PUBLIQUES
Par M. lo Comte JAUBERT.
L^exîstence des arbres de nos promenades publiques est exposée k mille dangers : aussi les tables de la mortalité qui sëvit dans leurs rangs sont-elles lamentables. A peine sont-ils plantés, que, malgré les moyens préservatifs que la police multiplie autour et auprès d^eux, ils ont k subir de la part des passants des outrages de toute espèce : chocs, meurtrissures, rien ne leur est épargné. Les en-
1 Extrait du Bulletin de la Société botaniqvte de France, séance du 27 Mars 1857.
fants, cet âge sans pitié ^ comme dit La Fontaine, les tonrmentent de tontes façons , et à cet en Jroit les gens qui devraient être raisonnables ne le sont gaère pins qne les enfants. Sauf qnelqnes situations prÎTilëgîëes, comme les Tuileries, où la yëgëtation se dëreloppe librement ayec une magnificence dig^e de la nature sauvage, et les bonlevards extérieurs, parce qu'ils sont déserts, la plupart des plantations languissent et meurent prématurément^ victimes du contact malsain de la civilisation. Vainement leurs racines plongent dans un terrain de choix; le sol bientôt piétiné , recouvert en partie d'un pavé ou même imperméable d'asphalte, est infecté par les fuites des conduits du gaz . La nuit même n'a pas de repos pour «ux : l'éclairage qui inonde leurs feuilles, en les privant de l'espèce de sommeil qui'leur est indispensable , trouble nécessairement l'économie de leurs fonctions , et surtout ces alternatives d'expiration de l'acide carbonique et de l'oxygëne , destinées à établir avec le règne animal un si merveilleux équilibre.
Si, an travers de tant d'obstacles, l'arbre parvient à vivre et à développer ses branches, on l'accuse d' offusquer les maisons voisines. Trop souvent , malgré la surveillance des sergents de ville, il est victime d^un empoisonnement avec préméditation. Qui sait même si au jour de l'émeute le bourgeois imprudent ne donnera pas luimême le signal du renversement ? Mais le bourgeois ne tardera pas à se repentir de son ingratitude. L'invasion étrangère avait devancé nos discordes civiles dans cette œuvre de destruction. Aux Champs-Elysées, nos plus beaux arbres portent encore les cicatrices de 1814 et de 1815. Les feux de bivouac, allumés à leur pied, avaient
brûlé leur écorce; la dent des chevaux . Tavait déchirée. Grâce à de bons pansements, les plaies se sont recouvertes d'année en année pai* des couches nouvelles ; et nos descendants, à défaut de l'histoire, pourront un jour lire sur la tranche de ces arbres la date précise de nos malheurs.
^ Il est évident que les causes purement naturelles, les météores, les passages brusques de la chaleur au froid doivent agir avec une funeste intensité sur des êtres condamnés au régime que nous venons d'indiquer. Si quelque branche est brisée par le vent, il se forme d'autant plus promptement sur son écorce des crevasses, des gouttières, le long, desquelles l'eau pluviale coule avec la sève extravasée : ailleurs, et ce cas est le plus fréquent, la partie desséchée de l'écorce, composée de l'épiderme et de l'enveloppe subéreuse, est minée dans tous les sens par des insectes xylophages (rongeurs de bois) ; la partie vivante , fibres corticales et liber, est bientôt compromise ; l'arbre ne résistera pas. Il faut le dire pourtant; on a constaté que certains insectes s'attaquent même aux arbres plantés dans les conditions les plus favorables.
Un insecte coléoptëre du genre scolyte exerce les plus grands ravages à Paris et dans les environs ; il y en a de quatre espèces :1e scolytus intriccUvs^ qui vit sur le chêne; les 8Colytu8 destructorfmidtistriiUus et pygnueus, qui sont le fléau deTorme; le scolytits destructor s^attaque aux vieux ormes, le scolytus pyffmœus aux jeunes : nous nous occuperons ici de ceux de l'orme. Vers la fin de l'été, la femelle s'insinue dans les gerçures de l'écorce , y creuse de bas en haut une galerie parallèle aux fibres corticales , et destinée à recevoir ses œufs. Après la ponte, l'insecte se traîne à l'entrée
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de la galerie et y meurt, comme pour y former, avec les débris de son corps dessëoHë, un rempart à sa progëni- 3
ture; car un autre insecte, Vickneumony s'y présentera pour y introduire la sieûne qui .dévorerait dans leurs re« traites les larves du scolyte , en se formant des coques avec leurs dépouilles. Cependant ces larves se sont développées, et chacune d'elles s'est mise à creuser, perpen^ diculairement à la galerie maternelle , sa galerie particulière dont le prolongement est plus ou moins sinueux De là ces espèces de tatouages qu'on remarque à l'intérieur des plaques décollées de l'écorce : chaque groupe de gale^ ries , sorte de miniatures des foudres que les artistes pla< cent dans les serres de l'aigle, présente dans son ensemble une forme ovale, et dessine sur 5 à 8 centimètres , dans le petit diamètre, le champ d'activité d'une famille de scolytes composée d'une centaine d'individus. Il existe dans la galerie d'entomologie du Muséum d'histoire naturelle une collection curieuse des travaux, soit utiles, soit nuisibles, des insectes aux dépens des substances végétales : c'est là que l'on peut examiner à loisir les traces de l'invasion vraiment redoutable des termites, dans les ports de la Rochelle, de Rochefort, si bien décrite par M. de Quatrefages, il y a quelques années, dans la Bévue des Deux- Mondes , et que nous avons mentionnée nous-même dans notre Botanique h PExponHon universelle de 1856. Dans l'une des vitrines de cette collection se trouve un échantillon de bois d'un jeune orme, comme sculpté, pour ainsi dire, par les scolytus Mtdtistriatus.
A ce moment, une foule d'autres insectes, espèce de populace, ne manque pas d'arriver, soit pour miner à sa façon l'écorce déjà ébranlée, soit, comme les cloportes et
les miUepieds, pour jouir de Tabri frais que prësentent les intervalles des couches décollées de Técorce. D^autres, comme la grosse larve du bombyx (cossus lignip&rda)^ percent du premier coup écorce et bois, n^attendant pas pour pénétrer jusqu^au cœur de l'arbre par des galeries sinueuses aussi, que les approches de la place aient été facilitées par le scolyte. Enfin, Técorce se détache entièrement du tronc et se renverse par plaques souvent longues de plusieurs mëtres, comme des pans de murs. Sur ces entrefaites , le scolyte, dont la larve se sera métamorphosée, aura profité des beaux jours dé juin pour abandonner son berceau, et se sera envolé par myriades sur les arbres sains du yoisinage^ pour aller y recommencer la même série de ravages.
Le nombre d'ormes ainsi détruits par le scolyte est immense. L'administration municipale, sous l'excellente direction de M. le comte de Rambuteau, grand planteur lui-même dans ses terres de Bourgogne, s'était préoccupée de cet état de choses et s'était efforcée d'y porter remëde.
C'est alors que M. le docteur Eugène Robert, déjà connu par ses travaux comme géologue attaché au voyage de la commission scientifique dans le Nord, s'était livré à des recherches sur les ravages causés par les insectes. Le sujet , dans sa généralité , n'était pas entièrement neuf : Réaumur ne l'avait pas négligé. En 1837, M. Ratzeburg avait entrepris, à Berlin, la publication de son grand ouvrage sur les insectes utiles ou nuisibles des forêts '.
1 Ratzeburg, Die Forst-lnaecten, oder Abbildungen und Beschreibung der in den Wœldem Breuasena und der Nachbarataaten cda achœdlich oder niitzlich beJumnt gewordenen Inaeeten, 4 vol, iu-4. ■*- Berlin 1837-1858.
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Ce tTAÏté approfondi contient une foule de détails instructifs sur les bostriches, qui infestent les forêts de conîfères dans le Harz; mais peu ou point de documents applicables au scolyte, qui paraît être asâez rare dans le nord de l'Allemagne. A cet ^gard, et des 1836, réveil avait été donne par le savant auteur des mémoires sur la pyrale de la vigne, Audouin. M. Robert se livra à cette étude d'une manière spéciale. Ses premières expériences sur les arbres des promenades de Paris, de Saint-Cloud, de Versailles, datent de 1843, et furent, Tannée suivante, l'objet d'une communication à l'Académie des sciences. La Société centrale d'agriculture avait ouvert un concours pour de bonnes observations «ur les îpsectes nuisibles ; le . prix, consistant en une médaille d'or, fut décerné en 1845 à M. Robert, qui publia son mémoire en décembre de la même année. Plus tard, en 1847, la même Société lui décerna un. prix pour l'application de son procédé opératoire propre à guérir les arbres ravagés par les scolytes et le cossus. Le rapporteur de la Société d'agriculture, M. Guérin-Méneville , avait caractérisé la méthode de M. Robert en disant qu'elle offirait un moyen simple, certain, appuyé sur les données de la physiologie végétale et de l'entomologie : 1^ de rendre la vitalité aux arbres languissants, ce qui en éloigne déjà les scolytes; 2o et surtout de faire ■ périr une prodigieuse quantité de ces insectes. Le 7 juin 1847, M. Milne-Edwards présenta à l'Académie des sciences un second mémoire de M. Robert, en appelant sommairement l'attention de l'Académie sur le double effet (guérisons des arbres avec augmentation d'accroissement en diamètre) produit par l'enlèvement partiel ou général de la vieille écorce du tronc et dès
grosses branches josqu^au liber. Un rapport plus dëtaillë sur ce mëmoire fut prësent^, le 27 mars 1848, par M. Mîlne-Edwards, au nom d'une commission spéciale dont il ëtaît membre, avec feu Achille Richard et M. Decaisne. Les conclusions qui tendaient à approuver les recherches de M. Robert et à ordonner Timpression de son mémoire dans le Recueil des Savants étrangers , furent adoptées.
Les yëgëtaux , en leur qualité d'êtres animés , relëvent, comme les animaux, de Tart de guérir considéré dans sa pliis grande généralité *. L'hygiëne qui leur est propre s'appuie sur la connaissance de leurs organes et le mode de leur accroissement, sur celle des milieux où ils sont destinés à vivre, afin d'écarter d'eux les influences pernicieuses et de leur fournir avec plus de régularité et d'abondance les éléments nécessaires à leur accroissement; l'étude des parasites de toute sorte qui se fixent sur les végétaux, et la théorie des engrais, éclairent cette hygiène; et nous avons déjà dit combien est funeste aux arbres de nos villes le régime auquel ils sont soumis.
Le traitement médical des plantes dérive des lois de l'hygiène; mais il y a aussi une chirurgie végétale. Une de ces opérations la plus usuelle, la taille des arbres, c'est-à-dire l'amputation, selon certaines règles, de certains rame£^ux, met en évidence cette différence fondamentale entre les végétaux 'd'une part et les animaux des classes supérieures d'autre part, et consistant en ce que ceux-ci étant des êtres essentiellement terminés, la régénérescence des tissus sous l'action du scalpel «st renfermée dans d'étAites limites. Une plaie se refermera par suite de la formation, sur ses bords, d'une partie peu
1 Meyer, FfiamenPathologii» — Berlin 18il.
étendue de tissu nouveau ; lorsque les ongles et les cli«yeux auront été coupes $ ils repousseront dans de certaines limites : mais là se borne la facultë reproductrice de la substance organique. Au contraire, le végétal, analogue aux animaux inférieurs, aux polypes, par exemple, est un être à propagation pour ainsi dire indéfinie par bourgeons, ou plutôt il semble former une association d^individus à divers degrés dévolution et susceptibles d^acquérir un développement complet, si les circonstances leur sont favorables. Ce phénomëne est si général, il domine tellement Fensemble de la physiologie végétale, que la reproduction par graines, si étendue pourtant et si variée, ne paraît plus elle-même qu^une grande exception. G^est ainsi que s'expliquent le mieux Taccroissement et la durée énorme de certains arbres fameux, tels que le dragonnier des îles Canaries, ^le châtaignier de TËtna, où les parties atteintes par la décadence étant réduites à Tétat de support inerte, de stibstratum , pour emprunter le langage de récole, les bourgeons qui revêtent ce support se substituent les uns aux autres en se transmettant le principe de la vie.
Et quasi cursorea vvtai lampada tradutd,
(Lucrèce, 1. II, v. 78.)
M. Robert a fait, sur les arbres malades, plusieurs sortes d'opérations de chirurgie végétale, dans chacune desquelles il s'agit de régénérer l'écorce pour recouvrir à nouveau les parties endommagées de l'arbre ; cela est toujours possible lorsqu'il en a conservé une portion suffi" santé à l'état de vie : voilà ce que iJf. Robert appelle sa phloîoplastie (de ^Xoi6ç, écorce, et 7:Xàa<yeiv, former).
C'est un axiome élémentaire en chirurgie , que les plaies
doiyent être tenues proprement. Celles des arbres, meurtrissures, chancres, gbuttîëres, seront dëbarrassëes de toutes les parties de tissu décomposées, et grattées à vif. Si le mal a été assez profond pour mettre le bois à nu, on étendra sur la surface ligneuse un enduit quelconque, pour la préserver du contact de Tair qui en hâterait la destruction. Partout, au contraire, où il existe quelque partie vivante de récorce en parenchyme ou fibres corticales, et à plus forte raison en liber, soit sur le fond de la plaie, soit sur les bords, non-seulement il faudra la respecter soigneusement, mais encore il importe beaucoup de conserver, si on le peut, pour les protéger, quelques minces feuillets de la couche subéreuse : c^est Tespoir de la phloioplastie. LorsquVn opérera dans une saison où la chaleur sera modérée, ou même pendant Thiver, il ne faudra pas craindre, comme pour le bois, le contact prochain de Tair pour les fibres corticales ; elles on ont besoin au contraire , et Tapplication d*un enduit bitumineux, surtout s^il était employé à chaud, serait funeste. Quand Topération aura été bien faite, les bourrelets régénérateurs ne tarderont pas à pariULtre.
Les bons effets du traitement méthodique des plaies ont conduit à Tidée des plaies faites à dessein, avec des instruments tranchants, comme moyens de rétablir la santé générale de Varbre. M. Robert enseigne à le faire , dans les cas suivants , et son succès a été complet.
Lorsque Técorce du tronc et celle de ses grosses branches , entiëre à Textérieure , mais rugueuse et d*un aspect noirâtre, aura été envahie par le scolyte, ce que dénote, d* autre part, le dépérissement du feuillage, il faudra se hâter de pratiquer longitudinalement sur les
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parties attaqnëes des incisions pënëtrant les couches corticales jusqu'au liber exclusivement. Souvent ces incisions suffiront pour dëterminer tout le long de leurs lignes la formation des bourrelets. Plus souvent il faudra enlever entre deux incisions une bande étroite aux dépens des couches subëreuseSy mais en ménageant les plus intérieures de ces couclieSi comme nous l'avons dit pour le nettoyage des plaies accidentelles. Cette espèce de scarification déterminera un afflux de la sève , provoquera la formation de tissus nouveaux et arrêtera la marche transversale des larves du scolyte, partout où Tinstrument de la scarification ne Taura pas effectivement atteint et enlevé.
Mais si f faute d'une scarification pratiquée à temps , Tarbre a été envahi de toutes parts par le scolyte, et si la maladie est arrivée à ses dernières périodes, alors il faudra recourir aux remëdes héroïques.
M. Robert n'hésite pas , dans ce dernier cas , à pratiquer ce qu'il appelle la décortication sur une partie plus notable, ou même la totalité du pourtour de l'arbre, jusqu'aux premières branches; les simples incisions étant réservées pour le tronc des arbres nouveDement atteints et les grosses branches des arbres très-malades.
Pour ces diverses opérations , M. Robert se sert d'instruments très-commodes , analogues à la doloire des tonneliers et à l'erminette des charpentiers. L'ouvrier détache avec facilité des plaques minces ou copeaux, procédant avec précaution, par petites entailles, de manière à ne pas offenser le tissu vivant; la plupart de ces copeaux sont remplis de larves de scolytes. Dans leb opérations de l'enlèvement des lanières longitudinales et de la décor-
tication se manifestent plusieurs effets lies les uns aux autres : d^abord une sorte de débriciement, pour parler avec M. Robert; les parties jeunes de T^corce sont comme soulagées du poids qui comprimait leur dëveloppement, le tissu cellulaire sMtend, la sëve circule avec plus de libertë pour repousser en dehors les parties anciennes, et il est ëvident que cet effet de dilatatioik doit se propager jusqu'à Taubier lui-même. De tout temps, les jardiniers avaient remarque qu'un moyen sûr d'activer le développement des jeunes arbres était de fendre leur épiderme; ces jeunes arbres étaient trop serrés dans leurs langes, on laissait plus de liberté à leurs mouvements.
En second lieu, et c'est le phénomène principal, il se forme , comme nous l'avons vu , des bourrelets ; dans le cas de l'enlèvement des lanières , ils se développent sur les bords de la bande longitudinale ; dans le cas de la décortication, on voit se former sur toute la nouvelle surface une espèce de réseau dont les mailles sont tracées par les lignes mises à nu des fibres corticales.
De tout temps aussi, il a été pratiqué en Normandie avec succès , sur les pommiers languissants, une décortication partielle, mais très-superficielle, et qui consistait le plus souvent à nettoyer la surface de la tige. De Saussure et plusieurs autres s'en sont occupés; mais ils ne s'étaient rendu compte que sommairement du phénomène : aujourd'hui les progrès qu'ont faits l'anatomie et la physiologie végétale nous permettent de le suivre dans son développement intime. On pourra donc rechercher si, dans la for-/ mation pour ainsi dire artificielle des nouveaux tissus corticaux, les organes élémentaires se produisent selon le même ordre que dans la formation naturelle et normale
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si, par exemple, et à quelle ëpoque, sons IMpiderme des bourrelets , on trouve les cellules cubiques de Tenveloppe subëreuse ordinaire, si distinctes des cellules polyédriques à parois plus épaisses, plus lÂchement unies, de TenTeloppe cellulaire proprement dite; si cette position relative se maintient, ou bien si à aucune ëpoque de la vie de ces bourrelets, qui se confondent peu à peu avec les anciennes formations , il n*y a de différence entre les cellules. Nous reconmiandons ces questions à ceux des membres de la Sociëtë qui sont familiarises avec les recherches anatomiquQS.
Enfin, Taccroissement de Tarbre en diamMre résulte nécessairement de la vigueur rendue à sa vëgëtation, et par conséquent de la formation des bourrelets. A priori, on pouvait le dire, on s'en est assure par l'expërience. Il est remarquable, en effet, que la partie mënag^e de l'enveloppe subëreuse tendra bientôt elle-même à se détacher naturellement; ce qui ne peut s'expliquer que par un plus rapide accroissement des parties intérieures appelles à la remplacer. De plus, comme les bourrelets qui se sont formes sur les bords des incisions longitudinales font bientôt saillie, et comme des côtes, sur le tronc, faute de pouvoir se loger dans le vide form^ par ces incisions; qu'ensuite ces côtes disparussent comme rësorbëes par le tronc qui redevient cylindrique, il faut bien que le diamètre du tronc ce soit accru. Knîght avait remarque depuis longtemps que les arbres décortiquas avaient phis grossi dans l'espace de deux années, qu'ils ne l'avaient fait pendant les dix années qui avaient précédé l'opération.
On l'a vu, les procédés de M. feobert n'ont rien en euxmêmes d'absolument nouveau; mais ce qui lui appartient
en propre, c'est d'en avoir systématise la pratique, et de Taroir appliquée hardiment, profondément, et de manière à amener la destruction du scolyte. M. Robert est allé jusqu'à se demander si, en vertu du principe que nous avons exposé ci-dessus de la multiplication pour ainsi dire indéfinie des bourgeons, on ne serait pas fondé à espérer un accroissement considérable de durée chez les arbres déjà vieux, qu'on soumettrait à une décortication périodique, et il a été conduit, par ses expériences variées et ses observations rétrospectives sur la longévité des arbres en général, à regarder comme probable le succës d'une pareille méthode; elle ne serait, après tout, qu'un corollaire du principe sur lequel toutes ses opérations sont fondées.
Les travaux de M. Robert furent malheureusement interrompus en 184&; l'administration d'alors en perdit de vue; ou à peu près, le but et l'importance. Les nouveaux inspecteurs des promenades crurent remédier suffisamment au dépérissement des arbres par l'emploi de moyens hygiéniques et médicaux. Par exemple, on traitait les arbres malades par l'application à leur pied d'une certaine quantité de bon terreau ou d'engrais énergiques, tels que le sang de bœuf, nourriture trop substantielle pour des constitutions très-délabrées. Ailleurs on renouvelait sur une assez grande étendue et à une certaine profondeur, le sol tout entier d'une plantation, et l'on ne comprenait pas que le mal principal était causé beaucoup moiits par une pro^ portion insuffisante des principes nutritifs dans le sol, que par la détérioration de l'écorce, et que là devait être appliqué le remède : c'est ce qui est visible, en ce moment même, dans les travaux qui s*exécutent dans le jardin du
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Palais-Royal. De plas, on commit la faute d^endnire de goudron, employé chaud, la surface des incisions, et Ton brûla une partie des tissus nouvellement formes sur les plaies et incisions longitudinales. La propagation du scolyte aydit fait des progrès surprenants sur les onnes. Les forestiers allemands conseillent de disposer de place en place des troncs attaqués par lés insectes, afin dy attirer ces animaux, dont on se débarrasse ensuite plus facilement ; et ils les appellent des arbres-piéges (Fan^bàume). La plupart des ormes de nos promenades étaient réduits à ce triste état, mais ils propageaient le fléau au lieu de servir à Tarrêter.
Alors fut organisé le service municipal des plantations et promenades de Paris, sous la direction de M. Alphand, ingénieur en chef des ponts et chaussées; heureuse association de rÉoole polytechnique et du jardinage, qui ne manquera pas, sans doute, de se mettre en communication habituelle avec le savant professeur du cours de culture au Muséum, M. Decaisne, et parviendra, nous Tespérons, à concilier Inapplication des lois de la physiologie végétale avec les exigences de la voirie urbaine. On ne tarda pas à reconnidtre que les arbres traités, notamment en 1847, par M. Robert, et abandonnés depuis à eux-mêmes, étaient, à peu d^exceptions près, parfaitement guéri% pleins de vigueur : on réclama de nouveau le concours éclairé de M. Robert. Malheureusement pour un grand nombre d*arbres, il était bien tard. M. Robert, en médecin dévoué qui ne recule pas devant les cas qui semblent désespérés, a répondu à cet appel et s^est remis à Tœuvre avec^in généreux empressement. En ce moment même, il dirige une opération assez étendue aux Champs-Elysées, théâtre de
ses premiers succès. Aux environs du palais de Tlndustrie, la curiositë. des passants est attirée, et leur inquiétude s^émeuty jusqu'à un certain point, à Taspeet étrange dVne foule de troncs décortiqués et comme écorchés; Tespëce de pellicule qui reste de la couche subéreuse et des fibres corticales tranche par un brun rougeâtre, avec la teinte noire du tronc. Cette couleur rougeâtre, qui, au reste, ne persistera pas longtemps, est due au contact de l'air sur les parties en voie de formation, parenchyme et fibres corticales, dans lesquelles la sève est déjà en mouvement : il en est autrement lorsque l'opération est pratiquée à l'entrée de l'hiver. Or on peut recueillir au pied de l'arbre, avec les lambeaux de l'enveloppe subéreuse en état de décomposition avancée qui ont été simplement détachés k la main, de nombreux copeaux enlevés par le fer ; les uns et les autres sont attaqués, à divers degrés ' par les larves du scolyte.
Nous engageons les membres de la Société à se hâter d'aller étudier l'opération, qu^la saison déjà avancée où nous sommes viendra bientôt interrompre. Non pas que M. Robert ne la pratique aussi quelquefois dans le cours de l'été, lorsque la végétation est dans toute son activité, mais alors il a soin d'entamer moins profondément l'écorce et d'employer, pour garantir les plaies contre les ardeurs du soleil, cet onguent trës-connu dont l'invention est attribuée au saint patron des jardiniers.
On remarquera, aussi, au pied d'un certain nombre d'arbres des tranchées pratiquées à 50 ou 60 centimètres de profondeur dans 1» sol, et disposées comme les rayons d'une croix d'honneur, dont la forme élargie vers la circonférence, est rétrécie vers le centre. Ces tranchées, qu'on
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remplit ensuite de pierrailles, sont destinées à procurer aux racines Taccës de Tair et de Teau des pluies ou des arrosements artificiels : pour en être plus sûr, tu le piétine* ment auquel le sol est sans cesse soumis, des tuyaux de drainage sont adossés verticalement au pivot de Tarbre, et Ton en couvre l'ouverture avec un tuileau. Cette mëthode accessoire a paru utile, dans cette partie des Champs-Elysées où le collet des arbres se trouve trop enierré, par les remblais qui ont eu lieu à la suite de la construction du palais de Tlndustrie et des deux ponts des Invalides et de TAlma.
Nous ne terminerons pas cet exposé sans féliciter l'administration municipale de sa sollicitude pour Textension et la conservation des plantations qui contribuent à Tembellissement d'ailleurs si rapide de Paris dans ces dernières années. Ce qu'il en coûte, ce que cette extension de la capitale entraîne de conséquences diverses et. d'une haute portée, n'est pas de notre sujet; mais le botaniste, qui naguère encore herborisait en dehors de la barrière de l'Etoile, lorsqu'il voit nos fortifications de 1840 comme égarées au milieu de .quartiers nouveaux, et le bois de Boulogne devenu une promenade de Paris et un jardin peigné, où il n'y aura bientôt plus une seule mauvaise herbe, peut avoir quelque droit de se plaindre. Toutefois, s'il est forcé d'aller chercher plus au loin dans la campagne la trace des Jussieu, il est appelé à prendre sa part dans les jouissances du citadin, et il mêle volontiers sa voix k celle du public pour rendre hommage aux soins prévoyants d'une administration qui, non contente de bâtir, semble avoir pris aussi pour devise le mot du sage octogénaire de la fable :
Mes arriëre-neve\ix me devront cet ombrage.
