FAMILLE MALAISE
La famille malaise, qui habite la Malaisie et la presqu'île de Malacca, se compose d'un grand nombre de peuples, dont les caractères très-variés participent plus ou moins de ceux des Indo-Chinois, des Hindous et même des Nègres. Nous signalerons dans cette famille les Malais, les Javanais, les Balas, les Bugs, les Macassars, les Dayaks, les Tagales, etc.
Mtdais. — Les Malais forment le peuple le plus nombreux et le plus remarquable de cette famille. Ils sont répandus dans la presqu'île de Malacca, dans les lies de la Sonde, dans l'archipel des Moluques, les lies Célèbes, Bornéo, Sumatra, etc. On appelait autrefois ce groupe d'îles Archipel d'Asie. La dénomination de Malaitie a été proposée par le naturaliste Lesson.
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Un corps agile et souple, une taille moyenne, un teint brun, des yeux un peu bridés, des pommettes saillantes, un nez épaté, des cheveux plats et lisses, une barbe rare ; tels sont les princi- IDaux caractères des Malais. Leurs membres sont élégants de forme, leurs cheveux sont noirs et Ijouclés. La forme de leur nez, épaté et large tient à une cause artificielle. Immédiatement £iprès la naissance d'un enfant , on lui comprime le nez jusqu'à c^e que le cartilage soit brisé. On regarde comme une beauté ci'avoir le visage plat et large ; un nez proéminent passerait pour ~un museau. Les lèvres, déformées par l'abus du bétel, fmissent j)ar présenter un aspect repoussant, à cause de leur rougeur exagérée et de leur tissu injecté de sang. La couleur jaune de la l»eau est encore exagérée par des moyens artificiels, car elle passe pour une beauté : c'est la couleur aristocratique. Au moyen de frictions quotidiennes , faites avec le henné ou le Curcuma , on la rend safranée. La couleur naturelle des femmes est une teinte blafarde. Parmi les hommes, c'est le brun qui domine. Les princes et les dignitaires se teignent en jaune foncé toutes les parties du corps exposées à la vue.
L'habillement du Malais est très-léger. Celui des hommes et des femmes se compose de deux grandes pièces d'étoffes drapées avec art et retenues à la taille par une êcharpe. Les princes et les personnes riches ont seuls une sorte de caleçon.
On voit le type et le costume malais dans la planche. coloriée placée en tête de ce chapitre.
Les Malais sont extrêmement paresseux. Les esclaves seuls s'adonnent au travail. C'est un peuple absolument corrompu. Le meurtre, le vol, le rapt lui sont familiers. Il n'a ni honneur, ni reconnaissance, ni fidélité a la parole donnée. Les Malais jouent avec passion, avec fureur. Ils jouent leurs biens, leurs femmes, leurs enfants, et jusqu'à leur propre personne. Ils sont la proie de l'opium et du bétel. Cependant des lois existent chex eux. Le meurtre et le vol y sont punis d'amendes et de châtiments corporels.
Les Malais qui habitent la presqu ile de Malacca ne sont pas, comme les insulaires de l'archipel Malaisique, violents, passionnés, paresseux. Us sont actifs, attentifs, prévoyants, commerçants, industrieux , mais tout aussi âpres au gain et aussi rusés que les premiers. Cependant ils ont, comme les habitants de la Malaisie, le sentiment de la vengeance. Sous l'influence de l'opium
420 IIACE BRUNE. ^H
ce sentiment s'exalte et se change en une sorte de fureur, qtf^l s'attaque à la fois à la personne de l'olTenseur et à celle des passants inoffensifs. Le Malais, en proie à cette double rage de l'opium et de la fureur, s'arme d'un sabre afiilé, s'élance en criant " tue l tue! » et frappe tout ce qui se présente à ses yeux. La police du pays dispose d'un certain nombre d'hommes trèslorts et très-agiles, qui ont la mission spéciale d'arrêter ces fous furieux. Ils les poursuivent dans les rues, leur saisissent le cou entre les branches d'une sorte de fourche, et les renversent, en les fixant au soi avec cet engin. D'autres auxiliaires venant à la
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Fig. '«:. Malais ivre d'opium. ^^M
rescousse les garrottent, et on les livre au tribunal, qui prononc^^H presque toujours la peine de mort (lig. 227.} ^H
Javanais.— Les Javanais, ou habitants de l'Ile de Java, oat J^| teint assez clair, et ressemblent beaucoup aux Indo-Chinois. J^^| ont acquis une certaine civilisation, ont une littérature et profU^^f sent l'islamisme. Nous emprunterons les renseignements qui vog^^f suivre sur la population de l'étrange et splendide contrée de ]ai^^| à M. de Molins, qui y ht un séjour de deux ans, et dont les Dol^^H de voyage ont été mises en ordre et publiées dans le Tour^^^
monde par M. P. Coppée, l'auteur du Faisant, dialogue en vers applaudi en 1869 au théâtre de l'Odéon.
