Les Races humaines
Définition de l’homme. — Différence de l’homme etde3 animaux. — Origine de l’homme. — En quels lieux de la lerre l’homme a-t-il apparu pour la première fois? — Unité de l’espèce humaine; preuves à l’appui. — Ce qu’on entend par espèce en histoire naturelle. — L’homme ne forme qu’une espèce avec ses variétés ou races. — Classification des races humaines.
Qu’est-ce que l’homme ? Le vicomte Louis de Donald, auteur de la Législation primitive, a dit : « L’homme est une intelligence servie par des organes. » Nous aimerions cette définition, qui met en lumière le véritable attribut humain, l’intelligence, si elle n’avait le défaut de ne pas séparer suffisamment l’homme des animaux. En elfet, les animaux sont intelligents, et leur intelligence est servie par des organes. Seulement, ils sont infiniment moins intelligents que l’homme. Chez eux, l’intelligence se réduit aux nécessités de la défense, de l'attaque, de la recherche de la nourriture, et à un petit nombre d’affections ou de passions, d’un cercle très-borné, qui ne dépasse guère les besoins matériels. Chez l’homme, au contraire, l’intelligence est d’une haute portée, bien que cette portée ait ses limites, et que souvent elle s’arrête, impuissante et muette, devant les
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problèmes qu’elle se pose, l’ar son corps, l’homme est un animal, il vit dans une enveloppe matérielle dont la structure est celle du mammifère; mais il l’emporte singulièrement sur l’animal par l’étendue de ses facultés intellectuelles.il faut donc que la définition de l'homme établisse cette relation des animaux avec nousmêmes, et qu’elle marque, s’il est possible, le degré qui les sépare. C’est pour cela que nous définirons l’homme : un être organisé intelligent, et dtmé de la faculté d'abstraire.
Au reste, trouver une définition de l’homme qui satisfasse tout le monde est impossible : d’abord, parce qu’une définition n’étant que l’expression d'une théorie, qui ne peut jamais rallier tous les suffrages, s’expose à être rejetée avec la théorie; ensuite, parce qu’une définition parfaitement exacte suppose la connaissance absolue de l’objet, connaissance absolue qui est refusée à notre entendement. On a dit avec raison que pour bien définir il faudrait être Dieu. Rien n’est plus juste; et si nous pouvions donner de notre espèce une définition rigoureusement vraie, nous aurions la science absolue.
La peine que nous trouvons à bien définir l’être qui fera l’objet de nos études, n’est que le prélude des difficultés que l’on rencontre quand on veut raisonner et dogmatiser sur l’homme. Celui qui essaye d'approfondir les problèmes qui se rattachent à la nature humaine, dans l’ordre physique, intellectuel ou moral, se voit arrêté à chaque pas. A tout instant il est obligé de confesser son impuissance à résoudre les questions, et quelquefois même à les poser seulement. Et cela s’explique. L’homme est le dernier terme de la création visible ; à lui s’arrête la série des êtres vivants qu’il nous est donné de contempler. Après lui s’ouvre, dans un monde interdit à nos regards, un cortège d’êtres nouveaux, doués de facultés supérieures et inaccessibles à notre entendement, mystérieuses phalanges dont le lieu d’habitation nous est même inconnu, et qui font suite à notre espèce dans l’échelle infinie des créations vivantes qui peuplent l’univers. Assis sur les confins de ce monde inconnu, placé au seuil de ce domaine impénétrable à ses yeux, sinon à sa pensée, l’homme participe de quelques-uns des attributs propres aux êtres qui lui font suite dans l’ensemble de la nature. C’est pour cela sans doute qu’il est si difficile pour nous de comprendre la véritable essence de l’homme, ses destinées, son origine et sa fin.
Ces réflexions étaient nécessaires pour expliquer les fréquents
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aveux d impuissance que nous serons obligé de faire en étudiant, dans cette rapide Introduction, l’origine de l’homme, l’époque de son apparition sur le globe, l’unité ou la pluralité de notre espèce, la classification des races humaines, etc. Si à la plupart de ces questions nous sommes forcé de répondre par le doute et l’incertitude, le lecteur ne devra pas en accuser la science, mais seu lement les lois de l’impénétrable nature.
Et d’abord, d’où vient l’homme? Pourquoi existe-t-il? Aurait-il pu ne pas exister? Ici il faut se taire, le problème est au-dessus des forces de la pensée humaine. Mais, au moins, on peut se demander, puisque les savants ont longuement agité cette question si l’homme a été créé de toutes pièces, ou s’il dérive d’une espèce animale antérieure, modifiée, dans sa structure anatomique, par le temps et les milieux. En d’autres termes, est-il vrai, comme l’ont prétendu divers savants contemporains, que l’homme soit le résultat du perfectionnement organique d’une race particulière de singes, race intermédiaire entre les singes que nous connaissons et les premiers hommes?
Nous avons déjà traité cette question avec développement dans le volume qui a précédé celui-ci. Nous avons établi, dans L'Homme primitif , que l’homme ne dérive, par voie de transformation organique, d’aucun animal, pas plus du singe que de la baleine ; qu’il est le fruit d’une création propre.
Mais, création propre ou création antérieure modifiée, l’espèce humaine n’a pas toujours existé. Elle a donc eu une cause productrice. Cette cause productrice, quelle est-elle? C’est encore là un problème qui résiste à notre intelligence. Disons, chers lecteurs, que la création de l’espèce humaine fut un acte divin que l’homme est un des fils du suprême arbitre des mondes, et nous aurons donné à cette question la seule réponse qui puisse satisfaire à la fois le cœur et la raison.
Mais arrivons à des questions plus accessibles à notre entende ment, qui mettent l’esprit plus à son aise, et sur lesquelles la science puisse s’exercer. A quelle époque faut-il fixer la première apparition de l’homme sur le globe? Dans l'Homme primitif nous avons amplement répondu à cette question. Nous avons rappelé l’opinion de quelques savants qui font remonter jusqu’à i 'époque tertiaire la première apparition de l’homme. Rejetant cette date,
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par suite de l’insuffisance des preuves alléguées, nous avons admis, avec la majorité des naturalistes, que l’homme s’est montré pour la première fois sur notre globe au commencement de l’époque quaternaire, c’est-à-dire antérieurement au phénomène géologique du déluge, et avant la période glaciaire, qui précéda ce grand cataclysme terrestre. Vouloir fixer à l'époque tertiaire la naissance de l’humanité serait sortir des faits acquis en ce moment à la science, et substituer à l’observation la conjecture et l'hypothèse.
En disant que l'homme est apparu pour la première fois sur le globe au commencement de l’époque quaternaire, nous établissons ce fait, conforme à la cosmogonie de Moïse, que l’homme a été formé après les animaux, qu’il est venu apporter le couronnement de l’édifice de la création animale.
A l’époque quaternaire, presque tous les animaux qui vivent de nos jours avaient déjà vu la lumière, et il existait un certain nombre d’espèces animales qui devaient bientôt disparaître. Quand l’homme fut créé, le mammouth et le grand ours, le grand tigre et le cerf mégacéros, ces animaux plus volumineux, plus robustes et plus agiles que les espèces correspondantes que nous connaissons, remplissaient les forêts ou parcouraient les plaines. Les premiers hommes ont donc été contemporains de l’éléphant à toison laineuse, de l’ours et du tigre des cavernes; ils ont eu à lutter contre ces phalanges sauvages, aussi redoutables par leur nombre que par leur puissance. Cependant, en vertu des lois de la nature, ces animaux devaient s’effacer du globe et faire place à des espèces plus petites ou différentes, tandis que l’homme, persistant au contraire, croissait et multipliait, comme le dit l’Ecriture; il s’étendait peu à peu dans toutes les contrées habitables, et promenait partout son empire, de jour en jour accru par le perfectionnement et le progrès de son intelligence.
Nous avons donné, dans /’ Homme primitif l’histoire des débuts de l’humanité. Nous avons suivi la naissance et la marche de la civilisation, depuis le moment où l’homme fut jeté, faible, chétif et nu, au milieu d’une population animale hostile et sauvage, jusqu’au jour où son pouvoir, assis sur des bases définitives, vint changer peu à peu la face de la terre habitée.
Nous n’avons pas à revenir sur ces récits, que nous avons développés longuement, et conformément aux découvertes de la science actuelle, dans l'Homme primitif. Mais il est un autre problème qui rentre dans le cas particulier du présent volume, et
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que nous devons aborder. L’homme a-t-il vu le jour sur un point unique de la terre, et peut-on désigner la région qui fut, pour ainsi dire, le berceau de l'humanité? Ou bien faut-il croire que l'homme s’est montré primitivement en plusieurs lieux à la fois, qu'il a été créé et qu’il est toujours demeuré dans les lieux mêmes qu’il habite aujourd'hui; que le nègre a vu le jour dans les régions brûlantes du centre de l’Afrique, le Lapon ou le Mongol dans les froides régions où il est aujourd’hui confiné ?
A cette question on peut donner une réponse satisfaisante, en invoquant les faits acquis à l'histoire naturelle. Mais pour faire triompher notre opinion, nous aurons à combattre les arguments d'une doctrine opposée. Comme nous le disions dans les premières pages de cette Introduction, il faut toujours s'attendre à rencontrer des difficultés, à dissiper des incertitudes, à combattre des thèses contraires, pour chaque point de l’histoire de l'humanité que l'on essaye d’approfondir.
Il est une école de savants qui prétend que la création de notre espèce a été multiple, que chaque type humain a pris naissance dans les régions où il se trouve aujourd’hui, et que ce n’est point l’émigration, suivie de l’action du climat, du milieu et des habitudes, qui a donné naissance aux différentes races humaines.