DE LA ChIBUSGIE Yl^OÉTALB A PROPOS DU TSAITEHElïT DES OBMES POUB LA PESTBnCTIOH
DES SC0LYTE8.
The Soitwrday Beview du 8 Janvier 1859.
Les expériences diverses qui se font dans les sciences utiles à Thumanitë prennent une extension si rapide que peu de personnes sont à même d'en suivre les progrès, à moins4e consacrer une partie de son temps à la lecture des journaux périodiques de TEurope et deTÀmérique, qui aifnonoent sans interruption les résultats des nouvelles spéculations, et ceux des recherches expérimentales. Le titre que nous plaçons à la tête de cet article paraît oonvenir à une branche de la science pratique {applicable)^ cultivée en France dans le courant des dernières années. Bien qu'elle soit encore dans son enfance, elle mérite cependant plus d'attention qu'on ne lui en a accordé jusqu'à présent dans ce pays. Tout le monde sait que les arbri^sseaux et les arbres sont sujets au dépérissement ; mais, à l'exception des essais infructueux qui ont été tentés pour les protéger contre les causes les pli^s évidentes de destruction, et de retarder le sort dont ils sont menacés, il semble que personne n'ait songé à trouver un moyen propre à rendre la santé et la vigueur à des arbres déjà en état de souffrance. La proposition d'appliquer à cet effet un système de traitement rationnel fondé sur de vrais principes scientifiques, méritent d'attirer l'attention, non-seulement des personnes intéressées, comme propriétaires, à la conservation des bois de construction qui atteignent une valeur double par la connexité des essences et des localités* ainsi que nous l'in-
diquentles traditions; mais encore elle doit fixer Tattention de la classe plus nombreuse qui habite les grandes villes. Les arbres plantes dans Tenceinte, ou places au milieu des faubourgs de la métropole, qui s^ëtendent avec tant de rapidité, OU' aussi ceux qui sont au centre de nos grandes villes manufacturiëres; ces arbres-là, disons-nous, sont exposes à diffî^rentes causes toutes particulières do destruction ; et comme ce sont des propriétés publiques considérables, dont la conservation intéresse plus encore le pauvre que le riche, il est à désirer que le succës du nouveau système soit contrôlé le plus promptement possible par des expériences faites avec soin.
Les prîncipales causes extérieures qui produisent ou bâtent le dépérissement des arbres sont : l» Thumidité qui s^introduit par toutes les fissures dans le tronc et dans les branches ; 2^ les insectes qui se creusent un passage jusque sous récorce, et finissent par attaquer le bois. De fait, ces causes agissent ensemble. L^humidité, causant un dépérissement local, facilite Tattaque des insectes qui se nourrissent de bois, et ceux-là préparent à leur tour les passages par lesquels Teau s'infiltre dans de nouvelles parties de Tarbre.
Toutefois, les ennemis extérieurs ne peuvent pas causer de grands ravages, tant que Tarbre est dans son état de force et de vigueur. Quelques naturalistes ont été même jusqu^à nier que ' les insectes attaquent jamais un arbre sans qu*il se trouve en état de dépérissement. Cette assertion inexacte provient peut-être du fait suivant : qu'ils choisissent de préférence le tronc moins vigoureux, et quelquefois même celui qui est complètement mo^.
La connaissance de ce fait a, dans quelques parties de
APPRÉCIATIONS. 25i
rAllemagne, sngg^r^ Viàée de placer auprès des arbres qu*on veut garantir, les troncs abattus des arbres morts, et de la même espëce que ceux qu^on veut préserver. Ils deviennent alors un piëge dans lequel les insectes déposent les œufs. qui doivent produire la couvëe de Tannée suivante j et quand ils sont consumés par les flammes, des légions entières de ces rongeurs d* arbres se trouvent exterminées, au grand désavantage des piverts, et à la grande satisfaction de ceux qui se chagrinent de voir disparaître de vieux arbres d*un lieu qu^ils se sont plu à embellir de génération en génération. Cependant ce moyen est limité dans son application : des bûches difformes, désagréables k la vue, ne peuvent être placées dans les parcs et jardins publics; d*aîlleurs est-il certain que tous les insectes ennemis des arbres préfèrent le tronc mort au tronc vivant ? Lé talent d'un' chirurgien des végétaux s'efforce de viser au rétablissement de la santé et de la vigueur des arbres, dans lesquels les insectes se sont déjà établis. Les espèces d'insectes auxquelles il fait la guerre sont nombreuses et variées dans leurs habitudes et dans leur caractère, et une attention soutenue, relativement au mode particulier d'attaque adopté par quelques-unes d'entre-elles, suggérera indubitablement les moyens les plus efficaces pour faire disparaître ce fléau.
En France, et égalem^ent dans cette contrée, les plus gprands ravagea sont causés par les animaux de la famille des escarbots, appartenant au genre scolyte, qui infestent les ormes et les chênes. Prenons comme exemple la manière dont procède le scolyte destructeur, le principal ennemi des vieux ormes, les jeunes arbres étant préférés par une autre espèce de la même famille. En automnefrin-
secte femelle B^intrQduit au fond des profondes crevasses dans l'écorce de l'arbre, et de cet endroit-là elle perce un canal dirige directement de bas en haut au-dessous de la surface de Técorce ; elle y dépose ses œufs, et puis elle meurt. A la saison suivante, si elles ont ëchappë ans jeunes carnivores appelés ichneumons, qui les suivent souvent dans leur retraite pour les dévorer, les larves se mettent à travailler pour se percer de nouvelles galeries sous l'écorce. Elles se dirigent en une ligne horizontale à angles droits vers la première entrée, celle par laquelle elles se sont introduites, et continuent leur marche en zigzag jusqu'à ce que leur transformation en insecte parfait soit accomplie. Quand ce changement s'est opéré, ces insectes s'envolent, et au temps propice la femelle recommence la même opération sur le même arbre ou sur un autre arbre voisin. Il paraît que les scolytes attaquent rarement le corps ligneux, mais par les moyens que nous venons de faire connaître, ils donnent entrée à une multitude d'autres insectes qui attaquent le bois, et le plus fâcheux dans tout cela, c'est qu'ils laissent pénétrer l'humidité, qui accélère la décomposition du bois.
Le mode de traitement employé par M. Robert avec un grand succès à Paris et partout en France sur les ormes en état de maladie, lui a été suggéré par l'examen sci*upuleux qu'il a fait des lois de la physiologie végétale, et ses , connaissances approfondies des habitudes particulières aux animaux dont il a déjà été question. Tous les arbres qui croissent dans ce climat appartiennent à la classe des végétaux exogènes. Us se multiplient par l'accroissement annuel d'une couche de nouveau bois entre l'écorce et la partie ligneuse, et d'une couche correspondance plus légère qui g'ajoute à Técorce.
Dans un vieil arbre, Tintërieur da tronc ne sert à autre chose qa*à lui donner la force de supporter le poids des branches, et à résister aux chocs venant du dehors; la partie extérieure de Tëcorce est plutôt une couverture pour protéger le travail de la végétation contre le froid extrême et la chaleur excessive. La seule partie qu^on peut véritablement considérer comme encore en vie, est la couche fibreuse appelée liber, qui sépare la véritable écorce du bois, le nouveau bois formé à l'intérieur et la couche intérieure de Técorce qui Tenveloppe. Voici maintenant ce qu'il est nécessaire d'expliquer aux lecteurs non initiés à la botanique des principes relatifs au système adopté par M. Robert : quand un arbre en état de dépérissement est confié à ses^ soins, sa première pensée, comme celle de tout bon chirurgien, consiste à nettoyer la plaie du malade; tout le bois pourri est vigoureusement retranché, et l'on enlève profondément la surface de l'écorce avec un instrument tranchant. Pour arrêter ensuite le progrès du dépérissement, on la recouvre avec du goudron ou toute autre substance qui empêche l'air et l'humidité de pénétrer. Il faut sur* tout prendre bien garde d'endommager les parties de l'écorce intérieure ou liber qui donnent des signes de vie, et il faut éviter de couvrir ces parties avec une substance quelconque qui les rendrait impénétrables à l'air. Ce procédé en lui-même suffit souvent pour exciter l'activité de la végétation, en arrêtant les progrès du dépérissement; mais partout où les scolytes ont attaqué l'écorce profondé ment, il faut employer des moyens plus énergiques pour arrêter leurs ravages.
Procédant avec circonspection dans ces expériences, M. Robert adopta d'abord le mode de faire des incisions
254 PLANTATIONS d'ALIGNEMENT.
longitudinales dans Tëcorce jusqu^au liber, sans toutefois Tentamer sans aucune solution de continuité. L^accës de Tair, joint à la pression qui se trouve diminuée, tout cela stimule Tactivîtë de la vëgëtation; la sëve s^nfiltre dans les blessures, et il se forme de nouveaux tissus qui se manifestent en formant des bourr.elets tout le long de la plaie. Les larves des scolytes, soit qu^elles ne puissent ou qu*elles ne veuillent pas. attaquer les tissus dans lesquels la vëgëtation se propage activement, se trouvent de cette manière enfeimëes dans Tespace qui existe entre deux incisions longitudinales. Cependant on a trouvé plus efficace d*enlever çà et là en entier la bande d^écorce comprise entre les deux incisions contiguës, ayant bien soin de laisser intact le liber.
La seule précaution nécessaire à prendre est d^éviter de faire cette opération par un temps chaud, attendu que la végé'tation des parties exposées pourrait soufi&ir de la perte de son écorce protectiice.
Les résultats paraissent avoir été suffisamment [auff,cienily) satisfaisants; mais cependant les parties de Técorce laissées sur Tarbre offi*ent encore un certain abri, bien que limité, aux insectes, et Taspect des troncs traités diaprés ce système est trës-désagréable à la vue. Il restait donc un pas à faire pour arriver au perfectionnement de ce système. Il consistait à séparer hardiment et en entier Técorce extérieure du .tronc et des branches principales. Des expériences pratiquées sur un très-grand nombre d*arbres en état de dépérissement sur les boulevards et promenades publiquee de Paris ont été couronnées de succès. Les arbres ne gagnent pas seulement à être délivrés des attaques de tous ces insectes qui se logent dans leur écorce,
mais il est clair aussi qu*en exécutant convenablement Tenlëvement de Tëcorce, cette opération stimule Tactivitë de la végétation dans Tarbre et donne un développement rapide au bois. Il est encore possible que le même traitement employé pour les arbres en bonne santé ait pour effet d^accélérer considérablement leur croissance; mais, comme il est probable que Taugmentation du volume serait obte* nue aux dépens de la qualité du bois, le procédé se trou-i verait sans doute réservé pour Je bois de charpente qui sert pour les ornements. Cela étonnera beaucoup de nofi lecteurs qu^il n^y ait rien d^ entièrement nouveau dans le système adopté par M. Robert. Les jardiniers savent depuis longtemps que les incisions faites k la surface de récorce avancent la croissance des arbres fruitiers, en enlevant ainsi l'obstacle qui s'oppose h la croissance du jeune bois : des popimiers maladifs ont souvent recouvré leur santé en leur ôtant le côté extérieur de Técorce avec les lichens qui les couvrent. M. Kobert, d'après ce que nous savons, a été le premier à découvrir tout ce que ces moyens offrent de rationnel, et il les a convertis en un système scientifique.
Le sujet mérite bien l'attention des deux départements réunis dernièrement sous le titre de Bois et Forêts do Sa Majesté ; mais prîucipalement il doit attirer celle du département chargé du contrôle des parcs de la métropole. En ville, les arbres sont exposés k des dommages qui ont une source toute particulière : indépendamment de l'influence pernicieuse d'une atmosphère chargée de vapeurs provenant de matières en combustion ou d'autres opérations chimiques, le sol qui entoure les racines de* l'arbre est constamment foulé aux pieds, ce qui rend plus difficile
256 PLANTATIONS D*AL1GNEMENT.
Taccës de Tair et de rhumiditë. Le sommeil, aussi nécessaire aux plantes qu'aux ' animaux , est combattu par Véclairage au gaz qui vient entraver les fonctions naturelles des feuilles. Aucun soin raisonnable ne sera épargne pour combattre ces influences pernicieuses et d'autres en* core qui menacent Texistence de produits dont la perte ne saurait être réparée pendant la durée de la génération actuelle. Nous avons cru bien faire en dirigeant l'attention vers le mouvement progressif qui s'est déjà opéré à l'égard de ce mode de traitement' perfectionné. Des expériences ultérieures étendront sans doute considérablement la sphëre d'action de cette nouvelle branche de l'art curatif, et on pourra préalablement obtenir des renseignements importants et détaillés en adressant des questions aux autorités à Paris; elles ont montré d'ailleurs un empressement bien légitime K tirer parti de l'expérience de M. Robert-, l'inventeur du système dont nous venons de donner un aperçu.
DBS
Arbres d'Alignement les plus généralement employées. — Avant d'examiner les ravages auxquels chacun des arbres propres aux alignements peut être exposé de la part des insectes, il convient de classer ces arbres suivant leur importance ou le service qu'ils peuvent rendre, soit comme bois de construction, de charronnage, de carrosserie, de menuiserie, et même de chauffage, ne serait-ce que pour le produit de l'élagageet de l'émondage; soit comme arbre d'agrément pour les fleurs et les formes variées des feuilles ou tout^ simplement pour l'ombrage; soit comme arbres favorables à l'hygiène publique en assainissant l'air par le fonctionnement des feuilles, qui dégagent tour à tour de l'oxygène et de l'ozone ; soit encore pour le parti avantageux qu'on peut tirer en grand de leurs fruits.
Les arbres qui figurent le plus souvent sur les routes, le long des canaux*; sur les boulevards des villes et dans les promenades publiques, sont: l'orme, le planère , le platane , le frêne , les peupliers suisse et d'Italie , le tremble , les érables sycomore et négundo, l'acacia, les tilleuls, le marronnier d'Inde, les pavia, le paulownia, l'ailantbe improprement appelé vernis du Japon, le sophora, le catalpa, le gymnoclade, le févier, le tulipier, le virgilia, etc. *
• Il est regrettable de n'avoir pu mettre k la tête de tous ces représentants des hautes fùtaies^le roi de nos forêts, le chêne; mais cet arbre ne saurait prospérer, suivant nous, comme arbre d'alignement, qu'à la condition d'être transplanté dans une terre rapportée semblable à celle' des lieux où il a pris son premier développement: c'est la réflexion que nous faisions lorsque nous avons vu mettre sur le quai des Tuileries des chênes d'Amérique pris au bois de Boulogne: ils n'ont pu réussir.
Néamoins, comme le chêne peut jouer dans les grands parcs, dans les avenues de château, ainsi qu'on peut le voir en Bretagne, le rôle d'arbres d'alignement, nous en parlerons un peu à l'occasion d'un insecte dont les ravages ont la plus grande analogie avec ceux des scolytes de l'orme, et parce que surtout l'étude de ses mœurs que nous avions été chargé de faire par M. Audouin,. notre illustre maître, a été le point de départ de toutes nos recherches sur les insectes nuisibles aux arbres. , Nous dirons aussi, en fermant ce recueil d'observations entomologiques, quelques mots d'un insecte trës-nuisible aux arbres résineux plantés quelquefois en alignement, insecte aussi trës-voisin des véritables scolytes, et contre les ravages duquel nous avons pu appliquer avec succès nos procédés opératoires.
A cette liste, nous devons joindre le pommier à haute tige, qui joue dans la Normandie et la Picardie un grand rôle non-seulement dans les vergers, mais encore sur les routes et chemins vicinaux; et avec d'autant plus de raison qu'il est très-fréquemment ravagé par des insectes xylophages très-proches parents de ceux de l'orme. Il y aurait eu aussi à y comprendre le châtaignier non moins précieux pour ses fruits , car cet arbre est fortement exposé à être ravagé par le cossus dans le midi de la France, à Alais, par exemple; mais comme il est rarement employé dans les plantations décorantes et que c'est plutôt une essence forestière , nous ne nous y arrêterons pas davantage.
Tous ces arbres que nous'venons de signaler, ne sont pas affectés au même degré par les insectes nuisibles ; il y en a même qui ont le privilège d'y échapper entièrement ; tels sont le planère, quoique de la même famille que l'orme *, le platane, l'acacia, l'ailanthe', et le tilleul jusqu'à un certain point:
1 Nous avons donne des soins à un magnifique planëre (planera crenata) du square du Temple, qui était ravage par le scolyte dans toute la partie inférieure du tronc appartenant k Torme sur lequel il avait été greffé, tandis qu^ audessus de la greffe, il n'y avait aucune trace d'insectes xylophages.
2 Peut-être faudra-t-il un jour lui reconnaître pour parasite la chenille du Bombyx Cinthia que M. Guérin-Méne-
c'est-à-dire que si les feuilles de ce dernier arbre sont sauvent exposées à être dévorées par des chenilles, ou souillées par des pucerons qui engendrent le miellat, Técorce et le bois du tilleul sont rarement ravagés par des insectes xylophages proprement dits. Quant au planère, au platane et à l'ailantbe, la chute annuelle de la dernière couche corticale , en entraînant les insectes qui auraient pu s'y loger pour pondre, comme nous le verrons prochainement à propos des scolytes^ explique suffisamment cette immunité ; mais pour l'acacia et le tilleul qui conservent toutes leurg couches corticales, nous n'en entrevoyons pas la cause ; peut-être faudrait-il attribuer cet avantage à un entrecroisement extrême des fibres corticales, car nous avons rencontré quelquefois, dans le cours de nos inspections , une variété d'orme qui nous semble échapper aux attaques du scolyte précisément par suite d'une disposition semblable * . Gela posé, il ne sera donc plus question de
ville a si heureusement introduite en France, au moment que la soie du Bombyx Morio nous faisait défaut, et que M. Givelet, avec une persëvërance non moins grande, est parvenu à acclimater en plein bois, à Flamboin (Seine-et- Marne).
1 Nous verrons plus loin que Tentrecroisement extrême des fibres ligneuses dans le peuplier d^Italie le met à Tabri des attaques du cossus et de la sësie. Pour que ces arbres soient attaqués, il ne faut pas qu41 y en ait d*une autre espèce, tel que le peuplier du Canada, dans le canton; tant il est vrai que la faim pousse le loup hors du bois.
ces arbres ou à peine , puisqu'ils n'ont rien de commun avec ce qui doit nous occuper.
Ajoutons enfin, que toutes les espèces d'un même genre d'arbres ne sont pas également atteintes par les insectes : ainsi l'orme franc est plus souvent ravagé que le tortillard par les scolytes , ce qui tient sans doute à ce que les écailles épidermiques dans cette espèce d'orme , au lieu de se gercer ou de se' crevasser longitudinalement, sont un peu imbriquées comme les écailles du dos d'un serpent. Les peupliers du Canada , de l'Ontario , etc. , les baumiers, autrement dits, sont plus attaqués que leur congénère le peuplier suisse , par le cossus ; à tel point, que , dans le département du Nord , nous avons dû donner le conseil de ne pas mettre cette essence de bois-blanc sur les routes et le long des canaux, nonseulement parce qu'on n'en pouvait rien tirer de bon, mais à cause du danger que leurs troncs criblés de galeries et par conséquent faciles à rompre au moindre coup de vent, faisaient courir aux passants. Les saules pleureurs sont souvent mis dans le même état par le cossus , mais ce sont des arbres d'agrément. Le peuplier d'Italie n'est le point de mire du cossus et de la sésie qu'autant qu'il n'y a pas dans le pays d'autres espèces de peuplier plus à leur convenance, comme nous l'avons remarqué en Provence (Thor), où l'on n'élève guère que le
populus fastigiata, dont le bois est sans doute plus difficile à entamer à cause des nodosités plus dures que le bois environnant qui le remplissent.
Insectes qui attaquent le plus fréquemment les Arbres d'alignement. — Par la même raison que nous avons placée en première ligne, et suivant leur importance , comme bois de construction , de charronnage, etc., l'orme, le platane, le frêne, les peupliers, etc., nous devons mettre au premier rang de leurs ennemis les différentes espèces de scolyte, le COSSUS; la zeuzère appelée aussi la coquette, la sésie, la callidie et le capricorne du peuplier, tous essentiellement xylophages. Au deuxième rang, nous ferons comparaître la galéruque , les chenilles de la chrysorrhée , de la livrée et de la spongieuse toute» vivant aux dépens des feuilles qu'elles dévorent; et au troisième et dernier rang, le frelon, les pucerons et chermès ou les gallinsectes qui épuisent les arbres en suçant la sève qu'ils font sortir par des piqûres ou des morsures.
Les scolytes.et le cossus sont certainement les insectes xylophages qu'il faut le plus surveiller. On peut dire sans exagération que lorsqu'un arbre vient à mourir dans une plantation quelconque , d'orme, de frêne, de pommier à haute tige, etc. , il faut s'en prendre à l'un ou à l'autre de ces insectes. La meilleure preuve que nous puissions en fournir, c'est
DES PLANTATIONS d'ALIGNEMENT. 263
que presque tous les gros ormes qui subsistent encore à Paris, aux Champs-Elysées, sur Tesplanade des Invalides, autour du Champ de Mars, etc. , ont élé traités par nous*. A Versailles, à Argenteuil, sur les fortifications (Paris et les forts détachés) et dans les départements où S. Ex. le ministre de Tàgriculture, du commerce et des travaux publics, sur la recommandation de M. Porlier, nous à envoyé plusieurs fois , pour enseigner aux agents de Fadini. nistration des ponts et chaussées nos moyens de destruction, il serait facile de vérifier ce que nous avançons; et si nous croyons devoir les rappeler ici, c'est pour qu'on puisse mieux apprécier la gravité du mal en même temps que l'efficacité des remèdes ou du traitement purement opératoire que nous avons employé pour le combattre, et dont nous allons bientôt parler.
On a prétendu que ces insectes si nuisibles aux arbres ne se jetaient que sur des individus souffrants, languissants ; que le scolyte, par exemple, cherchait
* Dans ces grandes assises de IMndustrîe universelle qui ont eu lieu en 1867, au Champ de Mars, il manquait à notre exposition particulière cl. XLI,des ravages des insectes, des exemples saillants de traitement et de guërison. Mais le hasard nous a singulièrement favorise à cet ëgard, car à deux pas de la section française, à gauche du pont d^Iëna, les gros ormes qui avaient étë conservas dans le parc, traites par nous il y a près de vingt ans, ont été un témoignage éclatant de la bonté de notre méthode.
même à les rendre malades avant de s'y fixer définitivement. Cela peut être vrai, jusqu'à un certain point, pour les scolytes, qui préfèrent, en effet, des ormes dont la circulation séveuse est appauvrie ou s'est ralentie et même complètement arrêtée * , sous l'influence pure et simple de la sécheresse , par la suppression exagérée des racines, comme on le remarque à la suite du creusement des fondations des maisons ou des égouts le long des chaussées; ou bien encore par les ravages préexistants du cossus' ;
1 G^est pour cette raison que les ormes en grume et fraîchement abattus sont généralement attaqués par les insectes. Dans ce cas-ci, ils deviennent des pièges que Ton pourrait utiliser, disons-le par anticipation, en ëcorçant en temps opportun ces arbres couverts de myriades de larves. Il n^est pas nécessaire de brûler les ëcorces pour être plus sûr de la destruction de ces larves, Taction dessëchante de Tair ne tarde pas à les faire périr.
2 Depuis que nous avons écrit ces lignes, nous avons souvent remarqué dans les plantations en alignement des villes éclairées au gaz, que les infiltrations du carbure d'hydrogëne, dans la terre, prédisposaient singulièrement les arbres aux attaques des scolytes; c'est qu'en effet, si l'arbre ne meurt pas, empoisonné ou asphyxié, il éprouve un grand ralentissement dans la circulation sëveuse; le cambium semble s'épaissir et il en résulte un engorgement qui se traduit par un soulèvement général ÂQ la vieille écorce, celle-ci tendant à se séparer de la jeune ; c'est une maladie qui prend malheureusement aujourd'hui une assez grande extension depuis que les becs de gaz se multiplient de tous côtés, et contre laquelle nous ne voyons pas d'autre rémëde que de renouveler complètement la terre infectée.
DES PLANTATIONS d' ALIGNEMENT. 265
mais il n'est pas moins certain qu'à défaut de^es arbres affaiblis ou qui viennent de succomber, les scolytes pressés de pondre (comme qui dirait poussés par la faim), se jettent indifféremment sur tous les ormes à leur portée , quels que soient d'ailleurs l'âge et la vigueur du sujet, et les font très-bien périr dans le cours d'une année. Quant au cossus, il n'y a pas à douter qu'il lui faut, au contraire, des arbres pleins de sève et des plus vigoureux ; autrement il les déserterait pour aller chercher ailleurs des sujets à sa convenance ou susceptibles de le nourrir largement.
Encore une généralité à exposer avant de passer aux ravages proprement dits des insectes.