Le voyageur qui parcourt IJatavia, ville principale de l'île de Java, ne peut regarder sans intérêt, dit M. Coppée, la foule bigarrée qui se renouvelle sous ses yeux. Parmi tant d'hommes à moitié vêtus, il ne voit que robustes épaules, torses fins et musculeux. Il admire le teint mat et bistré de l'Indien, dont la coloration semble varier avec le milieu où il se trouve. Sa couleur parait rouge brique sur le bleu de la mer; elle se revêt de tons
CoiffaK jaTanaita.
violacés et d"un rose tendre près des masses de végétation ; elle semble presrjue noire sur un chemin poudreux. Les cnfanls qui, complètement nus, s'ébattent en plein soleil, semblent de lieaux bronzes antirfues, tant leurs formes sont pures et leurs poses gracieuses. Le Malais en turban, en veste verte collante, en jupe f-'rise zébrée d'araliesques, a une tête vraiment belle. Son visage est ovale; ses yeux sont fendus en amande; son nez est Un et droit; sa bouche est ombragée d'une moustache mince, lisse et noire; son front haut et large est admirablement modelé. Tous nu sont pas aussi beaux, mais tous ont de belles formes, de beaux cheveux noirs, soyeux et lustrés.
4» RAGE BRUNB:
Les coîffkires des Javanais sont des chapeaux de bamboa parfaitement tressés, ronds, pointus, grands, petits, en fagon de bouclier, d'éteiguoir, de cuvette. Le costume varie : cenx-d portait des vestes arabes et de larges pantalons ; caax-l& sont nus, sauf une espèce de caleçon ; d'autres drapent leurs reins dans un mo^ ceau d'indienne qui dessine le corps; quelques-uns portent nu jupe très-étroite, d'un effet très-pittoresque. Les Indiens troannt tout cela dans une large pièce d'une étoffe fabriquée dans le pffiv dont les dessins et les couleurs sont d'une variété extraordiiuiniL et d'un goût étrange. ^H
La coiffure des femmes se compose d'un mouclioir noué avfl^H plus ou moins d'art autour de la tête (fig. aSB]. ^|
A Soerabaya, le voyageur se mêle à la foule, coinposée d'uo mélange de Chinois, de Malais, d'habitants de.Mudura, mais où domine l'élément javanais. Le saJirong aux longs ])lis, la veste très-Gollaute, et sur la tête une sorte d'abat-jour, recouvert ûk drap bleu passementé d'or et d'argent, et doublé de rouge, tel est le type du costume javanais. Ici les couleurs des étolTes sont jieu voyantes. Les prêtres se distinguent immédiatement à leur umplt; turban et & leur veste de mousseline blanche. Des palanquins circulent dans la foule. Ceux des Javanais se composent d'ub^ hamac suspendu à une traverse de bambou et abrité des rayons du soleil par un petit loït en natte de palmier ou de bambou. Sur la rivière jiassent et repassent de longs bateaux de charge à la proue gracieusement recourliée.