Cette opinion a été soutenue dans un travail de M. Georges Pouchet, fils du célèbre naturaliste de Rouen. Mais il suffit de lire le mémoire sur la Pluralité des races humaines de M. Georges Pouchet, pour se convaincre que l’auteur, comme ceux de son école, aussi ardente à démolirqu'impuissante à édifier, après s’être complu dans le rôle facile de critique, se montre d une faiblesse sans égale quand il s’agit de mettre un système à la place de celui qu’il contredit. S'il a existé plusieurs centres de création pour l’espèce humaine, il faudrait les signaler, et montrer que les hommes qui y vivent de nos jours n’ont eu aucuns rapports avec d'autres populations. M. Georges Pouchet garde un silence prudent sur cette question ; il se dispense de fixer le lieu et les limites de ces prétendues créations multiples. Un pareil vice de raisonnement suffit à faire juger une doctrine.
Nous pensons, nous, que l’homme a eu un centre unique de création sur le globe; que cantonné, à l’origine, sur une région particulière, il a rayonné de ce point dans tous les sens, et que par ses migrations, jointes à la multiplication rapide de ses descendants, il a fini par peupler toutes les régions habitables du globe.
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Pour démontrer la vérité de cette proposition, nous examinerons ce qui se passe chez les êtres organisés, c’est-à-dire chez les animaux et les plantes, l’application de ce genre de faits àl’homme, c’est-à-dire l’observation et l’induction, étant le seul moyen logique à invoquer dans ce cas.
Que nous disent la géographie botanique et la géographie zoologique? Elles nous enseignent que les plantes et les animaux ont chacun leur patrie, dont ils s’éloignent peu, et que l’on ne pourrait citer aucune plante ni aucun animal vivant indifféremment dans toutes les contrées du globe, à moins d’y avoir été transportés par l’industrie humaine. La terre est, pour ainsi dire, partagée en un certain nombre de zones, qui ont leurs végétaux et leurs animaux particuliers. Ce sont autant de provinces naturelles, toutes d’une faible étendue, et qui représentent de véritables centres de création. Le cèdre, propre aux montagnes du Liban, n’existait que dans cette région avant d’être transporté sous d’autres climats, et le caféier n’avait poussé qu’en Arabie, avant d’avoir été acclimaté dans le sud de l’Amérique. Nous pourrions multiplier beaucoup les noms de ces végétaux qui ont une patrie originelle très-nettement dessinée, mais ces exemples suftlsentpour faire comprendre le fait général dont il s’agit.
Est-il besoin de dire que les animaux ont, comme les plantes, divers lieux de cantonnement, dont ils ne sortent guère qu’à leur détriment, car ils n’ont pas la faculté de s’acclimater partout? L’éléphant ne vit que dans l’Inde et dans certaines parties de l’Afrique, l’hippopotame et la girafe dans d’autres contrées du même continent; les singes n’existent que dans fort peu de régions du globe ; et si l’on descend aux espèces de singes, on trouve que le lieu d’habitation propre à ces espèces est très-limité. Pour ne pas sortir de singes de grande taille, l’orang-outang ne vit qu’à Bornéo et à Sumatra, et le gorille que dans un petit coin de l’ouest de l’Afrique.
Si l’homme avait pris naissance dans tous les lieux mêmes où l’on voit aujourd’hui ses différentes races, il constituerait une exception unique dans l’ensemble des êtres organisés. Le raisonnement par induction, c’est-à-dire l’application à l’homme de tout ce qu’on observe dans l’ensemble des êtres qui vivent à la surface du globe, nous amène donc à conclure qu’il n’y a eu pour l’espèce humaine, comme pour chaque espèce végétale ou animale. qu’un seul centre de création.
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Peut-on aller plus loin encore, et déterminer le point particulier du globe d’où l’homme est sorti? Il est probable que l’homme a vu le jour pour la première fois sur les plateaux de l'Asie centrale, et qu’il partit de là pour aller occuper, de proche en proche, le globe tout entier. Voici les faits qui viennent à l'appui de cette opinion.
On trouve autour du massif central de l’Asie les trois types organiques fondamentaux de l’homme, c’est-à-dire l’homme blanc, le jaune, le nègre. Le noir s’en est un peu écarté, quoiqu’on le trouve encore au sud du Japon, dans la presqu’île de Malacca. dans les îles Andaman, dans les Philippines à l'ile Formose. L'homme jaune forme en grande partie la population actuelle de l’Asie, et l’on sait d’où venaient ces hommes blancs qui ont envahi l'Europe aux temps antéhistoriques comme aux temps historiques; ces conquérants appartenaient à la race aryenne ou persane, ils arrivaient du centre de l’Asie.
Nous verrons plus loin que les diverses langues du globe appartiennentà trois formes fondamentales : les langues monosyllabiques, dans lesquelles chaque mot ne comprend qu’une syllabe, les langues agglutinalives , dans lesquelles les mots se rejoignent, et les langues à flexion, qui ne sont autre chose que les langues que l’on parle en Europe. Or ces trois formes générales du langage se rencontrent aujourd'hui autour du massif central de l’Asie. La langue monosyllabique se parle dans toute la Chine et dans les différents Etats qui dépendent de cet empire; les langues agglutinatives se parlent au nord de ce plateau et s'étendent jusqu’à l’Europe ; enfin les langues à flexion se parlent dans toute la portion de l'Asie occupée par la race blanche.
Autour du massif central de l’Asie, on trouve donc et les trois types physiques fondamentaux de l’espèce humaine, et les trois types du langage humain. N"est-ce pas là une présomption, sinon une preuve, que l’homme s'est montré pour la première fois dans cette même région où l'Écriture place le berceau du genre humain?
C’est en parlant de ce massif central de l’Asie, en s’irradiant, pour ainsi dire, autour de ce lieu d'origine, que l'homme a progressivement occupé toutes les parties du monde.
Les migrations des peuples ont commencé de très-bonne heure. La facilité qu’a notre espèce de s’habituer à tous les climats, de se prêter aux variations de température, jointe au caractère nomade
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qui distinguait les populations primitives, nous expliquent les déplacements des premiers peuples. Bientôt les moyens, plus ou moins grossiers, de navigation, se joignant aux ressources des voyages par terre, on passa des continents aux îles éloignées, et les archipels se peuplèrent aussi bien que les continents. C’est par le transport effectué dans les pirogues, formées de troncs d’arbres à peine dégrossis, que se sont peuplés de proche en proche les archipels de l’océan Indien et enlin l’Australie.
Le continent américain n’a pas fait exception à cette loi de l’envahissement du globe par l’émigration de phalanges humaines. Il n’est pas très-difficile de pénétrer de l’Asie en Amérique, par le détroit de Behring, qui est presque toujours occupé par les glaces, et qui permet alors un passage presque à pied sec d’un continent à l’autre. C’est ainsi que les Asiatiques du nord ont dù arriver dans le nord du Nouveau-Monde.
Cette communication d’un hémisphère terrestre à l’autre surprend moins quand on sait que des travaux historiques modernes ont établi que vers le dixième siècle, c’est-à-dire 400 ans avant Christophe Colomb, des navigateurs partis des côtes de la Norvège pénétrèrent dans l’autre hémisphère. Les habitants du Mexique et du Chili possèdent des archives historiques trèsauthentiques, qui prouvent qu’une civilisation assez avancée brilla chez eux de bonne heure. De gigantesques monuments, encore debout, attestent la haute antiquité de la civilisation des Incas (Péruviens) et des Aztèques (Mexicains). Il est à croire que les populations de l'Amérique, qui marchèrent ensuite d’un pas assez rapide dans la carrière de la civilisation, descendaient des hordes asiatiques septentrionales qui étaient parvenues dans le Nouveau-Monde en passant sur les glaces du détroit de Behring.
Ainsi, pour expliquer la présence de l’homme dans tous les points du continent et des îles, il n’est pas nécessaire de croire à l’existence de plusieurs centres de création de notre espèce. Si les traditions des peuples établissaient que toutes les régions aujourd’hui habitées ont toujours été occupées par les mêmes peuples, et que ceux qu’on y trouve ont constamment vécu dans les mêmes lieux, il faudrait bien admettre l’hypothèse des créations multiples de l’espèce humaine; mais, au contraire, la plupart des traditions nous enseignent que chaque contrée s’est peuplée d’une manière progressive, par voie de conquête ou d’émigration. La tradition établit que la vie nomade a partout
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précédé les établissements fixes. Il est donc probable que les premiers hommes voyageaient constamment. Un flot de barbares, partis du centre de l’Asie, submergea l’empire romain, et les tribus vandales pénétrèrent jusqu'en Afrique. Les migrations modernes se sont faites sur une échelle plus vaste encore, car nous voyons aujourd’hui l’Amérique presque tout entière occupée par les Européens; l’Anglais, l’Espagnol, ainsi que d’autres peuples de la race latine, remplissent le vaste hémisphère américain , et les populations primitives de ces contrées ont péri presque toutes, anéanties par le fer du vainqueur.
Le continent de l'Asie fut peuplé de proche en proche par les peuples de la race aryenne, descendus des plateaux de l’Asie centrale, et qui suivaient la route des Indes. Quant à l'Afrique, elle reçut son contingent de population par l’isthme de Suez, la vallée du Nil et les côtes de l’Arabie, grâce au secours de la navigation.
Aucun fait ne prouve donc que l'humanité ait eu plusieurs berceaux distincts. C’est en partant d'un point unique que l’homme, qui se plie si facilement aux climats les plus opposés, a dû couvrir peu à peu toute l’étendue de la terre habitable.
Ce principe de l’unité de l’espèce humaine, la Bible l’avait proclamé avant les études des anthropologistes modernes. De même que la Bible oppose sa cosmogonie monothéiste aux cosmogonies diverses de l’antiquité orientale ou païenne, de même elle oppose aux dogmes erronés des religions et des philosophies de l’antiquité cette doctrine, sublime et simple, que l'homme, le dernier venu de la création, la domine, à titre de chef privilégié et de personne morale. Les livres saints nous disent en effet: « Dieu a fait naître d’un seul sang tout le genre humain*. »
Autre problème. L’homme blanc, l’homme jaune et l’homme noir existaient-ils dès les premiers temps de l’apparition de notre espèce sur le globe, ou bien faut-il expliquer la formation de ces trois races fondamentales par l’action du climat, par une alimentation spéciale résultant des ressources de la localité, en d’autres termes, par l’action du sol, comme le dit un auteur consciencieux, M. Trémaux’?