Toutes les espèces de scolytes propres à l'orme ne se trouvent sur aucune autre essence ; on serait tenté de croire qu'ils ont été créés l'un pour l'autre. Mais il n'en est pas de même du cossus, que nous avons observé, indépendamment des ormes, frênes, peupliers et saules , sur le chêne commun * , le châtaignier , le pommier à haute tige, le noyer, l'érable sycomore et le marronnier d'Inde*, raison de plus
^ 1 n paraîtrait que les chênes d'Amërique, plantes sur le quai des Tuileries, ont été menacés par le cossus.
^ On cite aussi, très-excepiionnellement sans doute, le pin, le hêtre, le charme, le bouleau, Taune, le tilleul, le coudrier, le caroubier ; mais comme nous nous sommes impose Tobligation de ne parler que de ce que nous avons vu et expërîmcnté, nous n'acceptons que sous toutes réserves ce supplément de liste.
poujj faire uae chasse active à un être aussi accommodant que Test la chenille du bombyx, cossus ligniperda. La zeuzère est peut-être bien un peu polyphage, elle aussi, parce qu'elle se trouve indifféremment sur le tronc des jeunes ormes , dans les branches des anciens et sur les marronniers, d'où lui vient son nom générique d^œsculi, le sorbier, le frêne , le lilas , etc. Mais nous ne nous étendrons pas davantage sur ces généralités , devant, dans les paragraphes subséquents, nous appliquer à faire connaître les mœurs des principaux insectes nuisibles aux arbres, tout en décrivant leurs ravages et les moyens d'y remédier.
Des Scoljrtes et du Cossus dans rOrme. — Les insectes qui nuisent le plus aux arbres d'alignement étant donc les scolytes et le cossus, nous commencerons par ceux qui aifectent l'orme, l'essence la plus employée dans les plantations de ce genre. L'étude particulière et approfondie que nous avons faite des insectes pour arriver à les détruire facilement tout en cherchant à restaurer les arbres susceptibles de guérison , nous a décidé à prendre comme principal modèle, une fois pour toutes, l'étude des mœurs et des ravages des scolytes et du cossus dans les ormes. Ce choix nous obhgera d'entrer dans beaucoup de détails, qui pourront paraître superflus; mais comme ce qui concerne ces insectes et
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leurs congénères diffère très-peu de ce que Ton peut observer dans les frênes, les peupliers, etc. , et que le traitement- est le même, sauf quelques modifications insignifiantes, la description que nous allons en faire, quelque étendue qu'elle soit, conviendra à peu de chose près à tous les arbres afifectés surtout de scolytes et de cossus. Ab uno disce omnes.
Puis, afin de pouvoir embrasser d'un seul coup d'œil les autres ravages que différents genres d'insectes peuvent faire à notre arbre de prédilection, le type, suivant nous, des arbres d'alignement * , et dans le but d'économiser le plus possible le temps employé à lui donner des soins, lorsqu'il vient à être attaqué simultanément par plusieurs de ces insectes^ nous parlerons immédiatement après les scolytes et le cossus, de/la zeuzère, du chermès, de la galéruque, voire -même des chenilles. Nous adopterons d'ailleurs cette forme synoptique , comme étant si-
1 En effet, il n'y en a pas qui, sous tous les rapports,' à quelque point de vue qu'on envisage la question, convienne mieux aux plantations en alignement. La nature de ce petit traité d'économie forestière ne nous permettant pas de faire une digression à ce sujet, nous renverrons les personnes désireuses de connaître l'histoire de rt)rme et ses grands avantages sur tous les autres arbres d'alignement, aux instructions pratiques que nous avons publiées en 1859 dans les Annales des ponts et chaussées (1^' cahier) par ordre du Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics.
non la plus méthodique, du moins la plus naturelle, pour fous les arbres dont nous avons à parler.
Garactàras zoologiqneB , maurs et ravages des Scolrtes de l'Orme. — Trois espèces de scolytes (de tixoXùwTw , je déchire, j'arrache), les scolytus destructor (Oliv.), muUistrialus (Marhs.) elpygmœua (Fabr.)', apparlenantà la famille des scolytaires de
Latreille, dans l'ordre des xylophages, se rencontrent sur les ormes, et ne vivent qu'ans dépens de ces arbres. Le principal de ces coléoptères, trèsconnu sous le nom de scolyte destructeur, et le plus redoutable (lig. 111 ) , est un insecte long de quatre à cinq millimètres; son corselet est d'un noir brillant et ponctué, avec les élytres et les pattes d'un
1 On cite aussi le rugidoita; maie aons n'avons j'omis pu distinguer cette espèce des trois premières.
roux marron ; sa larve (fig. 112) est un petit ver blanchâtre, apode. La chrysalide ressemble à une momie (tig. 113). Ainsi que l'indique son nom, le scolytus pygmœus est le plus petit, etfaitcependaiit des ravages non moins considérables sur les jeunes . arbres. Le scolytus muUistriatiis (llg. 114) qui tient le milieu eu're ses deux congénères, s'attaque de préférence aux arbres moyens et occasionne moins de dégâts, soit à cause de la brièveté de la galerie deponle, soit plutôt de la faible fécondité de la femelle. Comme on voit, il est donc permis de trouver ces trois insectes sur le même arbre, le premier et le plus fort sur le tronc et les grosses branches, p. jj^
le second sur les branches stoisuu ««/«.irioim.
, . ■ 1 , ■ - 1 Conlre-ëm«u™ des ravagea
Èecondaires, et le troisième dansi-écoree.
sur les rameaux ; mais dans la plupart des cas, on les rencontre isolés et répandus sur des arbres en rapport avec leur taille , à moins cependant que pour les deux plus petites espèces l'écorce des gros arbres ne soit exceptionnellement trèsmince, et à l'exclusion de la grande espèce de scclyte (ng. 115).
270 LES RAVAREURS
Si l'on examine un arbre qui vient de succomber aux attaques des scolytes, rien ne devra surprendre davantage, car il n'y aura aucune apparence de lé-
sion ; l'événement arrive souvent lorsque l'arbre est entièrement couvert rie feuilles; qu'il semble, par son port, jouir de la plus vigoureuse santé et défier
les années; son écorce paraîtra intacte , les racines seront sainea. Mais qu'on abatte ce même arbre et qu'on le laisse sur le sol , au bout de quelque temps l'écorce se détachera d'ellemême, et alors le tronc et les
Sfrossesbranches apparaîtront i
entièrement couverts de ga- 1
leries superficielles (fig. 116) Z
ou de vermiculures qu'on se- 2
rait tenté de prendre, au 1
premier abord, pour des ca- °
ractères hébraïques, ou, plus =■ ■
exactement, pour une repré- f
sentation en miniature de ces -
foudres que les artistes met- a
tent dans la main de Jupiter a
ou dans les serres de l'aigle Z
(fig. 117). Si l'attention est |
portée un peu plus loin, on l
verra aussi que non-seule- s
ment la surface intérieure £
de l'écorce porte la contreépreuve de ces empreintes, mais que chacune d'elles correspond à plusieurs trous qui traversent de part en part l'écorce morte, comme auraient pu le faire des grains de plomb des calibres n»s 7 et 5; cette différence résultant sans doute,
comme nous le verrons tout à Theure, de Tinégalité de taille entre l'insecte mâle et l'insecte femelle. Cela acquis, il est facile, avec un peu d'habitude, de reconnaître l'ouverture extérieure de ces petits conduits, qui ne sont que des trous de sortie, pour les distinguer des trous d'entrée, les plus difQciles à reconnaître , dont nous allons bientôt parler , et d'où s'est échappée seulement de la vermoulure ou de la sciure d'écorce rougeâtre, qu'on retrouve arrêtée
Fig. 117. — Impression laissée par les ravages d'une famille de acolyte
destructeur.
dans les crevasses de Técorce ou retenue par des toiles d'araignée , et même accumulée au pied de l'arbre.
Depuis la mi-mai jusque vers la fin de juillet, les scolytes se nourrissent sur les jeunes pousses de l'orme , qu'ils rongent dans le renflement formé par le point de jonction de ces pousses avec celles de l'année précédente, en faisant une ouverture circulaire dirigée obliquement de haut en bas vers le cen-
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tre de la tige. Heureusement pour Forme que ces plaies sont rapidement remplies par une espèce de cal qui empêche les jeunes pousses de se briser sous les efforts du vent, peut-être bien aussi grâce à la disposition latérale des feuilles qui les garnissent; car, si elles étaient disposées en touffes terminales comme dans les chênes attaqués du scolytus intricatus , on verrait les ormes dépouillés de leurs rameaux, et d'autant plus compromis dans leur existence, que le tronc serait fortement infesté de 'arves. De même que les chênes auxquels nous venons de faire allusion, les ormes les plus élevés sont recherchés de préférence par les'scolytes qui leur sont propres. Vers le commencement du mois d'août, et quelquefois beaucoup plus tôt, suivant, au reste, l'état de la saison , ils en descendent pour s'abattre sur le tronc et les branches des mêmes arbres ou sur ceux des plus voisins ; ils choisissent de préférence le côté du tronc abrité des pluies froides du nord-ouest , le côté opposé étant ordinairement couvert de mousse dans les vieux arbres. On les y voit alors , animés d'un grand mouvement , occupés , les uns à faire élection d'une place favorable pour pénétrer dans l'écorce ; les autres à percer des trous avec leurs fortes mandibules en scie , principalement au fond des enfoncements en cul-de-sac que présentent supérieurement les crevasses longitudinales de
récorce des gros arbres. Ce mode d'introduction est surtout bien sensible dans les ormes à écorce épaisse, tels que l'orme subéreux; car, après avoir enlevé les rugosités qui les caractérisent, on peut très-bien suivre, à la surface de la jeune écorce mise à nu, le parallélisme qui règne entre les trous d'entrée des scolytes, dont le creusement nous a semblé ne devoir être attribué qu'à l'insecte femelle, le seul qu'on observe ordinairement à cette époque de l'année sur le tronc des arbres attaqués. L'orifice un peu évasé de la galerie à laquelle il donne naissance, creusé en sens inverse de celui de la galerie destinée à la nourriture de l'insecte, dans leé sommités de l'arbre, est par conséquent dirigé obliquement de bas en haut. Cette sage disposition a évidemment pour but de mettre l'insecte et sa ponte à l'abri des intempéries, et surtout de l'eau qui ne manquerait pas de s'y introduire lorsqu'elle découle le long de l'arbre dans les temps pluvieux, si l'orifice eût été placé différemment ; l'autre , au contraire , non moins bien combiné, permettait à l'insecte d'aller au devant de la sève ascendante, au moment de se répandre dans le parenchyme des feuilles. Pour savoir si un arbre est nouvellement attaqué, il faut donc regarder son tronc de bas en haut ; ce qui est surtout indispensable pour l'orme tortillard, dont les écailles épidermiques sont un peu imbriquées. Si un orme l'est
depuis lonfftemps, il offrira deux sortes de trous; ceux d'entrée, que nous venons ds décrire; et des trous de sortie sur les parties de l'écorce non cre^ vassée, et même dans les parois des crevasses, ces derniers (fig. H8) étant bien reconnais s ailes à leur orifice net et perpendiculaire au plan de l'écorce. ■
Après avoir ainsi perforé l'épiderme et les couches corticales sèches et plus ou moins épaisses, le scolyte continue de cheminer obliquement en s'enfonçant de plus en plus à travers les couches corticales vivantes et tendres (le liber) jusqu'à l'aubier, à la surface duquel, toujours enrem ontant par allé lement aux fibres ligneuses, et quelles que soient d'ailleurs les flexuo- %^ psTu «ortiB ds sites et l'inclinaison du tronc et ''""«u p»rfsit (boo-
Ijto deBlmclanr),
des branches', il trace un léger sillon droit, de 2 à 3 inillimëtres de largeur sur 4 à 5 centimètres de longueur, L'insecle se tient de côté pour creuser sa galerie.
ncontce soaveat dea ormee portant des em-
p ut de raragea d'inaectes qui ne difiirent de celles dn
lyt midtwtriatitt que parce que la galerie de la femelle
t tl □ ersale anx fibres ligneuses. Comme on ne
manqo paa d'attribuer cee empreintes b des scolytee, non*
G^est au commencement de cette opération, du creusement de la galerie qui n'est jamais obstruée par des détritus, qu'a lieu la fécondation dont le mystère avait toujours paru s'accomplLf dans les sommités des arbres, là où ces insectes prennent leur nourriture : on voit alors des scolytes parcourir Fécorce du tronc et des grosses branches avec une animation toute particulière et pénétrer dans les galeries : mais comme il n'y a pas de place pour loger, côte à côte, deux insectes à la fois, bien que le mâle soit de beaucoup plus petit que la femelle, le premier ne tarde pas à attirer l'autre jusqu'à l'entrée de la galerie, et là, se retournant brusquement, il applique à cinq ou six reprises l'extrémité de son abdomen contre celui de la femelle, en l'attirant autant de fois hors de son trou dans lequel elle tend toujours à rentrer. Le mâle se dirige ensuite vers d'autres galeries qu'il recherche avec le même empressement et d'où il est quelquefois repoussé avec
croyons deyoir faire remarquer qu'elles sont, an cont^aûre, dnes à une petite espèce d^hplenntu, VhyleHnus varius qoî ne se jette sur les ormes 'qa*après leur mort sur pied ou leur abatage, sur les bois en grume ou en chantier, et dont les larves, chose remarquable et bien faite pour fortifier Terreur, ëdosent en même temps que celles da scolyte. Puisque ces insectes ne font pas de tort aux arbres vivants et qu'ils ne peuvent être considërës comme des ennemis de Torme, ils n'ont donc lien de commun avec les ravages que nous étudions.
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perte; l'insecte femelle a fait alors volte-face, ce qui arrive chaque fois aussi qu'on l'y inquiète avec un . corps étranger très-délié.
Lorsque la galerie est achevée, et, plus vraisemhlablement, au fur et à mesure de son creusement, le scolyte femelle dépose, de chaque côté, et dans de petites échancrures, des œufs assez perceptibles à l'œil pour qu'on n'ait pas besoin de recourir à un verre grossissant. L'accomplissement de cette ponte doit durer assez longtemps, car l'ouverture de l'un de ces insectes ne laisse voir, comme dans les gallinacés, qu'un œuf à la fois, assez avancé pour sortir de l'oviducte. Quoi qu'il en soit, les œufs éclôront, soit en automne, soit au printemps prochain, suivant que la ponte aura eu lieu à l'une ou à l'autre de ces deux époques, la première étant ordinairement la plus importante*. Le but de la nature étant rempli, le scôlyte femelle se laisse mourir, et l'on trouve souvent son squelette moisi à l'entrée de la galerie que nous appellerons désormais ovifère, pour la distinguer d'autres galeries dont nous allons bientôt nous occuper; il çit là
1 Dans une de nos expériences, nous avons vn, cinq semaines environ aprës la ponte d'étë (du 1« août au 8 septembre 1846), tous les œufs ^dos et des larves déjà parvenues à moitié au moins de leur grosseur dans les galeries qu'elles s'ëtaient faites ; lo scolyte femeUe vivait encore à Textrëmitë supérieure de sa galerie.
comme s'il avait eu pour dessein^ après sa mort^ d'en défendre l'approche aux insectes parasites dont nous dirons quelques mots à la fin de ce chapitre. L'insecte femelle meurt alors que, depuis longtemps, le mâle a accompli sa destinée au dehors de l'arbre, en devenant sans doute, dans la plupart des cas, la proie des oiseaux. Cependant la reproduction annuelle de cet insecte ne semble pas toujours confiée à des larves, la nature prévoyante ayant permis à quelques scolytes femelles, et probablement à des mâles également^ de passer Thiver; aussi voit- on quelquefois, par un temps doux et un beau soleil, dans cette saison, des scolytes se promener lentement sur l'écorce des arbres, et c'est ainsi que l'on peut très-bien expliquer la ponte accidentelle qui a lieu au printemps. Toujours est-il* qu'en ouvrant l'écorce des ormes très-malades, vers cette époque, on observe deux degfés bien tranchés dans les larves : les unes, et les plus communes, parvenues à tout leur développement, sont assez semblables pour la forme et la grosseur à un petit grain de blé (fig. 113) légèrement recourbé çt tronqué à l'une de ses extrémités (nous ne parlons que de celles du seolyte destructeur) ; les autres, d'une petitesse extrême, assez comparables à de la graine de pavot, ne font que d'éclore.
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Quelle que soit l'époque à laquelle l'éclosion aura lieu, il sortira du sillon ovifère une centaine de larves environ, qui iront vivre séparément, au nombre de cinquante de chaque côté. D'abord elles chemineront parallèlement ; puis, au fur et à mesure de leur accroissement progressif , et que leurs galeries deviendront par conséquent suffisamment larges pour les loger toutes, elles s'écarteront les unes des autres, à des distances égales, comme si elles se fussent mesuré le terrain nécessaire à l'évolution de chacune d'elles ; ordre bien digne de remarque, qui ne sera troublé qu'à la rencontre d'une autre famille ; et, alors, il faudra bien que les galeries s'entre-croisent réciproquement, à moins que deux galeries de ponte ne soient très-rapprochées l'une de l'autre^auquel cas les larves, issues des deux côtés qui se regardent, avortent ordinairement faute de nourriture : on peut encore remarquer sur le tronc dénudé d'un gros orme, que les espaces nécessaires à chaque famille semblent avoir été délimités à l'avance; enfin, sur le point de se métamorphoser en nymphes, elles ne chemineront plus parallèlement aux couches corticales, mais bien perpendiculairement à leur direction en se rapprochant de plus en plus delà surface de l'écorce; elles amenuiseront les vieilles couches corticales jusqu'à ce que l'insecte parfait n'ait plus qu'un léger effort à faire
pour sortir de sa prison ^ Elles doivent rester longtemps dans cet état de transition, car nous en avons observé qui avaient cessé de vivre aux dépensée la jeune écorce vers le milieu de décembre, et qui ne devaient par conséquent achever leur dernière transformation qu'au printemps de Tannée suivante*. Il s'en faut cependant beaucoup que ces changements de forme aient lieu aux mêmes époques pour tous lès individus d'une même famille : pendant que les uns sont encore à l'état de larves plus ou moins grosses, d'autres sont devenus des nymphes transparentes (fig. 112) qui impriment presque constamment à leur corps un petit mouvement de rotation, tantôt à droite, tantôt à gauche. Il y a aussi des insectes parfaits, les uns ù peine colorés, les autres plus avancés, occupés à percer l'écorce pour sprtir
1 n importait de constater ce fait, car ce sont des exemples de ce genre, mal interprètes, qui ont pu faire croire que les scolytes ne se jetaient jamais sur les ormçs jeuneset vigoureux et qu^ils ne pouvaient vivre que dans des ëcorces mortes.
^ Dans quelques circonstances, sur les arbres dont Vécorce est trës-mince, les larves de scolytes parvenues k leur grosseur, au lieu de se diriger vers la surface extérieure de Tëcorce pour achever leurs métamorphoses, pénètrent au contraire dans Taubier de toute la longueur de leur coi*p8 et s'y logent la tête tournée vers Textérieur. Nous avons observé cette curieuse particularité sur les ormes de la route de Lens à Douai dans le Pas-de-Calais.
de la galerie, à Textrémité de laquelle la nymphe s'était enveloppée d'une légère coque formée des débris cutanés de la larve*. Nous pensons que le parallélisme constant qui règne entre le sillon ovifère et la direction des fibres ligneuses, a pour but de favoriser la nourriture des jeunes larves en les mettant à même de profiter le plus possible du cours descendant de la sève, admirable prévision que nous avons déjà signalée à Toccasion de l'insecte parfait dans des circonstances tout à fait semblables, mais pour aller au devant de la sève ascendante : nous sommes tellement porté à croire qu'il en est ainsi, que, dans les ormes torlillards {ulmus modiola) dont les fibres ligneuses sont très -tourmentées, comme entortillées, les galeries ovifères éprouvent de grandes déviations et suivent toutes les flexuosités du tronc ; mais quelle que soit leur direction, elles sont toujours ascendantes, tandis que celles des larves tendent à l'horizontalité. L'espace ovale, de 5 à 8 centimètres dans son plus petit diamètre, par-
^ On a beau mettre à nu les loges où s^accomplît cette derniëre mëtamorphose en -détachant Tëcorce du tronc qui ferme la paroi inférieure de la galerie^ les scolytes qui pourraient si bien sMchapper par là n^en profitent pas ; ils n^en continuent pas moins leur travail jusqu'à ce qu'ils aient perforé Técorce, tant il est vrai que les instincts sont invariablement arrêtés d'avance par la nalurC) en d'autres termes, qu'ils ne sont pas soumis au raisonnement,- ou sont purement automatiques.
couru par une famille de larves à la surface de l'aubier (fig. 417), semble, ainsi que nous l'avons déjà dit, avoir été couvert à dessein de caractères hébraïques; mais," pour donner une juste idée du sillon ovifère, sous le rapport du point de départ de chaque larve indiqué par une petite échancrure, nous ne saurions mieux le comparer qu'au trophosperme suturai des crucifères, portant l'empreinte de l'insertion alterne des graines.
Nous avons dit au commencement de nos recherches, que les trois espèces de scolytes de l'orme correspondaient par leur taille graduée à autant d'âges différents de l'arbre ; mais, chose non moins intéressante à signaler et qui témoigne que les extrêmes peuvent aussi bien se toucher en entomologie que dans les grandes classes du règne animal, les scolytus destructor et pygmœus engendrent autant de larves l'un que l'autre, tandis que le scolytus multistriatus n'en donne que le quart; -et cette faible fécondité, comparativement à celle de ses congénères, paraît devoir être si bien inhérente à l'espèce, que la femelle n'a besoin de tracer un sillon ovifère (fig. 144) qui n'ait en longueur que le quart également de ceux de la plus grande et de la plus petite espèce de scolytes.
La multiplicité seule des espaces ravagés chacun
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par -une cinquantaine au moins de larves * explique comment un arbre finit par succomber : les galeries des familles, d'abord en petit nombre, tendent à affaiblir la circulation générale en l'interrompant sur une foule de points par leur disposition horizontale. Si plus tard, durant l'été, elles augmentent de manière à venir se toucher, à empiéter même les unes sur les autres, dans tout le périmètre du tronc, on
* Sur le tronc d'un orme mort des ravages du scolyte destructeur, de in»,54 de circonférence sur 9 mëtres de hauteur (le tronc de cet arbre ëfcant un cône tronqué avait été préalablement, pour faciliter le calcul, converti en un cylindre), nous avons compté 9773 galeries de ponte. Or, comme elles ont reçu chacune une centaine d*œufs, nous aurions 977,300 œufs; mais si Ton suppose que la moitié de cette génération a avorté, soit à Tétat d'œufs, soit à Tétat de larves, il ne restera plus que 488,650. Pour avoir le chiffre total de ce qu'un tout autre arbre semblable a nourri de larves de scolyte destructeur, il faudrait connaître la part des grosses branches qui étaient dans ce cas-ci également couvertes de galeries : or si nous l'évaluons approximativement au tiers de celle du tronc, nous aurons 651,533 larves. Enfin, il y aurait à ajouter le nombre immense de larves des deux petites espèces qui couvraient les moyennes et petitef branches et, chose remarquable k noter, ces dernières larves se rencontraient encore alors que toutes celles du tronc et des grosses branchés avaient complètement disparu, ce qui s'explique très-bien, si l'on veut avoir égard à ce que l'arbre continue à pousser en longueur longtemps encore après la mort de l'écoroe; c'est comme la barbe et les ongles qui poussent encore après la mort.
voit alors les feuilles de Tarbre qui est dans cette fâcheuse position, se faner tout à coup. Si, à cette cause, nous joignons la propriété > absorbante qu'a la matière, semblable à de la sciure de bois, provenant de la nourriture des larves qu'elles accumulent derrière elles dans leurs galeries, avec des temps d'arrêt ou des espèces de cloisons qui semblent indiquer que ces larves subissent des mues pendant lesquelles la digestion serait suspendue, on concevra, disons -nous, encore plus facilement la mort qui frappe si soudainement les ormes atteints du scolyte ; car ce détritus ou cette vermoulure, agissant comme une éponge, doit contribuer à ralentir le cours descendant de la sève ou s'opposer à l'assimilation du cambium avec les parties encore saines de l'écorce ou de l'aubier. On devra enOn être d'autant moins surpris de la marche rapide du mal, que l'étui cortical étant percé d'un grand nombre de trous, dus à l'insecte parfait, ces trous donneront nécessairement lieu à une grande évaporation de la^ sève ^ans les années sèches. En un mot, la mort si soudaine des arbres nous semble^ dans ce cas-ci, déterminée, d'yne part, par l'interception du cours de la sève descendante, et de l'autre par la brusque dessiccation à laquelle les exposent les perforations multipliées de l'écorce.
Cependant, sous le rapport de la physiologie vé-
gétale, il est digne de remarque que, si les mêmes ravages ne se sont accomplis qu'à la fin de l'automne, le même arbre, grâce à la sève ascendante qui continue de monter* par l'intérieur du tronc, pourra encore donner des feuilles, non-seuleftient au printemps prochain, mais les conservera même toute Tannée, pourvu qu'on lui ait laissé son écorce morte, il est vrai, mais susceptible d'entretenir de l'humidité autour du tronc, à l'aide^des vermoulures dont nous avons parlé plus haut, et qui se sont converties en terreau ; elles pourront même reparaître l'année suivante, ainsi que nous en ont fourni la preuve des ormes chez lesquels l'écorce demeurée en place était complètement désorganisée, et d'autres individus sur lesquels nous avions enlevé des anneaux plus ou moins larges de cette même écorce morte tout autour du tronc*. Ceci nous amène à dire par anticipation combien il importe de recon-
1 Ces faits n*ont rîen d^ailleurs qui doivent surprendre : Buffon a remarque que chez des chênes ëcorcës au printemps, ceux de ces arbres qui n'avaient pas succombe Tannée même de Topëration, devancèrent les autres et n'attendirent pas le temps ordinaire du développement des feuiUes pour en fah'e paraître ; qu'ils se couvrirent de verdure huit k dix jours avant la saison.