Les danses des bayadères javanaises (lig. 230) réunissent les jours de fctc toute cette foule bigarrée
En visitant le cimetière javanais, M. de Molins y vit le prince .ndigène de Soerabaya, i]ui venait de prier sur le tombeau de ses pères. Son costume, fort simple, ne se distinguait du costume ordinaire des Javanais (jue pur un nœud de diamants fixé au très* petit turlian qui lui serrait la lèle, et par une belle boucle en orfèvrerie qui retenait la ceinture de son suhrong.
Notre voyageur vit dans le Aam/ionj javanais des objets en cuivre (boites ù tiétel, sébiles, vases pour l'eau) ornés, avec un goût bizarre, et charmant, d'arabesques gravées représentant des fleurs, dts fruits, des animaux du pays. Il admira aussi comment les orfèvres f"nt de si merveilleux bijoux avec un outillage des plus primitifs. H visita l'un des grands ateliers oii I on fabrique les sahrongs si recherchés des indigènes, dont les tons luttent d'éclal.
(l'harmonie et de richesse avec ceux des plus précieux cachemires. La fabrication de ces étoffes est lente et difficile. L'n Iteau sahrong vaut plus de 100 francs, et n'a pourtant que 2 mètres SO centimètres de longueur sur l mètre de largeur.
Dans une de ses promenades, M. de Molins rencontra un mariage javanais. Les deux époux appartenaient à deux familles également riclies. Ils étaient dans un charmant palanquin, sur-
monté d'un dais orné de feuilles de palmier, et décoré de treillages de bambou et de rotin. Les vêtements des nouveaux époux étaient de soie rouge, rehaussés de broderies d'or: des bijoux couvraient leur tète, leur cou, leurs bras et leurs mains. Des enfants couraient et criaient etfalsalentrelentir l'air du bruit du gong.du tam-tam et des cymbales [ùg, 231). Quatre hommes à culotte jaune, à ceinture
bleue et blanche, les hanches ornées de grandes pointes de s bleue el jaune, la tète couverte d'un turban collant de mèm
a prineoie Smripa.
couleur, portaient au bout d'un long bambou des bouquets brï lants et llexibles faits de petites lames de rotin garnies de poin
pons de papier bteu, jaune et blanc. A la suite du palanquin ve-
naient les parents, les amis el tous ceii\ qui^comptaient pou\oir prendre part à un repas tcncreusement oITert Cette procession solennelle est précédée de diverses cérémonies.
Depuis plusieurs jours, les fiancés étaient soumis à une exliibitioo j et à un tapage publics et condamnés à une immobilité ainsi qu'à une 1 diète presque complètes, de peur d'endommager leurs vëtentients. C'est dans ces repas de noces que les Javanais déploient toutes les ressources de leur art culinaire. On sert des fruits au commeoceraent du repas. Le riz bouilli à la vapeur et fort peu cuit sert de plat de résistance, I
Le régal serait maigre, si le repas n'était accompagné de condi- I ments, poissons salés et séchés vivants au soleil, œufs couvés et ! salés, hachis de viandes parfumésàla rose, au jasmin, au melatte, i graines de diverses plantes, tranches de coco sautées au piment. La première fois que ces plats sont coûtés par un Européen, il 1 éprouve une sensation épouvantable de brûlure qui passe de la ] bouche à l'estomac et semble toujours augmenter. Mais il parait ] que l'on s'habitue assez vite à tolérer ces ragoùLs d'épices, et ] M- de MolJDs dit que cette cuisine, très-propre à exciter l'appétit, j ne tarde pas à devenir indispensable. |
Ce fut pendant le séjour du voyageur à Soorabaya que le gouverneur général à Java pour le roi de Hollande flt dans l'Ile sa tournée d'inspection quinquennale. Une grande fête avait été ordonnée pour la réception de ce haut personnage. M. de Molins i nous dépeint les princes qui assistaient à un prand carrousel. Plusieurs d'entre eux ont la ]ieau l)leiie. Leurs traits . d'une linesse et d'une régulaite parlailes, portent l'empreinte mélancolique des Orientaux Leurs mouvements sont pleins de grâce et de souplesse. Leur sahrong, fait en soie des plus belles nuances et attaché à la taille par une ceinture flottante qui descend sur un pantalon fort juste, étincelle de broderies d'or et laisse à nu la poitrine, les épaules et les bras frottés pour la circonstance de poudre de riz colorée avec du safran. La coiffure est faite d'un cône tronqué bleu, rouge ou noir, orné de galons d'or ou d'argent; les oreilles sont garnies d'une sorte d'aile en orfèvrerie, d'un travail exquis de flnesse et de légèreté. Les princes sont accompagnés des officiers de leur suite, parmi lesquels se distingue le porte-ombrelle. Ces énormes parasols, qui tiennent à la fois du bouclier et de la lance, sont à la fois militaires et coquets, or, rouges , verts , bleus , argent , noirs , et produisent le plus étrange effet.
