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LES RACES LATINES PASSÉ ET AVENIR

Le XIXe siècle a été le siècle du nationalisme. Tandis que les peuples qui avaient perdu leur indépendance : Pologne, Belgique, Irlande, Etats des Balkans, s'essayaient avec plus ou moins de bonheur à recouvrer leur autonomie,les peuples de même race sentant le besoin d'être forts se groupaient plus ou moins volontairement autour du plus puissant d'entre eux et formaient ainsi de nouveaux Etats politiques, comme l'Allemagne ou l'Italie. (Ce réveil des nationalité:, ces essais d’unification ont inspiré à un penseur du dernier siècle, à M. Thiers, je crois, cette idée qui, pour des Français, ne saurait être indifférente : “Je prévois à peu près le jour où l’Europe ne formera plus que trois Etats compacts : l'Etat slave démesuré ; l'Etat germanique très vaste, et un Etat latin de beaucoup le plus petit et le moins puissant”.

Certes, cette narole est pour nous pleine de menaces. On aura beau nous dire(l)que ja France, que l’Ital'-! que l'Espagne seront toujours les flambearx de l’univere, les dominatrices NT et artistiques du monde. C’est pos-

‘à Pa fnaic £ latine, per M. G. Hanotaus, de l'Académie Françaiwe. . - FL RE

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sible, mais cela ne suffit pas à la vie d’un peuple. Xercès aurait vaincu les Grecs, si, à côté de Phidias ou d'Arelle, l'Hellade n'eut pas produit Léonidas, Aristide ou Thémistocle. Ce qui fait la vied’une race, ce qui constitue l'âme d'un peuple, ce n’est pas tant son art et sa littérature que ses souvenirs de puissance, que ses traditions de gloire et de grandeur. Ce n'est pas l'influence intellectuelle qui engendre la domination politique, c'est la domination politique qui engendre l'influence intellectuelle.

Voilà pourquoi il est intéressant de discuter si la pensée de M. Thiers est rigoureusement vraie; si la race latine(2), épuisée et vieillie, est destinée à mourir étouffée entre ses deux puissantes rivales. C’est ce qu’il sera possible d’établir en nous adressant au passé d’abord et à l'époque présente ensuite. Les sièrles écoulés diront ce: qu'ont fait les races latines ; le présent dira si ce qu’elles ont fait hier elles peuvent le refaire aujourd'hui. 11 s’agit de savoir si le jour est venu où, obéissant à la loi immuable et obscure de: la transmission dela puissance mondiale, le vieux sang latin doit définitivement se résigner à perdre sa prépondérance au profit d’un nouveau venu.

9 En pariant ici de races latines, {l n'est pas question: den races mêmes, dn sang lalin, mais seulement des. peuples de civilisation et d'éducation latine.

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Lorsque, successivement, l'Egypte, l'A- vrie, la Perse, la Grive eurent déposé le sceptre de l'Univers, devenu trop lourd pour leurs mains sén: es, Rome ramassa ce sceptre que Philopæmen, le dernier des Grecs, avait laissé tomber. Mais après quelques siècles de grandeur, Rome à son tour succomba sous le sussée des Barbares. Ceux-ci n'étaient poir! ‘ aus à leur heure. Ile étaient trop enfants pour relever le pouvoir suprême. Ils étaient aussi trop peu nombreux et par trop désunis. Leur sort fut différent, les uns se fixèrent dans des pays déjà civilisés par Rome: Gaule, r#spagne, Italie, Roumanie. Ils se fondirent dans la masse des vaincus, leur prirent leur civilisation dans ce qu’elle avait de bon et donnèrent naissance au sang latin. Les autres, au contraire, s’établirent en Bretagne, en Germanie, contr“es que les Arminius et les Galgacuavaient pré. .vées du contact romain. Ceux-là ne profitèrer point de la civilisation latine, et, de ce chef, restèrent en retard de plusieurs siècles sur leurs frères plus heureux : c'étaient les peuples saxons.

Après quelques siècles d'un entier chaos politique, Charlemagne fit un premier essai d’unification. Un instant, sous son sceptre, l'Italie, la France, l'Allemagne, une partie de l'Espagne, furent réunies. Mais une fois l'empereur disparu, l’antagonisme des races saxonnes et latines, qui composaient son empire, bien plus peut-être que

l’inhabilité de ses successeurs, divisa ces peuples qu’une main puissante avait un instant rapprochés.

