‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 317 sur 375 · Biiote, p. H · texte numérisé non relu

Biiote, p. H

2. V. par exemple, Xénopol, les Roumains et les Hongrois à l'occasion du milleniuin magyar (Rev. de Géogr., mai et juin IS'JC). Mémoire des étudiants universitaires de Roumanie relatif à la situation des Roumains de Hongrie. Bucarest, 18'Jl (Biblioth. Aat., 4", J 313). Les étudiants roumains sont intervenus dans la polémique engagée entre la jeunesse académique de Budapest et celle de la ïransilvanie, 1891-2. (On trouve les exemplaires français de ces pamphlets, qui ont été répandus dans les principales langues, à la Biblioth. Nat., S» M 7-6'J et 8» J 5989). V. surtout la réponse au Mémoire des étudiants de Bucarest, de Gregor Moldovan (Eine Antaort auf die Denkschrifl der Rukarester Universitiitsjugend (Ung. Revue, X, 1891, p. 3T7-4il) sorte de déclaration de guerre du parti roumain-magyar de ïransilvanie au roumanisme oriental et orthodoxe.

On peut prendre une idée de la polémique courante dans une publication vouée à la défense de l'idée roumaine, et qui a eu des fortunes diverses : la Romanische Revue, éditée par Cornélius Diaconovitch, qui a débuté à Budapest en 1885, et qui, après des changements de domicile et de titre, paraît à ïemesvar, sous le nom de Romanisches Jahrhuck. Toutes les questions y sont abordées, mais dans le ton et avec l'allure du journal plutôt que la revue.

3. M. lorga (II p. 316) fait une allusion discrète à l'appui que les Roumains de Hongrie devaient rencontrer « malgré tout » dans l'Ktat Roumain.

4. Loi Aponyi (1907), permettant la fermeture des écoles roumaines, etc.

5. L'éminent historien lorga, professeur à l'Université de Bucarest, a ri'digé un petit tract : /.es dernières élections en Hongrie et les Roumains {Juin I91U) (.Mémorial Roumain, H, édition de la Liga Cullur'alâ. \aleniï- (ie-Muiile. l'.ilO) répertoire de faits délictueux et criminels à la charge des autorités hongroises. M. MirceaSirianu (p. 343) attribue le désasti'eéleclural à la défection ilc linéiques leaders du roumanisme, qui furent llétrisdu nom « de traîtres », Joan ïSlavici, Ikote, et le vicaire Basile Mangra. [Ce derniei', promu métropolite, a manifesté avec éclat son patriotisme hongrois, au moment de l'entrée en guerre de la Roumanie contre l'Autriche-liongrleJ.

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ratrice d'une plus grande Serbie, d'une plus grande Bulgarie, d'une plus grande Grèce, une école politi(|uc, en Roumanie même, lança l'idée d'une plus grande Roumanie, au prix d'une orientation nouvelle de la diplomatie.

Les hommes d'Etat de Budapest s'humanisèrent, et des négociations furent entamées, pendant l'année 1913-14, parle premier ministre, comte Tisza, avecies mandataires des Roumains de Transilvanie. Des concessions d'ordre électoral, scolaire, linguistique, furent accordées, mais qui n'impliquaient pas l'autoupmie proprement dite.

Ce qu'on exige des Roumains de Transilvanie, qui, pendant plusieurs années, assure le premier ministre, ont nourri des aspirations contraires à l'unité de l'Etat hongrois, c'est qu'ils entrent dans les cadres de cet État et coopèrent ainsi à l'accomplissement du rôle historique de la nation hongroise. «11 est certain, a prononcé le comteTisza, queles peuples non magyars vivant en Hongrie ne peuvent avoir une individualité à part, ni des droits particuliers \ »

Il vient, au spectacle de cette lutte, une réflexion pénible : c'est que les uns et les autres ne revendiquent les droits de l'homme et du citoyen qu'au bénéfice de leur race ou de leur nationalité ; et cet égoïsme enlève à leur cause quelque chose — sinon de sa légitimité — du moins de sa noblesse : il est plus aisé, paraît-il, de célébrer que de pratiquer les principes de la Révolution française !