Buffon a pu ëgalement conserver trois à quatre ans des chênes sur lesquels il avait enlève des ceintures d'ëcorce de 3 pouces de largeur et à 3 pieds au-dessus de terre. (Mémoires de TAcadëmie des sciences, décembre 1758.)
naître les arbres réellement morts des ravages du scolyte, aussitôt que Técorce cesse de fonctionner et quoiqu'ils puissent donner des feuilles un an ou deux après la désorganisation de cet organe ; car ces arbres qui pourraient encore avoir une grande valeur au moment de leur mort réelle ou de celle de l'écorce, la perdent presque entièrement quand arrive celle du feuillage ; entre ces deux phases, le corps ligneux s'est altéré profondément.
En général, les ormes atteints du scolyte ou sco^ lytés ofiFrent les traits suivants : on voit apparaître sur leur tronc des taches noirâtres plus ou moins nombreuses, allongées de haut en bas, qu'il est impossible de confondre à cause de cette disposition, avec des taches de même couleur, mais étalées en tous sens, appartenant à des cryptogames du genre lichen * : évidemment dues à l'extravasation de la sève, qui s'est épanchée à la surface de l'écorce par les petits trous percés de bas en haut , et qui s'est transformée en acide ulmique noirâtre, elles
1 Ces taches changent de couleur en automne; sons Tinfluence de l'humidité, elles deviennent jaune verdâtre et se distinguent encore de tous les cryptogames connus : quand elles sont conâuentes, Tarbre prend un aspect jaune verdâtre tout particulier. Enfin, pour les bien examiner, il faut choisir un temps sec, lorsque le tronc n'est pas mouille par la pluie; autrement, îl est assez difficile de les distinguer. x
sont d'ailleurs toujours accompagnées de vermoulures ou de sciure d'écorce rougeâtre provenant du creusement de la galerie ovifère. Ce caractère est surtout sensible lorsque Farbre languit tellement, par suite des attaques réitérées de Tinsecte, qu'il n'a plus la vigueur nécessaire pour que les petites plaies puissent se cicatriser. On dit alors qu'il prend le charbon, en d'autres termes, qu'il annonce sa fin prochaine (fig. 146). Lorsque ces taches sont devenues confluentes et que l'écorce du tronc et des grosses branches est d'un brun noirâtre, couleur de suie et criblée de trous de sortie, on peut être assuré que l'arbre est complètement mort. A ces signes caractéristiques, il faut joindre l'état des branches supérieures qui fait rarement défaut ; au port que présente un orme (nous pourrions nous contenter de l'aspect des taches noirâtres) nous sommes presque certain de reconnaître à une aâsez grande distance celui qui est scolyté. Les rameaux des arbres malades depuis quelques années ont généralement leurs sommités frappées de mort ; l'écorce des arbres moyens et des branches est trèsrugueuse et comme soulevée sur une foule de points. Néanmoins, pour acquérir la preuve que leur état maladif tient à la présence du scolyte, il faut, ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut, recourir à des signes moins équivoques et rechercher
le contrôle que donnent les orifices des galeries. Ajoutons que l'emploi d'un maillet de bois est aussi un bon moyen d'exploration pour distinguer les parties de Técorce complètement mortes, ordinairement décollées, de celles qui ne le sont pas: en frappant légèrement le tronc avec cet instrument, on obtient des différences de son qui mettent trèsbien sur la voie et l'étendue du mal, surtout quand il s'agit du cossus^ ainsi que nous le verrons plus loin. A une certaine époque de l'année, depuis août jusqu'en septembre, alors que des scolytes femelles ont pénétré involontairement jusqu'aux sources profondes de la sève descendante qu'ils font sourdre au dehors sous forme d'écume rougeâtre, les arbres nouvellement atteints sont encore bien reconnaissables aux essaims d'insectes qui se jettent sur le tronc pour butiner : nous y avons reconnu des abeilles, des guêpes, des frelons, des bourdons, des mouches en plus grand nombre, et jusqu'à des papillons (grande et petite tortues) qui se disputent cette liqueur sucrée avec tant d'avidité qu'on peut déranger impunément les hyménoptères* ; lepied de
1 Nous avons vu des frelons littéralement enivrés, pour avoir trop absorbé de cette liqueur sucrée et légërement fermentée. On peut de cette façon détruire un grand nombre de ces redoutables hyménoptères sans courir le moindre danger.
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l'arbre est, comme nous l'avons déjà dit, couvert d'une poussière rougeâtre provenant de la perforation de la vieille écorce. Enfin, pour la même raison, dans les localités très -humides, les scolytes respectent le pied de l'arbre jusqu'à une certaine hauteur qui va quelquefois à 4 et 5 mètres. Cet espace inférieur n'en meurt pas moins, par suite toujours de l'interception de la sève descendante, quelle que soit la partie du tronc où elle a eu lieu, et l'intervalle compris enlre l'écorce et le corps ligneux se trouve souvent occupé 4)ar de gigantesques cryptogames, tels que le Ulephora et le holetus favus, ce dernier ayant l'apparence d'un cuir corroyé appliqué sur l'arbre.
Il est certain qu'un arbre maladif ou déjà attaqué du scolyte deviendra le point de mire des insectes du même genre qui voltigent dans un canton; animé d'une circulation moins active, il conviendra beaucoup mieux à la nourriture de leurs larves, qui seraient noyées dans les torrents de sève d'un arbre vigoureux. Rien ne prouve cependant qu'ils cherchent à rendre malades les ormes, avant d'en faire leur proie entière. Sur des arbres aussi bien portants en apparence qu'on peut se l'imaginer, parfaitement verts et situés au milieu des bois, nous avons vu, avec M. Guérin-Méneville, dont la grande autorité a contrôlé dans beaucoup de circonstances
nos observations, les scoîytes femelles s'y jeter, ne faire leurs galeries qu'entre Técorce morte et l'écorce vivante*, tandis qu'elles traversent les deux couches corticales (vieille et nouvelle), en passant entre le liber et le bois sur des arbres maladifs ou abattus depuis quelque temps; et la preuve qu'il doit en être toujours ainsi, c'est que chaque fois que l'insecte allait trop avant dans le premier cas, en donnant lieu aux écoulements de sève dont nous avons déjà parlé, il abandonnait sa galerie inondée, où il se noie souvent^ pouft en faire une autre à côté. Il est donc pour nous maintenant de la plus parfaite évidence que, par le seul fait d'une grande propagation, si bien garantie par la manière dont elle a lieu, les scoîytes se jettent indistinctement sur tous les ormes à leur portée, principalement sur ceux qui sont en ligne ou qui se touchent: c'est ainsi qu'un arbre très-malade se trouve ordinairement environné d'arbres plus ou moins attaqués du même insecte, de telle sorte que, de proche en proche, toute une plantation finit par en être infestée.
* Ceci est bien manifeste dans les jeunes arbres à ëcorce mince sur lesquels la grande espèce de scolyte se porte quelquefois, quand elle ne trouve pas de gros arbres à sa portëe : la galerie ovifëre, qui dans ce cas-ci est pour ainsi dire creusée sous Tépiderme, ne tarde pas îi être dëcelëe par une crevasse dans toute sa longueur.
Tout ce que nous venons de dire du scolyte destructeur peut très-bien s'appliquer aux deux petites espèces : les scolytvs multistriatus et pygn/k^eus font périr exactement de la même manière les jeunes ormes, et si leurs ravages sont moins sensibles dans les branches secondaires des gros arbres, c'est que' les jeunes pousses dont elles se couvrent annuellement, paralysent leur action; elles se guérissent elles-mêmes, pourvu que le tronc ne soit pas trop ravagé par la grande espèce de scolyte.
Les attaques des deux petites espèces de scolytes sont surtout reconnaissables à une fissure accidentelle qui se forme souvent sur le trajet de la galerie ovifère, par suite de la très-faible épaisseur de la vieille écorce, qui se rompt sans doute pendant que l'insecte femelle est occupé à la creuser. Nous avions avancé en commençant que le scolytus multistriatus était l'espèce qui fait le moins de tort aux ormes, à cause de 4a faiblesse de sa féco.ndité ou bien de la brièveté de sa galerie ovifère; toujours^ est-il que des deux côtés de cette galerie, gui varie entre 1 et 2 centimètres de longueur, on compte les points de départ d'une soixantaine de larves environ, dont plus de la moitié avorte faute d'espace pour se nourrir. Cette espèce moyenne de scolyte se rencontre aussi sur les arbres à l'exclusion des deux autres espèces, et le tronc des ormes
moyens qui ont succombé à leurs attaques porte une foule d'empreintes que nous pourrions comparer à celle d'une araignée à corps effilé (fig. 144).
Bien que les gros arbres semblent être le partage exclusif du scolyte destructeur, il n'est pas moins vrai que ces mêmes arbres, fraîchement opérés, peuvent être, dans quelques cas, itérativement attaqués, non plus par le même insecte, mais bien par les deux petites espèces de scolytes : et <îela lorsqu'ils viennent à dépérir brusquement par l'eiFet d'une grande sécheresse ou d'une infiltration de gaz à éclairage, comme nous l'avons remarqué à Versailles ; mais c'est que le tronc de ces arbres a été mis dans les conditions de celui d'un tout jeune arbre.
Si nous ne pouvons pas remonter aux époques auxquelles les scolytes ont fait leurs premières invasions sur notre territoire^ nous pouvons au moins les suivre dans leurs migrations : d'après un assez grand nombre de faits, nous sommes porté à croire que ces insectes, qui ne volent pas très-loin et difficilement, obéissent à l'action dominante du vent dans la contrée où ils ont pénétré. C'est ainsi, pour la France, que leurs ravages considérés en grand s'étendent du sud-ouest au nord-est, suivant les plus grandes dominance et violence du vent dans ce pays, indiquées d'ailleurs par l'inclinaison de la
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tête des gros arbres dans cette direction, et surtout dans les endroits qui n'en sont pas abrités. Cette
marche des scolytes de l'orme trouve, d'ailleurs, sa
confirmation dans celle de leur congénère, le sco^ lijtus intricatus (Ratz.), qui se répand de cette manière, bien tranchée, au milieu des futaies de chêne.
Pour compléter nos observations sur les scolytes de l'orme, il nous reste à dire quelques mots du parasitisme qui sert tant à maintenir l'équilibre entre tous les êtres organisés; malheureusement nous n'avons encore été à même d'étudier qu'une seule fois les parasites des scolytes de l'orme : vers la fin de juillet de l'année 1846, ayant remarqué une petite espèce d'ichneumonide, le bracon initiator (Wesm.), occupé à enfoncer son long oviducte, l'ovipositor, comme l'appelle Réaumur, dans les trous de scolyte qu'offrait l'écorce d'ormes abattus en hiver dans la forêt de Meudon, nous pensâmes qu'il cherchait à y déposer des œufs ; Texamen de l'écorce de ces arbres nous laissa voir alors deux sortes d'insectes : 1® des scolytes à l'état de larves parvenues à leur développement, d'aulres à celui de chrysalides et même d'insectes parfaits; 2o et à l'extrémité d'un grand nombre de galeries horizontales de scolytes, des coques formées avec les débris des larves de cet insecte, dans l'intérieur
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desquelles le jeune bracon issu des œufs pondus à rentrée des galeries ovifères, au commencement du printemps, avait vécu; enfln ce parasite lui-même prêt à sortir de sa demeure usurpée, par un petit trou qu'il pratique dans Técorce avec ses mandibules. Les jeunes branches des mêmes crmes étaient ravagées par les petites espèces de scolyles, qui aussi rencontraient un ennemi proportionné à leur taille dans un petit chalcidite dont une espèce, beaucoup plus petite encore, faisait la guerre de la même manière à Vhylesinus varius, ce dernier insecte ne se jetant, comme nous l'avons déjà dit, que sur les arbres abattus depuis quelque temps ou morts sur pied.
Enfin nous devons aussi comprendre dans le parasitisme qui tend à restreindre la multiplication des scoly tes, que ce soit un animal ou un végétal, l'invasion d'un cryptogame, d'une mucédinée, qui est, comme on sait, si funeste à l'industrie des vers à soie ; nous voulons parler de la muscardine : en ouvrant l'écorce d'arbres affectés de cos§us, qui eux-mêmes étaient muscardinés, nous avons eu occasion de voir, après un hiver long, froid et humide, dans le nord de la France, les larves de scolytes les plus voisines des galeries de cossus infectés, complètement envahies par le hotrytis bassiana. Nous avons observé la même maladie dans une circons-
tance à peu près semblable , vers la fin d'octobre , dans le département de la Marne, à la suite de plusieurs joiu's chauds et pluvieux. Néanmoins, nous pensons que cette maladie purement accidentelle en ce qui concerne le scolyte, sur laquelle nous reviendrons en parlant du cossus, ne peut être transmise que par ce dernier insecte.
Moyens de destruction des Scolsrtes de TOrme et restauration des Arbres. — L'écorce d'un arbre, sur l'organisation et les fonctions de laquelle nous devons nous arrêter un peu pour mieux faire comprendre notre traitement opératoire, se compose, comme tout le monde sait, en allant de dehors en dedans : 1» de l'épiderme ou cuticule regardé généralement comme une membrane cellulaire distincte ; 2® de l'enveloppe herbacée, verte dans les jeunes tiges, et constituant la partie connue sous le nom de liège dans le quercus suher^; 3° et des couches corticales les unes sèches, situées à l'extérieur, appelées couches corticales proprement dites, les autres placées plus profondément, où elles prennent le nom de liber. Au bout de deux ou trois ans, le tissu de l'enveloppe herbiacée se dessèche, cesse d'être extensible, se fendille (orme) ou s'enlève par plaques (platane). Il en résulte alors que cet organe
1 Elle existe aussi dans Torme subëreux.
qui, avec les feuilles dont il constitue le parenchyme, opère sous l'influence seule des rayons solaires la décomposition de l'acide carbonique absorbé par Tair dans la plante, de sorte que ïe carbone reste dans l'intérieur du végétal et l'oxygène mis à nu est rejeté à l'extérieur; que cet organe qui concourt encore à l'élongation aérienne des bourgeons en sollicitant au printemps la sève à naonter vers eux, jQnit, disons-nous, sur le tronc d'un gros arbre tel qu'un chêne, par être presque entièrement anéanti, par ne plus exister qu'au fond des crevasses. Rien enfin n'est plus variable que l'épaisseur de toute l'enveloppe corticale : chez l'orme , par exemple, elle est souvent considérable, quelquefois de 12 à 15 centimètres * ; mais elle est communément chez les grands ormes de 3 centimètres, dont deux pour ce que nous convenons d'appeler dès à présent la vieille écorce, reconnaissable au premier aspect à sa couleur fauve, et 1 centimètre pour la jeune écorce ou liber qui se distingue nettement de l'autre à sa couleur blanchâtre, et qui rougit au contact de l'air peu de temps après avoir été mise à vif. Sous le point de vue qui nous occupe, nous con-
Dans un exemple de ce genre, et sur xm orme d'une centaine d'annëes environ, nous avons compte autant de vieilles couches corticales qu'il y avait de couches Ugneuses dans le tronc de Tarbre d'où elles provenaient
sidérons l'état dans lequel se trouve la partie supérieure et moyenne de l'écorcc de l'orme, sa partie semi-vivante, comme étant la cause prédisposante des attaques des scolytes : et, partant de ce principe, nous nous sommes demandé si, en l'enlevant avec soin lorsqu'elle renferme de nombreuses larves, nous, ne rendrions, nous ne conserverions pas la santé aux arbres qui en sont privés ou sur le point de périr; nous nous sommes donc livré à de nombreux essais à ce sujet, et nous croyons avoir reconnu que non-seulement on pouvait rendre la vie aux arbres sur le point de la perdre, mais que, abstraction faite de la présence des insectes, on augmentait d'une manière notable l'accroissement en diamètre et, par conséquent, la production du bois chez les arbres rabougris, qui végètent difficilement, soit en faisant cesser la constriction générale de la vieille écorce sur le tronc, soit en mettant la jeune écorce, comme celle d'un tout jeune arbre, plus à même de recevoir le contact vivifiant de l'oxygène de l'air'.
^ Voir Mémoires sur les ravages des scolytes et du cossus dans les ormes et sur des moyens mis en pratique pour détruire .ces insectes et restaurer les arbres qu'ils font périr, par le docteur E. Robert. (Mémoires de la Société royale et centrale d'agriculture, année 1846.)
Rapport sur les recherches de M. Ë. Robert, relatives aux mœurs de divers insectes xylophages et au traitement
Cependant, avant de faire Tapplication en grand de notre procédé opératoire pour détruire les scolytes et restaurer les arbres qui en sont atteints, nous avons dû nous enquérir des moyens employés avant nous et depuis nos expériences, pour arriver au même résultat; or toutes les substances liquides et gazeuses mises en usage n'ont pu, jusqu'à présent, produire un effet efficace r et cela se conçoit, si Ton se rappelle que les larves de scolytes sont profondément logées dans le sein des écorces où elles se trouvent à l'abri des agents extérieurs, des oiseaux insectivores et même du froid qui, du resté, nous avons oublié de le dire, peut les congeler sans les faire périr. C'est ainsi qu'on a employé tour à tour l'eau de chaux vive qui ne fait que détruire les cryptogames répandus sur Técorce*, le chlorure de calcium, la fleur de soufre, l'acide sulfureux, le sulfure de carbone, etc., qui n'ont produit aucun effet. En outre, de ce que l'emploi des substances
des arbres attaquas par ces animaux. {Comptes rendus des séances de ï' Académie des sciences, tome XXVI, et Mectieil des Savants étrangers.)
1 En Belgique, où nous avions été appela dans Thiver de 1848-1849, par M. le bourgmestre de Brouckère pour restaurer les arbres des boulevards et du parc Royal de Bruxelles, nous avons dû faire enlever à la plane un enduit de ce genre qu'on avait mis sur presque tous les ormes, dans Tespérance de les guérir des scolytes.
DES PLANTATIONS d' ALIGNEMENT. 299
gazeuses est d'une application très-difGcile, nous pouvons dire avec assurance que, si elles pouvaient
pénétrer jusqu'aux larves, qui seraient tuées infailliblement, elles feraient partager le même sort aux
arbres soumis à ce traitement. Le mieux, dans ce cas-ci, serait assurément l'ennemi du bien.
Lors de la première application de notre procédé opératoire, qui remonte à l'année 1846 pour le traitement des arbres ravagés par les scolytes, nous nous bornâmes à faire de larges incisions sur les ormes attaqués : depuis l'origine des grosses branches jusqu'au pied de l'arbre, nous en pratiquâmes deux, trois, quatre, cinq et six, suivant d'ailleurs la grosseur du tronc et le rfegré de la maladie (Gg. 119). Nous leur donnâmes 5à 6 centimètres de largeur en ayant soin de tailler en biseau les lèvres des plaies, afin de faciliter la formation de bourrelets et d'empêcher les individus malintentionnés et les ruminants de pouvoir saisir l'écorce béante pour l'arracher. Souvent nous nous bornâmes à isoler, par une espèce de séquestre (fîg. 120), les parties excessivement malades de celles qui l'étaient fort peu, et nous obtînmes, de cette manière, une espèce de nécrose plus ou moins grande, qui bientôt, ne pouvant plus nourrir les larves qu'elle renfermait, les laissait mourir de faim ; dans ce cas-ci, nous arrivions inévitablement jusqu'au bois, puisque nous étions obligé de retrancher les portions d'écorce non susceptibles de se rétablir. Ordinairement les incisions étaient faites de façon à n'intéresser que les couches supérieures de l'écorce, jusqu'au
liber, que nous avions soin de ne pas trop entamer; elles avaient pour but : l*» d'ojjvrir le plus possible de galeries horizontales de scolytes qui se trouvaient sur leur passage, de manière à les empêcher de continuer leurs ravages autour de l'arbre; 2^ de provoquer la formation d'une nouvelle écorce au fond des incisions et des bourrelets le long des plaies, chargés les uns et les autres de favoriser la circulation de la sève, ralentie par l'espèce de lacis résultant de l'entre -croisement des galeries de larves; ces derniers devaient en outre, par leur, surface arrondie et lisse, s'opposer pour longtemps aux attaques des scolytes, qui n'auraient pas d'ailleurs trouvé dans leur intérieur, en supposant qu'ils y eussent pénétré, l'espace nécessaire à l'évolution de toutes les larves issues d'une de leurs pontes. Nous avions espéré aussi que l'air atmosphérique agirait sur les larves non atteintes dans l'opération en les faisant périr, et que, par suite de cette surexcitation imprimée à toute la périphérie du tronc, les intervalles compris entre les incisions participeraient de la vigueur qui devait se manifester dans lés bourrelets, pourvu cependant qu'ils fussent assez rapprochés les uns des autres. Au bout d'un an nous eûmes la satisfaction de voir que toutes nos prévisions s'étaient réalisées : un nouveau tissu, à la fois ligneux et cortical, avait acquis dans ce laps de
tempa une épaisseur moyenne de 4à 5 mUlîntètres, au fond des incieion^ (flg. 121) ainsi que sur les bords des plaies, même chez les ormes qui venaient difficilement. Quelles que fussent d'ailleurs la profondeur à laquelle t'insirument tranchant avait pénétré Hans l'écorce et l'irrégularité avec laquelle cet Drg^ane avait été entamé, n'eût-il fait qu'effleurer les premières couches médullaires vivantes, la nouvelle écorce était toujours uniformément séparée par uu tissu cellulaire jaune verdâtre (enveloppe herbacée) du liber, et tout ce qui recouvrait celte membrane au moment de l'opération se trouvant frappé de mort, ne faisait plus que jouer le rôle d'épiderme. Cette jeune écorce laissait seulemeot voir, Pig. lai. — iii!g(!niirii- dans le fond des gouttières que uon du liber ou fond Hong avioHS pratiquées dans l'ancienne, et à la surface do l'aubier, de petites lacunes ovales (fig."122), occupées naguère par des nids de larves ; les trous d'entrée ou de sortie, quand ils traversaient le liber susceptible encore de fonctionner, étaient bouchés par une espèce de nodosité. Cette singulière production ligneuse qui s'énucle avec fa-
DES PLANTATIONS d'AUGNEMENT. 303
cilité peu de temps après son apparition, séparée qu'elle est de l'arbre, dans les premiers temps, par du tissu cellulaire, se convertit dans beaucoup de circonstances en boui^eons, de sorte que de trèsgros ormes dont le tronc était uni depuis un grand nombre d'années, soumis à cette opération, se sont tapissés (fe jeunes branches couvertes de feuilles. Des bourrelets turgescents, bien verts , atteignant quelquefois' 10 à IQ millimètres d'épaisseur, garnissaient |' | toutes les lèvres des plaies et 1 1 j\
tendaient à se rapprocher (fig.
123 et 124), là ou nous avions \ dû aller jusqu'au bois , pour | séparer des parties excessivement malades, morles même, de parties encore saines; et, Pig. i!2. — Fenêtre icnchose de la plus haute im- d»ni i ai.p.r.ître pur
BuitQ du rapproche-
portance a constater, sur la- ^^^^j ^^ bonrreieu quelle devait reposer tout le mérite de notre système des tranchées, l'écorce malade comprise entre les incisions s'était restaurée d'ellemême, de sorte que par la grande vitalité imprimée à l'arbre, l'opération avait eu pour résultat de fairt disparaître, repousser au dehors, insectes, larves et jusqu'aux galeries de ces dernières ; nous fîmes, en un mot, de l'autoplastie végétale. Les bandes d'é-
corce régénérées avaient acquis, dans quelques cas, un tel développament ' que l'écorce malade était soulevée et se détachait avec la plus grande facilité, laissant à nu une écorce saine, lisse, d'un vert bru-
'■ Non-sealement les tranchées, an bout d'ans dizaine . d'annëeg, n'ont pu contenir ces nouveaux Iïbsub, raaia ceux-ci ont débordé et forment aujourd'hui des bourrelete ti'bB-saiUantEi sur les troncB de pluBieurs ormeB qui, de cylindriques qu'ils étaient dans l'origine, tendent }t devenir
DES PLANTATIONS d' ALIGNEMENT. 305
nâtre* à sa surface, entièrement renouvelée, comme à la suite de nos opérations.
Le succès de nos premières expériences nous ayant enhardi, nous avons poussé plus loin les incisions : du tronc nous les avons fait courir le long des plus grosses branches et le plus haut possible ; enfin, dans quelques cas, nous avons enlevé complètement, sur des arbres excessivement malades, condamnés par tout le monde, toute la vieille écorce du tronc, et même des grosses branches. L'écorce de ces derniers arbres avait été tellement labourée par des larves de scolytes, qu'en se rétablissant elle présentait sur le tronc comme une espèce de réseau, dont les mailles laissaient voir au fond (fîg. 124) une grande partie du sillon ovifère^ ainsi que l'origine de toutes les galeries de larves qui en partaient. Depuis la formation de ces cicatrices, le bourrelet ovale qui cernait chacune d'elles s'est rétréci de plus en plus, et il n'y a bientôt plus eu de perte de substance de l'écorce : au bout de trois
polygones. Dans quelques cas, ces bourrelets tendent à se dëtacher en devenant de petites colonnettes engagées par les deux extrëmitës dans le corps de Tarbre. Il existe aux Champs-Élysëes un exemple bien frappant de cette singulière curiositë végétale près du bureau des omnibus (place de la Concorde).