1. Saint Paul à l’aréopage d'Athènes, Actes des Apôtres, chapitre xtit, verset 26.
2. Origine et transformation de l’homme et des autres êtres, I vol. in-18, Paris
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D'innombrables dissertations ont été écrites pour expliquer l’origine de ces trois races et rattacher leur formation au climat et au sol. Mais il faut reconnaître que le problème esta peu près insoluble. L’influence de la chaleur du climat pour modifier la coloration de la peau est un fait certain, et c’est une observation vulgaire que l’homme blanc européen transporté au cœur de l’Afrique, ou sur les cotes de Guinée, revêt, dans sa descendance, la coloration brune de la peau du nègre; et qu’à leur tour les nègres transportés dans les pays septentrionaux donnent une descendance de plus en plus pâle, qui finit par être blanche. Mais la couleur de la peau n’est pas le seul caractère qui constitue une race : le nègre diffère du blanc moins par la couleur de la peau que par la structure de la face et du crâne, ainsi que par les rapports des membres entre eux. N’est-il pas vrai d’ailleurs que les contrées les plus brillantes du globe recèlent des populations à la peau blanche? tels sont les Touaregs dans le Sahara africain et les Fellahs en Égypte. D’un autre côté, des hommes à face noire vivent dans les pays à température moyenne : tels sont les habitants de la Californie, aux bords de l’océan Pacifique.
Concluons que la science ne peut nous expliquer la différence qui existe entre les principaux types de l’espèce humaine, que ni la chaleur ni l’action du sol ne donnent la raison de ce fait, et qu’il faut se borner à l’enregistrer sans commentaire, en dépit de la manie des savants du jour qui consiste à vouloir tout expliquer.
Nous avons maintenant une autre question à aborder. Ces hommes blancs, jaunes ou noirs, auxquels il faut ajouter, comme nous le verrons plus loin, les hommes bruns et les hommes rouges, tous ces êtres qui diflèrent les uns des autres par la couleur de la peau, par la taille, par la physionomie et par l’habitude extérieure, doivent-ils être groupés en espèces différentes, ou faut-il n’y voir que de simples variétés de l’espèce, c'est-à-dire des races? Pour bien comprendre cette question et en mesurer les conséquences, il faut savoir ce que l’on entend en histoire naturelle par le mot espece, et par le mot race, ou variété de l espèee. Commençons donc par bien poser le principe de l'espèce en zoologie.
Le lièvre et le lapin, le cheval et l’âne, le chien et le loup, le cerf et le renne, etc., ne peuvent être confondus entre eux. Cependant combien les chiens diffèrent les uns des autres par la
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taille, par la couleur, par les rapports des membres! Combien le chien griffon diffère du chien des Pyrénées ! De même pour les chevaux. Quelle différence de taille et d’habitude extérieure entre le gros cheval normand, le cheval du brasseur de Londres ou des omnibus de Paris, ou les petits chevaux corses ou shetlandais que l’on peut porter sous son bras ! Personne néanmoins ne s’y trompe ; bien qu’il change de taille et de pelage, on reconnaîtra toujours un cheval, jamais on ne le confondra avec l'âne ; dans le griffon, aussi bien que dans le dogue, on verra toujours un chien. Un lapin aura beau changer de taille et de pelage, on ne le prendra jamais pour un lièvre. La vache bretonne, mignonne et frêle, est tout aussi bien vache, pour l'agriculteur et le vulgaire, que les plantureux durham. Même réflexion pour les oiseaux. Le dindon qui vit à l’état sauvage, en Amérique, diffère assurément beaucoup du dindon noir ou blanc acclimaté en Europe: cependant les uns et les autres sont dindons et bien dindons.
Le règne végétal va nous présenter les mêmes faits. Prenez le cotonnier dans sa patrie d’origine, en Amérique, vous le trouverez différent du cotonnier cultivé en Afrique et en Asie. Le caféier des plantations de l’Amérique du Sud n'est pas semblable au même arbuste qui vit dans l’Arabie, sa première patrie. Le froment varie, selon les latitudes, dans des proportions extraordinaires, etc. Cependant le cotonnier est toujours le cotonnier, quel que soit le sol où il végète ; le caféier et le froment sont toujours les mêmes végétaux, et le vulgaire ne s’y trompe pas. L’action des climats et du sol pour les végétaux, ces mêmes causes et l’alimentation pour les animaux, enfin les croisements qui se sont opérés entre les différents individus, expliquent toutes ces différences, qui portent sur l’aspect extérieur et non sur le type lui-même.
On appelle espèce, tant pour l'animal que pour le végétal, le type fondamental, et variété, ou race, les différents êtres qui résultent de l’influence du climat, de l’alimentation, des croisements chez des individus de la même espèce. L'espèce chien donne naissance aux variétés, ou races, connues sous le nom de dogue, de barbet, de griffon, etc. L'espèce cheval donne naissance aux races, ou variétés, connues sous le nom de cheval arabe, anglais, normand, corse, etc. L'espèce dindon produit les variétés connues sous le nom de dindon sauvage, dindon noir, dindon blanc. Dans le règne végétal, V espèce cotonnier produit le coton d’Amérique ou le
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coton indien ; la ronce produit les variétés innombrables connues sous le nom de rosiers.
Mais, va dire le lecteur, comment distinguer la race de l’espèce, et existe-t-il un moyen pratique de décider si l’animal que l’on considère appartient à une espèce ou à une race? Ce moyen existe, et il permet de prononcer avec assurance dans tous les cas. Il est d’autant plus important à connaître que chacun peut en faire l’expérience par lui-même.
Prenez les deux animaux considérés, mariez-les, et si de l’union des sexes il résulte un individu nouveau, qui soit fécond à son tour, on aura affaire à une race, ou variété. Si, au contraire, l’union des deux individus est stérile, ou si le produit est luimème stérile, on aura affaire à deux individus d’espèce différente. Malgré les observations et les expériences faites depuis des milliers d’années, on n’a jamais pu faire féconder une lapine par uq lièvre, une louve par un chien, une brebis par un bouc. On obtient, à la vérité, des croisements entre le cheval et l’ânesse, entre l'âne et la jument, mais chacun sait bien que les individus sortis de ce croisement, c’est-à-dire les mulets et les bardots , sont des animaux inféconds, incapables de se reproduire entre eux.
Cette règle n’est pas particulière au règne animal : elle s’applique aussi au règne végétal. Vous pourrez obtenir des fécondations artificielles d’un poirier en portant le pollen des fleurs d’un poirier sur les étamines d’un autre poirier, avec les précautions convenables. Le fruit se formera, et les graines qui en proviendront seront elles-mêmes fécondes. Mais si vous essayez de faire la même opération entre un poirier et un pommier, vous n’obtiendrez aucun résultat. C'est même là le moyen pratique qui permet aux botanistes de distinguer les variétés des espèces. L’essai de fécondation artificielle d’une plante à une autre, dont on veut la distinguer, au point de vue de l’espèce, sert à trancher les difficultés que l’on rencontre lorsqu’on veut déterminer le rang d’une plante dans la classification botanique.
Ainsi le mot espèce n’est pas un terme fictif, une expression conventionnelle inventée par les savants pour établir des classifications parmi les êtres vivants. L'espèce est un groupe posé par la nature elle-même. La fécondité ou l’infécondité des produits du croisement, tel est le caractère que la nature affecte à la variété ou à l’espèce; de sorte que ces groupes nous apparaissent comme ayant un fondement sérieux dans les lois qui régissent les êtres
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vivants, et que nous ne faisons que traduire par le langage ce que nous voyons dans la nature.
Et quand on y réfléchit, on comprend bien que si la nature n’avait pas institué l’espèce, le plus complet désordre aurait régné dans la création vivante. Par suite des croisements, le règne animal se serait rempli de mctis, qui auraient mêlé tous les types et n’auraient pas permis de se reconnaître dans cette foule de produits incohérents. Tout le règne animal aurait été livré à une confusion inextricable. De même, si les plantes avaient pu varier à l’infini par des croisements d’espèces différentes qu’aurait opérés soit l’indus:rie humaine, soit le hasard des vents emportant à travers l’air le pollen fécondant, il n’y aurait eu que trouble et désordre dans la population végétale du globe.
Ainsi, l’espèce a une existence nécessaire, providentielle, fatale. L’impossibilité des unions, tel est le caractère imposé par la nature pour distinguer ce groupe d’êtres vivants. La reproduction n’est possible qu’entre des individus de même espèce, et les différences que peuvent amener dans ces produits le sol, l’alimentation, les milieux, déterminent ce qu’on appelle race, ou variété.
Le principe qui vient d'être posé étant appliqué à l'homme, va nous permettre de décider si les individus qui peuplent le globe appartiennent à des espèces d’hommes différentes, ou bien à de simples races, ou variétés; en d’autres termes, si l’espèce humaine est unique, et si les différents types humains que nous connaissons, l’homme blanc, l'homme noir, l’homme jaune, l’homme brun, l'homme rouge, appartiennent ou non à des races de l’espèce humaine.
Chacun a répondu d’avance à cette question. D’après la règle posée plus haut, tous les hommes qui peuplent la terre appartiennent à une même espèce, puisque hommes et femmes de tout type, de toute couleur, peuvent se marier, et que leur descendance est toujours féconde. Le nègre et la femme blanche s’unissent et donnent des mulâtres; mulâtres et mulâtresses sont féconds et ont une descendance féconde. Les mariages entre içdividus de race rouge ou brune sont féconds, et bien plus, la fécondité des descendances des métis est supérieure à celle des hommes et des femmes de même couleur.
Ainsi, à moins de vouloir considérer les hommes comme une exception unique parmi tous les êtres, à moins de les soustraire à l’empire des règles universelles de la nature, nous devons con-
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dure qu'ils ne forment qu’un certain nombre de races d’une même espèce, et qu’ils descendent tous d’une espèce primitive unique.