Deux siècles encore, et voici les croisades, qui apportent un nouvel obstacle à la création, en Europe, d’un état puissant. Pourtant c'est de ce grand mouvement vers l'Orient que va dater la prépondérance d’un peuple. Tandis que les chevaliers de France et de Castille, que ceux de Richard Cœur de Lion et de Frédéric Barberousse s'en vont mourir pour la délivrance du Saint- Sépulcre, Venise s'agrandit et commence à mirer dans le calme de l’'Adriatique la magnificencehautaine dé ses patriciennes demeures. Indifférents où à peu près à la cause religieuse, les Vénitiens font payer cher le passage dans leurs. nefs. Aujourd’hui c’est Zante ; c’est la Morée ; demain ce sera cent mille ducats d’or. Et voici qu'au XIle siècle Venise est en quelque sorte la reine du monde ; elle vient d’écraser ses rivales italiennes. Ses vaisseaux sillonnent la Méditerrannée, ses produits encombrent l'Europe, on ré clame son secours en Orient. Mais ce règne est. de courte durée : Vers 1250,tes patriciens commencent à s'endormir dans leurs lagunes sereines et les fiançailles du doge avec la mer tendent de plus en plus à devenir une cérémonie, sans rester un symbole. A l’aube du XIVe siècle Venise n’est. plus que l’ombre d’elle-même ev pourtant ce

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n’est qu'après cinq siècles d’agonie, en 1799, qu’elle achèvera de mourir.

Cependant, une fois les croisades terminées, l’Europe déserte la Méditerrannée qu'infestent les musulmans. Avec le commerce, avec la vie industrielle, la prépondérance politique se déplace aussi. C’est sur l’Atlantique que les nautonniers se risquent à naviguer ; c'est sur l'Atlantique qu’un peuple va prendre le pas sur tous les autres. Ce ne sera point la France : la guerre de Cent ans va commencer. Ce ne sera point l’Espagne, qui s’occupe à chasser les Maures. C'est le Portugal. Déjà les marins portugais ont longe la côte d'Afrique, Vasco de Gama a doublé le cap des Tempêtes. Voici Albuquerque, qui fait don aux Portugais de cet empire asiatique auquel les quelques Portugais, groupés aujourd’hui sous l’étendard de Bragance, à Goa ou à Macao, songent parfois avec cette mélancolie triste qui cst l’apanage des peuples tombés.

Après un siècle de gloire la puissance portugaise est morte, semblable au cœur qui a envoyé dens les veines tout le sang qu’il contenait, et qui cesse de battre faute de voir le sang revenir. Le Portugal,qui envoyait ses fils conquérants mourir en Asie, n’en eut même pas assez en Europe pour mourir vaincu. Sa prépondérance disparut lentement au cours du XVe siècle comme la flamme d’une lampe qui s'éteint.

Le sceptre, qu’il avait laissé tomber, fut enco-

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re ramassé par des mains latines. L'Espagne, qui 3 venait ce naître sur les débris de Grenade, par la fusion de l’Aragon et de la Castille, devait garder près d’un siècle le premier rang dans l’univers. Regardant à la fois l'Orient et l'Occident, peuplée d'une race brave et orgueilleuse, caressée tour à tour par la Méditerrunnce ou l'Atlantique, l'Espagne était manifestement appelée à dominer, Les Provinces des Pays-Bas, la Franch&æComté, Naples et la Sicile la rattachent à l’Europe, et Cortez et Pizarre, après Christophe Colomb, lui ont donné les deux Amériques. Prépondérance incontestée, situation magnifique, débouchés merveilleux. L'Espagne eut tout et ne sut se servir de rien. Elle eut trop peut-être, car il aurait sans doute mieux valu pour elle que Charles-Quint ne fût point empereur d’Allemagne.

Quoi qu’en soit, vers 1560, cet empire commence à décliner. La raison en est simple. l’Esragne, si riche et si puissante, n’a pas su s’assimiler les éléments de son empire, elle n’a pas su les faire siens. Les Pays-Bas se révoltent sans cesse. L'Allemagne se fatigue de l’orgueil castillan. Masaniello, un simple pêcheur, un fou, peutêtre, suffit à révolter Naples et à en chasser les Espagnols. Quant aux possessions américaines, l'Espagne, qui ne semble pas avoir d’autre but que l’anéantissement de la race indienne, leur demande simplement de fournir beaucoup d’or. En

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core si ces richesses lui avaient servi au point de vue économique, si elle avait employé l’or de l'Amérique à se créer une industrie propre, mais non : l'Espagne se contenta d'être le canal qui met en communication l'argent du Nouveau Monde et les produits de l'Ancien.