1 Cette coloration particulière résulte de la privation de lumîëre.
ans, non*seulemeni ces fenêtres avaient complètement disparu, mais un bourrelet saillant s'échappait de chacune d'elles avec une ..légère commissure au milieu, dans le sens de sa plus grande étendue et correspondant au sillon ovifère.
Dans quelques cas il restait si peu d'écorce vivante ou saine pour transmettre la sève descendante, qu'après avoir enlevé toutes les parties détruites ou malades, nous avons pu déterminer la formation de bourrelets devenus depuis de véritables tuteurs (fig. 125 et 126). Il existe encore aux Champs-Elysées, devant le Palais de l'Industrie, un gros orme que nous avons traité de cette manière et qui s'est parfaitement restauré. La fig. 126 représente un arbre encore plus curieux situé au Ghamp-de-Mars : à la suite d'une grave opération, il s'est longtemps soutenu par une simple lanière de quelques centimètres de largeur, lanière devenue une véritable tige appuyée contre le tronc tronqué.
Il nous est donc démontré par ces expériences qui remontent à l'année 184f3, et par l'application que nous avons faite depuis sur une très-grande échelle, de la décortication de tout le tronc d'un arbre, que l'enlèvement complet des parties malades de l'écorce ne peut être, dans beaucoup de circonstances, qu'une bonne opération sur laquelle on peut fonder de légitimes espérances. Dans l'état
ordinaire des choses, plus un individu, animal ou
vég'étal, est malade, moins il y a de chances de le
voir guérir; rien ne serait plus paradoxal que de soutenir le contraire ; et cependant les ormes affeç-
tés des insectes xylophages semblent faire exception à cette règle, au point de vue seulement de l'opération que nous leur faisons su^ir : chose remarquable, elle parait être, contrairement à la théorie, d'autant plus efficace, et ses effets sont d'autant plus prononcés, que les ormes sont plus atteints de scolytes, et qu'on a Ç été obligé, pour les mettre à
? découvert, d'attaquer très-sou-
' vent l'aubier; tandis que les
3 arbres chez lesquels on a laissé
■ toute la jeune écorce sans la
I cribler de fenêtres, comme dans
^ le premier cas, sont comparali-
* vement languissants. Mais cette
g opération est tout à fait ration-
I nelle, puisqu'elle avive toutes
ï les parties infestées de l'écoreo
^ en lui imprimant une grande
f vitalité sur tous les points al-
6 teints parl'instrument tranchant,
^ en surexcitant ses tissus paraly-
sés; elle a aussi l'avantage de mettre à nu, dans toute leur étendue, les galeries du cossus qui se trouvent souvent (fig. 127) sur les arbres ravagés par les scolytes, et de manière à rendre plus facile la destruction de cette larve.
,dont la première opération (incisions longitudinales) ne fait qu'ouvrir transversalement les retraites. Ce procédé opératoire est d'ailleurs bien convenable pour combattre efficacement les larves de cet inr secte, qui jTdurraient continuer leurs ravages dans un arbre, traité pour le scolyte. Ajoutons que Tablation de la vieille écorce jusqu'au fond des crevasses entraine nécessairement la chute des nids de la spongieuse qui pourraient s'y trouver et dont nous parlerons plus loin. Enfin, quel que soit son effet destructif, ce traitement est également prophylactique, en ce sens, qu'il met pour un temps plus ou moins long, la surface du tronc devenue lisse, dans des conditions impropres à faciliter l'introduction de
nouveaux scoly tes * , aussi bien que la ponte du cossus qui, dans la supposition -où il n'en serait rien à son égard, échappera cependant moins facilement aux regards*
Nous associons donc aujourd'hui, plus que jamais, Tenlèvement complet des couches malades de l'écorce à l'emploi des incisions ; nous en sommes même venu à généraliser cette opération, qui ne de-
1 II s^est écoule ainsi une douzaine d^annëes avant que des gros ormes qui avaient ëtë opërës en 1846 aient été de nouveau atteints du scolyte destructeur; mais e^est que ces arbres avaient fini par recouvrer une ëcorce épaisse, crevassée, qui convenait à Tintroduction de cet insecte.
dlO LES RAVAGEURS
mande guère plus de temps que la première pour être faite, et qui choque moins la Mie par son uniformité que les gouttièr^ longitudinales. Une longue expérience nous a prouvé qu'elle pouvait être pratiquée avec la plus grande hardiesse et, pour ainsi dire, les yeux fermés, sur des arbres trèsaffectés de scolyles. Néanmoins, nous recommandons de ne la pratiquer que très-légèrement, en laissant des traces de la vieille écorce sur la vive, traces que nous appellerons marbrures, dans toutes les parties du tronc et des grosses branches exposées à l'ardeur du soleil, et généralement sur les ormes à écorce mince. En exigeant ce soin des ouvriers, c'est la meilleure garantie que l'opération sera bien faite, car, autrement, ils pourraient aller aveuglément jusqu'à l'aubier, c'est-à-dire écorcer complètement l'arbre. Nous prenons aussi cette précaution pour éviter des décollements* et des gerçures trop pro-
' Ces dëcollemcnts sur lesquels il est bon de dire quelques mots, peuvent être attribues dans Tëtat ordinaire et en dehors de toute opération faite aux arbres, k un ëtat pléthorique ou à une espèce d* apoplexie sëyeuse semblable à celle dont parle Duhamel : * Lorsque Forme dîtil, est planté dans un terrain trop gras et trop humide il arrive que dans le temps de la sévé; celle-ci se porte en si grande abondance entre le bois et Tëcorce que ces deux parties se séparent par la rupture du tissu cellulaire ; et alors on voit plusieurs de ces arbres mourir subitement;. » Nous avons fréquemment rencontré des ormes chez les-
fondes, qui peuvent survenir au liber mis à nu dans les années trè3-sèches, et seulement sur le côté de Varbre exposé à la plus grande action solaire; sur les jeunes ormes à écorce mince et qui sont légèrement atteints par les scolytes, nous nous contentons de mouchetures faites avec l'instrument tranchant sur les parties affectées. Enfin, bien que tout nous porte à croire que la vitalité de Tarbre qui se manifeste dans les intervalles laissés entre chaque tranchée, de manière à les purger du scolyte, à régénérer Técorce, se fasse également sentir dans le sens de la longueur, ou bien au-dessus du tronc, sur les grosses branches, nous ne manquons jamais de pratiquer des tranchées le plus haut possible sur les principales branches des gros arbres, et de les faire aboutir au tronc dénudé, en les élargissant de plus en plus, de manière à ce qu'elles puissent être
quels une longue fente sVtait formëe sur le côte de Tarbre tourné vers le midi, et d*où s'échappait de la sève en abondance : tout un groupe de jeunes ormes d'une trentaine d'années environ,, prës de Gouvieux (Oise), nous a notamment offert cette particularité, évidemment due à une inégale répartition de la sève sur toute la périphérie du tronc ou à un excës de circulation du côté du midi. Les variations de température ne sont pas également étrangères à ce phénomène : lorsque la sève descendante vient à se congeler, il y a une augmentation de volunae L qui doit contribuer beaucoup à la rupture des mailles de l'écorce.
considérées comme étant la continuation de la première opération; leur application sur des arbres à peine malades ou attaqués doit être regardée comme purement préservative.
Enfin, sur les branches où il est impossible d'opérer la décortication superficielle , et même de faire de simples tranchées, il suffit de pratiquer des incisions linéaires très-rapprochées les unes des autres avec le scarificateur à trois dents recourbées à angle droit , tranchantes intérieurement et d'inégale grandeur, celle du milieu étant la plus courte (fig.. 126), que nous avons imaginé pour une tout autre opération , celle du débridement du système cortical sur les jeunes arbi*es dont Técorce est comme incrustée de lichens qui s'opposent à l'accroissement en diamètre et à l'action bienfaisante de l'air et de la lumière. L'emploi de cet instrument*, très-facile à manier, pourrait d'ailleurs, dans bien des cas, suppléer à la plane sur les jeunes arhres à écorce mince : en le promenant sur le tronc et- les branches, il ne peut pas manquer d'interrompre toutes les galeries transversales des scolytes, et de déterminer autant de bourrelets qu'il y aura d'incisions. Nous avons ainsi rendu à la vie de gros ormes, au pied desquels
1 Nous avons fait faîr.e jusqu'à présent cet înstrament, ainsi que le phloiotome proprement dit, chez Bocuze, successeur de Kenaudin, taillandier à Paris.
on avait mis une couche très -épaisse de gpudron chaud pour paralyser Pefifet des ordures dont ils étaient abreuvés dans le voisinage d'un théâtre trèsfréquenté, en été, aux Champs-Elysées.
Afin de généraliser les diverses formes soùs lesquelles nous appliquons nos procédés opératoires, que ce soit par incisions et simple enlèvement de bandes longitudinales d'écorce ou par enlèvement général des couches supérieures de Técorce sur tout le tronc, graves opérations auxquelles nous pouvons joindre celle qui consiste à enlever par places (mouchetures) les nids de larves répandus en trop petit nombre sur les ormes, notamment les jeunes, pour être Tobjet de Tune ou de l'autre des trois premières opérations, nous avons cru, disons-nous, devoir désigner ces divers procédés opératoires sous le nomdephloioplastie{de(fAQi6^y écorce, etdeirXàaaeiv, former, formation de Técorce), en les assimilant jusqu'à un certain poiat à ces opérations chirurgicales qui revêtent de peau empruntée aux parties environnantes celles qui en ont été dépourvues accidentellement ou congénialement. Dans les nôtres, nous ne faisons pas un véritable emprunt aux tissus voisins, mais nous les forçons à se rapprocher et à se souder, lorsque les solutions de continuité déterminées par les ravages des larves ne sont pas trop étendues. Rien d'ailleurs ne doit mieux , nous le croyons, jus-
tifier cp nom , qui résume toute notre théorie , que les bourrelets saillants, lisses, arrondis, bien vivaces que nous provoquons dans beaucoup de cas, là où le ravage a été si grand qu'il n'est plus resté que de faibles lanières de quelques centimètres de largeur, par où la sève circulait encore avec peine entre la partie supérieure de l'arbre et le pied ; bourrelets, faisons-le remarquer en passant^ qu'on peut regarder comme de jeunes sujets entés sur d'autres sujets qui, après avoir cessé de vivre, ne font plus que l'office de supports. En un mot, la phloiopiastie doit être la substitution d'une écorce saine, exempte de larves, à une écorce languissante et infestée de larves; l'opération provoque la première partie de cette substitution, et la nature fait la seconde*. Je le pansay et Dieu le guarit, a dit Âmbroise Paré.
Naturellement, nous avons dû faire confectionner des instruments particuliers pour traiter les arbres suivant notre méthode ; le principal (fig. 427), que nous avons cru devoir aussi a^^eXer phloiotome~(ôe cpXotoç , écorce , et de to[xîÎ , section , section de l'écorce), et qui sert à inciser et à faire tomber toute
1 Voir, k la suite de la savante notice de M. le Comte Jaubert, Tàrticle traduit de Tanglais intitule: De la chirurgie végétale, àToccasion de notre traitement des ormes. (Note de l'éditeur, page 23a.)
la vieille éuorce sur les gros arbres, est une espèce d'herminette , terminée par une hachette destinée
abattre les branches qui gênent, et à fouiller plus facilement au pied de l'arbre. Ses deux tranchants
doivent avoir de 7 à 8 centimètres de largeur et être perpendiculaires l'un à l'autre (lig.128). De plus, l'bermmeiiedoïièire très-légèrement courbe sur le tranchant , afin que son action se fasse sentir de dedans en dehors obliquement ou en dédolant*. Enfin cet instruntenty du poids de 1 kilogramme environ, doit être muni d'un manche de 25 à 30 centimètres de longueur. Nous nous contentons de planes, vulgairement couteaux à deux poignées (fig. 129) , légèrement^ourbes sur le plat (fig. 129)*, pour leâ jeunes ormes et même pour les gros ormes à écorce mince, qui se trouvent, avec ces derniers instruments , pelés en quelques instants , surtout ceux où il n'y a que des mouchetures à faire. Il va sans dire que, pour opérer des arbres dans leurs parties les plus N élevées, il faut se servir d'échelles doubles et même de griffes ; de telle sorte que pendant que des ouvriers ordinaires font le bas des arbres, des élagueurs-griffeurs achèvent le haut. Un manœuvre intelligent peut, avec le phloiotome, écorcer moyennement par jour trois arbres de 4 mètres de hauteur
' Cette disposition de rherminette, gur laquelle nous insistons, est surtout très-avantageuse pour ouvrir les galeries de cossus sans blesser inutilement plus d^écorce qu'il ne faut.
2 On peut aussi les avoir légèrement courbes sur le tranchant; celles qu'a faites Bocuze-Renaudin pour la ville de Paris ont cette forme, que les ouvriers semblent
référer.
• et de 1 mètre de circonférence; lorsque le décorticage se fait par bandes , le même manœuvre opère un peu plus d'arbres ; mais la surface décortiquée ne dépasse jamais, dans ce cas^ 40 mètres carrés. Avec la plane, le nombre d'arbres qu'on peut opérer est indéterminé.
L'opération est plus facile qu'on ne pourrait le supposer: une fois l'écorce du tronc entamée, il suffit d'enfoncer avec confiance l'instrument (le phloiotome) entre la partie brunâtre de l'écorce (la vieille écorce) et la partie blanchâtre (la jeune écorce). à la surface de laquelle serpentent les galeries des larves. Dans la plupart des ormes , la vieille écorce s'enlève de. cette manière avec la plus grande facilité; quelques-uns seulement l'ont très-fibreuse, tel que le tortillard, et réclament un instrument bien affilé. La grosse écorce que les ouvriers font tomber ne laisse pas que d'être considérable ; au pied des gros arbres, il s'accumule de véritables monceaux de fragments ou de copeaux de vieilles couches corticales, qui constituent un excellent chauffage , et que les ouvriers auxquels on les abandonne vendent fort bien. Nous insistons sur ce point, parce que; dans beaucoup d'endroits où l'on a déjà appliqué notre procédé opératoire , on a fait brûler en pure perte, sur place, toutes les écorces provenant de l'opération, dans la crainte de les voir transmettre la maladie si
on les eût remisées ; tandis qu'il nous est parfaitement démontré que les larves de scoly tes , une fois séparées de Tarbre, ne peuvent plus vivre dans les couches corticales qui les ont vues naître : cette précaution est tout au plu^ bonne à prendre à la sortie de l'hiver, lorsque dans une opération tardive les lances de scolytes, déjà transformées en chrysalides sont sur le point de devenir insectes parfaits , ou de prendre leur vol.
^ Quant à l'époque à laquelle il convient de traiter les ormes , on peut le faire depuis le commencement de l'automne, lorsque la seconde sève (celle d'août'i est au repos, jusqu'à celui du printemps ou de l'apparition des fleurs ou des graines d'ormes (samares^ appelées communément pain de hanneton. J] n'est pas prudent d'attendre que la sève ait commencé à descendre avec abondance, entre le bois et l'écorce surtout lorsque la saison offre de grandes variations de température ; car on s'exposerait alors à des décollements de la jeune écorce, décollements insi^ni. fiants dans les tranchées longitudinales, mais qui pourraient compromettre la vie de l'arbre sur lequel on aurait pratiqué l'enlèvement complet de la vieille écorce, s'ils venaient malheureusement à contourner le tronc. Néanmoins, si dans le cours de l'été on rencontre un arbre gravement compromis par les scolytes, il n'y a pas à hésiter à lui faire des tran-
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chées longitudinales ou une décortication très-superficielle, en ayant soin , immédiatement après, d*enduire les plaies ou le tronc d'un lait de chaux ou d'une légère couche de coltar dont il nous reste à parler.
Quelque temps après leur opération, les ormes, comme nous l'avons déjà dit, prennent une teinte rougéâtre, désagréable à la vue, qui, abandonnée à elle-même , ne disparaît qu'au bout de deux à trois mois pour devenir brun grisâtre. Or, rien n'est^lus facile pour la faire disparaître que d'employer le ré^ sidu du gaz à éclairage , connu sous le nom de coltar ou goudron minéral , avec addition d'ocre jaune pour obtenir une teinte brunâtre semblable à celle de l'écore enlevée : au moyen de la brosse à goudron (fîg. 130) ou d'une simple brosse à badigeonner et d'eau , qui sert à étendre le coltar ordinairement épais, en couche aussi mince que l'on veut, on peut à très-bon marché dissimuler l'opération faite aux arbres et éloigner pour un temps plus ou moins long, les ifesectes qui seraient tentés de venir s'y jeter. Loin de nuire aux arbres, quelle que soit l'épaisseur de la couche appliquée, pourvu cependant qu'elle ne soit pas trop épaisse, cette substance, disons- le en passant, paraît avoir la propriété d'activer singulièrement la végétation en raison, sans doute, des principes ammoniacaux qu'elle renferme. Nous em-
ployons, pour empêcher le contact destructeur de Tair, du goudron ordinaire sur les parties du corps ligneux mises à nu dans de trop grandes étendues pour espérer de les voir se recouvrir d'une nouvelle écorce dans le cours de Tannée*.
De même que dans l'économie animale où Ton voit des malades guérir sans le secours de la médecine, il y a des arbres affectés des insectes xylophages que nous venons de décrire, qui se rétablissent d'euxmêmes en chassant leurs ennemis ; il n'y a pas de règle sans exception. Dans ce cas-là, il se forme au centre des petits espaces ovales ravagés par les larves, des nodosités qui tendent à se couvrir de bourgeons ; les ormes qui offrent cette particularité résistent ordinairement à de nouvelles attaques, ne sont même plus menacés et semblent, comme dans certaines affections exanthématiques, propres à l'homme, s'être inoculé un virus préservatif. Dans la plupart des cas, les arbres attaqués du scolyte, abandonnés à leur propre sort, succombent infailliblement lorsque les larves ont achevé de faire le tour du tronc; mais il arrive quelquefois que, au lieu de l'attaquer
1 Dans quelques cas très-rares, nous avons vu le cambîum suinter à la surface de Taubîer que nous avions mis h. nu en avivant les ravages des scolytes et se transformer en liber au contact de Tair, aussi bien que dans les expériences de Duhamel.
DES PLANTATIONS d'ALICINEMENT. 321
uniformément, elles se portent toutes d'abord d'un seul côté , de sorte que celui-ei est frappé de mort quand l'autre ne fait' que d'être atteint; il se forme naturellement un séquestre ; des bourrelets à bords irréguliers (fig, ISl) se développent de chaque cdté de la partie encore saine, et celle-ci venant i
à recouvrer sa vigueur native , ^
fait périr, noie les larves de «
scolytes qui s'y trouvaient, tout I
en s'opposant à de nouvelles g
menaces de l'insecte parfait. !;
Caractéreszoologîques, mœurs is
et ravages du Cossua dans l'Orme. |
— Le cossus, ronge-bois, gâte- g
bois, gàl {cossus Ugniperda, |
Fabr.)', est un papillon de nuit S
ou lépidoptère nocturne voisin |
des bombyx (fig. 132). Il atteint I
dans son complet développement 3
trois pouces d'envei^ure; ses E
antennes sont légèrement pectinées ; ses ailes d'un gris cendré avec de petites lignes noires très-nombreuses , formant de petites veines entremêlées de blanc ; l'extré-
' Le cossu» potte, dans le nord de la France, le nom plaB caractérîatique encore de tai^, qui fait parfaitement
mité postérieure du corselet est jaunâtre avec une ligne noire.
La chrysalide (flg. 133) est oblongue, cylindrique,
Flg. 13!. — OMnu li^iperja (papillon).
La chenille ou larve (fig.134) est longue, déprimée, glabre, d'un blanc jaunâtre avec le dos de chaque
ollnsion aux galeries et aux SDalërementa de l'ëcorco que la larve de cet insecte détermine dans le corpa des ormes, lesquels ont en effet quelque ressemblance arec le travail souterrain de la taupa. On lui donne en Picardie le nom non moins significatif de mnlot; aussi dit-on muloter un arbre, quand il s'agit de faire la chasse tta cossas.
DES PLANTATIONS d' ALIGNEMENT. 323
anneau d'un rouge sanguin* ; corps muni de seize pattes; la tête et les mandibules très-fortes d'un noir brun et les pattes écailleuses, fauves; elle suce la sève et ronge le bois après l'avoir amolli, dit-on, avec unte liqueur huileuse d'une odeur forte et nauséabonde ; elle met près de trois ans à atteindre son entier développement : lorsqu'elle est parvenue à toute sa grosseur, ce qui a lieu ordinairement en avril ou en mai, elle se fabrique, dans l'endroit même
Fig. 133. — Chrysalide de cossus.
où elle a vécu, une coque (fig. 135) composée de soie et de rognures de bois ; cependant il arrive quelquç-
1 On rencontre quelquefois des cossus à peine colores ou presque blancs ; d'autres sont entièrement roses ; mais comme dans ces exceptions les humeurs de la chenille sont de la même couleur, nous sorameg porte à croire que ces yariët^s de coloration se rapportent à un dtat pathologique ; par conséquent, nous regarderons la teinte rosée uniforme comme étant Tun des principaux symptômes des maladies qui affectent le cossus, et nous supposerons, non pas sans fondement, qu'elle est intimement liée à la muscardine et à la pébrîne.
fois qu'elle quitte sa demeure et s'enfonce dans la terre pour se former au pied de l'arbre qui l'a vue naître une coque revêtue de crains de sable. Par une sage prévoyance de la nature, la chenille, dans le premier cas, a eu soin d'amenuiser tellement la vieille écorce qui doit recouvrir la partie antérieure ou la tête de la chrysalide, que celle-ci n'a qu'un faible effort à faire, lorsque l'insecte. parfait est sur
FIg. ISl. — Cbsullls ds coaaui de l> plus grande dlmenslDn.
le point d'éclore, pour la rompre et lui livrer passage.
Le papillon ne Sort guère que vers le commencement de l'été, en juin etjuillet: après que l'accouplement a eu lieu, la femelle s'apprête à déposer des œufs au nombre d'un millier environ, çà et lu, au fond des crevasses de l'écorce et principalement au-
DEâ PLANTATIONS d' ALIONEMENT, 325 .
dessous du point de départ des grosses brandies; malheureusement il est difficile de surprendre ces insectes sur le fkit, la couleur grisâtre dii'corps les élisant confondre avec celle des écorces et proitablement échapper aussi, malgré leur grosseur, à la voracité des oiseaux, insectivores. Soit que la plupart des œufs se détachent des surfaces oii ils ont été col-
llg. 135. — COQUE DU COBSnB.
lés par l'insecte parfait et tombent au pied de l'arbre, soit plutôt que les jeunes chenilles qui en sortent descendent entraînées par leur propre poids, toujours est-il que le collet d'un orme qui offre des galeries de cossus dans toute l'étendue de son tronc est ordinairement le point de l'arbre où l'on rencontre le plus de larves ; c'est là , di-
sons-le tout de suite, qu'il importe de porter Tinvestigalion * . On peut à cette époque et dans les premiers jours du mois d'août, observer à la surface du tronc d'un orme, de ces jeunes larves longues de 15 à 16 millimètres', les unes errantes, les autres occupées à s'introduife dans l'arbre à la faveur des crevasses de la vieille écorce qui mettent la jeune à leur portée; nous en avons vu aussi qui avaient pénétré dans le corps de jeunes arbres en profitant des ravages préexistants de scolytes et des blessures que font les griffes des élagueurs lorsqu'ils grimpent aux arbres. Il esta croire qu'une fois fait, le trou d'une de ces chenilles sert d'introduction à d'autres du même âge et m^me d'âges différents; car on les trouve rarement seules, comme nous le verrons plus loin, quand on met à jour ces nouvelles galeries: Les larves de cossus ayant la propriété d'émigrer, de passer d'un arbre à un autre, ainsi que hous en avons eu la preuve, il n'y aurait rien d'impossi-
1 Dans les plantations où il n'y a qnc de jeunes ormes, comme c'est encore le cas dans les fortifications et forts détaches de Paris, les cossus, quand ils sont très-abondants, font aussi élection de domicile kTaisselle des jeunes branches qu'ils contournent quelquefois entièrement.
2 Nous en avons observé qui n'avaient pas plus de 2 à 3 millimètres de longueur, mais celles-ci, si nous rapprochons l'éclosion de la ponte, venaient sans doute d'éclore.
ble à ce que des émif[rantes vinssent aussi se réfuter dans le même clapier.