Les hommes sont frères par le sang. Ce principe de fraternité universelle posé par la nature peut s’inscrire à côté de celui de la maxime semblable proclamée par la morale.
Les adversaires de l’unité de l’espèce humaine, les polygénistcs , ou partisans de la pluralité des races humaines, se fondent, pour admettre plusieurs espèces d’hommes, sur ce qu’il y a trop de différence entre le nègre et le blanc pour qu’on puisse les ranger dans la même espèce. Mais entre le chien bichon et le dogue, entre le lapin sauvage et les races domestiques, entre le barbet et le lévrier, entre le cheval shetlandais et le cheval russe, il y a bien plus de différence qu’entre l’homme blanc et le nègre. Nous ne pouvons dire exactement, nous ne pouvons expliquer d’une manière rigoureuse comment l’homme primitif a pu donner naissance aux diverses races blanche, noire, jaune, brune et rouge qui existent aujourd’hui. Nous trouvons seulement une explication générale de ce résultat dans des conditions si variées d’existence, dans les milieux si opposés où l’homme a vécu depuis les temps, si prodigieusement reculés, où il traîne le fardeau de son existence, presque toujours difficile et précaire. Si le chien, le cheval, le lapin et le dindon, par l’effet de l’industrie humaine qui s exerce sur eux depuis deux mille ans à peine, ont pu donner naissance à tant de variétés, combien, à plus forte raison, l’homme, dont l’apparition sur le globe est tellement ancienne que nous ne pouvons même en fixer approximativement la date première, comment l’homme, qui a dù traverser tant de situations physiques, climatériques et sociales diverses, n’aurait-il pas vu son type se modifier et se transformer*? Ce qui doit nous surprendre, c’est que les différences d’une variété à l'autre ne soient pas plus considérables encore.
Pour échapper à cette argumentation, il ne reste aux partisans de la pluralité des races humaines qu a considérer l’homme comme une exception dans la nature, qu’à dire qu’il a des lois propres, et qu'on ne peut lui appliquer les principes qui régissent 1 étude des plantes et des animaux. Mais l'homme étant un être organisé et vivant, étant pourvu d’un corps, qui diffère peu de celui d'un animal mammifère, est soumis, en ce qui touche l’organisation, aux lois universelles de la nature, à celles du croisement comme aux autres. On ne peut donc admettre l’argu-
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ment d’exception invoqué par les adversaires de l’unité de l’espèce humaine.
Le principe de l’unité de l’espèce humaine, et cet autre, qui en découle, que tous les hommes qui peuplent le globe ne sont que des races ou variétés de cette espèce unique, paraîtra donc au lecteur établi avec certitude.
Ces différentes races, issues d’une espèce unique par des modifications qu’ont imprimées au type primitif le climat, l’alimentation, le sol, les croisements, les habitudes des peuplades, varient singulièrement, il faut en convenir, par l'aspect, par la couleur, par la physionomie extérieure. Les différences sont tellement grandes, les extrêmes sont si tranchés, et les transitions si bien nuancées, qu’il est à peu près impossible de distribuer l'espèce humaine en groupes vraiment naturels au point de vue scientifique, c’est-à-dire fondés sur les caractères de l'organisation. La classification des races humaines a toujours été la pierre d’achoppement de l’anthropologie, et jusqu’à ce moment la difficulté sub siste presque tout entière.
Un examen rapide des classifications qui ont été tour à tour proposées par les savants les plus autorisés, mettra cette vérité dans tout son jour.
Buffon, dans son chapitre sur l'homme, morceau qu’on relira toujours avec admiration et profit, se contente de poser les trois types fondamentaux de l'espèce humaine établis depuis l’antiquité, sous les noms de race blanche, race noire et race jaune. Mais ces trois types ne résument pas à eux seuls toutes les physionomies humaines. Les anciens peuples de l’Amérique, les Peaux-Rouges , selon le terme vulgaire, échappent au cadre de cette classification, et la distinction entre le nègre et le blanc n’est pas toujours facile, car en Afrique les Abyssiniens, les Égyptiens et beaucoup d’autres, en Amérique les Californiens, en Asie les Hindous, les Malais et les Javanais, ne sont ni blancs ni noirs.
Blumenbach, le plus profond des anthropologistes du siècle dernier, l'auteur des premières études positives sur l’histoire naturelle de l’homme, distingua, dans son ouvrage latin de Homine , cinq races humaines, les races caucasique, mongolique, éthiopienne, malaise et américaine. Un autre anthropologiste , Prochaska , adopta les divisions de Blumenbach, mais en réunissant sous le
lô
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nom de race blanche les groupes caucasique et mongolique de Blumenbach, et ajoutant une race hindoue.
L’éloquent naturaliste Lacépède, dans son Histoire naturelle de l'homme , ajouta aux races admises par Blumenbach la race hyperborèenne, qui contenait les habitants des parties septentrionales du globe pour l’un et l’autre continent.
Cuvier revint à la division de Buffon, c’estrà-dire n’admit que les races blanche, noire et jaune, en faisant de simples dérivés des races malaise et américaine.
Un naturaliste estimé, J. J. Virey, auteur de l'Histoire naturelle du genre humain , de l'Histoire naturelle de la femme , et de beaucoup de productions savantes en histoire naturelle, particulièrement en anthropologie, étudia avec soin la classification des races humaines. Mais il n était pas favorable au principe de l’unité de notre espèce, et il fut conduit à admettre i’existence de deux espèces f humaines.
Ce fut là le signai d une déviation fâcheuse dans les idées des naturalistes venus après J. J. Virey. Un vit Bory de Saint- Vincent admettre jusqu a quinze espèces d’hommes, et un autre naturaliste, Desmoulins, sans doute par émulation, distinguer seize espèces humaines, qui n’étaient pas d’ailleurs les mêmes que celles ■ admises par Bory de Saint-Vincent.
On aurait pu aller plus loin dans cette voie, car les différences entre les hommes sont tellement grandes, que si l’on n’obéit pas à un principe sévère, on ne sait où s’arrêter; et l’on pourrait être conduit à admettre une quantité vraiment indéfinie d’espèces, si l’on ne se pénétrait bien d’avance du principe d’unité.
C’est ce principe dont paraît imbu le plus savant de tous les anthropologistes de notre siècle, l’Anglais Pritchard, auteur d’une Histoire naturelle de l'homme1 , qui compte dix volumes dans le texte original, et dont nous ne possédons dans notre langue qu’une traduction fort incomplète.
Pritchard professe que tous les peuples du monde appartiennent à la même espèce ; il est partisan de l’unité de l’espèce humaine, mais aucune des classifications que l’on a proposées jusqu’ici en prenant pour base les caractères de l’organisation ne satisfait notre savant. 11 change donc complètement le point de vue des classifications ordinaires dont on a pris l’habitude en histoire natu-
1. Histoire naturelle de l’homme, 2 vol. in-8 avec planches. Paris, 1843.
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relie. Il commence par décrire trois familles de peuples qui, selon lui, furent dans l’histoire les premières peuplades humaines : ce sont les familles aryenne, sémitique et égyptienne. Après avoir décrit ces trois familles, Pritchard passe aux peuples qui, selon lui. rayonnant en divers sens des régions habitées par ces familles, allèrent peupler le globe tout entier.
Ce genre de classitication des races Immunes sort, comme nous le disions, des habitudes consacrées en histoire naturelle. Aussi n’a-t-elle pas trouvé faveur auprès des anthropologistes modernes, et cette défaveur a réagi sur l’œuvre elle -même, qui est pourtant la plus considérable et la plus exacte de toutes celles que nous possédions sur l’homme. Bien qu’elle n’ait été adoptée par aucun auteur, la classification des races humaines de Pritchard nous semble la mieux fondée en principe.
M. de Quatrefages, dans son cours d’anthropologie du Muséum d’histoire naturelle de Paris, fait une classification des races humaines qui a pour base les trois types blanc, jaune et nègre; mais à chacun de ces trois groupes il adjoint, sous le titre de races mixtes se rattachant à chaque tronc, un nombre plus ou moins grand et arbitraire de races qui n’ont pas trouvé place dans les trois grandes divisions.
La classification de M. de Quatrefages est exposée dans son Rapport sur les progrès de f anthropologie , publié en 18671. C'est une classification savante et très-étudiée, mais qui ne se prêterait pas au mode simple d’exposition que nous devons adopter dans cet ouvrage.
La classification des races humaines que nous suivrons, toutefois en la modifiant à l’occasion, selon nos vues, est due à un naturaliste belge, M. d’Omalius d’Halloy. Elle admet cinq races humaines : les races blanche, noire, jaune, brune et rouge.
La classification de M. d’Omalius d'Halloy est fondée sur la coloration de la peau. Ce caractère est d’une valeur très-secondaire au point de vue de l’organisation, mais il fournit un cadre commode pour le dénombrement exact et méthodique des populations du globe; il met de la clarté dans un sujet des plus confus. Dans les groupes que nous établirons il ne faut donc pas voir une classification vraiment scientifique, mais une simple distribution des
1. In- 4°, faisant partie des Rapports sur les progrès des sciences et des lettres en France, publié sous les auspices du Ministère de l'instruction publique.
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matières, qui nous permettra de faire une revue méthodique des divers peuples répartis sur tous les points du monde.
Caractères généraux des races humaines. — Caractères de l’organisation. — ■ Sens et système nerveux. — Taille. — Squelette. — Crâne et face. — Couleur de la peau. — Fonctions physiologiques. — Caractères intellectuels. — Attributs de l’intelligence humaine. — Les langues et l’écriture. — Différents états des sociétés. — L’industrie primitive. — Les deux âges de l'humanité antéhistorique.
Avant de décrire en détail chacune des races humaines, nous devons présenter, dans un tableau d’ensemble, leurs caractères généraux.
L’homme étant un être intelligent qui vit dans un corps organisé, nous avons à étudier dans les races humaines les organes et l’intelligence, c’est-à-dire d’abord l’élément physique, ensuite l’élément intellectuel et moral.
