Les Conliii.-; furent délinitivement supprimés en
au cœur les Serbes hongrois : leurs frères de Serbie se sont pendant longtemps dérobés; leur appui n'a été qu'intermittent et timide : c'est que les diplomates magyars qui ont dirigé les affaires extérieures de l'Austro-Hongrie, les Andrassy et les Kalnoky, ont eu, au bon moment, l'habileté d'imposer au jeune Etat serbe leur protection et leur amitié jalouse; suivant le jeu de bascule de ses partis politiques, c'est tantôt de l'Autriche, tantôt de la Russie que la Serbie a paru attendre la satisfaction de ses convoitises balkaniques; ayant garde de se brouiller, pour l'amour de quelques congénères malheureux, avec l'une de ses puissantes tutrices. Mais depuis que la fortune et le prestige de l'Etat, serbe ont grandi, au lendemain de la reconquête de la Vieille Serbie, le bloc serbe d'Autriche-Hongrie, grossi encore et cimenté par les congénères bosniaques et herzégoviniens, s'est raidi contre les provocations et les tracasseries où s'exercent contre lui la diplomatie et la police austro-hongroise.
Mais une cause de faiblesse pour les Serbes de Hongrie, c'est qu'ils ne forment pas une masse compacte : ils ont fluctué avec les progrès et les reculs des Turcs ; les basses vallées du Danube, de la Tisza et de la Drave ont été de grands chemins sillonnés par des migrations diverses : les races s'y croisent ; enfin ces régions ont été semées de colons de toutes provenances que le gouvernement par des « translocations » a volontairement juxtaposés et mélangés'. Aussi rien n'est sinueux et flottant dans ces parages comme la limite des langues.
Les Serbes sont agglomérés surtout dans les comitats de Temes, Torontalet Bacs. On les a dénombrés à diverses époques, mais sans trop de précision : il y a lieu, d'ailleurs, de distinguer dans les recensements anciens les Serbes des comitats de ceux des Confins. Les premiers ont été évalués à 344.000 en 4797, à 415.000 en 1847, à 413.000 en 1867 ; les seconds, à ces trois dates, comptaient 322.000, 481.000, 513.000 âmes : l'accroissement est très digne de remarque, si l'on songe qu'ils ont été décimés
i. Czoernig, 111, p. 132.
par lesguerres incessantes et affaiblis par les expatriations ' .
Les relevés plus récents ont beaucoup rabattu de ces chiffres : celui de 1890 n'en porte que 493.000 en Hongrie, 437 000 en 1900. 461.000 en 1910 ; après un fléchissement c'est une remontée menue, mais significative. Les plus gros contingents sont distribués dans les comitats de Bacs, 117.000; Torontal, 191.000; Ternes, 57.000. Nulle part ils ne possèdent la majorité.
Dans les villes, ils sont contrebalancés par les Magyars et les Allemands-. Zombor est encore leur place la plus forte. Ils repiésentent 2,3 p. 100 de l'ensemble de la population hongroise, mais ils se défendent. Dans la Bacska, toutefois, ils n'ont, durant la décade 1880-90, gagné que 8,30 p. 100, alors que les Magyars se glorifient dun accroissement d'ellectif de 21.38 p. 100. De 1900 à 1910 la progression n'est plus que de 3,4 contre près du triple pour les Pagyars; entre Tisza et Maros, en celte dernière décade, la conquête magyare ressort à 16 p. 100 ; les Serbes se sont grossis de 5,4 seulement. Ce n'est pas la magyarisation qui constitue pour eux la plus grande menace, ni la germanisation, quoique l'allemand ait, de la façon la plus bizarre, contaminé leur langue^; M. Picot assure qu'ils se laissent absorber avec une singulière facilité par les Roumains, leurs coreligionnaires. « Il suffit, disent-ils, qu'une femme roumaine soit introduite dans une maison pour q>ren peu d'années toute la maison devienne roumaine*. » La statistique ne confirme pas cette asseition^
1. Picot, p. 364. Schwicker (ap. Hunfalvy), note 612, p. 4^8.
SERBES MAGYARS ALLEMANDS SERBES MAGYARS Ar LEMANDS
Corn. Bacs. . . Movi Sad. 9.iu0 7.804 5.996
— ... Zomb..r . 17.397 6.176 2.676
Com. Ternes. . Versées . 7.712 1.254 12.1.54
Coni. Toronlal. Pancsova. 7.713 2.0.Ï5 7.i8i
3. M. Picot (p. 38;!) cite le.s exemples suivants : à Temesvar, les noms de métiers ont été serbisés : schuster sustn. si'hneider snujdri, tis.-.hler (tisln. C'est en aiieniarid qu on respire! air pur : frise lu t sep ovati irische Luit schopleni. 1j autie part, dans coitaiis distiicts de la 1 atska, .Allemands et Magyars, pour s entendre, emploient le serbe (O. U. M., Vngarn II, p. o'JO).