Cependant, à la fin du XVIe siècle, l'Espagne tait encore forte et puissante, quand un jour les rapports se tendirent entre elle et l'Angleterre : Elisaketh la Grande et la Cruelle gouvernait à ce moment-là. Philippe IT réunit à Cadix une flotte magnifique, composée de lourds bâtiments de guerre. Il embarqua sur cette flotte 60,000 hommes et, tout fier de son œuvre géante, il appela cette escadre ‘‘L’Invincible Armada”’. L’An-

* gleterre trembla, mais voici que, pendant le

voyage, une tempête nocturne dispersa la flotte espagnole. Et le monde, qui le soir, s'était endormi dans l’angoisse, fut tout étonné à l’aurore -d’apercevoir sur la mer, la veille encore couverte de navires, quelques caravelles blessées, fuyant sous le vent, comme désireuses de cacher dans le lointain leurs mâts brisés où le drapeau d’Espaone ne flottait plus. Ce fut l’Angleterre qui recueillit l’héritage de l'Espagne.

L’Angleterre était encore hien en retard sur ‘les races latines, quand Guillaume le Conquérant lui apporta la civilisation quilui manquait.

Bientôt elle se trouva digne de prétendre à la première place en Europe : et pourtant, jus-

qu’en 1570, elle n'avait jamais pu s'élever jus-

que-là. C’est que le ciel avait mis un brûlot au

flanc de la nef anglaise, Ce brûlot, c'était l’Ecosse, Quand Elisabeth en eut éteint la flamme dans le sang de Marie Stuart, l'Angleterre pensa pouvoir régner sans conteste. Elle se trompait : sur le continent avait grandi peu à peu un peuple né d'une race guerrière et farouche où l'on savait mourir pour la patrie et pour la liberté. Il s'était fortifié dans des souvenirs de gloires héroïques, et son enfance s'était bercée. aux récits des hauts faits des aïeux endormis. Une guerre de cent années avait trempé son âme et effacé les querelles de clocher, pour les remplacer par l'amour de lu grande patrie.

Ce pays, c'était la France ; sortie des mains de Jeanne d'Arc et de Louis XII plus forte et plus unie, elle n’attendait qu'un chef. Ce chef arriva à son heure. Sorti de la vieille souche des. lys royaux de France, toujours vivace et toujours honorée, Henri IV survint. Quand il meurt il laisse à son puys la première place dans le. monde. Richelieu, digne successeur de sa politique, augmente encore notre prestige, et, quand Louis XIV naquit, les lauriers de Rocroy ombragèrent son berceau. Comme le soleil, la gloire: de ce règne rayonne en tous lieux. Voyant la. Hollande prendre une place trop large dans le monde, Louis XTV la réduit sous Guillaume d’Orange, à n'être près de l'Angleterre ‘“‘qu’une frêle:

chaloupe navigurrt dans le sillage du vaisseau amiral”. Que de projets grandioses il forma quand le trône d'Espagne eut échu à un Bourbon!Alors que son désir ardent était dans l'avenir de voir grouper, autour du Royaume de France, l'Espagne et le Royaume de Naples, qui ne se rappelle la majesté de son déclin. Il ne tomba point sans gloire, comme Venise ou le Portugal ; sa chute ne fut point l’œuvre d’une nuit come pour l'Espagne. Elle ressemble plutôt à ces retraites héroïques, où les vaincus trahis par le destin s’en vont calmes et lents face à l'ennemi. Cette décadence fut si belle que lorsque ce soleil couchant fut sur le point de disparaitre alors que les courtisans saluaient déjà l'aurore d'un nouvel astre, certains, qui n'avaient pas voulu adorer l’astre en plein midi, tomhèrent à genoux devant ce même soleil disparaissant lentement au milieu de la pourpre violacée, qui est à la fois le symbole du deuil et le signe du déclin. Saluons en passant cette grande figure que certains aujourd’hui voudraient rabaisser. Hier un 1liste ne refusait-il pas le nom de grand à Lous XIV : ‘Une jolie personnification de la Majesté Royale(je cite textu. ment )ce gnome à perruque(il n'avait pas c ; pieds), grêlé comme une écumoire, avec une fistule dans le nez, une autre... ailleurs”. Et ce même journaliste ajoutait à quelques jours d'intervalle: ‘Quelle bêtise de dire de Louis XIV qu’il fut un grand