Quoi qu'il en soit, après avoir traversé l'écorce vive, les jeunes cossus se mett«nlà vivre aux dépens . du liber et surtout de la couche superficielle de l'aubier, et ne pénètrent dans le bois proprement dit que lorsqu'ils ont atteint )a moitié de leur croissance. Ils semblent alors aller à la recherche des canaux de la sève ascendante ; car dans les jeunes ormes on voit souvent leurs galeries pénétrer dans le canal médullaire et le parcourir dans une assez grande étendue et de bas en haut. Si on ouvre alors un de leurs repaires, on met à nu des galeries horizontales' plus ou moins étendues et de différentes *''«■ ^'^
grandeurs (llg. 1«>), au fond grand nombre ie COBSUB
desquelles sont blotUes des ^ awé™tai wiie..
i Une chose âigne de remarque et qui eat plutôt du domaino de la statique, c'est ^ue si le tronc dcH onnea qui renferment des cossus vient à être fortement incliné par UD coup de veni, et reste longtemps dans cet état, les
larves proportionnées à la dimension de ces galeries, au nombre de quatre, cinq, six et quelquefois iusqpi'à plus de trente individus, depuis la grosseur d'une plume de corbeau jusqu'à celle du doigt annulaire (fig. 134 et 137)*; mais les plus grandes galeries, au lieu d'être terminées en cul-de-sac, aboutissent ordinairement à un trou de forme ovale beaucoup plus grand qu'il n'est nécessaire pour loger la cbenille, et dont le plus grand diamètre parallèle
Fig. 197. — Chenille de cossus.
galeries des cossus crensëes horizontalement entre les bois et rëcorce, de perpendiculaires qu*eUes étaient dans roTÎ> gine aux fibres ligneuses ^ tendent, en s'ëtendant, h faire un angle plus ou moins ouvert avec elles et de manière à rester toujours horizontales. Serait-ce le poids de la che* nille qui en est la cause ?
^ Quand elles sont plus nombreuses, ce qui se voit quelquefois, et lorsque pour des raisons particulières dont nous n'avons pu nous rendre compte, elles vivent dans un espace très-borné comme nous l'avons observé à l'égard de 70 larves de cossus qui occupaient un espace triangulaire au pied d'un grand orme de la route de la Chapelle à Saint-Denis, les cossus, disons-nous, sont les uns sur les autres, à peine séparés par une cloison soyeuse.
DES PLANTATIONS d'ALIGNEMENT. 329
aux fibres ligneuses, a 2 centimètres de longueur sur 1 de largeur : ces galeries perpendiculaires aux premières, bien qu'elles soient dirigées légèrement de bas en haut, ce qui a Tavantage de les mettre à l'abri de toute inondation, sont situées souvent au centre du clapier et pénètrent plus ou moins avant dans le corps de l'arbre en suivant une ligne tortueuse. Nousj n'y avons jamais rencontré qu'un seul cossus à la fois. Le travail d'une larve parvenue à toute sa grosseur, dans le creusement d'une galerie, peut aller de 2 à 3 millimètres par jour.
Ce n'est jamais dans les galeries anciennes, devenues apparentes par la chiite naturelle de toute l'écorce qui les recouvrait, qu'il faut espérer découvrir les larves qui les ont creusées; celles-ci ont accompli depuis longtemps leurs métamorphoses. L'orifice de ces galeries est ordinairement garni de bourrelets qui donnent naissance à des racines, lorsqu'ils sont enterrés, et à des rejets, dans le cas contraire. Ces galeries sont ordinairement fréquentées par des fourmiç , des perce-oreilles et des cloportes , ce qui est un très-bon avertissement, comme nous aurons occasion de le redire , pour distinguer ces galeries , abandonnées depuis longtemps, de celles qui sont encore habitées par le cossus. Les larves de cet insecte issues d'une nouvelle génération ne peuvent vivre dans des tissus altérés , et à plus forte raison
complètement morts; mais on en rencontre à coup sûr dans les galeries dont nous avons déjà parlé et qui se reconnaissent aux caractères suivants : lorsqu'un arbre est sérieusement atteint du cossus , on remarque sur un ou plusieurs points du tronc de légers boursouflements de la vieille écorce , allongés transversalement et ofl'rant au sommet , tantôt et le plus souvent^ une fente irrégulière dirigée dans le même sens ou bien une ouverture à bords déchirés, par lesquels s'échappent des détritus rougeâtres. Une tache noirâtre qui part de la lèvre inférieure de ces fente et o.uverture ne jinianque jamais de les accompagner; le soulèvement de l'écorce et son déchirement prévus sans doute par la nature, pour faciliter la respiration et les mouvements des cossus, sont évidemment dus à la propriété hygrométrique des débris ligneux qui , sous l'influence de la sève dont ils sont imbibés, tendent à prendre un plus grand volume, et la tache noirâtre à l'épanchement ainsi qu'à la coloration de ce même liquide transformé en acide ulmique au dehors de l'arbre. Cependant, lorsque les cossus sont très-jeunes, il n'y a pas de boursouflement de l'écorce, et leur présence ne se trahit pendant l'opération de la décorticâtion superficielle des arbres que par une meurtrissure allongée horizontalement, et d'un brun
DES PLANTATIONS d' ALIGNEMENT. 331
rougeâtre qui tranche fortement sur la teinte blanchâtre du liber mis à nu*.
Aussitôt que les larves des cossus sont extraites de leurs galeries, il faut avoir bien soin de les écraser, quelle que soit leur taille; car, ainsi que nous en avons fait l'expérience , elles vivent longtemps à l'air libre sans prendre aucune nourriture * , et l'on s'expo^rait autrement à les voir se creuser de nouvelles galeries ou à aller chercher dans le voisinage une demeure plus sûre*.
Les ormes sonf d'autant plus exposés à succomber aux attaques des cossus qu'ils sont plus jeunes : toutes proportions gardées, ils en renferment beaucoup plus que les vieux ormes ; nous avons compté
1 Cette teinte est remarquablement violacëe dans le frêne affecte du même insecte.
2 Nous avons vu des cossus parvenus à presque toute leur grosseur qui vivaient parfaitement aprës avoir ëtë renfermes durant deux mois dans des boîtes où ils avaient ëté prives de nourriture et même d'humidité; mais ils avaient beaucoup maigri, ce qui semble annoncer que dauB les temps de jeûne ils vivent aux dépens de leur propre substance, laquelle est huileuse. On cite un cossus qui serait reste dix-huit mois dans le tronc d'un caroubier à Kouba ; bien entendu que l'arbre n'était plus sur pied pendant cette longue agonie.
3 Dans la cour de la maison d'un cantonnier sur la route d'Arras à Cambrai, où l'on lavait dépecé des peupliers d'Amérique dont nous avions conseillé l'abatage, remplis de larves de cossus, nous avons vu de ces larves
jusqu'à 170 larves sur un jeune orme de vingt-cinq ans et de 0«",70 de circonférence, des fortifications de Paris ; sur le bord du canal de la Marne au Rhin, ■près de Nancy, nous avons fait détruire sur un jeune orme à peu près du même âge , 250 cossus environ, de toutes les tailles. Elles les .percent quelquefois de part en part , ce qui leur a valu sans doute aussi le nom de perce -bois. On conçoit que si de»x larves partant du même point et cheminant en sens opposé, entre Técorce et l'aubier, viennent à se rencontrer, le tronc qui les nourrit sera complètement cerné et la mort aura lieu par suite de l'interception de la sève descendante; une seule larve peut produire quelquefois le même effet sur un très-jeune sujet. Cependant si les galeries qui contournent entièrement l'arbre ont été creusées rez terre, il peut arriver, par suite de l'humidité naturelle du sol, suppléant à l'absence de circulation de la sève dans cette région, qu'il pourra encore vivre deux bu trois^ années et même se rétablir tout à fait au moyen des
qui sMtaieiit rëfugîëes dans tous les coins de Thabitation, et nous nous sommes laisse dire qii^elles avaient même pënëtré jusque dans les lits des habitants. Il nous est ar> rîvë, dans une voiture publique, de voir tout le monde s'ëcarter de nous avec terreur : c'est que des cossus que nous avions crus bien renfermes dans une boîte en carton, s'en étaient échappés et se promenaient sur nos épaules.
DES PLANTATIONS d' ALIGNEMENT. 333
racines adventives qui perceront à la lèvre supérieure de la plaie, si on a eu soin surtout de rechausser le tronc au-dessus des parties dénudées et le mettront alors dans les conditions d'une bouture. Sur les gros arbres , l'action du cossus , moins funeste , se borne généralement à détruire le corps ligneux ; elle les défigure plutôt qu'elle ne les fait périr, à tel point, pour en citer un exemple collectif entre mille, qu'une foule d'individus qui ont eu à supporter de nombreuses atteintes de cossus dans les environs de Paris, ne se soutiennent plus aujourd'hui (fig. 138 et 139) que par des lambeaux d'écorce revêtus intérieurement de bois et devenus de véritables piliers ou mieux des tuteurs très- puissants.
Il ne faut pas compter sur la rigueur des hivers pour voir disparaître spontanément le cossus * : soumise à plusieurs reprises à un froid de 14 à 15 degrés centigrades au-dessous de zéro, nous avons vu la même larve revenir parfaitement à la vie. Suivant Lyonet, quia fait, en Hollande, un chef-d'œuvre anatomique de cette chenille*, «elle passe l'hiver
1 II rappelle la chenille du bois de Baule. (UVaité anatomique de la chenille gui ronge le bois de saule — La Haye.) La chenille que nous avons figurée a été empruntée à cet ou-vrage.
2 C'est une. grave erreur, de croire qu'un hiver rigoureux peut rendre service à l'agriculture en détruisant beaucoup d'insecteB. S'il en était aînsii il y a longtemps
334 LES RAVAtiEURS
sans manger et même sans agir : à l'approche de celle rigoureuse saison, elle se fait une coque assez légère, tapissée de soie en dedans et couverte en de-
Pig. 199. — Arbre uiclemiement rangé pu le CUBBUB etr^UtU'aui dépens de tout le corps Ugneiu qui $. ,
figure préeddenw.
qu'il n'y aurait plus aucune eapfeco d'insecte flans les pays du Nord. Nous avoua rencontië fréquemment un petit carabe en Islande, île, presque to^joIua oouTette de neige
DES PLANTATIONS d'ALIGNEMENT. 335
hors de très-petits éclats de bois qu'elle a amenuisés pour cet usage, et, renfermée dans ce réduit, elle attend la belle saison pour sortir, »
' Quant aux ennemis naturels du cossus , tels que plusieurs mouches ichneumons, au dire encore de Lyonet, nous ne pensons pas que ces insectes parasites soient capables d'en détruire beaucoup : nous avons bien vu une grande espèce de hracon introduire sa longue tarière ou son oviducte dans le terreau qui remplit les galeries des cossus , mais nous avons de la peine à croire qu'elle puisse atteindre la chenille profondément retranchée, à moins cependant qu'elle ne dépose ses œufs dans cette espèce de matière fermentescible ou en fermentation , et que les vers qui résultent de leur éclosion n'aillent trouver le cossus et vivre dans l'intérieur de son corps. Nous en dirons autant de la muscardine et de la pébrine , qui nous ont semblé jouer un bien faible rôle en faisant périr le cossus sous forme de larve, de nymphe ou même de papillon*.
1 Parmi les oiseaux insectivores, le pivert fait une chasse incessante aux cossus; il est bien rare de ne pas trouver sur les arbres qui bordent les routes des trous infundibuliformes, quoique carres, plus ou moins rapproches entre eux et creuses incontestablement par le pivert (nous l'avons d'ailleurs surpris sur le fait) à la recherche des larves de cossus. Cet oiseau faisant rarement fausse
Moyens de destraction du cossus et restaoratioii des arbres. — Le meilleur procédé pour détruire le cossus consisterait certainement à s'en emparer lorsqu'il est à l'état d'insecte parfait ou sous forme de papillon ; mais , indépendamment de ce que dans cet état il est difficile à reconnaître sur le tronc des arbres , rien "ne prouverait encore , dans le cas où la chasse en serait facile, que les femelles n'eussent pas commencé et même achevé de pondre au mo-^ ment de leur rencontre; il ne faudrait cependant pas dédaigner ce moyen de destruction; mais le plus efficace, suivant nous, consiste à pratiquer sur les arbres qu'on soupçonne atteints du cossus , et en nombre proportionné à leur dimension, des tranchées longitudinales dans la vieille écorce seulement, depuis le faite de l'arbre ou le plus haut possible jusqu'au-dessous du collet. De cette manière, on est presque sûr (Vouvrir transversalement toutes les galeries horizontales de larves qui peuvent exister sur
route, c^est, comme on voit, une indication de plus pouf aider k reconnaître les arbres ravagés par le cossus.
Depuis, nous avons reconnu que ces maladies, la mus^ cardine et la pëbrine, étaient identiques avec celle du ver à soie. Et comme celles du cossus sont trës - communes dans le Midi, au milieu même des magnaneries, à Salon par exemple, il y a à se demander si l'on ne ferait pas bien, dans l'intérêt de la sériciculture, de faire une chasse k outrance aux cossus qui habitent les ormes , les peupliers et surtout les saules le long des cours d'eau?
DES PLANTATIONS d' ALIGNEMENT. 337
un arbre; il n'y a plus alors qu'à les suivre jusqu'à ce qu'on ail rencontré les individus qui les ont creusées et à sonder avec des fils d'archal recuit, de
Fig. 140 à 144.
Instroments pour traiter les arbres affectes des insectes xylophages.
différentes grosseurs, assez souples, et terminés les uns en hameçons, les autres en simples crochets (fig. 140) ou bien encore en lire-bouchon, les galeries perpendiculaires aux premières et qui pénètrent
dans le bois ; avec ces espèces d'engins * on parvient ordinairement à retirer les eo&sus qui s'y sont réfugiés ou à les blesser mortellement. Dans ce dernier cas, la forte odeur sui generis qu'ils dégagent-, ainsi que les débris blanchâtres de matière animale que les fils de fer ramènent, peuvent fournir la preuve de la destruction des larves. On peut d'ailleurs, s'il devait rester quelque doute à cet égard, visiter de temps à autre les mêmes galeries et y introduire de nouveau les fils d'archal, dans le cas surtout où il s'en échapperait encore des rognures
de bois semblables à de la sciure fraîchement
• / 1 L'emploi de ces instruments n'est pas nouveau ; on ! pourrait dire qu'il est renouvelé des Grecs, car les Komaîns
se servaient d'une aiguille de bronze (stylxis) ou baguette ' de fer pointu, pour détruire sur les arbres fruitiers les vers
et les insectes qui les rongeaient. (Consulter Columelle.)
2 Cette odeur est tellement forte qu'elle éloigne les autres animaux qui seraient tentés d'entrer dans les galeries, tels que les fourmis, les cloportes et les perceoreilles; les épeires (araignées) n'y tendent même pas leurs toiles. C'est donc une excellente ressource pour décider tout de suite, a priori y si une galerie est ou non habitée. Nous croyons aussi qu'elle inspire une telle répugnance aux cossus eux-mêmes, que ces insectes ne s'introduisent pas dans les galeries où il y en a eu d'écrasés. Aussi, nous ne concevons pas que les Romains aient pu se délecter, ainsi que des entomologistes trèsdistingués le prétendent, à manger des larves de cossus. Les Chinois ont meilleur goût à fricasser les nids de salanganes.
DES PLANTATIONS d'ALIGNEMENT. 339
forméeJj[Nous insistons sur la nécessité de sonder les galeries profondes des cusscrs avec un fil de fer terminé en crochet; car, bien que les chenilles de ce papillon s'enveloppent d'une légère coque pour passer l'hiver entre l'écorce et l'aubier et qu'il soit alors très-facile de s'en emparer, nous en avons vu douées au printemps d'une assez grande agilité pour disparaître brusquement, aussitôt mises à nu , au fond des galeries qui pénètrent dans l'arbre et échapper ainsi au chasseury II est bon aussi de visiter le tronc et surtout le pied des arbres, le lendemain de l'opération, poui* y détruire les larves 4e— eosëus qui sortent naturellement de leurs galeries récemment ouvertes pour émigrer et chercher à s'en creuser de nouvelles sur d'autres points de l'arbre. On peut cependant avec un peu d'habitude se dispenser de faire des tranchées longitudinales à la vieille écorce, afin de mieux reconnaître tous les repaires de cossus ; mais , quelle que soit la confiance qu'on puisse avoir dans ses propres recherches , il
A A propos de ces rognures, il est bon de faire remarquer qu^on pourrait les prendre pour des dëjections alyines; cela n^est pas, car les fëces des cossus ressemblent aux excrëments de toutes les chenilles. Quelles qu* elles s oient, lorsqu'on en rencontre sur le corps ou au pied d'un arbre dans la terre, si elles sont fraîches et ordinairement rougeàtres, c'est un signe certain que l'arbre nourrit un ou plusieurs cossus.
ne faut jamais négliger de déchausser le pied qui est souvent détruit complètement, quoique Tarbre, à la sortie de Fhiver, et c'est même là un assez bon signe, paraisse jouir d'une santé parfaite , quoiqu'il soit en pleine fleur, tandis que les plus voisins sont à peine en boutons*. Dans ces cas extrêmes qui en i imposent si bien à l'arboriculteur et lui font à son insu conserver, soigner, élaguer, etc., des arbres voués à une mort certaine * , il suffît d'en frapper le pied avec un maillet de bois ou le manche de l'herminette dont on se sert ordinairement pour explorer les arbres et reconnaître au son rendu par Técorce qu'il y a un vide complet entre elle et le corps ligneux. Si ce vide existe réellement et qu'il n'y ait pas moyen de rechausser forteinent les arbres audessus du collet détruit, il n'y a alors plus rien à faire qu'à les arracher et les fendre le plus tôt possible,
1 Ce phénomène s'explique naturellement : les ormes chez lesquels les cossus ont complètement détruit le collet, se trouvent dans lès conditions des arbres fruitiers sur lesquels on enlevé un anneau d'ëcorce pour refouler la sëve descendante dans la partie supérieure de Tarbre et favoriser la maturation des fruits.
2 On est victime de la même erreur pour dès arbres complètement tués par le scolyte; mais dans ce cas-ci la méprise est encore plus grave, puisqu'elle laisse subsister des arbres qu'il serait si urgent d'arracher pour empêcher la maladie de se communiquer aux arbres sains du voisinage.
DES PLANTATIONS d'ALIGNEMENT. 341
afin de détruire les larves qu'ils renferment ordinairement en grand nombre, et qui pourraient accomplir leurs métamorphoses si on laissait les troncs entiers. Cependant, dans les circonstances rares où Fécorce du collet offrirait encore quelque portion vive par où la sève pût circuler , et si l'on tenait à conserver à tout prix ces arbres, au moins pour leur ombrage, il faudrait alors bien se garder d'ouvrir entièrement les galeries qui l'auraient contourné tout à fait et y ménager de distance en distance des espèces de ponts ou d'aqueducs. Dans le cas alors ou ces lambeaux d'écorce posséderaient encore une portion d'aubier, condition essentielle, il devra se former autant de piliers destinés , par leur accroissement ultérieur, désormais isolé de la portion du tronc devant laquelle cet accroissement aura lieu, à rétablir la circulation de la sève entre la tige et les racines.
Enfin, pour ne pas perdre son temps à ouvrir des galeries et chercher à détruire des cossus dans les parties moyenne et supérieure de l'arbre , lorsqu'on vient à reconnaître plus tard que, le collet étant complètement détruit sans espoir d'en voir sortir de nouvelles racines, il faut abattre l'arbre, nous donnons le conseil de faire toujours l'exploration des galeries en commençant par le pied*. Nous avons
^ C'est le contraire pour le scolyte, les arbres ëtant or^
fait construire exprès pour les cantonniers, chez le successeur de M. Arnheiter, fabricant d'instruments d'agriculture , d'horticulture , etc. , à Paris, un instrument aussi commode que portatif pour explorer les galeries de cossus , et que nous nommons gouge à cossus (fig. 141) ; en un tour de main, la galerie est ouverte sur les ormes dont l'écorce n'est pas épaisse , et la plaie conique qui en résulte n'intéresse que les parties malades, avive l'écorce et lui permet de se cicatriser facilement. Cet instrument a , sur les autres instruments tranchants, l'avantage de n'enlever que lès parties malades de l'écorce et n'expose pas à faire.la section complète de toute l'enveloppe corticale sur les jeunes arbres.
Après avoir ainsi acquis la certitude que toutes les larves de cossus ont été détruites dans un de leurs clapiers , il n'y a plus qu'à en aviver les bords avec un instrument tranchant, un fort couteau par exemple, afin de faciliter la formation des bourrelets réparateurs (fig. 124 et 126) ; on doit se borner à enlever l'écorce morte si les bourrelets sont déjà formés au-dessous, en ayant bien soin de ne pas les
dinairement plus ravagés dans les parties moyenne et supërieure du tronc que dans la partie inférieure ; avant donc de pratiquer la dëcorticatîon, il faut s'assurer si Tune des deux premières parties n'est pas complètement détruite.
DES PLANTATIONS d' ALIGNEMENT. 343
blesser; autrement on retarderait leur rapprochement qui se fait très-rapidement dans Forme lorsque les plaies ne sont pas grandes. Dans le cas contraire, après avoir mis à nu toute la partie du tronc ravagée par les cossus , il serait bon par un temps sec de cheviller ou de mastiquer leurs trous et de goudronner toute la surface du bois dénudée, en lui dorftiant la couleur d'une vieille écorce*. De cette manière , tout en dissimulant les dégâts, on pourra empêcher les arbres nouvellement atteints du cossus , de se carier et de s'altérer , au point que pour avoir négligé une semblable précaution , il n'est pas rare de voir dans les coups de vent, les plus beaux ormes - en apparence se briser ^avec la plus grande facilité et occasionner des accidents. D'un autre côté, le chevillage et le goudronnage ont cela de bon , qu'ils peuvent contribuer puissamment à maintenir les qualités qui font rechercher les arbres comme bois d'un emploi journalier ou comme valeur d'exploitation commerciale.
De la Zeuzère ou la Coquette. — Ce que nous venons de dire du cossus ligniperda peut s'appliquer presque mot à mot au zeiizera œsculi; bien que les larves de ce papillon se rencontrent moins souvent
^ Ce dernier conseil n'est guère bon à suivre que dans les promenades publiques, où la vue peut être affligée par des plaies qui défigureraient les arbres.
dans les ormes, et qu'elles ne compromettent pas leur existence comme le fait son congénère le cossus dans les jeunes arbres, elle n'en mérite pas moins l'attention des arboriculteurs,
La zeuzëre, ou la coquette {zeuzera œscult) est aussi un papillon de nuit ou lépidoptère nocturne(fig. 145) voisin des bombyx ; son nom d'espèce est tiré du
wm oKulil (p*plUan).
marronnier d'Inde (œsculus), sur lequel il se trouve habituellement : les ailes de ce beau lépidoptère sont blanches et ornées d'une multitude de gros ptunts d'un bleu noirâtre; sa chenille (&g. 1^), un peu moins grosse que celle du véritable cossus parvenu à toute sa grosseur, est d'un blanc jaunâtre , piquetée de noir transversalement et obliquement; la tête et les mandibules sont d'un noir brun.
PES PLANTATIONS D'ALïGNEMENT. 345
Bien que les larves de ce papillon ne soient indiquées comme ne vivant que dans le marronnier d'Inde, le pommier, le poirier et le lilas*, nou§,les avons trouvées assez souvent dans les ormes, surtout dans les jeunes arbres où elles paraissent vivre isolément : à une certaine hauteur, qui est ordinairement celle d'ua homme , et volontiers du côté du midi , on remarque dans les arbres qui en sont atteints un trou circulaire du calibre à peu près d'une chevrotine et violacé sur les bords, d'où s'échappe,
Fig. 146. — CHENILLi: DE LA ZEUZÈRE.
comme des galeries du cossus, un suintement rougeâtre accompagné de quelques détritus. Ce trou
1 On r aurait rencontre aussi sur le tronc d'un pistachier. Quant à nous, nous pouvons ajouter le sorbier et le frêne, ce qui ne doit pas surprendre, ces deux arbres appartenant Tun à la famille des pomacées et Tautre àt celle des olëinées. Si noua en avions le loisir, nous signalerions un plus singulier rapprochement hr établir entre tous les membres de là seconde de ces familles, provoque par le fait seul de la présence du même genre d'insecte et peut-être bien de la même espèce, soit Vhylesinus fraxini dans le frêiie, le lilas et l'olivier, de telle sorte que si on avait hésite un instant à regarder ces végétaux
communique au centre d'une galerie unique parallèle aux fibres ligneuses-, et aboutit invariablement dans sa partie supérieure, où elle pénètre dans le corps ligneux et de bas en haut jusque très-près du canal médullaire dans les jeunes ormes , à une seule larve de zeuzera qui remonte souvent très-loin. Lorsque les galeries sont doubles, ce qui est trèsrare, on peut être certain qu'elles ont été creusées par deux larves indépendantes Tune de l'autre. . Après avoir élargi avec la gouge a cossus ce trou qui semble avoir été entrete»u par la chenille pour facihter sa respiration , rien n'est plus facile que de l'en extraire au moyen d'un fil d'archal terminé en crochet ou en hameçon, comme pour le cossus.
Du Ghermès (lecanium) de l'Orme (Kermès ulmi Linn.) — Nous aurions bien passé sous silence ce gallinsecte, mais dans le nord de la France il fait de trop grands ravages pour que nous n'ayons pas cm devoir le néghger.