Les caractères physiques sont ce qu’il y a de moins important dans les races humaines. L’homme est un esprit qui brille dans le corps d’un animal , et la seule merveille, c’est de savoir comment l’organisme du mammifère se modifie pour devenir celui de l’homme , c’est de constater l’harmonieux accord de ce même organisme avec le but, c’est-à-dire avec l’exercice de l’intelligence et de la pensée humaines. Nous allons voir que les organes du mammifère se sont singulièrement améliorés en devenant humains, et qu’ils sont par leur perfectionnement propre et par leur harmonie bien supérieurs à l’ensemble des mêmes organes chez les animaux.
Parlons d’abord du cerveau et des sens. Quand on examine la forme et la grandeur relative du cerveau dans toute la série des animaux mammifères, on voit que cet organe augmente en volume et s’achemine, pour ainsi dire, vers les caractères supérieurs qu’il doit offrir dans l’espèce humaine. Malgré quelques exceptions
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dont nous n’avons pas la raison, mais qui n’infirment pas le fait général, le cerveau augmente d’importance depuis le zoophyte jusqu’au singe. Mais quand on passe du cerveau du singe à celui de l’homme, on a une grande distance à franchir. Le gorille, l’orang, le chimpanzé, c’est à-dire les singes les plus rapprochés de l’homme, et qui sont désignés pour cela sous le nom de singes anthropomorphes , ont le cerveau beaucoup plus petit que celui de l’homme. Les lobes cérébraux sont bien plus longs chez l’homme que chez les singes anthropomorphes, et la hauteur de ces mêmes lobes est hors de toute proportion avec la hauteur des lobes du cerveau des singes. C’est ce qui produit cette belle courbe du front, l’un des traits caractéristiques de la physionomie humaine. Les lobes cérébraux vont recouvrir, en arrière, une troisième masse nerveuse, nommée le cervelet. Le volume considérable de ces trois lobes cérébraux, la profondeur et le nombre des circonvolutions de la masse encéphalique, et d’autres détails anatomiques du même organe, sur lesquels nous ne pouvons insister, mettent le cerveau humain à une grande distance au-dessus de celui de son congénère dans l’ordre zoologique. Ces différences témoignent en faveur de l’homme d:un développement intellectuel hors ligne, et nous pourrions mieux mesurer cette différence si nous savions en quoi consiste l’action cérébrale, ce que nous ignorons absolument.
Les sens pris isolément ne sont pas plus développés chez l’homme que chez certains animaux ; mais ce qui caractérise les sens chez l’homme, c’est leur harmonie, leur parfait équilibre, leur admirable appropriation au but commun. L’homme assurément n’a pas la vue puissante de l'aigle, ni l’ouïe subtile du lièvre, ni l'odorat prodigieux du chien. Sa peau est loin d’être aussi fine, aussi impressionnable que celle qui recouvre l’aile de la chauve-souris. Mais tandis que chez les animaux un sens prédomine toujours au détriment des autres, et condamne l’individu à une existence qui se lie à la perfection de ce même sens, chez l’homme tous les sens ont à peu près la même finesse, et l’harmonie de leur ensemble rachète ce qui peut manquer à chacun. D'ailleurs, les sens des animaux ne s’exercent que pour la satisfaction des besoins matériels, tandis qu’ils se rattachent, chez l’homme, à l’exercice des facultés éminentes dont ils favorisent le développement.
Un mot sur chacun de nos sens.
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L'homme est certainement mieux traité pour le sens de la vue que la grande majorité des animaux. Au lieu d’être placés sur les deux côtés de la tête, d’avoir des directions opposées, et de donner deux images, qui ne peuvent être les mêmes, nos yeux se dirigent en avant, regardent les mêmes objets, et reçoivent une image semblable, qui double l’impression. Le sens de la vue donne à notre âme l’harmonie des tableaux d’ensemble; c’est le sens qui nous est le plus utile, surtout quand il est dirigé dans son exercice par une heureuse intelligence.
Le toucher a, chez l'homme, un degré de perfectionnement qu’il n’a pas chez les animaux. Quelle merveille que le sens du toucher, quand il s’exerce par l’extrémité des doigts, le lieu du corps le mieux disposé pour cette fonction, et quelle merveille plus grande encore que cet organe qui s’appelle la main, et qui s'applique d'une manière si admirable aux surfaces les plus diverses dont nous voulons connaître l'étendue, la configuration et les qualités !
Un philosophe moderne a fait résider dans la main seule la cause de notre supériorité intellectuelle. C’était aller trop loin. Nous trouvons l’enthousiasme uni à la justesse de vue dans les admirables pages que Galien a consacrées à la description de la main dans son immortel ouvrage De usu parlium.
< L’homme seul, dit Galien, a la main, comme seul il a la sagesse en partage. C’est pour lui l’instrument le plus merveilleux et le mieux approprié à sa nature. Supprimez la main, l'homme n’existe plus, Par la main, il est prêt à la défense comme à l’attaque, à la paix comme à la guerre. Quel besoin a-t-il de cornes et de griffes? Avec sa main, il saisit l’épée et la lance, il façonne le for et l’acier. Tandis qu’avec les cornes, les dents et les griffes les animaux ne peuvent attaquer ou se défendre que de prés, l'homme peut jeter au loin les instruments dont il est armé. Lancé par sa main, le trait aigu vole à de très-grandes distances chercher le cœur de l’ennemi, ou arrêter le vol de l’oiseau rapide. Si l'homme est moins agile que le cheval et le cerf, il monte sur le cheval, le guide, et atteint le cerf à la course. Il est nu et faible, et sa main lui fabrique une enveloppe de fer et d’acier. Son corps n’est protégé par rien contre les intempéries de l’air, sa main lui ouvre des abris commodes et lui façonne des vêtements. Par la main, il devient le dominateur et le maitre de tout ce qui vit sur la terre, dans les airs et au sein des eaux. Depuis la flûte et la lyre, avec lesquelles il charme ses loisirs, jusqu'aux instruments terribles avec lesquels il donne la mort, jusqu’au vaisseau qui le porte, hardi navigateur, sur la vaste étendue des mers, tout est l’ouvrage de sa main.
• L’homme eût-il pu sans elle écrire les lois qui le régissent, élever aux dieux des statues et des autels? Sans la main, pourriez-vous léguer à la
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postérité les fruits de vos travaux et la mémoire de vos actions? Pourriezvous, sans elle, converser avec Socrate, Platon, Anstote, et tous ces divers génies qu’enfanta l’antiquité? La main est donc le caractère physique de l’homme, comme l’intelligence en est le caractère moral. »
Galien, après avoir exposé, dans ce chapitre, la conformation générale de la main et la disposition spéciale des organes qui la composent; après avoir décrit les articulations et les os, les muscles et les tendons des doigts; après avoir analysé le mécanisme des divers mouvements de la main, s’écrie, plein d’admiration pour cette merveilleuse structure :
« En présence de cette main, de ce merveilleux instrument, ne prend-on pas en pitié l’opinion de ces philosophes qui ne voient dans le corps humain que le résultat de la combinaison fortuite des atomes? Tout, dans notre organisation, ne jette-t-il pas un éclatant démenti à cette fausse doctrine? Osez invoquer le hasard pour expliquer cette disposition admirable! Non, ce n’est pas une puissance aveugle qui a produit toutes ces merveilles. Connaissez-vous parmi les hommes un génie capable de concevoir et d’exécuter une œuvre aussi parfaite? Un pareil ouvrier n’existe pas. Cette organisation sublime est donc l’œuvre d’une intelligence supérieure, dont celle de l’homme n’est qu’un faible reflet sur cette terre. Que d’autres offrent à la Divinité de sanglantes hécatombes, qu’ils chantent des hymnes en l’honneur des dieux; mon hymne, à moi, c’est l’étude et l’exposition des merveilles de l’organisation humaine ! »
Le sens de l’ouïe, sans avoir la portée qu’il a chez certains animaux, est, chez l’homme, d'une prodigieuse finesse, et devient une ressource infinie d’instruction et de jouissances morales. Nonseulement les différences d’intonation, d’intensité et de timbre sont perçues par notre oreille, mais les plus légères nuances de rhythme et de tonalité, les rapports des sons simultanés et successifs, qui donnent le sentiment de la mélodie et de l’harmonie, sont appréciés et nous dotent du premier et du plus naturel de tous les arts, la musique.
La perfection et la délicatesse de nos sens, qui permet de saisir les impressions faibles et nuancées, l’harmonie de ces mômes sens, leur parfait équilibre, leur perfectibilité par l’exercice, nous placent donc à une distance considérable au-dessus de l’animal.
Passons à la partie osseuse du corps humain, et considérons d’abord la tète.
Deux régions se partagent la tête : le crâne et la face. L’empiète-
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ment, la prédominance de l’une de ces deux régions sur l’autre, tient au développement des organes qui la renferment.
Le crâne enveloppe la masse cérébrale, c'est-à-dire le départetement de l'intelligence; la face est le siège des principaux sens. Chez l’animal, la face l’emporte beaucoup en dimensions sur le crâne; le contraire se voit chez l’homme. Ce n’est qu'exceptionnellement que la face prend de l’importance aux dépens du crâne, c’est-à-dire que les mâchoires s’allongent et donnent à la face humaine l’aspect bestial.
On trouve dans les ouvrages d'anthropologie quelques expressions dont il faut donner ici l’explication. Elles sont fréquemment employées , parce qu’elles permettent d’exprimer par un seul terme du langage le rapport qui existe entre les dimensions d’un même crâne. On appelle crâne dolichocéphale (du grec ôoXt /«<, long, xcsaÀj;, tète) le crâne qui est allongé d’avant en arrière, et pour fixer les idées par des chiffres, le crâne dont le diamètre longitudinal est au diamètre vertical dans la proportion de 100 à 68. Le crâne court est dit brachycéphale (de p;«/.ùç, court, xtj»Àr„ tête) quand le rapport entre le diamètre longitudinal et le diamètre vertical est de 100 à 80.