homme:est-ce qu'on est grand quand on est malheureux!” Ne pourrait-on pas répliquer à ce publiciste qui, dans ces articles, mettait en paralléle Louis XIV et M. Loubet: *‘1] vaut bien tous vos hommes du jour. ce gnome à perruque;jamais sous son règne le arapeau français ne fut amené devant un autre, pas même devant celui d'Angleterre. Qu’importent les défauts physiques, qu'importe la fortune des batailles, quand on a Fâme d’un héros”.

Quand Louis XIV eut fermé ses yeux, la suprématie française s’éteignit et la prépondérance passa à l’Angleterre:elle devait la :onserver tout le cours du XVIIIe siècle. Pendant ces cent années cependant de nombreux changements devaient se succéder en Europe. Les races saxonnes et slaves allaient sortir de la demi-civilisation pour essayer de se mettre au niveau du vieux sang latin.

Pour l’Allemagne Orientale, pour le Brandebourg, berceau de la Prusse d'aujourd'hui, c’était chose facile, L'invasion de Guillaume le Conquérant avait mis l’Anoleterre au niveau économique et politique des autres netions. Un fait analogue devait se passer en Prusse. Les chevaliers Teutoniques constituaient un ordre de chevalerie, composé exclusivement de Brandebourceois qui s'était fondé à Jérusalem pen°ant

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la croisade. Quand le Royaume de Jérusalem fut tomué, ces chevaliers retournèrent en Prusse, leur pays d’origine, et y rapportèrent la civilisation latine, qu'ils avaient glanée au contact des croisés de l’Occident. Il fallut un nomtre respectable d’années pour faire entrer dans les têtes prussiennes, spécialement dures et rebelles à la civilisation, les idées généreuses, le goût harmonieux et la politique exquise des latins.

Enfin, au terme du XVIle siècle, sous les derniers électeurs de Brandebourg et sous les premiers rois de Prusse, la schlague aidant, !’Allemagne Orientale se civilisa et Frédéric le Grand put espérer un jour être le roi du premier peuple du monde. Son rêve ne se réalisa pas. L’Angleterre, insulaire par sa situation particulièrement avantageuse, par sa population déjà dense, par ses colonies; par som activité commerciale, sut garder sa prépondérance intacte jusqu’en 1782. Il y avait bien eu un nuage dans son ciel le jour où, réalisant la pensée de Louis XIV, la France, l'Espagne et Naples, r enant comme ralliement la parenté de leurs pri: 28, s’étaient unies par le ‘‘pacte de Famille en 1761”. Mais par suite de diverses circonstances l'alliance n’avait pas reçu tous ses effets et l’Angleterre dormait tranquille,

Un jour, les bourgeois de Philadelphie s’avisèrent de jeter à la mer la cargaison de deux navires anglais chargés dé thé. Ils trouvaient que la

métrople abusait de sa situation et les imposait indignement, Pour comble de malheur, Ja France se méla à la querelle, et son armée, sa flotte reconstituée infligèrent plus d'une défaite à l’Angleterre. Deux ans après, la paix était signée, l’Amérique était libre ; mais Je but de la France n’était atteint qu'incomplètement. L'An- &leterre vaincue était encore forte, et quelques anées lui suffirent Pour réparer ses désastres. Elle s’agran lit dans les Indes, ne soupçonna:t ‘pas encore la présence d’une troisième race, qui allait se dresser devant elle, derrière l'Himalaya. Cette nouvelle venue serait la race slave: Pierre le Grand et Catherine de Russie se sont efforcés de lui inculquer un pe de civilisation, et de lui frayer une place en Europe, ce qui n’a pu se faire qu’en écrasant la Pologne.