Que peut-on augurer de l'issue duconllit? Les cadres de la nationalité roumaine — la statistique gouvernementale en fait foi — ne cèdent à aucune pression".

1. Les pourparlers avec le Comité national roumain n'ont pas abouti. Par leur Résolution du 17 lévrier 1914, les mandataires des Roumains maintinrent leurs revendications essentielles. La lupture se compliqua d'un incident symptomatique. 11 avait été institué un évèché catholique; grec à iJebreczen, qui devait attirer vers les églises où le culte se célèbre en hongrois les fidèles roumains, débauchés de leurs églises. Une bombe adressée sous pa({uet à l'évèque ofliciel hongrois tua le vicaire épiscopal (février 1914). On accusa les Roumains de ce crime. Le recensement compte, à Debreczen, ïJ86 Roumains seulement, 386 Grecs orthodo.ïes, i.boo catholiques grecs.

'1. Les Roumains forment la proportion pour 100 des nationalités en :

TRANSII.VASIE EN IRE MABOS ET TISZ\

1880 IBÔ^^TêÔo" 1910 TSSO T890 '"^1900 1910"

La Roumanie hongroise se projetant vers TAlfold, qui s'étale (le la Tisza jusqu'aux premiers talus transil vains (montsde Biharetde liiikk), atteint lesseuilsoiilesaftluents de l'artère magyare se dégagent vers la. plaine; le front est jalonné par les villes de Temesvar, Arad, Nagyvarad-, où de petites colonies servent d'avant-postes. Derrière cette ligne la Roumanie hongroise s'épanouit, rétrécie cependant vers le coin des Szekler par un isthme dont la ville de Kolozsvar, avec ses 50.000 Magyars, occupe le centre et sert d'étape et de point d'appui sur cet axe magyar. Dans l'aire même de la Tisza, 620.000 Roumains sont établis, dont 260.000 dans le bastion du Bihar qui défend l'accès du réduit transilvain. Entre Tisza et Maros, ils sont 850.000 environ avec quelques pointements jusque vers Szegedin ; dans la Transiivanie propre, leur bloc s'épaissit à plus de 1.470.000 individus, plus de la moitié (55 p. 100) de la population totale.

Ils sont faiblement représentés dans les villes : Arad offre le pourcentage le plus favorable, 16 p. 100 des habitants. Les villes se magyarisent ; le plat pays et la région montagneuse sont dévolues aux Roumains \ Mais ce peuple tient en réserve des forces frustes et fraîches : ces paysans, longtemps abrutis par le servage, ces pâtres montagnards, Motze ou Mokanes, aux cheveux pendants, à la démarche lourde et dandinante de l'ours-, ont tressailli enfin à la voix qui les appelait à la vie nationale ; peu à peu ces forces s'organisent et se trempent. Avant même que la nation se fut éveillée ou du moins formée, s'était préparé pour elle un foyer intellectuel : l'école de Blaj. fondée en 1754, d'où sont sortis les pères spirituels, les instaurateurs de la langue, et de l'histoire — pour ne pas dire de la légende — daco-

1. Nicolai- Mazere. 7/«/'te elnografica a TransUvaniei, IdSiv, i'JO'J. Dressée A Unstitut géogr. de l'Armée. Echelle 1 : o40.000. Les noms de toutes les localités ligurent en roumain et magyar.

2. Voir l'esquisse intéressante de ces populations dans Slavici (p. 20 suiv., lo3 suiv.). Slavici ne trace pas de la population un portrait par trop llatté, mais insiste sur son opiniâtreté. Sur les Motze ou Mokanes, cf. Schwicker, Die Mo/cane in Siebenbiirrjen (Deutsche Rundschau lùr Geogr., 1884, p 246), Francu etGandrea. Romaiiï din Munlii apaseni {Motiï) scriere einofjra/icu (Bucarest, 1888). Le nioke (munlean) s'oppose au cultivateur du plat pays [Levaii).