Sous forme de demi-coque renversée, rougeâtrè (on pourrait en extraire de la teinture), et comme
comme étant des membres de la même famille, ledit hylesirms fraocini eût pu lever tous les doutes à cet égard. On pourrait au besoin invoquer également la présence de la cantharide, car on trouve cet insecte aussi bien sur le frêne que sur le lilas et le troène, qui appartiennent à la même famille, ou à celle des oléinées. Nous avons fait une observation semblable pour V habitat des morilles.
enchâssé dans un lit d'une espèce de matière cotonneuse sécrétée en filaments par l'insecte, le chermès ou lecanium affecte principalement les ormes à liège {ulmus subeposà), désignés dans le pays sous le nom d'ormes à écorce d'érable ou érableux. Ces insectes s'y présentent ordinairement à la file les uns des autres comme des grains de chapelet au fond des crevasses qui mettent sans cesse à leur portée, en s'élargissant, la partie -vive de l'écorce dans laquelle ils finissent par loger leurs corps, et quoique la place où ils se reposent soit tapissée d'une matière cotonneuse; après avoir desséché le liber en le privant de ses sucs, ils amènent le dépérissement des jeunes arbres et finalement leur mort. Les arbres qui sont dans cet état sont surtout reconnaissables à leur teinte noirâtre, déterminée par l'épanchement, au dehors, de la sève que les piqûfes de chermès font sortir et à l'abondance des fourmis qui viennent emprunter à cet hémiptère une liqueur sucrée, comme à l'égard des. pucerons. L'emploi de l'eau de chaux et du soufre ayant été insuffisant pour détruire le chermès de l'orme, qui paraît avoir beaucoup de rapport avec celui du pécher que Réaumur a si bien décrit et figuré, nous conseillons l'emploi du coltar, qu'on pourra appliquer facilement sur les jeunes arbres et faire pénétrer jusqu'au fond des crevasses et des anfractuosités
de l'écorce au moyen de la brosse à goudron (fîg. 140) à long manche, très-commode pour brosser et laponner à une assez grande hauteur le tronc et les branches des jeunes arbres. Dans le cas où ce traitement encore tout nouveau, que nous appellerons coltarage des arbres, laisserait reparaître le chermes, il faudra alors compter sur l'effet infaillible
de la décortication superficielle comme pour la destruction des scolytes * •
De la Galémque {galeruca caU mariensisy. -^ Les feuilles des ormes, au commencement de l*été, sont quelquefois dévorées dans tout un canton (le parc de Saint-Gloud en est souvent un exemple fr^p- Pig. 147. pant) par les larves noirâtres de ce
GcUeruca caimaHensia, coléoptère isopodo ; quaiid elles
— a, Grancl nat. . , ,
sont parvenues a leur grosseur, elles descendent au pied des arbres pour s'y transformer en nymphes jaunâtres, puis en insectes parfaits verdâtres, qui retournent pour pondre, sur la page inférieure des feuilles des mêmes arbres ou sur
1 L'acide phënique, qui est un dérivé du coltar, trësétendu d'eau, est souverain aussi pour détruire les gallinsectes ; mais il faut l'employer avec beaucoup de prudence, car autrement on s'expose à brûler l'écorce vive.
d*aiitres ^ afin d'y exercer des ravages semblables à la feuillaison suivante d'août ou sur les feuilles épargnées dans les premières attaques.
Nous conseillons, pour détruire rapidement les larfes de la galéruque accumulées au pied des ormes qu'elles ont ravagés, ou qui se sont arrêtées dans les anfractuosités de l'écorce à la base du tronc, et principalement de l'orme tortillard dont la vieille écorce est légèrement imbriquée, d'arroser le pied des gros arbres et la partie inférieure du tronc avec de l'eau bouillante, ou mieux de l'eau provenant du résidu du gaz d'éclairage et à la température ordinaire.
Un moyen plus simple et qui est à la portée de tout le monde, consiste à balayer ces larves sur la voie publique, où elles ne manqueraient pas de se faire écraser.
'Elles sont parfois tellement abondantes qu'on pourrait les utiliser, sans inconvénient, en le» donnant comme nourriture aux gallinacés, qui en sont très-friands.
Des Chenilles proprement dites les plus nuisibles à rOrme. — Nous venons de passer en revue deux chenilles essentiellement xylophages, celle du cossus et de la zeuzère, que l'on pourrait appeler souterraines par opposition aux autres dont il nous reste à parler et qui seraient alors aériennes* Celles-ci,
au nombre de trois, appartiennent à la grande famille des Bombyciens (Emile Blanchard). Quoique leurs mœurs se ressemblent beaucoup et qu'elles soient aussi redoutables les unes que les autres, il
Fig. 148 et 149.
Papillon femelle de la LIYBÉE. Papillon mâle de la livrée.
n'y en a cependant que deux qui aient, à plusieurs époques, motivé des mesures administratives pour
Fig. 150. — Chenille adulte du bombyce LIYBËE.
arriver à leur répression*: ce sont celles dont les jeunes chenillettes passent l'hiver dans des bourses
1 Arrêts des parlements des 4 février 1732 et 9 février 1787. Loi sur l'ëchenillage des arbres du 26 ventôse an IV. Projet de loi de 1839 adopte par le Sënat dans la discussion du Code rural le 7 mai 1868.
OU des poches suspendues à l'extrémilé des rameaux, et que pour cela on appelle chenilles hibernantes;
ng. iBi. — p«puioQ mais nous allons les esaminer successivement et aussi succinctement que possible. ,
i" Le bombyce neustrie ou la livrée {Bombyx neustria) (fig. 148) (chenille rayée de bleu ou de
brun roiige etde blanc (Qg. 150) ; chrysalide couverte de poils bruns) dépose ses œufo en un large anneau brun noir et compacte autour des jeunes bran- I ches.
2" Le bombyce chrysorrhée ou le candide à cul brun, bombyx chrysorrheus, liparis chrysorrhea (fig, 151) pig. 153. - Papillon mâle (chenillc d'uu brunfoncéavec m.i.B^^'^^ OI88EM- jeyj raies rouges à côté de la ligne longiludinale du milieu, etc.) (fig. 152), dépose ses œufs sur la page inférieure des feuilles. Les chenillettes qui en sor-
tent en juillet et août s'enveloppent en hiver d'une toile commune, et les groupes qu'elles forment s'ap-
DES PLANTATIONS D'ALIONEHENT. 353
pellent Grands nids de chenilles. Elles constituent Véchenillage proprement dit.
3° Le bombyce dissemblable, la spongieuse bombyx dîspar, liparis dispar (fig. 153 et 154) (chenille pourvue de longs poils nvec cinq paires de verrues dorsales bleues et six paires -de rouges (flg. 155), chrysalide d'un brun noirâtre avec
Fig. IM. ~ Clicnlllc vliilic dn Bour
des toulTes de longs poils rouges), dépose vers la fin de juillet au milieu d'une laine épaisse d'un gris brunâtre que le papillon a détachée de son abdomen, en moyenne 5 à 60O œufs brillants et très-durs dans lesquels la cbenille est toute formée. Le papillon en forme uiï paquet aplalî, ovale(fîg. 156), ressemblant' à un morceau d'amadou appliqué ù
l'orljSne de. branches el sous de. 1 cMe,dela,ieilleim„! P'aines delà-
noclurne: envelop», culanée, („ues) de h <*«»ille,»coKdeJ„ "Olelrès-blanche.chrf- Mlides déchirées p,.
quel, d'œufs roasâte ■PPliqués sur le bois el ■•«bris depapi||„„3 (j^
paquelsd'œufssonlsouvenl collé, aussi ,„„, les traverses des palissades, derrière les |rei|.
%es',parlo„le„(i„„|i ■Is peavenl èlre ajjrilés oe la pluie,
InuSIe de rappeler
que pour se rendre mal.
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»u« des nids; Jaife^ ce T """"" '"-"«" , ai, en ce q„, concerne la spon-
DES PLANTATIONS D'aLIGNEMENT. 355
gieuse, il est indispensable de recourir à un racloir ou à une brosse dure, fixée à une perche ou à un long manche, pour détacher les nids collés sur les écorces ou sur le bois ; malheureusement, nous devons le dire, cette opération est complètement négligée^ et c'est pour cela que l'échènillage, quelque bien fait qu'il soit, ne répond pas toujours à ce que l'on en attend. Si l'on avait soin seulement de faire tomber les écorces mortes soulevées qui recouvrent ordinairement des pTaies plus ou moins cicatrisées, on détruirait énormément de ces chenilles.
Ce que nous venons de dire brièvement touchant les chenilles les plus nuisibles aux ormes peut intéresser une foule d'autres végétaux, tels que les arbres fruitiers (fruits à noyau, notamment les pruniers et les abricotiers), les sycomores, les épines, etc., c'est-à-dire que les soins à donner pour la spongieuse, particulièrement, sont les mêmes.
Da Scoi3rte et de la Gallidie des Pommiers. — Des insectes xylophages, non moins redoutables que les scolytes des ormes, font également un tort considérable aux pommiers à haute lige, notamment aux pommiers à cidre ; c'est encore à eux qu'il faut attribuer la mortalité effrayante qui se manifeste en Normandie, en Beauce et jusqu'aux portes de Paris : ce sont le scolytus pruni (Ratz.) et le calUdium sanguineum.
Bien que ces incectes soient tous deux des coléoptères, ils n'en représentent pas moins bien, chose remarquable, par la différence de taille de leurs larves, celle du scolyte destructeur et du cossus de l'orme ; c'est pour ainsi dire la même association : la larve du scolytus pruni est presque aussi grosse que celle de son congénère le destructor, tandis que la larve de la callidie est comparable à celle d'un jeune cossus. Nous avons même recueilli sur des pommiers à cidre de très-petits scolytes qui, s'ils étaient réellement une espèce particulière, comme nous sommes porté à le croire, représenteraient une des deux petites espèces propres à l'orme.
Quoi qu'il en soit, les larves de ces scolytes font des ravages qui ont aussi la plus grande ressemblance avec ceux qu'on obser\^e sur l'orme, si ce n'est peut-être que les larves du scoytus pruni sont plus vagabondes, reviennent sur elles-mêmes en entre-croisant leurs propres galeries (fig.157); l'espace qu'une famille occupe pour l'évolution de tous ses membres est par conséquent beaucoup plus grand que celui du scolyte destructeur et a une forme très-irrégulière : ajoutons qu'avant de se transformer en chrysalides, elles se creusent un petit enfoncement terminé en cul-de-sac, aux dépens de Taubier, ce qui tient sans doute, comme nous l'avons fait remarquer pour le scolyte destructeur (les
DES PLANTATIONS d'ALIG NEMENT. 357
mêmes causes devant produire les mêmes effets), à . la faible' épaisseur, en général, de l'éeorce des pommiers. Le callidium diffère aussi du cossus en ce qu'il
se tient davantage entre "é
l'éeorce et l'aubier ; aussi S-
entre-t-il pour une plus ^
".grande part^dans la mor- |
talité des pommiers que ^
le' cossus à r^ard de M
l'orme. |
Les arbres qui sont af- s
feclés de l'une ou dé l'au- |
tre larve, ou des deux |
réunies, se reconnaissent s
également de loin à la f
stérilité des rameaux supé- s
lieurs ; et, dans le voisi; |
nage des forête, à la ^
grande fréquentation des 1;
piverts très-avides des lar- -
ves qu'ils renferment et £ qui couvrent le tronc malade de petits trous infundibuliformes.
Le cossus s'observe rarement sur le pommier
sauvage; serait-ce l'acidité de sa sève, si tant est
358 LES HAVAGEURS
qu'elle soit acide, qui en. serait la cause ? Néanmoins quand il s'y jette, ses ravages deviennent' considérables. Les pommiers fortement attaqués sont ordinairement isolés au milieu des plaines comme nous l'avons remarqué à Lieusaint, dans le département de l'Oise. Quoiqu'il en soit, les galeries de cossus dans les premiers ne semblent différer de celles de l'orme qu'en ce qu'il y r^ne une grande confusion.
Des Hylésînes du Frêne et in Cossus. — Tous les entomologues savent que le frêne (fraxinus ewcelsior) nourrit en abondance dans son écorce les hylesinus fraxini et varius (coiiireiiprcuTadesr«n«PB). Hiais personne, que nous sachions, n'avait remarqué avantnous qu'une troisième espèce, Vliytesinus cre~ nalus, qui n'était guère connue qu'en Suède, s'y trouvât quelquefois en grand nombre : ayant voulu nous rendre compte des causes qui faisaient succomber les oiagniliques frênes du bas parc de Saint-
DES PLANTATIONS d'ALIGNEMENT. 359
Gloud , dont les sommités souffrantes avaient beaucoup de rapport avec celles des ormes et des pom-' miers affectés de scolytes, nous sûmes bientôt à quoi nous en tenir, en les voyant criblés de trous, qu'au premier abord nous crûmes avoir été déterr minés par une grande espèce de scolyte.
Les hylesinus fraxini et varius, moins redoutables que les petites espèces de scolytes, entament trop peu l'écorce pour compromettre l'existence d'un gros frêne, du moins ne voit-on de traces de leurs galeries que sur le bois des jeunes baliveaux en grume depuis longtemps dans les chantiers (fig, 158); Yhylesinits crenatus , au contraire , d'une taille au moins aussi forte que celle du scolyte destructeur, pénètre dans l'écorce de la même manière à la faveur des crevasses qui mettent la jeune écorce à sa portée ; mais, après avoir percé, comme le scolyte, son trou de bas en haut, au lieu de marcher parallèlement aux fibres ligneuses , il s'en écarte à angle obtus, fait de chaque côté, pour y pondre, u^ie galerie qui finit par devenir horizontale et dont la réunion ressemble assez bien à une accolade de
chiffres ( —). Il en éclôt un grand nombre de
larves qui se comportent comme celles du scolytus pruni, c*est-à-dire qui,' arrivées au terme de leur développement, se creusent aussi, à la surface de l'aubier., un. petit enfoncement terminé en cul-desac pour s'y transformer en chrysalide.
Quant à la nourriture des hylésines à l'état d'insectes parfaits 9 nous sommes porté à croire que^ semblables aux scolytes, ils l'empruntent aux jeunes rameaux des frênes, d'où nous inférerons également que la fécondation a lieu comme chez les scolytes ^ avec lesquels ils ont tant d'affiiiité.
De même que dans l'orme, le cossus lignipei*da exerce aussi de grands ravages dans les frênes ; c'est surtout à la partie inférieure du tronc qu'il fait élection de domicile : après avoir désorganisé l'intérieur 5e l'arbre, les galeries extérieures tendant toujours à se cicatriser, déterminent des excroissances ou des gibbosités qui défigurent singulièrement le tronc de ces frênes en doublant quelquefois leur volume inférieurement ; c'est très-commun dans les fortifications des places fortes du Nord,
La zeuzère ne laisse pas aussi que de faire du tort aux frênes , surtout dans l'enceinte de Paris ; elle s'y comporte de la même manière que dans l'orme.
Le traitement du frêne pour Yhylesinits crenaitis, le cossus et la coquette peut être calqué sur celui de l'orme; seulement, les ravages de l'hylésine crénelée sont tellement rares chez nous, qu'il n'y a pas lieu de s'en préoccuper. Il ne faut pas non plus s'arrêter aux ravages des deux petites espèces d'hylésine qui ne s'emparent des arbres que pour pondre.
DES PLANTATIONS d'aLIGNEMENT. 361
Les jeunes frênes sont aussi exposés à être ravagés par un chermès que nous appellerons chermès fraxini. 11 est quelquefois en si grande abondance que l'écorce du tronc et des branches ordinairement d'un gris cendré est devenue blanchâtre ; nous ne doutons pas qu'avefc Temploi du coltar ou de l'acide phénique on n'obtienne de bons résultats comme pour les ormes ; mais il ne faut y avoir recours que lorsqu'il s'agit de sauver des variétés rares du fraxinus excelsior, ou des espèces étrangères tels que les frênes du Canada, etc*
Ravages du Frelon dans le Frêne. -; Tout le monde sait que la cantharide se nourrit delà feuille du frêne ; mais c'est encore un coléoptère , le type de cette classe d'insectes, puisque son nom vient du' grec xavôapoç (scarabée), tandis que si l'on venait dire qu'une véritable mouche peut détruire les rameaux d'un arbre plus facilement que ne pourrait le faire la cantharide, personne ne voudrait y croire ; c'est cependant la vérité.
• Vers le milieu du mois d'août, époque à laquelle les frelons fraîchement èclos ont besoin d'une nourriture abondante, on voit ces insectes se jeter sur les frênes qui garnissent les routes et enlever avec leurs mandibules des anneaux d'écorce (fig. 159) aux jeunes rameaux. Ce travail a évidemment pour but
d'arrêter le cours de la sève descendanle et de
s'en abreuver'.
Nous avons observé ces curieux ravages qui unissent, sinon par compromettre la vie de l'arbre, du moins par modifier son port en l'empêchant de soutenir sa réputation de fraxinus eaxelsior, pour devenir rabougri ou prendre la forme d'un pommier, principalement le long du canal delaMarneau-Rhin dans sa traversée des Vosges. Il va san^ dire qu'il n'y a aucune espèce de remède contre ces ravages ; nous ne pouvons recommander, comme moyen préventif, que la destruction des nids de frelons dans la circonscription où se trouvent les jeunes rig.i59.-Ftêneraï(«* plantations de frênes atta-
pit le fralon. qués.
> C'est d'autant plus vraisemblable quo nous Yojàai les •niâpes et le» ftelons sucer avec la plus grande avidité.
BES PLANTATIONS d'ALIGNEMENT. 363
Du Scolyte du Chêne. — Cet arbre, le maître orgueilleux des bois, a comme l'orme, le pommier, le frêne, etc., de nombreux ennemis qui vivent, les uns aux dépens de ses feuilles, tel est particulièrement le tortrix viridana, les autres dans l'écorce et le bois : on y retrouve encore la même association d'espèces de tailles bien différentes, des grosses et de très-petites; les larves de lucarne, de prione, dé capricorne, etc., représentent largement celles du cossus, ce qui n'empêche pas cette chenille de s'y trouver quelquefois en grande abondance*; mais le scolyte, malgré son exiguïté, est encore dans ce cas-ci celui qui fait le plus de mal, moins cependant à l'état de larve dans l'écorce que sous forme d'insecte parfait dans les sommités feuillues de l'arbre ;
la sëye qui sMcfaappe des trous faits dans Toimo par les scoljtes et le cossus. Il est même trës-probable que la sëve des arbres, de quelque manière qu'elle s'en ëchappe, constitue la principale nourriture des hymënoptëres pociaux ; et, quant au fait de Técorce du frêne commun, il est à remarquer que cette espèce de frêne secrète, sans doute comme ceux de la Sicile, de la manne sucrée.
1 Dans les exemples où nous avons observé le cossus, les arbres avaient été blessés par le passage des voitures qui vont chercher des meulières sur les plateaux de la forêt de Meudon ; et dans ce cas-ci, les chênes riivagés à peu près comme Test le frêne par le même insecte, sont bien reconnaissables dans la belle saison, aux essaims de frelons qui viennent s'enivrer à l'orifice des galeries d'où s'échappe de la sève.
aussi est-ce celui sur lequel nous allons porter !
toute notre attention.
Le scolytus intricatus (Ra!z.) du chêne est un des plus petits du genre , puisqu'il a été confondu par Gyllenhal avec le scolytus pygmœus, qui n'appartient, comme nous l'avons déjà vu, qu'à l'orme. j Ne pouvant pénétrer que dans l'écorce des jeunes chênes , les larves les font périr exactement comme cela se passe pour les jeunes ormes affectés des petites espèces de scolyte. Cependant cet insecte nous semble faire une infraction à la loi commune : sa galerie ovifère est plutôt transversale aux fibres ligneuses qu'elle ne leur est parallèle, et les galeries des larves cessent par conséquent d'être horizontales. Du reste, il est rare d'observer ces ravages dans les forêts, et c'est plutôt, nous le pensons, dans les chantiers, que l'insecte femelle fait sa ponte. Il n'en est pas de même des ravages que cette espèce de scolyte exerce à l'état d'insecte parfait ; telle est l'observation suivante qui achèvera de faire connaître ses mœurs.
Ayant eu l'idée de rechercher la cause qui, au printemps de l'année 1841, jonchait, à la moindre agitation de l'air, le sol de jeunes pousses de chêne, nous nous aperçûmes que sur le renflement formé par le point d'insertion de la nouvelle pousse avec celle de l'année précédente, il existait une petite
ouverture circulaire dirigée obliquement, de bas en haut, vers le centre de la tige; le jeune bois se Irouvait ordinairement rongé par le scolytus intricatus, dans la partie correspondant à l'orifice: aussi rien n'était-il plus facile à rompre que les extrémités des branches ainsi attaquées , et dont la chute était encore favorisée par le poids des feuilles terminales disposées en touffe. En peu de temps, 2 des 3 gros chênes que nous avions suivis chez M. Empis, notre beau-père, à Bellevue, furent presque entièrement dégarnis de leurs jeunes pousses supérieures.
Il est à remarquer que cet insecte recherche les arbres de haute futaie et n'attaque que leur partie supérieure ; nous avons rarement reconnu ses traces à hauteur d'homme dans le taillis. C'est vers le* milieu du mois de mai jusqu'à la fin de juillet que nous avons étudié ses ravages en 1841 dans la forêt de Meudon, et nous avons remarqué, comme pour les scoly tes de l'orme , que le scolyte du chêne se portait successivement sur tous les gros chênes dans le même canton, du sud-ouest au nord- ouest. Les chênes baliveaux qui ont été fortement endommagés par le scolyte se rétablissent presque toujours * ,
1 II importait de signaler ce rétablissement spontané des chênes ravagés parle scolytus intriccUus: bien en prit k Tadministration de la liste civile d'avoir en 1825 différé le sacrifice qu'on lui avait conseillé de faire, des arbres at-
mais leur végétation est lente, leur accroissement en diamètre presque insensible jusqu'à ce qu'ils soient garnis de nouvelles branches; on les reconnaît facilement au dépouillement de leurs rameaux. Quant aux jeunes tiges attaquées , et qui ont résisté à l'agitation de l'air , il se développe à l'orifice des trous par où l'insecte a pénétré dans leur renflement une excroissance qui tend à l'oblitérer ; cette espèce de cal tient lieu provisoirement de la partie ligneuse qui a été détruite et maintient la solidité du rameau jusqu'à ce qu'il ait augmenté suffisamment en diamètre.
Traitement des Pommiers, des Frênes et des Chênes. — La maladie qui affecte les pommiers, les frênes, les chênes et même les bouleaux * , sous le point de vue principalement des ravages des scolytes et des hylésines, étant identique avec celle des ormes, le mode de traitement à leur faire subir nous était tout tracé: aussi, après avoir reconnu, comme chez les ormes, le bon effet de l'enlèvement
taquës du scolyte dans le bois do Vincennes, car il lui eût fallu abattre vingt mille pieds d'arbres qui portent aujourd'hui à peine les traces des insectes.
1 Les boulçaux sont quelquefois ravages par un scolyte qui leur est propre, le scolytus behUi; mais nous avons eu trop peu d'occasions d'($tudier cet insecte pour lui consacrer un paragraphe, et nous n'en parlerons que pour mémoire.
DES PLANTATIONS d' ALIGNEMENT. 367
de bandes corticales jusqu'au liber exclusivement , nous en sommes Venu également à faire la décor* tication superficielle sur toute la surface du tronc, opération des plus faciles, à cause de la faible épaisseur de la vieille écorce dans les pommiers et de la facilité avec laquelle elle se laisse entamer sur le frêne et le chêne; seulement, comme les ponimiers sont plus exposés à geler que les arbres forestiers, nous donnons le conseil de ne les traiter qu'à la sortie de l'hiver. Cette opération a aussi le double avantage, dans les arbres fruitiers, démettre à nu toutes les galeries de callidium, que de simples incisions auraient pu respecter, comme à l'égard du cossus, et de détruire les pucerons lanigères qui peuvent s'être réfugiés dans les anfractuosités de l'écorce. La plane, dans la plupart des cas, suffit pour traiter les pommiers, ainsi que les jeunes frênes et chênes.
Du Cossus, de la Sésie et du Capricorne (cerambyz carcharias) dans les Peupliers. — Le peuplier suisse {populus monilifera), qui entre fréquemment dans les plantations des routes et des chaussées en lignes continues ou alternant avec des ormes et des frênes dans les départements du nord de la France, est surtout ravagé par le cossus ligniperda, par la larve d'un lépidoptère crépusculaire, le sesia crahoniformis vel sphinx apiformis (fig. 454) et
par celle du cerambyx carcharias (fig. 155). Les autres espèces de peuplier sont également atteintes par ces insectes, notamment les peupliers d'Amérique {populus angulata, canadensts et ontariensis), qui sont quelquefois tellement ravagés dans certaines localités par le cossus qu'il vaut mieux, ainsi que nous l'avons déjà dit, renoncer à en planter.
Fig. 160. — Ctran
Les ravages de ces insectes se reconnaissent, comme dans l'orme et le frêne, à des déjections de sciure rougeâtre accumulées au pied des arbres ou au fond des crevasses, sans boursouflement sensible des parlies de l'enveloppe corticale d'au ces déjections seraient sorties; la fréquentation des piverts et les trous infundibuliformes qu'ils font dans
l'écorce et même le bois indiquent aussi assez bien le présence de ces larvea xylophages.
Le cossus occupe ordinairement la partie moyeime du tronc de Tarbre dans lequel il pénètre plus volontiers que dans celui de l'orme, sans doute à cause de la mollesse du bois qui convient mieux à l'établissement de ses galeries presque toujours dirigées vers le canal médullaire et de bas en haut.
i ig. Kl. — Papillon d« la tMe.