Parmi les races latines la France était celle qui s'était formée la première ; c'était celle où la civilisation s'était le plus vite developpée. Ce devait être la France aussi, qui, la première, allait tenter de détruire l’ancien état de choses et chercher à mettre d’accord la Philbsophie du XVIIIe ‘siècle et le gouvernement. Cet ‘essai de conciliation entre le fait et la rensée aboutit, vous le savez, grâce à la faiblesse du pouvoir civil, au triomphe de la philosophie, à la défaite de l’autorité. Ce fut la révolution. Un jour, Louis XVI, qui s’était endormi à Versailles roi de France, se réveilla aux Tuileries roi des Français, . pour

devenir bientôt, à la barre de la Convention et dans la Tour du Temple, Louis Capet, ci-devant tyran de la nation. Chacun connait cette lamentable histoire et & fait le parallèle entre Louis XV se gorgeant à Versailles des mets ks plus délicats, et Louis XVI obligé, pendant son procès de solliciter du procureur syndic de la Commune, après une journée de jeûne, un humble morceau de pain. Pas un Français n’ignore cetto tragédie historique qui commenc: aux gronde:

ments des canons de la Bastille et qui se termine au roulement des tambours de Santerre.

Tristes jours où la France versa, de ses rois, le vieux sang, sacrifia sa gloire et renia le culte du passé au pied des autels de je ne sais quelle déesse Raison dont l’apparition fut toujours en France le prélude d’une nouvelle Terreur. Ell se livra à ces folies sanguinaires dans l'espoir de donner aux siècles futurs une liberté, dont on a beaucoup parlé depuis sans avoir pu jamais en jouir, pour établir une égalité qui consistait à mettre hors la loi la moitié des Français, et proclamer une fraternité qui ne fut jamais qu'un grand mot sous l'hypocrisie des baisers Lamourette, incapable de cacher aux yeux detous la guillotine teinte de sang ‘francais. Sorhbres joirnées qu’on, voudrait bien voir ensevelies dans

l'oubli des siècles, sans qu’elles reparaissent ja-

mais. Fa | À l'extérieur, les armées de ja République gla-

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naient sur le sol étranger un peu de cr :te gloirequi maiquait tant à la Convention. Nos soldats se couvraient de lauriers, sous le prétexte d'apporter la liberté aux peuples frères. Ils étaient reçus assez froidement. Je l’ai dejà dit, les peu: ples voisins n'étaient pas mûrs pour ces folies ; nos soldats leur inspiraient peu d'enthousiasme. ‘Comment voulez-vous, avait le courage de direun bourgmestre ‘le Hollande à des soldats fran- Gais, comment voulez-vous que nous ayons plaisir à serrer des mains régicides et à saluer un drapeau encor teint du sang de vos frères ?”

La France allait peut-être mourir étoufféedans la boue du Directoire, quand un: homme se leva. Bonaparte sut inspirzr à la France, non pas l’amour comme Henri IV, non pas le respect dévoué comme Louis XIV, mais une sorte de fiè-. vre enthousiaste pour son génie incontesté. Il se concilia les catholiques : il s‘attacha son armée. et un jour, monté surles épaules de ses grognards, il ôta du chef de Charlemagne la couronne de l’Empire d'Occident pour la placer sur sa tête. Il se fit empereur. La France fascinée, reconnaissant en lui l’homme prédestiné, se donna tout entière au nouveau souverain.

Il aurait peut-être pu, vers l’année 1805, fonder une dynastie nouvelle et réaliser le rêve de Louis XiV. Mais il visa trop haut. Non content de faire de la France la reine du monde, il voulut unifier l’univers sous sa main. L’Angleterre

Le

était là qui s’opposait à son rêve, Pour écraser l'ennemi séculaire il décréta le blocus continental qui l'entraina dans une suite d'expéditions toutes glorieuses, mais toutes plus ou moins fatales Un jour il laissa ses aigles dans les steppes de Russie, et bientôt Paris qui, après Austerlitz, s'était endormi plein de confiance, se réveilla au bruit du canon de Waterloo. La race latine pendant quinze ans, maitresse incontestée du monde, était vaincuc, brisée, anéantie et impuissante devant la colère éclatante des races germaniques et slaves, ivres de vengeance +£ de rage

inassouvie. y

Voilà l’histoire du passé. Examinons maintenant en détail l'état présent de la race latine. Il n'est certes pas glorieux. Mais peut-être a-t-on noirci à plaisir la situation. C'est ce que nous examinerons en faisant passer devant nos yeux les différents Etats habités par les peuples d’éducaiion et de civilisation latines. Dans cette revue politique, économique et sociale des différents pays que peuple aujourd'hui la race latine, la première place appartient nécessairement à la France. Le siècle qui s’est écoulé ne parait pas avoir été bien profitable à sa grandeur. Depuis 1815, séparée des principes séculaires, elle est. allée, ballottée de Restauration en Révolution, et, parmi les hommes politiques, ilen est plus

d'un qui pense qu'aujourd'hui elle n'a pas encore fait choix de son gouvernement définitif. Le siècle tout entier n'a Pas Vu un gouvernement assez stable pour être réparateur, sauf peut-être la Kestauration de 1815 qui puisa dans sa légitimité la force nécessaire pour donner à la France une réelle prospérité,

