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FAMILLE ABYSSINIENNE

La partie de l’Afrique orientale qui porte le nom d’Abyssinie réunit plusieurs peuplades qui parlent différentes langues. Ces peuplades sont rangées par beaucoup d’ethnologistes dans la race blanche; cependant leur teint, toujours plus foncé que celui des blancs, est plus clair que celui des nègres. Leurs cheveux, ordinairement crépus, leurs lèvres généralement épaisses, leur nez moins aplati que celui des nègres, sont autant de caractères qui leur assignent une place intermédiaire entre les deux races blanche et noire. Ces peuples résultent sans doute d’un mélange d’habitants noirs, originaires du pays, avec des Orientaux qui les avaient conquis.

Nous citerons parmi les principaux peuples appartenant à cette famille: les Abyssiniens , les Barabras , les Tibbous et les Gallas.

A l’exception des Abyssiniens, ces peuples sont encore peu connus.

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Abyssiniens. — Les Abyssiniens sont rangés par la plupart des auteurs dans la race blanche et dans la famille sémitique. Il y a

Fig. 1 B6. Fusilier abyssin.

lieu de croire, en effet, que l’Abyssinie fut plusieurs fois conquise, et peut-être civilisée, par les peuples de l’Asie occidentale.

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Mais la couleur de leur peau, beaucoup plus foncée que celle des Araméens, prouve que les conquérants se sont mêlés avec les

Fig. 187. Tirailleur abyssin.

vaincus, et que de ce mélange est sortie la race abyssinienne actuelle.

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D’après le docteur Rüppel, il y aurait deux types principaux chez les Abyssiniens : le type le plus répandu se rapprocherait de celui des Arabes, le second offrirait plus de rapport avec les Nègres.

Les Abyssiniens qui appartiennent au premier groupe ont de belles formes. Par les traits, comme par l’expression de la physionomie, ils ressemblent aux Arabes Bédouins. Un visage ovale, un nez effilé, d’un contour pur, une bouche bien proportionnée, avec des lèvres peu épaisses; des yeux vifs, des dents bien rangées, des cheveux un peu frisés ou lisses et une taille moyenne, tels sont les caractères distinctifs de ce groupe, auquel appartiennent la plupart des habitants des hautes montagnes de Samen et des plaines qui entourent le lac Tzana. Les Falœshas ou Juifs, les Gamants, peuple idolâtre, et les Agows appartiennent à ce même groupe.

Le deuxième type se distingue principalement par un nez qui est moins effilé et même un peu aplati dans toute sa longueur, par des lèvres épaisses, des yeux longs et peu animés, des cheveux très-crépus, presque laineux et tellement épais qu’ils se tiennent droits sur la tète. Une partie des habitants de la côte d’Abyssinie, de la province d’Hamasen et d’autres cantons voisins de la frontière nord de l’Abyssinie, appartient à ce deuxième type.

Le baron Larrey, comparant l’Abyssinien au Nègre, a trouvé que le premier a les yeux plus grands, d’un regard plus agréable et dont l’angle interne est un peu plus incliné. Chez l’Abyssinien les pommettes et les arcades zygomatiques sont plus saillantes que chez le Nègre; les joues forment avec les angles de la mâchoire et de la bouche un triangle plus régulier; les lèvres sont épaisses, sans être renversées comme chez les Nègres ; les dents sont belles, bien plantées et moins avancées, les arcades alvéolaires sont moins étendues. Le teint des Abyssins n’est pas aussi noir que celui des Nègres de l’intérieur de l’Afrique. Le baron Larrey ajoute que les derniers traits qu’il a décrits se rencontrent, avec quelques nuances presque insensibles, chez les vrais Égyptiens d’autrefois, et qu’on les retrouve dans les tètes des statues d’Égypte et surtout dans celle des sphinx.

Dans son Voyngc en Abyssinie fait en 1863 et publié en 1865, Al. Guillaume Lejean a donné divers renseignements sur cette partie de l’Afrique et sur ses habitants. L’expédition glorieuse que

l’Angleterre a dirigée en 1866, contre le roi d’Abyssinie, a permis de vérifier l’exactitude de ces renseignements du voyageur français.