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roumaine, Maïor, Schinkay et leurs disciples, Gipariu, Barnuts, outranciers et fétichistes de l'idée latine. Mais le centre de ralliement des Roumains est leur Eglise : c'est à dessein qu'on emploie le singulier, quoique les Roumains se partagent entre les deux rites grec uni et grec oriental; mais Tune et l'autre Église sont roumaines, par leur liturgie et leurs aspirations, et la division théologique n'a point compromis l'union nationale \ C'est là un sentiment supérieur à la raison d'État hongroise -.

1 . La métropolie des catholiques grecs uniates est Blaj ; celle des orthodoses, Sibiu. Cette dernière compte parmi les Roumains la majorité des fidèles. Les Roumains uniates sont si jaloux de leur autonomie ecclésiastique que leurs évèques ont refusé de participer, en 1897, au Congrès convoqué à Pest par le prince primat de Hongrie, et ont décidé de protester contre la tendance du gouvernement hongrois d'assimiler l'Eglise roumaine grécocatholique à l'Eglise catholique hongroise.

La statistique religieuse mérite une discrimination qu'on a, peut-être avec préméditation, négligée ; le peuple roumain de Hongrie se partage entre uniates et orthodoxes. La première Eglise compte 2.U'2o.000 fidèles ; l'autre, 2.987.000 : en Transilvanic, les ressortissants des deux confessions forment deux communautés, numériquement égales à peu de chose près, 749.000 Grecs Unis, 792.000 Grecs Orientaux; dans cette province, l'élément ruthène, croate et serbe, qui ailleurs grossit le contingent de l'Eglise orthodoxe, est insignifiant. Cette scission en deux communions au sein d'un groupe ethnique homogène, explique l'attitude d'un certain parti des Roumains transilvains à l'égard du royaume de Roumanie.

Voici la répartition confessionnelle dans les comitats où les Roumains prédominent.

EN POURCENTAGE COMITATS ROUMAINS UNIATES ORTHOD0.XES

. ,' Fogaras 88,1 24,9 05,0

S S 1 Hunedoara (Hunvad) « 79,0 17,7 63,9

•|3 ) Alba-lnférieurc ("Alsô Féhér^ 77,4 38,5 40,5

•5» 2 ■) Carash-Severiin jKrasso-Szoïenv) 72,1 4.3 72,4

S -S / Arad '. 45,3 4.2 62,2

° \ Sibin (Szeben) 64,2 9,1 56,3

'o . ' Solnoc-Dobûca fSzolnok-Doboka) 75.9 61,7 15,3

T-S »| Turda-Ariesh (Torda-Aranvos) 72,1 41,7 32,5

■2,-= i Bistritzs-Nasaud (Besztercze-Naszôd) . . . 68,5 56,7 13,0

S 5 ', Cluj (Kolozsj . . 68 52,4 17.9

' Nous avons reproduit la iiomeoclalure roumaine d'après M. Sirianu ; l'appellation magyare est entre parenthèses.

2. Les notions sur l'anthropologie des Roumains sont précaires. (Cf. de Martonne, p. 2.39). Pour l'habitation, le type des villages, le groupement, nous renvoyons à l'auteur précité (chap. xvn), car la plupart des traits se retrouvent de l'un à l'autre versant des Carpathes roumaines. Dans la montagne, de misérables huttes en branchage ou en terre battue (istina, kalibu), sans cheminée, avec de petites ouvertures en guise de fenêtres. .\illeurs chez les populations plus aisées, des maisons en bois (casa) composées de deux pièces, l'une donnant sur la rue, l'autre sur la cour. Les maisons se dispersent volontiers (J. Csernatony, 0. U. M. i'iujarn VI, p. 2o2, p. 416). Images intéressantes dans V Histoire de lorga.

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