La monarchie de Juillet, gouvernement bâtard naquit au sommet d'une barricade au même endroit où, dix-huit ans plus vard, il devait tom- Ler. Sa naissance illégitime l'empêcha de réprimer les ‘meutes et l'entraina, pour se faire accepter des souvr- ins d'Europe, à leur faire des concessions blessantes, et à inaugurer le système de la paix à tout prix. Il eut du moins l’honeur de nous donner l'Algérie,

La République de 1818 n'est guère connue que par ses ateliers nationaux où l’on mettait la Seine en iouteilles. L'empire qui lui succéda eut le tort de crever la dette, d'augmenter les impéts:et s'il eut l'honneur d'ajouter à nos gloires : Solférino, Magenta, Malakoff, il commit le contre-sens de s'attaquer à la Russie et de favoriser sur ns frontières la création «le deux des éléments de la Triplice, l'Allemagne, née de ja Prusse, à qui l'Autriche ne faisait plus contrepoids ; et l'Italie unifice par le Piémont, qui vevait d'absorber Rome et Naples à la fois. Quand

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l'Empire pour tout ce qui touchait à ln tactique militaire, un pouvoir, modéré, fort, appuyé par tous les Francais, sembla devoir s'établir et pendant sept année on put croire à ln possibilité de la République libérale, Vains elforts, en ISSO la République sectaire remplaça la République ‘‘conservatrice’’, De ce jour notre situation économique, qui, jusque-là, plus ou moins brillante, s'était toujours maintenue à un rang fort honorable, déclina progressivement. Notre commerce, de plus de dix milliards en 169, était, ilvapeu d'années, de 7 milliards S00 millions. La marine marchande Francaise, la seconde en 1870, n'est plus aujourd'hui que la cinquième, après l'Angleterre, les Etats-Unis, la Norvège et l'Allemagne, De 1892 à 1902, alors que la marine marchaude à vapeur de l'Angleterre a augmenté de 53 F. c., celle de l'Allemagne de 107 p. c., celle de la Norvège de 191 p. c., celle du Japon de 231 p. c., et même celle de l'Espagne de 30 p.c., la nôtre a fléchi de 1 p. c.. Notre marine marchande à voile a baissé de 10 p.c.en 20 ans et aujourd'hui 76 p. c. de notre commerce maritime se fait par vaisseaux étrangers. Nos colonies comptent environ trois fonctionnaires pour un colon. (

Voilà pour la décadence physique. Du côté moral, l’abaissement n’est pas moins grand. L’institution du divorce a brisé les liens de famille. La conscription, le service militaire, ont, dit-on,

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restreint la natalité. Le nombre des crimes commis par les enfants a quintuplé de 1830 à 1900, et doublé de 1878 à 1900, triste résultat des écoles sans Dieu. Le socialisme, que certains pensaient apaiser en lui jetant les congrégations en pâture, a senti croître son appétit en mangeant ce hors-d'œuvre et attend impatiemment qu'on. , lui livre le plat de résistance : le capital. Chaque jour la mésintelligence s’accroit entre le patron ‘et l’ouvrier. Chaque année la dépravation morale se fait plus grande et la France semble près de réaliser cette parole d’un vieil auteur paien: “Un peuple qui méprise les dieux et la vertu, est. un peuple qui se meurt”.

Je l’ai dit plusieurs fois, le reste des races latines était en retard sur la France. Aussi, tous les peuples latins ont-ils éprouvé, dans le cours du XIXe siècle, des ébraniements, conséquencenécessaire du changement de principes politiques et sociaux.