L'armée du potentat abyssin, le négus Théodoros, était composée, au moment de l’expédition dirigée contre lui par les Anglais, d’environ 40 000 hommes. L’infanterie est armée d’une

lance, d’un bouclier et d’un sabre long et recourbé. Elle attaque à l’arme blanche avec impétuosité. La cavalerie légère est excellente. Dans la charge, les cavaliers laissent flotter la bride, combattent des deux mains et font exécuter à leurs chevaux des tours de force prodigieux, avec le seul secours des jambes et des genoux.

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Us ont chacun un sabre et deux lances. A quinze mètres ces lances atteignent toujours le but, et leurs coups sont mortels. Us s'en servent comme d'un javelot, et le javelot a deux mètres de long. Chaque cavalier a un serviteur qui doit s’élancer le sabre à la main, au milieu des ennemis, pour y reprendre l’arme de son maître, et la lui rapporter. Cette cavalerie attaque un carré avec furie; elle fait bondir les chevaux par-dessus les fantassins, et les fait marcher à reculons, pour enfoncer les lignes ennemies.

Les tirailleurs sont des montagnards du Tigre. Us ont une bravoure froide et impassible ; leur tir est très-juste.

Les figures 186 et 187 représentent des soldats abyssins, tirailleur et fusilier.

Théodoros habitait rarement son palais. Sa vraie capitale était son camp, qu’il transportait sans cesse d'un bout à l’autre de l'empire. Il maintenait une discipline sévère dans sa maison et son état-major. Il y faisait souvent pleuvoir des bastonnades.

En Abyssinie, les deux cinquièmes de la population sont aux gages de la classe aisée. 11 n’y a peut-être pas de pays au monde où la domesticité soit plus répandue. Un propriétaire abyssin ayant un revenu équivalent à 4000 francs de rente n’a pas moins de huit serviteurs. M. Guillaume Lejean, dans son voyage, avait dix-sept domestiques, et son compagnon de voyage, un Anglais, en avait soixante-dix. Nous représentons (fig. 188) le costume d’un ouvrier abyssin.

Exception rare en Afrique, ies Abyssiniens sont chrétiens. L’Église d'Abyssinie a pour chef VAImuna, dont le pouvoir théocralique est presque sans bornes. Le roi d’Abyssinie et le pontife se haïssent, se craignent et s'observent. L’avantage est à celui des deux qui a le plus de courage et de forces.

Les moines et les prêtres sont communs en Abyssinie. La figure 189 représente le costume de ces religieux.

Les Abyssins prennent tous les mois une décoction de kousso comme médecine curative contre le ténia (ver solitaire). En effet, par suite de circonstances locales, les viandes dont on fait usage dans ce pays sont infestées de cysticerques qui, ingérés dans l’estomac avec ces viandes, provoquent la naissance, au sein des organes, de cet hôte incommode dont il faut se débarrasser de temps en temps. Ce remède contre le ténia a été récemment importé en Europe.

Barabrcis. — Les Barabras sont les peuples de la Nubie. Ils ha-

Fig. 189. Prêtre chrétien et moine d’Ahyssinte.

bitent la partie de la vallée comprise entre la frontière sud de

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l’Égypte et le Sennaar, c’est-à-dire la Nubie. Ils se rendent souvent en Égypte. Ils y arrivent de la vallée du Nil pour chercher du travail.

Ce peuple est bien distinct des Arabes et de toutes les nations voisines. Il habite sur les bords du Nil, et partout où il trouve un sol propice, il plante des dattiers, établit des puits pour les irrigations, et sème diverses plantes légumineuses.

Blumenbach fut vivement frappé de la ressemblance des Barabras avec les images et peintures que l’on trouve sur les divers monuments de l’ancienne Égypte. Les Barabras ont, comme les Égyptiens, la peau d'un noir rougeâtre, mais d’une teinte beaucoup plus foncée que chez ces peuples. Un visage ovale un peu allongé, un nez aquilin et d’une très-belle forme, légèrement arrondi vers le bout, des lèvres grosses sans être proéminentes, un menton fuyant, une barbe clair-semée, des yeux animés, des cheveux très -frisés sans être jamais crépus, un corps parfaitement proportionné, et en général de taille moyenne, une peau de lacouleur du bronze, tels sont les traits caractéristiques des Barabras purs.

On partage les Barabras en trois groupes, parlant chacun un dialecte particulier: les Noubas , ou Nubiens , les Fenous et les Don goulahs, qui tous habitent la vallée du Nil.