La figure 233 représente l'empereur de Java ; la figure 232. une princesse du sang royal, la princesse Saripa.
Battas. — Les Battas, qui habitent l'Ile de Sumatra , oflrent dans leurs mœurs le plus singulier mélange. A des idées d'ordre et de civilisation , ils joignent des pratiques aussi féroces que celles des peuples les plus sauvages.
BtAgis et Macassars. — Les Bugis et les Mankasses (Mangkassars, dont les Européens ont fait Macasars) sont des habitants des lies Gélèbes. Ces hommes sont renommés pour leur courage.
Les Bugis passent pour le peuple le plus ancien et le plus éclairé des îles Célèbes. Ils ont non-seulement une langue secrète et sacrée, mais un second idiome familier à toutes les classes, et de plus une langue écrite. Ils ont un système d'écriture et même une littérature. Ces hommes sont probes, fidèles à leur parole et trèsloyaux dans leurs relations diplomatiques et commerciales. Leur simple parole vaut mieux que les serments les plus solennels des habitants de Java, de Sumatra et de Bornéo.
TagaUs. — Les Tagales et les Bissayes qui habitent l'archipel des îles Philippines (les premiers dans l'île de Luçon, les seconds dans les îles du milieu) parlent des dialectes très-dilférents de ceux des Malais proprement dits. L'auteur anonyme du Récit du voyage tic circumnavigation de la frégate autrichienne la Novara va nous fournir quelques renseignements sur l'aspect varié et amusant de la population de Manille , ville principale de l'île de Luçon.
Lespadres en longues soutanes noires, coiffés de feutres en forme de gouttière, circulent, nous dit Fauteur, à l'ombre des i>almiers. Des frères ignorantins coudoient des congrégations de la Vierge et les Pères de la Conception et de la Nativité. Place aux frocs gris, jaunes, bruns, aux disciplines et aux fouets de corde ! Des galériens enchaînés deux à deux portent çà et là et traurjuillement des seaux d'eau. De charmantes senoritas, métisses espagnoles pour la plupart, avec leur mantille descendant en cascade de dentelles noires le long de leurs cheveux noirs et brillants , où s'entremêlent des feuilles vertes et des fleurs rouges, font admirer leur démarche indolente , leurs sourcils bien arqués audessus de leurs yeux en amande! Après les métisses viennent les Tagales indigènes, de sang pur, de sang mêlé, les Chinoises, les négrillonnes qui vendent des fruits, des boucjuets ou se promènent en fumant des cigarettes.
Les Tagales que M. de Molins vit à Manille étaient petits et faibles de corps. Leur figure n'était nullement désagréable; leur
couleur un peu plus claire que celle des autres Malais; l(?urs j cheveux étaienL noirs sans être laineux. Les combinaisons de Iftl race tagale avec les nègres et les Chinois lui parurent des plu» 1 intéressantes.
Divers voyageurs ont laissé des descriptions des indigènes dQfll îles Philippines. Ces hommes sont bien faits, d'une taille élégante! et dégagée, de moyenne grandeur. Leurs pieds et leurs mainS''| sont petits et mignons, et les attaches d'une Iinesse extrême. Leur 1 visage est ovale, leur nez petit, mais régulier, leurs lèvres colo- 1 rées, leurs dents longues et blanches, tant que l'usage du bétetJ ne les a point gâtées. Leurs cheveux noirs sontsoyeux et bauclési chez les hommes, doux, fins et lisses chez les femmes.