Dans l’esquisse rapide des races latines quenous allons faire, nous ne Parlerons pas de læ Roumanie, qui nous touche moins, dominée qu'elle est par le colosse Russe ; nous ne parlerons point du Portugal, que la nécessité politique à réduit à se mettre à la remorque de l’Angleterre ni de la Belgique qui nous intéresse cependant et par son exemple et par sa situation:

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mais c’est un Etat neutre qui n’:st du reste pas entièrement latin. C’est l'Espagne et l'Italie qui sont en cause, en y ajoutant les républiques latines transplantées sur le sol du nouveau continent.

L'Espagne a traversé, pendant le XIXe siècle, des crises politiques terribles, et elle a perdu en cent années les derniers rayons de sa gloire ternie. Elle a fait comme nous et plus que nous l'expérience des différents systèmes gouvernementaux. Elle a connu, avec Ferdinad VII, la monarchie absolue, et le gouvernement constitutionnel avec Isabelle 11, Amédée Ier, <t Alphonse XII;elle a connu la dictature D’Espartero ; et même le République tyrannique <t franc-maconne qu’elle a eu du reste la sagesse de garder fort peu de temps. Elle a connu les rivalités de deux familles rovales, Carlistes et Christinos, et ces divisions, malgré l’apaisement actuel, ne sont pas encore terminées. Ses colonies américaines se sont séparées de la métropole une à une, comme les perles d'un très vieux diadème qui tombent de leur monture rongée et disjointe sous l'action des siècles.

Pourtant l'Espagne, après ces longues luttes et ces déboires de toutes sortes, avait, dans: un hoquet suprême, rejeté la plus grande partie da ce qu'il y avait d'impur enelle. Alphonse XII cherchait l’apaisement ; mais en 1885 il mourut au moment où l'Espagne fondait le plus d'espoir

rur lui. Jl ne laissait que des filles, Heureusement, en mai 1886, les cent un coups de canon réglementaires annoncèrent à l'Espagne qu’Alphonse XIII était né. Pendant dix-sept ans que dura sa minorité, les partis espagnols, tout au moins le parti carliste et les Partis libéraux, tinrent à honneur de garder le silence et de veiller sans relâche autour du be--sau du monarque en- : dormi.

Seule la secte “‘anc-maçonne,imbue des préjugés voltairiens philosophiques du XVIIIe siècle, s’adjoignant les socialistes et les anarchistes. continua à briguer le Pouvoir et à injecter dans le peuple son venin anti-gouvernemental et anti-religieux, avec trop de succès, hélas. Cependant la prospérité matérielle revenait lentement et l'Espagne, sous le gouvernement de la régente Marie-Christine, ne cherchant point à jouer un rôle au-dessus de ses forces, reprenait un peu dela vigueur passée quand une révolution éclata à Cuba. Les Américains, qui convoitent cette ile, prennent pour prétexte l'explosion d’un bâtiment ct déclarent la guerre.

En un jour l'Espagne est debout. Mais quepouvait la pauvr. monarchie tombée, sans argent, sans soldats, sans marins, sans monarque Elle n'avait qu'à sauver son honneur. Elle le sauva. Dans la lutte amère et désespérée, elle regardait, furtive, au-dessus des Pyrénées, pour voir si, de la terre chevaleresque et classique de

ET pe

l'honneur, dont elle pe-tait le blason du passé sur la tour d’Aragon ion de Castille, on viendrait lui tendre la 1. La France resta immobile : elle avait oublié sa parenté séculaire et son vieux blason royal, dont s'enorgueillissait l'Espagne. Elle en avait jeté les débris dans la nuit du passé, ou dans l'ombre de l'exil. L'Espagne comprit que sila France ne venait pas à elle, nul ne se lèverait en Europe. Elle envoya l’ordre à sa flotte, enfermée à Santiago de Cuba, de sortir à tout prix : la flotte sortit et l'Espagne fut vaincue.

Pauvre et grande Espagne, jadis la reine du monde, elle se vantait d'avoir un empire où le soleil ne se couchait jamais ; aujourd'hui elle est la plus pauvre des nations de l'univers, mais son honneur est intact et elle a toujours des enfants prêts à mourir pour elle.

Là aussi, la race latine a fléchi et l'empire de Charles-Quint semble bien prêt à sombrer. Cerendant, appuyé sur son peuple et débarrassé des colonies remuantes, le jeune Alphonse XIII parviendra peut-être à rendre à son pays quelque chose de sa prépondérance - passée, tout au moins la paix sociale qui lui a fait défaut depuis si longtemps. C’est le souhait de la France !