Le caractère d’allongement ou de brièveté du crâne a moins d’importance qu’on ne lui en attribue généralement. Tous les nègres, il est vrai, sont dolichocéphales; mais il ne faudrait pas en conclure que l’allongement du crâne en arrière soit un signe d’infériorité, car dans la race blanche les crânes sont tantôt fort longs et tantôt fort courts. Les Allemands du nord sont dolichocéphales et ceux du midi brachycéphales. Ce caractère ne peut donc être considéré comme un signe de la valeur intellectuelle.
Il est dans la face humaine un caractère anatomique qui a plus d’importance que celui que l’on tire de l’allongement du crâne : c’est la projection en avant, ou la rectitude des mâchoires. <)n appelle prognathisme (de npb, en avant, et fv*0»î, mâchoire) cette saillie en avant des dents et des mâchoires, et ortlwgnaiisme (de âpGi;, droit, fvxOoç, mâchoire) la seconde disposition.
On a longtemps admis que le prognathisme, ou saillie des mâchoires, est un attribut de la race nègre. Mais il a fallu renoncer à cette opinion quand on a constaté la saillie des mâchoires chez des peuples qui ne se rattachent en rien à la race noire. Au sein des populations blanfches ce caruclère se rencontre assez souvent; il n’est pas rare chez les Anglais, et il est assez fréquent à
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Paris, surtout chez les femmes. Le prognathisme paraît caractéristique d’un petit peuple européen qui vit au sud de la mer Baltique, les Esthoniens,et qui n’est lui-même que le résidu de cette race mongoloïde primitive dont nous avons parlé dans notre ouvrage f Homme primitif , comme la première race qui, d’après M. Pruner- Bey, aurait peuplé le globe. C’est probablement le mélange du sang des Esthoniens avec celui des habitants du centre de l’Europe qui fait apparaître dans nos grandes villes les individus à face prognathe.
Nous ne pouvons terminer ce qui concerne la face sans parler d’une relation entre le crâne et la face, relation curieuse sans doute, mais dont on a trop abusé : nous voulons parler de Y ongle facial.
On appelle angle facial celui qui résulte de la réunion de deux lignes, dont l’une est tangente au front, et l’autre, passant par le milieu du trou de l'oreille , vient rencontrer la première à l’extrémité des dents antérieures.
C’est l’anatomiste hollandais Camper, qui, étudiant d’une manière comparative les statues grecques et romaines ou les médailles de l’un ou l’autre peuple, prétendit que la cause de la supériorité intellectuelle qui distingue les physionomies grecques des physionomies romaines, c’est que chez elles l’angle facial est plus grand que chez les tètes romaines. En partant de cette remarque, poussant plus loin ses recherches, Camper a reconnu que l’augmentation de l’angle facial peut être prise, chez les races humaines, comme le signe de leur supériorité intellectuelle.
Ce moyen d’appréciation est aujourd’hui invoqué avec avantage pour distinguer les races d’hommes.
La station droite est un des caractères qui distinguent l’espèce humaine de tous les animaux, et même du singe, chez lequel cette station n’est qu’accidentelle et contre nature.
Dans le squelette de l’homme, tout est calculé pour assurer la station verticale. C’est d’abord la tête qui s’articule avec la colonne vertébrale dans un point tel, que, lorsque cette colonne vertébrale se trouve debout, la tète repose sur elle, en équilibre, par * son simple poids. En outre, la forme de la tète, la direction de la face, la position des yeux, l’ouverture des narines, exigent la station verticale et bipède.
Si notre tronc devait être placé horizontalement, tout serait à
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contre-sens : le sommet du crâne serait la partie avancée, au grand détriment de l’exercice de la vue ; les yeux regarderaient le sol; les narines s’ouvriraient en arrière; le front et la face seraient placés en dessous. D’ailleurs tout le système musculaire, toutes les insertions tendineuses, sont calculés chez l’homme pour la station verticale, sans parler des courbures de la colonne vertébrale, du grand écartement des membres, etc.
J. J. Rousseau avait donc grand tort quand il soutenait que l’homme est né pour vivre à quatre pattes.
La taille de l’homme, ainsi que la couleur de sa peau, sont des caractères sur lesquels il faut insister, pour établir leur importance comme signes distinctifs des races humaines.
Et d’abord, quant à la taille, on a beaucoup exagéré les différences qu’elle peut offrir dans l’espèce humaine. Il faut beaucoup rabattre de ce qui a été écrit sur les nains, comme sur les géants. Les Grecs croyaient à l’existence d'un peuple qu’ils nommaient Pygmées, et dont ils négligeaient toutefois de fixer le lieu d’habitation. C'étaient de très-petits hommes, qui netaient plus visibles au milieu d’un champ de blé, et qui passaient une partie de leur temps à se défendre contre les grues. La même fable s’est renouvelée de nos jours, à propos d’un peuple qui vivait à l’île de Madagascar, et qu’on appelait les Kymes. Mais l’ygmées et Kymes sont également fabuleux.
L’antiquité a admis des géants, mais sans en faire une race caractérisée. Ce sont plutôt les modernes qui ont mis en avant les races de géants humains. Au seizième siècle, quand Magellan eut doublé le cap Horn et découvert l’océan Pacifique, le compagnon de ce navigateur, Pigafetta, donna une description tout à fait extraordinaire des Patagons, ou habitants de la terre de Feu. Il en ût des géants. Un de ses successeurs, Leaya, amplifiant encore la taille des Patagons, donna à ces hommes une taille de trois à quatre mètres.
Les voyageurs modernes ont réduit à de justes proportions les dires des anciens navigateurs. Le naturaliste français Alcide d’Orbigny a mesuré un grand nombre de Patagons, et il a trouvé que leur taille, en moyenne, est de ln,,73.
Telle est donc la limite extrême de hauteur que puisse atteindre l’espèce humaine.
Quant à la limite de petitesse, elle nous est fournie par le peuple des Doschimans, qui vit au sud de l’Afrique. Un voyageur
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anglais, Barrow, a mesuré tous les individus d’une tribu de Boschimans, et il a trouvé que leur taille moyenne est de l™,31.
Ainsi, la taille humaine ne varie guère que de 0m,<*2, c’està-dire de la différence entre la taille des Patagons et celle des Boschimans. Il est bon de faire en passant cette remarque, car les partisans de la pluralité des races humaines ont invoqué la différence des tailles pour soutenir la multiplicité des races dans l’humanité. Il est évident que les races varient beaucoup plus par la taille chez les animaux que chez l’homme, et qu’entre un chien griffon et un chien des Pyrénées il y a plus de différence de taille qu’entre un Boschiman et un Patagon.
Quant à la couleur de la peau dans les races humaines, comme nous la prenons pour base dans notre classification, il est nécessaire de s’expliquer à cet égard.
La coloration de la peau est un caractère fort commode pour caractériser les races, car il a l’avantage de frapper les yeux; mais il ne faudrait pas s’exagérer son importance scientifique. Certains individus, tout en appartenant à la race blanche, ou caucasiqne, peuvent avoir un teint très-foncé. Les Arabes sont souvent d un brun qui va presque au noir, et pourtant ils ont les caractères les plus purs de la race blanche ou caucasique. Les Abyssiniens, quoique très-bruns, ne sont pas noirs. Les Indiens d’Amérique, que nous rangeons dans la race rouge, ont la peau souvent brune et presque noire. Dans la race blanche, surtout chez les femmes du nord, la peau peut être jaunâtre. Ajoutons que la couleur des téguments est souvent difficile à fixer, car leurs nuances se fondent les unes dans les autres. Tout cela soit dit pour montrer combien il est difficile de créer des groupes bien naturels dans la quantité innombrable des types de notre espèce.
Nous aurions à parler maintenant des caractères physiologiques des races humaines; mais nos considérations seront ici fort courtes , car l’accomplissement des fonctions physiologiques est » à peu près le même chez tous les hommes , quelle que soit leur race.
Disons pourtant que le système nerveux présente une différence importante à signaler, quand on compare les deux extrêmes de l’humanité, c’est-à-dire le nègre et le blanc européen. Chez le blanc, les centres nerveux, c’est-à-dire le cerveau et la moelle épinière, sont plus volumineux que chez le nègre. Chez ces derniers,
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ce sont les expansions de ces centres nerveux, c’est-à-dire les nerfs proprement dits, qui ont relativement un volume considérable.
On trouve un balancement tout pareil dans le système circulatoire Chez le blanc, le système artériel est plus développé que le système veineux ; c’est le contraire chez le nègre. Enfin le sang du nègre est plus visqueux et d'un rouge plus foncé que celui du blanc.
Sauf ces différences générales, les grandes fonctions physiologiques s’exercent de la même manière chez toutes les races d’hommes. Les différences ne se remarquent que lorsqu’on envisage les fonctions secondaires, mais ces différences prennent alors des proportions assez étendues.
Le climat, les mœurs, les habitudes produisent ces variations dans les fonctions secondaires, qui quelquefois rapprochent jusqu’à les confondre les races les plus opposées. Qu’un individu de la race blanche soit jeté au milieu des sauvages indiens, qu’il soit prisonnier des Peaux-Rouges, et qu’il partage leur existence guerrière au milieu des forêts, et le sens de la vue, comme celui de l’ouïe, seront tout aussi perfectionnés chez cet individu que chez ses nouveaux compagnons. C’est en vertu de la prodigieuse flexibilité de notre organisme, de notre faculté d’imitation et d’assimilation, que les fonctions physiologiques d'ordre secondaire peuvent se modifier ainsi.
Les caractères intellectuels et moraux sont ce qui domine dans l’homme. Non-seulement on ne peut les passer sous silence dans l’étude générale des races humaines, mais on doit leur accorder beaucoup plus d'importance qu’aux caractères corporels. Si le naturaliste, quand il étudie un animal, ne manque pas, après avoir décrit sa structure et son organisation, de consigner ses mœurs et ses habitudes, à plus forte raison doit-il, quand il s’occupe de l’homme, étudier ses caractères intellectuels, le véritable cachet de notre espèce.