La coloration brune du teint varie beaucoup chez les insulaires ] des lies Philippines depuis la nuance sombre propre à ceux qnï 1 vivent au grand air, comme les pèclieurs, les chasseurs, ceuï i qui travaillent la terre, jusiiu'au teint clair des classes élevées et ! sédentaires. La partie du peuple qui n'a pas subi d'inOuence] étrangère est adroite, industrieuse, active, La population mâle I est belliqueuse. Elle fournit d'excellents constructeurs de vais- j seaux. Les jonques de bambou tressé , montées par deux cents J combattants et rameurs, ont une voilure si puissant« et une telle J vélocité qu'elles font l'envie des constructeurs espagnols.
Dayakt. — On désigne ordinairement sous le nom A'Àîfotuout des peuples qui habitent dans le voisinage de ceux dont nous . venons de parler, et surtout dans l'intérieur des terres dont les Malais occupent les côtes. On les a souvent considérés comme appartenant à une souche particulière ; on les a même rapprochés de la race noire. Mais la majeure partie de ces peuples doit être considérée comme appartenant à la famille malaise. Tels sont les llayaks, peuple nombreux qui habite l'intérieur de l'île de Bornéo, et les Turojas, qui vivent dans les lies Célèbes.
I,es Dayaks (fîg. 234) ont le corps bien fait. L'expressiOQ du visage est douce et agréable chez les femmes, mais elle est peu attrayante chez les hommes. C'est peut-être parce qu'ils sont toujours en guerre avec les Malais de la côte, que leurs traits unissent par s'altérer sous l'influence de la crainte, de la fureur et de la vengeance.
On peut distinguer les Dayaks de la plaine et les Dayaks riverains. Les deux groupes ont la même stature, les mêmes traits, les mêmes cheveux lisses et noirs, largement bouclés, mais qui
ne soDt ni laineux ni crépus. Ceux qui liabilcnt les forêts touQucs des bords des fleuves ont le teint plus clair. Les Dayuks de la plaine et ceux des fleuves et des rivières se sont voué une haine
réciproifue. Ils se livrent de fréquents combats et se ménagent de terribles surprises, dans lesquels beaucoup de têtes sont coupées. Un Dayak n'oser&it pas se montrer à une jeune fille sans avoir à lui montrer la tâle d'un ennemi vaincu et immolé par lui. La
gloire d'un guerrier est proportionnelle au nombre de tètes i|u'il a conquises. Des crânes séchés au feu sont les ornemeots et les trophées de leurs ciises.
Ces coupeurs de tètes sont très-propres et se baignent règulièreraent deux fois par jour. Ils ont des lois très-sévères, qui punissent de la même façon la mort, le meurtre, l'injure et le vol. Ils professent une grande vénération pour les vieillards et pour les morts. Leur système chronologi(pie a pour base les yongas Ou les âges, comme chez les Hindous. Ils croient ijue l'âge actuel est celui du malheur. Ils pensent qu'un jour, pendant une éclipse de soleil ou de lune, un dragon dévorera les astres, .\ussi ù chaque éclipse font-ils un vacarme épouvantable pour effrayer le dragon. Et ils y ont toujours réussi!
Dans son Voyage le long des fîi:uves Lappas et Kapouas (partie occidentale de Bornéo), Mme Ida Pfeiffer visita une tribu deDayaWs indépendants, ceux ((ue les .\nglais et les Hollandais appellent roupeurt, de têies. Elle vit une immense cabane, longue d'environ soixante mètres. Des étoiles de coton ou d'écorce tressée, des nattes superbes, de beaux paniers de toutes formes, de toutes grandeurs et d'un beau travail étaient étalés avec profusion dans la vérandah. Des tambours et des gongs étaient suspendus aux murs. De grands tas de bambous, des sacs de riz, des porcs préparés montraient que les Dayaks avaient exposé là toutes leurs richesses.