“L'Italie, a ditun géographe humoristique, est une botte gigantesque qui menace d'un coup

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de pied ou l'Espagne, ou la F'aaice.

en soit dela Syÿmpathie italienne tions sœurs, l'Italie est un peuple intéressant. Il n’est point, Dieu merci ! de question frençaise, il n'est point de question espagnole, mais il Ya&une question italienne, tout une question d'Orient. Cette questi à ceci: ‘Est-il heureux pour l'Italie de s’être unifiée ?”’ En 1815, l'Italie en tant que territoire était divisée en cinq parties. Le Piémont, à la dynastie Savoisienne, entreprenante et intrigante ; le royaume Lombard Vénétien qui appartenait à l'Autriche ; les duchés de Toscane, de Modène et de Parme à des Bourbons, Jes Etats de l'Eglise, et enfin le royaume de Naples gouverné par des Bourbons, lui aussi.

Seul de tous ces Etats, le Piémont était actit et remuant: il CoOMmMença par s’assimiler les duchés du nord, et il sut entrainer la Frar-e dans cette guerre d'Italie si riche en gloire et si funeste dans ses conséquences pour notre pays. Engagé par l’ancien carbonaro Bonaparte, devenu Napoléon III, dans la lutte fratricide contre l’Autriche, notre alliée naturelle, contrepoids nécessaire à la puissance Prussienne, cette guerre

Quoi qu’il pour les na-

comme il y a on se ramène

fut le contre bon sens le plus funeste du troisième empire.

Bientôt le Piémont s'attaqua aux Etats de PE £lise, où il fomentait depuis longtemps des troubles. I} payait les révolutionnai;

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nouveaux principes. Rome restait cependant au Pape, et Cavour et Garibaldi n'osaient pas y æntrer, car Napoléon III, sous la pression de l'opinion publique, y entretenait un corps d’armée française.

Ce fut alors le tour du royaume de Naples: en huit jours la flotte, l’armée, achetées par le Piémont. abandonnèrent leur prince légitime,

Restait encore Rome. Sa prise fut l'œuvre de “quelques années. Napoléon III, menacé de mort par les sociétés secrètes, retira lee tronpes fran- Çaises, et quand Castelfidardo .«. .cimé l’armée du Pape, quand la France eut été envahie, les Garibaldiens et les Piémontais entrèrent à Rome:le Pape yresta prisonnier. Le peuple, sous la pression des baïonnettes, ratifia le fait accompli: l’Italie était unifiée.

Ces spoliations d'Etats impuissants n’ont guère profité à la monarchie piémontaise. Mais c'est l'Italie qui a été la victime de cette unifi- <ation. Elle est restée ou devenue, selon les régions, plas franc-maconne, plus athée, plus immorale que jamais. Elle a voulu prendre rang parmi les grands Etats, et ce n’est que par des ‘sacrifices immenses d'argent, qu'elle a pu réali- ‘set en partie son rêve. Elle succombe sous le poids d'impôts toujours plus lourds. Son prestige n’a point grandi et elle va sans gloire à la remorque de l’Empire d'Allemagne. Les Rois schismatiques qui la visitent, l'insultent en al-

lant voir le Pape. Parmi les chefs d'Etats catholiques, les uns n'ont pas commerce avec elle, les autres refusent de venir à Rome

On dit pourtant qu'elle espère une consolation prochaine. Rien ne lui réussit: quand elleveut fonder des colonies. elle se fait battre par des Etats moins Puüissants qu’elle. Lors de son entrée dans la Triplice, Ja dénonciation de ses traités avec la France a amoindri son commerce- La corruption morale de l’Italie s’accroit chaque jour — les anarchistes sont presque tous italiens — et sa police est si impuissante que les: souverains étrangers hésitent à se rendre dans la. péninsule, craignant pour leur, sûreté personnel . le. Elle a perdu en force morale, en bonheur, en considération, ce qu’elle a gagné en étendue, si toutefois elle a gagné quelque chose au nouvel état de choses.

Passons l'Atlantique, nous nous trouvons:

dans l’Amérique latine : les colonies espagnoles: devenues indépendantes, et le Brésil, qui s’est érigé en République en 1889, végètent misérablement à travers les révolutions. Il y a cependant des exceptions. La République Argentine, le Chili, gouvernés plus fortement,y sont plus florissants.

L’Equateur, qui avait montré quel degré deprospérité un peuple catholique peut atteindre,

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