Les Noubas, ou Nubiens, d’après Burckhardt, se distinguent des Nègres par plusieurs points, en particulier par la douceur de leur peau, qui est très-unie, très-souple, tandis que chez le véritable Nègre la paume de la main est rude et aussi dure que du bois. Leur nez est moins aplati, leurs lèvres moins épaisses, leurs pommettes moins saillantes quechez les Nègres. D’après Pritchard. les Barabras paraîtraient être sortis du Kordofan.

La ligure 190 représente un Nubien.

MM. Henri Cammar et André Lefèvre, dans leur Voyage en décrivent aussi les Nubiens, dont ils traversèrent le pays en 1860.

<r Nous sommes en Nubie : on ne parle plus arabe. Les Nubiens, généralement inoffensifs, ont cependant une allure guerrière : le poignard qu'une courroie attache à leur bras, leur arc en bois de fer et un bouclier en peau de crocodile sont les marques et les gardiens de leur liberté ; le gouvernement n’a rien d’eux que par la force.

« Vigoureux cultivateurs, ils disputent au fleuve, à mesure qu’il décroît; le limon fertile qui suffit à quatre moissons.

« Ne croyez pas qu’on laboure; on se contente de semer le graiu par pin' cées dans des trous peu profonds, et la nature fait le reste.

« On conçoit qu’un climat si favorisé n’impose pas aux Nubiens la gène des

vêlements. La plupart n’ont sur eux que leurs armes et leur peau noire. Les femmes ont des costumes d'une coupe assez bizarre ; elles se teignent les lèvres et tressent leurs cheveux en mille petites naltes qu'elles ne refont pas tous les jours. Des Égyptiennes les trouveraient indécentes de laisser

Fig. 190. Nubien

voir le bas de leur figure. Bien plus, les filles, jusqu’au mariage, ne portent pour tout voile qu’une étroite ceinture. Les villages, assez rapprochés, ne se composent guère que de quinze ou vingt huttes en terre, couvertes d’un toit plat en branches de palmier; devant les cabanes, à Dolcé par exemple, sont rangées de grandes amphores où se garde le blé.

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« On trouve en Nubie des ruines de tous les temps et tous les dieux antiques *. a

Les habitants de la Nubie orientale ne sont que des peuplades errantes qui voyagent dans le pays compris entre le Nil et la mer Rouge. Les habitants de la portion septentrionale de ce pays portent le nom d'Ababdchs.

Les Bicharyrhs s’étendent jusqu’aux frontières de l’Abyssinie; les Hadharebs sont encore plus au sud et vont jusqu’à Souakin, sur la mer Rouge. Les Souakins appartiennent à cette même race.

Les Bicharyehs sont sauvages et inhospitaliers. On prétend qu’ils boivent le sang encore chaud d'animaux vivants. Ils sont, pour la plupart, nomades, et se nourrissent de la chair ou du lait de leurs troupeaux. Tous les voyageurs s'accordent à les représenter comme de beaux hommes, ayant des traits réguliers, des yeux grands et expressifs et une taille svelte et élégante. Leur teint est de couleur chocolat foncé. Leur coiffure est très-curieuse. Ceux qui ont les cheveux assez longs pour les faire descendre plus bas que l’oreille, les laissent pendre en mèches droites, terminées chacune par une boucle. Cette chevelure est imprégnée de graisse, et si bien embrouillée qu’il serait difficile d’y faire pénétrer un peigne. Iis se garderaient d’ailleurs d’y toucher, et pour ne pas déranger leur coiffure, ils sont toujours munis d’un morceau de bois pointu, de la forme d’une grosse aiguille; ils se servent de cette aiguille de bois pour se gratter la tète.

La coiffure des Souakins est tout aussi étrange. L’aiguille qui sert à se gratter la tète est l’accessoire obligé de la toilette du Souakin.

Les Ababdehs ont les cheveux crépus, longs de sept ou huit centimètres, les lèvres peu épaisses, le nez un peu gros et le teint presque noir. Ils sont nomades et vivent à la manière des Bédouins.

Tibbovs. — Les Tibbous, qui errent dans la partie orientale du Sahara, ont été considérés comme appartenant à la famille des peuples berbères ; mais ils ont le teint plus foncé et ne parient pas la langue arabe. Leur nez est aquilin, leurs lèvres peu épaisses, leur figure intelligente et leur taille svelte. Ils sont extrêmement agiles et se livrent au pillage des caravanes.

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