L'expression de l'intelligence chez l’homme, c’est le langage. Si , l’homme est pourvu de la faculté de parler, qui n’appartient à aucun animal, c’est que l’intelligence est infiniment plus développée chez lui que chez l’animal. C’est par le concours simultané de tous nos sens que la faculté de la parole se manifeste chez l’homme ; et la preuve c’est que, par l’absence d’un de nos sens, nous perdons la faculté de parler. Qu’est-ce qu’un muet de
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naissance? C'est un individu parfaitement semblable à l'homme parlant, mais avec cette différence qu’il est venu au monde entièrement sourd. L’absence native de la faculté de l’audition a paralysé l’intelligence de l'enfant, et surtout sa faculté de l’imitation, de sorte que le sourd-muet, comme on l’appelle, n'est, au fond, qu’un sourd de naissance.
Ainsi le langage n’est que l’expression de l’intelligence la plus élevée. «Les animaux ont la voix, a dit Aristote, l'homme seul a la parole. » Rien n’est plus juste que cette pensée de l’immortel philosophe grec.
On sait combien sont multipliés les langues et dialectes qui se parlent dans le monde; aussi rien n’est -il plus difficile que de classer toutes ces langues et dialectes. Cette difficulté augmente1 encore quand on réfléchit que les langues varient avec le temps, et cela dans une proportion très-rapide. Le français de Rabelais et de Montaigne, qui écrivaient à l'époque de la Renaissance, n’est pas très-intelligible pour nous, et celui de nos chroniqueurs du temps de saint Louis exige, pour être compris, une étude spéciale et des dictionnaires. Les Italiens modernes lisent très-péniblement le Dante, et on peut en dire autant des Anglais pour leur vieux Shakespeare. Ainsi les langues s’altèrent et se modifient très-vite, lors même que les peuples demeurent stationnaires. Les altérations sont beaucoup plus graves et plus promptes lorsqu’il y a mélange de deux peuples.
Ces considérations suffisent pour faire comprendre quel problème se posaient les savants qui ont voulu chercher la langue de l’humanité primitive. On peut dire qu’un tel problème est insoluble. Il faut donc renoncer à rechercher la langue mère , et se borner à ce qu’on a appelé les langues filles.
En comparant ces langues filles, on est arrivé à répartir en trois groupes fondamentaux toutes les langues qui se sont parlées et qui se parlent encore dans le monde : ce sont, comme nous l’avons déjà dit, les langues monosyllabiques , les langues agglutinatives et les langues à flexion.
Les Chinois nous offrent la langue monosyllabique par excellence. Chaque mot n'est formé que d’une syllabe, et il a un sens absolu. Il faut recourir à l'assemblage compliqué d’une foule de vocables pour exprimer toutes les modifications de la pensée, les distinctions de temps, de lieux, des personnes, d’état, etc. On s'émerveille souvent d'apprendre que la langue chinoise com-
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prenne un nombre si prodigieux de mots que la vie d'un seul lettré ne suffise pas à les connaître tous. Cette richesse apparente n’est qu’une insigne pauvreté. Cette langue, au vocabulaire infini, est détestable. C’est à son imperfection qu’il faut attribuer le peu de progrès qu’ont faits les peuples de l’Asie dans la voie intellectuelle et commerciale.
Les langues agglutinatives , que parlent les nègres, ainsi que beaucoup de peuples de la race jaune, sont le premier degré de perfection du langage humain. Ici le mot n’est plus unique; des désinences variables, attachées à chaque mot, modifient l’expression primitive. 11 y a des mots racines et des mots modificateurs de ces racines.
Le troisième et le dernier terme de perfection du langage humain se trouve dans les langues à flexion. On nomme ainsi les langues dans lesquelles un même mot peut se modifier un grand nombre de fois, pour exprimer les diverses nuances de la pensée, pour traduire les changements de temps, de personnes, de situation. Les langues à flexion se composent d’une série de termes différents, assez peu nombreux par eux-mèmes, mais leurs modifications par les désinences ou par la place qu’ils occupent sont vraiment innombrables. Toutes les langues parlées en Europe, et celles que parlent en Asie les peuples de la race blanche, sont des langues à flexion.
Si le langage parlé est le premier élément qui ait servi pour constituer les sociétés humaines, le langage fixé, c’est-à-dire l'écriture, a été la cause fondamentale de leur progrès. Elle a permis de transmettre d’une génération à l’autre les fruits de l’expérience et du savoir; elle a fondé la science primitive et l’histoire.
Les premières formes de l’écriture furent des signes purement mnémoniques. Des pierres taillées d’une certaine façon, des morceaux de bois auxquels on donnait une forme convenue, tels furent les premiers signes du langage écrit. Une des formes les plus curieuses de l’écriture mnémonique est celle que l’on a trouvée dans l’ancien monde comme dans le nouveau; elle consistait à réunir de petits paquets de cordes de différentes couleurs, auxquels on faisait des nœuds d’aspect variable. Celui qui fait un nœud à son mouchoir, pour se rappeler un fait ou un projet, emploie, sans s’en douter, la forme de l’écriture primitive.
Un progrès de l’écriture a consisté à représenter par le dessin
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des objets que l’on voulait désigner. Les Indiens sauvages de l’Amérique du Nord font encore usage de ces grossières représentations des objets pour se transmettre quelques renseignements.
Le même système est perfectionné lorsqu’on ajoute au dessin une idée conventionnelle. Si la prudence est représentée par un serpent, la force par un lion, la légèreté par un oiseau, on trace une véritable écriture. On appelle cette dernière forme l'écriture symbolique, ou idéographique .
L’écriture symbolique a existé chez les peuples anciens. Les hiéroglyphes qui sont gravés sur les monuments de l’ancienne Égypte, et ceux que l’on a trouvés sur les monuments mexicains, appartiennent à l’écriture symbolique.
Ce n’est pas encore là pourtant l’écriture dans le vrai sens du mot. Elle n’existe que lorsque les signes conventionnels dont on fait usage répondent aux mots ou aux signes du langage parlé, et peuvent remplacer ce même langage.
On appelle alphabet 1 ensemble des signes conventionnels répondant aux sons de la parole. L'alphabet est une des inventions qui ont exigé les plus grands efforts de l’esprit humain, et ce n'est pas sans raison que la mythologie grecque a divinisé Cadmus, l’inventeur des lettres. La même admiration pour les inventeurs de l’alphabet se trouve d’ailleurs chez tous les anciens peuples.
Ce n’est pas seulement par son immense supériorité sous le rapport de l’étendue et de la puissance que l'intelligence de l’homme se distingue de celle de l’animal; il est un attribut de l’intelligence qui est tout à fait particulier à notre espèce. C’est la faculté de l’abstraction, qui permet de réunir dans une synthèse supérieure les données perçues par notre esprit, et d’en tirer des conséquences générales. C’est par cette faculté de l’abstraction que notre intelligence a créé les prodiges que chacun connaît, c’est par elle que les arts et les sciences ont pris naissance dans les sociétés humaines.
A la faculté de l’abstraction se rattache la moralité, qui est une déduction de la même faculté. Le caractère moral est un attribut spécial de l’intelligence de l’homme, et l’on peut dire que c’est par cet attribut que l’intelligence humaine se distingue de celle des animaux, car ce caractère est vraiment le propre de l’esprit humain, et on ne le trouve pas chez les animaux.
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Chez tous les peuples et dans tous les temps, on a distingué le bien du mal et le vrai du faux. La notion abstraite du bien moral et du mal moral peut varier de peuple à peuple ; on peut admirer ici ce qu’on réprouve là, honorer chez une nation ce qui est considéré comme criminel chez une autre, mais la notion abstraite du bien et du mal existe toujours. Le respect de la propriété, le respect de soi-même, le respect de la vie, se retrouvent chez tous les peuples. Si l'homme, à l’état sauvage, foule quelquefois aux pieds ces questions morales, cela tient à l’état social de la tribu, et surtout aux habitudes de la guerre ou au sentiment de la vengeance. Mais dans l’état de tranquillité et de paix, état sur lequel le philosophe et le savant doivent seulement fixer leurs yeux, la notion du bien et du mal moral peut toujours se retrouver. Les formes que revêt le sentiment de l’honneur varient, par exemple, chez l’homme sauvage et chez l'homme civilisé, mais jamais ce sentiment n'est éclipsé dans le cœur d’aucun homme.
Le sentiment religieux, la notion de la divinité, est un autre caractère qui dépend de la difficulté de l’abstraction. Ce sentiment est indissolublement lié à l’intelligence de l’homme. Sans vouloir faire avec un savant anthropologiste français, M. de Quatrefages, de la religiosité un attribut fondamental de l’humanité, un caractère naturel de notre espèce, on peut dire que tous les hommes sont religieux, qu'ils reconnaissent et adorent un créateur, un Dieu suprême. Que certaines peuplades, comme les Australiens, les Boschimans, les Polynésiens, soient athées, ainsi que lont assuré quelques voyageurs, ou que le reproche qu'on leur a fait sous ce rapport soit mal fondé, et s’explique simplement parce que les voyageurs qui ont porté ce témoignage comprenaient mal le langage de ces peuples et leurs signes, ainsi que l'avance M. de Quatrefages, le fait est assez indifférent au fond. L’état d’abrutissement de quelques tribus perdues au fond de contrées inaccessibles et sauvages, et l'imperfection intellectuelle qui en résulte, et qui leur cache la notion de Dieu, n’est rien comparée à l’universalité des croyances religieuses qui brillent dans le cœur des innombrables populations du globe.
Le langage et l’écriture ont donné naissance aux sociétés humaines, et plus tard à la civilisation qui les a transformées. Il est curieux de suivre les formes progressives des associations hu-
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maines, de signaler les étapes qu'a dû parcourir la civilisation dans sa marche ascendante.
Les sociétés primitives ont eu trois formes successives. Les hommes ont été d’abord chasseurs et pêcheurs, puis pasteurs, enfin cultioateurs.
