1