Ils ne s étaient point ouljliés eux-mêmes. Ils avaient le cou chargé, jusqu'à la poitrine, de perles de verre, de dents d'ours et de coquillages. Des cercles de laiton ornaient leurs pieds jusqu'à rai-jambe et leurs bras jusqu'aux épaules. Ils en avaient aussi aux oreilles. Ouelques-uns portaient sur la tète une espèce de bonnet en étoffe rouge, garni de perles, de coquillages, de petites plaques de laiton. D'autres avaient roulé autour un morceau d'écorce en forme de guirlande dont les bouts largement frangés ressemblaient à des plumes retroussées Un homme paré de la sorte, couvert d'ornements en haut et en bas, a un air assez comique.
Les femmes portaient moins d'objets de parure; elles n'avaient pas de pendants d'oreilles, pas de colliers de dents d'ours et rarement des perles de verre, et portaient seulement une quantité innombrable d'anneaux de laiton ou de plomb.
Mme PfeifTer assista chez les Dayaks à la danse des glaives, qu'ils exécutent de la manière la plus adroite et la plus élégaute.
pour laquelle on a luit un vœu doit être coupée à tout prit. Les Dayalis se mettent en embuscade dans l'herbe des jungles, derrière des brandies coupées, soiis des feuilles sèches, et attendent des journées entières. Si un homme, une femme, un enfanl se présente, ils lui décochent une (lèche empoisonnée, et se précipitenl sur lui, comme le tigre sur sa proie. D'un coup la tête est détachée du tronc et placée dans un petit panier destiné à cet usage et orné de cheveur d'homme.
Ces assassinats deviennent souvent l'occasion de guerres sanglantes. En effet, la tribu dont un membre a été ainsi sacrifié par la loi du hasai'd prend les armes, et ne les dépose que quand elle a esercé de terribles représailles. Des têies coupées sont rapportées en triomphe et suspendues solennellement à la place d'hon • neuf. Ces vengeances sont célébrées par des fêtes qui durent un mois.
Mme Pfeilfer, reçue avec beaucoup d'égards dans une tribu, trouva sus;)endues au-dessus de son lit, à la place d'honneur, une tète fraîchement coupée et d'autres déjà desséchées. Elle ne dormit guère. Elle avait une véritable fièvre à se sentir entourée d'hommes surexcités; elle était presque suffoquée par l'odeur de ces débris humains et bercée par le bruit sinistre des crânes qui s'entre-choquaient par le vent.
-Malgré les tètes coupées et les guirlandes de crânes humains. Mme ITi'ilfer estime que les Daynks sont gf>néralement honnêtes. bons et résiîrvés. Elle les met au-dessus de tous les peuples dont elle eut l'occasion de faire la connaissance. Elle cite avec complaisance leur vie domestique , vraiment patriarcale, leur moralité, l'amour qu'ils portent à leurs enfants et le respect que les enfants témoignent à leurs parents.
Les Dayaks libres sont plus riches que ceux qui vivent sons le joug des Malais Ils cultivent du riz, du maïs, du tabac et quelquefois la canne à sucre. Ils trouvent dans les bois la résine de Dammana, qui sert à les éclairer, et récoltent beaucoup de sagou, de rotang et de noi.ï de coco. Us font un commerce d'échange de certains de ces produits pour des perles de verre, du laiton, du sel, ou du drap.
Les maisons, ou cases, habitées par les Dayaks (fig. 235) sont propres et bien tenues.
Les Dayaks peuvent prendre autant de femmes qu'il leur platt, mais ils se contentent généralement d'une seule. Ils les traitent
bien et ne les chargent pas d'ouvrage. Leurs mœurs sont plus pures et meilleures que celles des Malais. Ils n'ont pas d'écriture. Mme Pfeiffer ne vit chez les Dayaks ni temples, ni idoles, ni prêtres, ni sacrifices religieux.