Les peuples, disons-nous, ont élé d'abord chasseurs et pêcheurs. La population humaine était alors peu nombreuse, et cela s'explique. Un groupe d’hommes qui ne trouve que dans la chasse et la pèche ses moyens d'existence, ne peut être composé d’un nombre considérable d'individus. Il faut une vaste étendue de pays pour nourrir une population qui ne trouve sa subsistance que dans le gibier ou le poisson. De plus, ce genre de vie est toujours précaire, car on n’est jamais sur de trouver des vivres pour le lendemain. Cette préoccupation continuelle de la subsistance rapproche l’homme de la brute, et l’empêche d'exercer son intelligence sur des sujets nobles et utiles. La chasse est d’ailleurs l’image de la guerre, et la guerre doit naître aisément entre les populations voisines et qui vivent de la même manière. Si dans ces collisions éventuelles on fait des prisonniers, ces prisonniers sont immolés, pour n’avoir pas à nourrir des bouches inutiles.
Tant que les sociétés humaines ne se composèrent que de groupes de chasseurs et de pécheurs, elles ne purent donc faire aucun progrès dans l’ordre intellectuel, et leurs mœurs durent être barbares. La mort des prisonniers était la règle des combats.
La société des pasteurs succéda à celle des chasseurs. L’homme ayant réduit en domesticité, d’abord le chien, puis le taureau, le cheval, le mouton ou le lama, assura ainsi son existence du lendemain, et il put s’inquiéter d’autre chose que de sa nourriture. Aussi voit-on les peuples pasteurs s’avancer dans la carrière du progrès, perfectionner leur habillement, leurs armes et leurs abris.
Mais les peuples pasteurs ont également besoin de grands espaces, car les bestiaux épuisent promptement les herbages d’une région, el il faut aller chercher plus loin les pâturages qui doivent assurer la nourriture par la viande et le lait. Les peuples pasteurs furent donc nécessairement nomades.
Dans leurs migrations réciproques, les tribus de peuples pasteurs se rencontrent, et doivent se disputer, les armes à la main, le même territoire. La guerre éclate. Comme les prisonniers que l'on fait peuvent être assez aisément nourris par le vainqueur, à
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la condition d’en tirer parti, on en fait des serviteurs forcés, et c’est ainsi que naît la triste condition de l’esclavage, qui s’étendra plus tard et s’aggravera au point de devenir une plaie sociale.
La troisième forme de la société fut réalisée le jour où l’homme
devint cultivateur , c’est-à-dire lorsqu’il demanda aux plantes et aux herbages artificiellement produits une source d’aliments abondante et sûre.
L’agriculture fait des loisirs à l’homme et elle adoucit ses mœurs. Si la guerre vient à éclater, elle est moins cruelle dans ses épisodes. Le captif peut, sans être réduit en esclavage, augmenter le nombre des travailleurs des champs, et en échange ,, d’une redevance, contribuer au bien-être de la tribu. Alors le serf remplace l’esclavage; une véritable société, composée de maîtres et de serviteurs à divers degrés, s’organise et devient définitive.
Les peuples cultivateurs, débarrassés des préoccupations de la vie matérielle, peuvent soigner leur intelligence, qui s’enrichit rapidement. C’est ainsi que la civilisation jeta ses premières assises dans la société des hommes.
Telles sont les trois étapes qu’ont dû parcourir, en tous pays, les groupes humains, pour arriver à la civilisation. La succession d’un état à l’autre a été plus ou moins rapide suivant les temps et les lieux, selon les pays et les hémisphères. Tel peuple, aujourd’hui fort peu avancé dans la civilisation, était, au contraire,
supérieur à tel autre dans l’origine. Les Chinois furent civilisés bien avant les Européens. Us bâtissaient des monuments superbes, cultivaient le mûrier, élevaient des vers à soie, fabriquaient des porcelaines, etc., alors que nos ancêtres, les Celtes et les Aryens, couverts de peaux de bêtes fauves, et la figure tatouée, vivaient dans les forêts, à l’état de chasseurs. Les Babyloniens s’occupaient d’astronomie et calculaient le retour des astres deux mille ans avant Jésus-Christ, car les registres astronomiques qu’ Alexandre le Grand rapporta de Babylone supposent plus de dix siècles d’observations célestes. La civilisation égyptienne date au moins de quatre mille ans avant Jésus-Christ, comme le prouve la magnifique statue de Gheflrel qui remonte à cette époque, et qui, composée de granit, ne peut avoir été taillée que par des outils de fer et d’acier, ce qui suppose une industrie assez avancée.
Que cette dernière considération nous rende modestes. Rappelons-nous que les peuples que nous sommes portés à écraser de notre supériorité intellectuelle, que les Chinois, que les Égyptiens,
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peut-être même que les anciens habitants du Mexique et du Pérou, nous ont précédés de beaucoup dans la carrière de la civilisation.
Ce qui a contribué à hâter les progrès de la civilisation, c'est évidemment l’industrie. 11 est bien remarquable de voir que c’est la matière composant les agents de cette industrie qui, en se transformant, a produit les progrès des sociétés, lieux substances minérales furent les agents de l’industrie primitive : la pierre et les métaux. La civilisation a été ébauchée avec l'outil de pierre, et elle s’est achevée avec l’outil de métal. C’est donc avec toute raison que les naturalistes et archéologues modernes partagent l’histoire de l’homme primitif en deux âges : l'âge de pierre et l’âge des métaux.
Dans notre ouvrage sur l'Homme primitif, nous avons suivi pas à pas le perfectionnement et les oscillations de l'industrie primitive des peuples. Nous avons vu d’abord l’homme, sans autre instrument de défense ou d’attaque que ses ongles, ses dents ou le bâton, s’emparer bientôt de la pierre, pour en fabriquer des armes et des outils. Nous l’avons vu ensuite faire la conquête du feu, le feu dont l’homme seul connaît l’usage. Nous l’avons vu, grâce au secours du feu, suppléer dans les climats rigoureux à la chaleur que lui refusait le soleil, créer pendant la nuit un éclairage artificiel, et ajouter à l’insuftisance de son régime alimentaire, sans compter les nombreux services que son industrie retirait du puissant secours de la chaleur.
A mesure que l’homme fait des progrès, l’outil de pierre simplement taillé ne lui suffit pas ; il le polit, et même il commence à l’orner de dessins et de symboles. Les arts prennent ainsi naissance.
A la pierre succèdent les métaux; et grâce à l’emploi des métaux , une véritable révolution s’opère dans les sociétés humaines. L’outil de bronze accomplit des travaux et des œuvres absolument interdits à l’outil de pierre. Plus tard, le fer fait son apparition , et dès lors l’industrie marche à pas de géant.
Nous n’avons pas à revenir sur l’histoire des développements de l’industrie chez les hommes considérés pendant les temps antéhistoriques. Nous ne pouvons que renvoyer, pour cette partie de notre sujet, à notre ouvrage l’Homme primitif, où il se trouve longuement traité.
En résumé, si l’homme, par son corps, est un animal, par la
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haute portée de son intelligence il est le souverain de la nature. Si nous constatons chez lui des phénomènes pareils à ceux que nous rencontrons dans les végétaux et les plantes, nous le voyons, par ses hautes facultés, étendre au loin son empire, et régner sur tout ce qui l’entoure, sur le monde minéral comme sur le monde organisé. Les facultés qui appartiennent en propre à l’intelligence de l’homme et qui le distinguent de l’animal, c’est-à-dire ses facultés abstractives, font de l’homme l’ètre privilégié de la création, et justifient son orgueil; car, outre la puissance de son action physique sur la matière, il a seul la notion du devoir et la conscience de l’existence de Dieu.
Après ces considérations générales, nous entrerons dans la description des diverses races humaines,
Nous avons dit que nous suivrons dans cet ouvrage la classification proposée parM. d’Omalius d’Ilalloy, en la modifiant d'après nos vues particulières. Nous aurons donc à décrire successivement :
1° La race blanche;
2° La race jaune;
3° La race brune;
4° La race rouge ;
5° La race noire.
Ayons bien soin de faire remarquer que ces épithètes ne doivent pas toujours être prises dans un sens absolu. Elles veulent dire que chacun des groupes que nous établissons se compose d’hommes qui, considérés en masse, sont plus blancs, plus jaunes, plus bruns, plus rouges ou plus noirs que ceux des autres races. Il ne faudra donc pas être surpris de trouver quelquefois dans une race des hommes dont le teint ne s’accorde pas avec l’épithète qui nous sert à la caractériser ici. Ces groupes ne sont pas d’ailleurs uniquement fondés sur la couleur de ia peau ; ils reposent sur la considération d’autres caractères, et surtout sur les langues parlées par ces peuples.
RAGE BLANCHE
RAGE BLANCHE
Cette race fut désignée par Cuvier sous le nom de caucasique , parce que ce savant plaçait dans les montagnes du Caucase son origine première. On la désigne souvent aujourd’hui sous le nom de race aryenne, d’après le nom ancien des habitants de la Perse. On admet que la race caucasique, ou aryenne, est la souche primitive de notre espèce. De la région du Caucase, ou des rivages persiques de la mer Caspienne, cette race se serait répandue dans les différentes régions du globe, et aurait progressivement peuplé la terre entière.
La beauté de l’ovale de sa tète distingue la race caucasique ou aryenne de toutes les autres races humaines. Le nez est grand et droit; la bouche modérément fendue, les lèvres petites; les dents placées verticalement; les yeux grands, bien ouverts et surmontés de sourcils arqués. Le front est avancé, la face bien proportionnée; les cheveux sont lisses, longs et bien fournis. C’est cette race qui a donné naissance aux peuples les plus civilisés, à ceux qui sont le plus généralement devenus dominateurs.
Nous diviserons la race blanche en trois rameaux, correspondant à des peuples qui se sont successivement développés dans les premiers temps, au nord-ouest, au sud-ouest, au sud-est et au nord-est du Caucase. Ce sont les rameaux européen, aramèen et persique. Ce classement a pour base des considérations géographiques et linguistiques. M. d’Omalius d’Halloy admet un quatrième rameau, le rameau scythique, que nous croyons devoir rejeter, les peuples compris dans ce rameau rentrant beaucoup mieux dans la race jaune, ou dans le rameau araméen de la race blanche.