La sésie affecte le pied de l'arbre ou son collet'. Les larves de cet insecte sont blanches ou d'un blanc sale avec la tète brune, ainsi que les stigmates ; leur dos est marqué d'une raie longitudinale obscure ; après avoir pénétré dans le corps de l'ar-
1 Qai sait s'il ne ta,at pas atttîbnor h une antipathie du OOBsns pour la sësie, et réciproquement, la dëmarcatlon bien tranchée des deux camps Bonvent établis simultanë* ment Bur le mSme pied d'arbre.
bre, elles tendent toujours à descendre et parcourent fréquemment les racines jusqu'à leurs extrémités, qu'elles abandonnent alors pour traverser le sol qui les recouvre jusque près de sa surface où elles se construisent des coques composées de débris ligneux ; la chrysalide est tronquée à l'extrémité, munie de chaque côté de deux petites rangées d'épines inclinées en arrière; le plus souvent, le papillon qui, pour la couleur, la forme et la taille, ressemble au premier aspect à un véritable frelon , s'échappe vers le milieu de juin du collet de l'arbre, après avoir soulevé l'espèce, d'opercule cortical qui recouvrait la chrysalide logée sous l'épaisseur de l'écorce et quelquefois au fond des crevasses de l'écorce remplies de terre ^ Le papillon vole rarement et se tient une grande partie du jour sur le tronc des peupliers, où souvent. on le trouve accouplé. Le capricorne du peuplier {ceramhyx carcharias) est un coléoptère à corps très-allongé, cylindrique,
*.Les enveloppes de la chrysalide restant engagées dans IMpaîsseur de Tëcorce, on les prendrait volontiers pour autant de clou» de girofle , que Ton se serait amasë à enfoncer -dans le corps de Varbre. Cette observation en apparence puërile a cependant son. importance, car elle témoigne que la sésie a accompli toute ses métamorphoses et qu'il est par conséquent inutile de sonder les trous ^Qpturés.par les débris de la Kîhrysalide. A Tocca^ion de cette larve,.qui vit aussi. dans les jeunes frênes, on peut également faire la même remarque.
DES PLANjAJiaNa p'axignement. 371
d'une couleiu* jaune brunâtre et armé de fortes et longues antennes; la larve d'un blanc jaunâtre est apode et épaisse. La, nymphe est aussi d'un blanc jaunâtre. L'insecte parfait éclôt en juin ou en juillet et dépose ses œufs dans les gerçures de l'écorce ; l'insecte met deux années à atteindre son entière, perfection. Les larves de cet insecte, qui font beauèoup de tort aux jeunes trembles, ne^ se rencontrent guère que dans les sommités, des peupliers suisses, à la naissance des branches, où elles sont quelquefois d'une abondance extrême; elles percent le» branches jusqu'au cœur et en déterminent souvent la chute. On peut détruire considérablement de ces insectes en secouant les branches sur lesquelles ils reposent.
Le traitement des peupliers pour le cossus, la sésie çt le capricorne ne diffère en rien de celui des ormes et des frênes pour le cossus : après avoir dé-, gagé l'orifice des gaTeries avec la gouge à cossus, qui est très-bonne pour cette opération, il su(fit de les sonder avec des fils de fer terminés eh crochet,;
mais comme les galeries dans ce^ arbres à bois ten-
are sont plus profondes et plus, sinueuses que dans les arbres à bois dur, on est quelquefois obligé, de tâtonner longtemps avant de saisir les larveè. H est bon aussi de déchausser un peu le pied des arbres pour découvrir, les galeries de sésie qui pétiètrenl dans les racines.
372 LKS RAVAGEURS
Dti Scolyte et da Charançon des Pins. — Tout le monde a entendu parler des ravages effroyables que le bostriche commun {hostrichtis ti/pographus) , appelé encore le grand rongeur du sapin rouge, chancre du pin, ver du bois, exerce dans les forêts d'arbres résineux de l'Allemagne. «Qui croirait à le voir, dit Wilhelm dans ses récréations tirées de l'histoire naturelle *, qu'il sait se rendre plus redoutable que les animaux de proie les plus altérés de sang; qu'il est capable de détruire de fond en comble les plus beaux bois de pins et de sapins rouges? » Cet insecte est heureusement rare dans nos cantons, où, quant à nous, nous ne l'avons pas rencontré; mais il n'en est pas de même du scolyte et du charançon des pins, dont nous avons fait uùe étude particulière.
Le scolyte des pins , nommé aussi le Jardinier de la forêt {dermestes pitiiperda^ Linn.; hylesinus piniperda, Ratz.), auquel le docteur Ratzeburg attribue la plus grande partie des ravages qu'on observe dans les forêts de pin sylvestre du nord de l'Allemagne % a fait depuis plusieurs années des ravages dans les pinières de Rambouillet; il y attaquait indifféremment les pins maritime, sylvestre et
1 Hartlg^s Lehrbueh fiir Fœrster.
2 Le8 hylophthirea et leurs ennemis^ par Ratzebarg.
DES PLANTATIONS d'ALIGNEMENT. 373
Laricio ' , dont la plantation remontait à une vingtaine d'années.
On reconnaît les ravages du scolyte des pins à l'élat dans lequel se trouvent les jeunes pousses de Tannée ; elles sont tordues ou brisées par le milieu et beaucoup d'entre elles, flétries à moitié, viennent joncher le sol pour peu que Tair soit agité. A l'époque (18 août 1846) où nous avons consigné ces faits, l'insecte était encore dans le canal médullaire, occupé à dévorer la substance qu'il Renferme; la galerie qui en résultait était creusée de bas en haut; on rencontrait ordinairement deux ou trois insectes sur la partie encore vivante de la même tige; rarement les galeries communiquaient entre elles; la partie fanée de la pousse ofl'rait aussi un nombre égal de traces de galeries; mais celles-ci, sur lesquelles nous allons revenir, étaient abandonnées depuis longtemps; enfin le scolyte pénétrait quelquefois dans celle de Tannée précédente, au-dessous du verticille de rameaux qui se forme annuçUement au point de réunion des deux dernières pousses.
Les plus grands dégâts s'observent dans le voisinage des tas de bois résineux en grume destiné§ à faire du charbon, et le long des barrières faites avec des matériaux semblables; les uns et les autres abat-
1 Nous TavouB rencontre depuis à Ferriëres, chez le baron de Rothschild, sur des pins du lord Weymouth.
tus durant rhiver proviennent d€S arbres morts ou mourants, épars dans les plantations et principalement des éclaircies qu'on y fait. Ils sont criblés de trous de sortie de scolyte des pins et d'un atutre* insecte dont nous parlerons bientôt.
L'enlèvement de l'écorce laisse voir, comme pour les scolytes de l'orme, deux sortes de galeries, des galeries ovifères et des galeries de larves; les pre-^ mières, parallèles aux fibres ligneuses, ont jusqu'à * 0'»,20 de longueur. Le scolyte y déposé au moins' 200 œufs, le double du scolyte destructeur, qu'iUrie' dépasse cependant pas en dimension; mais grâce à la résine qui , sous la seule influence de la chaleur solaire , bien que l'arbre soit abattu depuis quelque temps, s'est extravasée de toute part, la moitié au moins de la ponte avorte ; on acquiert la preuve de ce fait important en examinant la galerie, qui té* mbigne que l'insecte à fait tous ses efforts pôur^e débarrasser de l'afflux de la résine; il en à tapissé les" parois, exhaussé le plancher , et quelquefois à poussé celte substance au dehors, en ayant soiii demain-^ tenir au centre ùri canal par lequel il peut s'échapper ou recevoir le scolyte mâle, précaution dont il s'entoure également à l'époque de sa nourriture dans les jeunes tiges des pins.
Nous n'avons jamais trouvé le scolyte femelle mortdatïs sa galerie, comme cela arrive fréquenti-
ment pour son congénère le destructor; mais cela ne liendrait-il pas à ce qu'après la ponte, la galerie pouvant se reboucher d'elle-même par l'écoulement de la résine, l'insecte femelle, qui ne sent pas le besoin de défendre sa famille , va mourir ailleurs ?
La résine , qui souille ordinairement cet insecte , paralyse ses mouvements , et le rend par conséquent moins vif que ne le sont les scolytes de l'orme et du pommier.
Maintenant, si nous cherchons à remonter à la source des ravages qu'on observe dans les pinières de Rambouillet, nous n'aurons pas de peine à reconnaître qu'ils sont dus aux scolytes éclos principalement dans les bois en grume où des femelles seront\enues au printemps, de tous les points des pinières, leur donner la préférence * pour pondre ; mais comme elles devaient d'abord se nourrir avant l'accomplissement de cet acte , le plus important de leur existence , elles ont dévoré l'extrémité des jeunes pousses, non pas assez cependant pour empêcher le développement entier du bourgeon, qui ne manifeste aujourd'hui la présence de l'insecte que
1 Suivant Ratzeburg, « ces scolytes Qiyleainvs piniperda) existant en grand nombre, peuvent tuer des arbres bien portantSj » ce qui établit un rapprochement de plus entre ces insectes et les scolytes- de Tonne.
parce que, étant devenu trop long pour pouvoir se soutenir, creusé , flétri qu'il est dans la moitié de sa longueur, il se tord, se brise là où le premier ravage s'est arrêté ; ajoutons que , plus bas , le bourgeon est devenu ligneux.
Les jeunes pousses, et quelquefois celles de l'année précédente , sont donc exposées à être attaquées deux fois dans Tannée, la première au printemps et la seconde à la fin de l'été.
Lorsque le moment de la fécondation sera arrivé , les scolytes iront , sans doute , non plus se jeter sur les mêmes tas de bois trop desséchés pour leur conveniry mais bien sur les arbres de la forêt et probablement dans le voisinage des bois en grume.
L'exploration des arbres nouvellement attaqués est malheureusement très- difficile à cause des épailles épidermiques qui abritent l'orifice de la galerie , et de la résine qui s'accumule au devant.
Conjointement avec les ravages du scolyte, et quelquefois séparément, on en observe qui appartiennent au curculio (pissodes) notatus, Ratz., et qui ne laissent pas que d'être très-graves.
Comme le scolyle , qu'il surpasse en. grosseur, il creuse ses galeries autour de l'arbre, et, à l'état d'insecte parfait, perce dans l'écorce, pour sortir de sa coque formée de détritus ligneux, un trou un peu plus grand que celui du scolyte.
Ses transformations paraissent avoir lieu en même temps que «elles du scolyte, si ce n'est peut-être que le changement de nymphe en insecte parfait aurait lieu un peu plus tard; et leur association > chose remarquable, rappelle exactement celle du sçolytus destructor et du cossus pour l'orme , des scolytus pruni et du callidium pour les pommiers, etc.
Quant a sa. manière de vivre à l'état d'insecte
parfait, on nous a assuré qu'il se jette également sur les jeunes pousses de pin, dont il ferait la section transversalement, dans le but, suivant nous, de déterminer un épanchement de la sève propre à sa nourriture.
Bien que les larves du scolyte et du charançon fassent mourir des arbres sur pied à la manière des scolytes de l'orme et du cossus, en interceptant complètement la circulation de la sève, perte qui est insignifiante dans les grandes plantations où il faut souvent éclaircir , le plus grand mal qu'ils puissent faire, disons-nous, surtout le premier, c'est de retarder pour près de deux ans la végétation des pins qui ont servi à la nourriture des insectes parfaits, en les privant d'une grande partie de leurs sommités.
D'après donc tout ce que nous avons été à même d'observer jusqu'à ce jour sur les ravages du sco-
lyte et du charançon dans les pinières de Rambouillet , nous pensons que rien ne serait plus facile , sinon de les faire disparaître, du moins de les atté-nuer tellement qu'ils deviendraient insignifiants, et nous conseillons :
1® De briser avec la main les jeunes pousses à l'époque où elles renferment des scolytes , et d'en faire des tas pour les brûler immédiatement.
2® De continuer à exploiter les bois comme par le passé ; mais dès qu'on aura reconnu la présence des larves de scolyte et dé charançon dans les tas de bois destinés à faire du charbon , de les convertir sur-le-champ en cette substance*, ou bien d'écorcer les rondins, de les immerger tels qu'ils sont, de manière, en un mot, à détruire par le feu ou par l'eau les nouvelles générations d'insectes qui tendraient à en sortir.
Tl n'y a pas à se préoccuper des fagots et du menu bois; le scolyte des pins et le charançon ne trouvant pas l'écorce des parements assez épaisse pour la nourriture des larves qui doivent naître de leurs œufs, ne s'y mettent jamais.
1 M. Chambellant, inspecteur gênerai de Tagriculture, a applique le procède de la carbonisation et renlëvement en temps opportan que nous lui avions conseille dans les pépinières qu'il possédait à Condë, près de Rambouillet, et s'en est trës-bien trouve.
DES PLANTATIONS ^'alignement. 379
3» De bien se garder de clore les champs avec des baliveaux , à moins qu'on ne prenne le soin de les écorcer auparavant.
4® Enfin, nous ne donnerons le conseil d'appliquer nos tranchées longitudinales, opération qui peut se fairç sans inconvénient sur les arbres résineux en estan, ainsi que nous en avons maintenant la preuve *, qu'autant qu'on attachera un grand prix à la conservation des arbres affectés du scolyte et du charançon; cette opération devra produire les mêmes effets que chez les ormes malades.
1 D'après les expériences auxquelles nous nous sommes^ livre en 1846 sur le pin maritime, nous avons reconnu que ce conifëre supporte très-bien T enlèvement partiel et même total de la vieille ëcorce du tronc. Nous avons vu une nouvelle écorce et des bourrelets se former aussi bien que dans les ormes et sans qu'il y eût eu perte sensible
de rësine.
Ne traite-t-on pas dans le Midi, à peu près de la même
façon, les conifères pour en obtenir la résine? Nous ne sachons pas que ces larges saignées faites au pied de Tarbre compromettent son existence.
Destraction des Hannetons. — Piège à vers hlancs. — Dans la période qui s'est écoulée depuis l'apparition des hannetons, fin avril 1867, jusqu'à leur disparition^ commencement de juin, j'ai bien étudié cet insecte. Voici ce à quoi j'ai été amené relativement aux moyens d'atténuer ses ravages, après avoir été, toutefois, convaincu de l'insuffisance des procédés actuels^ soit que l'on cherche à le détruire sous forme de larve , soit qu'on se torne à le ramasser à l'état d'insecte parfait. Dans le premier cas , ne sait-on pas combien il est difficile de le rencontrer dans la terre où il s'enfonce profondément, ou de l'atteindre par des substances toxiques , telles que la naphtaline , et encore celles-ci ne paraissent-elles avoir que la propriété de lui faire changer de place ou de l'éloigner. Dans le second cas, comment aller chercher l'insecte lorsqu'il est attaché aux feuilles
des sommités des arbres les plus élevés et au milieu des bois?
La première chose à faire en entomologie appliquée, c'est, je crois, de bien étudier les mœurs des insectes que Ton se propose de détruire ; or, en ce qui concerne le hanneton , il est facile de reconnaître qu'il recherche particulièrement les bois où il y a beaucoup de chênes et surtout ceux dont le sol sur les lisières est léger: c'est ainsi que, tous les deux ou trois ans, le bois de Vincennes est dévasté*, tandis que les forêts voisines de Meudon, Montmo-
1 Gomme inspecteur des plantations de la ville de Paris, j^ai constate que c'est devenu trës-sensîble depuis que le parc est, pour ainsi dire, cultive dans toutes ses parties. — Pour la mên\e raison, le roi Louis-Philippe blâmait la culture exagérée des plates-bandes dans le parc réservé de Saint-Cloud.
Une remarque intéressante à cet égard et qui vient bien à Tappul de Tava^tage qu'il y a à ne pas trop ameublir la terre, afin de ne pas attirer les insectes qui latrecher* chent pour pondre, c'est que dans les apnées sëches qui durcissent fortement les terres plastiques, il n'est pas rare.-, de voir à l'époque de la ponte,' vers la fin de mai, dos hannetons femelles mourir à la peine, exténuées do fatigue, à la surface dh sol dans lequel elles ont en vain cherché à s'introduire. J'ai eu la confirmation de ce ^f<iit,4aD& une pièce de betterave, à terre limoneuse, exposée à être, inondée par l'Oise, tout près de Précy: c'étaient bien deà femelles, car en les ouvrant, je trouvais ordinaijremenfc Une • douzaine d'œufs presqu'aussi gros que ,des -grains d.ç. millet. ' ' ■
rency , etc. ,. en souffrent fort peu , parce que le sol de ce& forêts et aux environs est argilo-siliceux et durcit beaucoup dans les années sèches.
Il est d'observation aussi que le hanneton préfère, pour déposer sa ponte, non-seulement une terre légère , profonde et pas trop éloignée des bois où il s'est nourri et accouplé , mais surtout parfaitement amendée (suivant M. Mulsant, dans les premiers jours de leur existence , les larves se nourrissent seulement de fumier et de détritus de végétaux).
Par conséquent, je proposerais, pour seconder les moyens ordinaires de destruction, de dresser un piégea l'insecte parfait-, c'est-à-dire de réserver: autour des bois, garennes, etc.^ que les hannetons affectionnent le plus , pour les raisons que je viens de donner, une bande de terre de quelques mètres de largeur. Je l'ameublirais autant que possible , je là fumerais bien, surtout à la veille de Tannée où les hannetons doivent apparaître en grand nombre; ce qui n'empêcherait pas d'utiliser cette bande de terre en y semant des plantes que recherche surtout le ver blanc.
Gela établi , il sera facile de faire à son aise la destruction des hannetons, soit qu'on bouleverse les pontes vers la fin de juin, soit qu'on se livre à la recherche des vers blancs aux époques de l'année qu'on jugera le plus convenables ; mais si on s'y prend de
bonne heure^ dans les quatre ou cinq premiers mois qui suivent leur naissance , on trouvera les jeunes larves vivant en famille jusqu'à leur première mue ; passé rhiver, elles se dispersent pour se procure^ une nourriture plus abondante, exactement comme je l'ai déjà fait remarquer pour le cossus qui, lui aussi , met trois ans à atteindre son entier développement, non pas dans la terre, mais dans le corps des arbres, entre l'écorce et l'aubier.
Comme les propriétaires de bois sont aussi intéressés à la destruction des hannetons * que les propriétaires de terres labourables, dans le cas où cette mesure préventive que je propose serait adoptée , il serait de toute équité de partager en commun les frais de culture ou de location de ces bandes de terre.
CueiUeUé de Vinsecie parfait, — Dans les beaux jours du mois de mai, alors que les insectes se convient à l'amour, les hannetons semblent volontiers se donner rendez-vous dans les jeunes taillis de deux à trois ans et surtout dans les
^ Depuis longtemps, les chênes sëculaires du parc du Raincy y qui avait appartenu à M"*® Adélaïde, ont tellement souffert des attaques rëitërëes du hanneton, qu^ils ont perdu, àTheure qu^il est, une grande partie de leurs grosses branches; il y a même de ces arbres qui en mourront certainement.
coudriers. Lé matin, dé Irès-borine heure, oit les trouve engourdis sur les feuilles par la fraîcheur de la nuit : rien alors n'est plus facile que de s*en rendre maître sans qu'aucun d'eux cherche à s'ehftiir. L'occasion étant belle de leur faire la ôhasse, j'eus l'idée de me servir d'un parapluie ouvert et placé renversé sous l'arbre , de manière à présenter un récipient dans lequel sont reçus les insectes qu'on fait tomber des branches en les abaissant et les secouant doucement. Les hannetons roulent au fond de l'espèce d'entonnoir formé par le parapluie, et sont facilement emportés pour être écrasés sur un terrain solide*. L'opération, comme je viens de le dire, doit, être faite le matia quand l'insecte est encore, engourdi et avant que l'élévation de la température de la journée l'ait disposé à s'envoler, IJn parapluie en fort coton .et à. bas prix sert à détruire ainsi et rapidement une grande quantité d'ipsectes. On sait que les hannetons se groupent bien plutôt sur les plantes qui Jjordent. les taillis qu'ai;i centre, ce qui rend très-facile, par le moyen
1 Ce moyen est préférable k la submersion. Ayant vonlu noyer des hannetons pour aller plus vite en les jetant dans une mare voisine, j*ai vu ces insectes nager fort bien et se diriger instinctivement vers les bords, où ils parvenaient à s^accrocber aux plantes aquatiques devenues leurs planches de salut.
proposé, la destruction du plus grand nombre. Le parapluie tient lieu des toiles que Ton emploie quelquefois à cet usage en étendant ces tissus sous les arbres ; il lés remplace , sinon complètement , au moins avec beaucoup d'économie et, sous ce rapport, presque aussi avantageusement.
Lorsque les hannetons se tiennent sur des arbres élevés, tels que des bouleaux laissés pour baliveaux dans les coupes des garennes, il est nécessaire de modifier notre instrument. Le parapluie récipient étant ouvert et renversé comme dans le premier cas , il suffira de prolonger sa pointe disposée pour recevoir des rallonges semblables à celles des cannes à pêche ; et la dernière des rallonges étant terminée par un crochet ou une crosse , on pourra de cette façon atteindre les branches inférieures des arbres que ne dépassent guère les hannetons. Inutile de dire que dans les jardins paysagers les marronniers, les pavias, les ormes, etc. , se trouveront très-bien de l'emploi de cet instrument, dût-on se servir d'une échelle double pour aller le plus haut possible '.
1 Depuis, ce procëd^ de destruction des hannetons ayant ët^ Tobjet d^nn rapport favorable à la Sociëtë centrale d'agriculture de France, le 26 juillet 1871 , M. Amëdëe Durand, le rapporteur, a propose de substituer au parapluie-rëcipient un entonnoir en fer-blanc le plus léger possible ; cet instrument , d'un diamètre de 30 à 50 centîmèlres , serait fixé latéralement et en haut d'une perche
Disposition remarquable des nids de la Chenille chrysorrhée. — Les grands nids de chenilles auxquels des arrêtés municipaux nous obligent , tous les ans, de faire la chasse, sont, comme on sait, fixés ordinairement à l'extrémité des rameaux. L'insecte a mis à contribution les feuilles de l'arbre qui font l'office de doublures dans l'intérieur des nids, et non pas exclusivement pour la nourriture delà jeune colonie, comme on l'a gratuitement admis. Si le pétiole est court ou que la feuille soit sessile, le nid qui enveloppe toute la feuille ne feiit qu'un avec la branche ; il faut alors,' de toute nécessité, couper le rameau pour se rendre maître des nids de chenilles ainsi disposés.
Cependant on rencontre des nids qui ne paraissent pas avoir été faits par la même espèce de chenilles : ceux-ci ne s'observent que sur des arbres dont les
comme celle des croissants à ^monder les arbres; le goulot, restant entièrement libre, serait prolonge par un boyau en toile allant verset' dans un sac ëtabli à terre , ou formant lui-même ce sac; c'est dans cette sorte de poche que les hannetons seraient foulés aux pieds, et le dëgoût, inëvitable dans cette opération, disparaîtrait en grande partie.
Ainsi, un seul homme, un seul instrument trës-portatif et une seule action suffiraient pour les opérations cidessus indiquées, en y comprenant le secouement du feuillage, qui serait du à Tagitation de Tentonnoir^
feuilles ont des pétioles très-longs et qui par cela même sont plus exposées à tomber que les feuilles à pétioles courts. Ces nids, suspendus par deux cordons aux rameaux, là où s'insèrent les pétioles, méritent bien le nom de bourses, tandis que les autres ressemblent plus ou moins à de gros cocons allongés, ayant pour grand axe la tige sur laquelle ils sont fixés. Les sycomores qui se trouvent dans le voisinage d'ormes infestés de chenilles hibernantes, présentent souvent ces sortes de bourses.
En examinant les jeunes chenillettes contenues dans les uns et les autres, il me fut facile de reconnaître que c'était identiquement la même chenille , sinon la même espèce , du moins le même genre ; soit les chrysorrhées à cul brun ou à cul doré. Mais alors, pourquoi cette grande différence dans la construction de la demeure commune : des nids adhérents dans le premier cas , et flottants dans le second? Ici se manifeste, une fois de plus, une de ces admirables prévisions de la nature qu'on ne saurait trop faire ressortir, à l'égard des êtres les plus faibles. La chrysorrhée, qui s'était fourvoyée en venant vivre sur le sycomore , pouvait trèsbien se borner à faire entrer dans son nid, en les repliant sur euxTmêmes, tous les lobes de la feuille longuement pétiolée de cet arbre ; mais que $erait-il .
arrivé à l'époque de la chute des feuilles si elle s'était contentée de cela? Nécessairement , les nids eus" sent été entraînés, toute la colonie aurait sombré* Pour obvier à cet inconvénient , la prévoyante chenille, malgré son exiguité, tout en établissant son nid dans la feuille du sycomore, a soin de Tamarrer solidement à la branche , là où s'insère la feuille par où elle a commencé son nid au moyen de deux cordons très-solides ordinairement fixés sur deux branches différentes, comme si l'une des deux devait remplacer celle qui viendrait à être cassée. Les marins ne sont pas plus prudents quand ils affourchentun navire sur deux ancres opposées.
Toujours est-il que l'on voit, à la sortie de l'hiver, des nids de chenilles qui se balancent entre les branches de l'arbre; et bien en a pris à l'insecte d'avoir usé de ce stratagème, car le pétiole de toutes les feuilles est rompu sur plusieurs points , ainsi que le témoigne l'un des bouts qui fait saillie hors du nid. Nous connaissons bien des cocons suspendus de cette façon aux branches ; M. Guérin- Méneville nous en a montré de curieux spécimens ; mais ici, c'est une réunion considérable de trèsjeunes chenilles, qui semblent s'être donné le mot pour filer un lien, deux liens, savamment combinés, capables de résister aux plus grandes agitations de de l'atmosphère. Voilà le merveilleux.
Si Tintelligence chez Thomme n'est dans toute sa plénitude que lorsque ses organes ont reçu leur complet développement, il- faut avouer que l'instinct chez les êtres les plus* inférieurs semble être d'-autant plus actif, qu'ils sont plus près de l'état em- , bryonnaire. L'intelligence et l'instinct marcheraient donc en sens opposé : à l'homme le premier, à la brute le second.
FIN DE l'ouvrage.