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La merveilleuse découverte du professeur Guillaume Rontgen (de Wurtzbourg) n'est gas encore âgée de trois ans, elle s'est déjà montrée extraoroînairement féconde en conséquences de tous ordres. Elle a révélé l'existence d'une forme de l'Energie jusqu'alors insoupçonnée, ouvert aux recherches tout un monde de phénomènes inconnus et suscité parmi les physiciens, dans les laboratoires, des travaux de science pure qui se poursuivent chaque jour et sans doute réservent à notre admiration bien des surprises.
En même temps, elle a donné naissance à des applications pratiques très variées, dont les plus importantes sont celles qui touchent aux sciences
Ce travail fut présenté, sous forme de Rapport, au IV e Congrès pour l'étude de la Tuberculose ; le 29 juillet 1898, à Paris ; il répondait à une des questions mises à l'ordre du jour. Le texte en a été à peine modifié ; cependant il a reçu les additions que comportaient les nouvelles recherches publiées depuis cette date.
médicales et plus particulièrement à la médecine envisagée comme l'art de reconnaître et de traiter les maladies.
Le point de départ des recherches du professeur Rontgen fut l'observation fortuite de la fluorescence de quelques paillettes de platinocyanure de baryum au voisinage d'une ampoule de verre contenant de l'air raréfié jusqu'à un millionième d'atmosphère et complètement enfermée dans une enveloppe de carton noir, tandis qu'elle •donnait passage à une série de décharges électriques. De cette ampoule invisible, puisqu'elle •était recouverte d'une enveloppe impénétrable aux radiations lumineuses connues, le professeur Rontgen constata qu'il émanait des radiations nouvelles, invisibles aussi, mais capables de «traverser les corps opaques, un livre de mille pages, une planche de bois, une plaque d'aluminium de 15 millimètres d'épaisseur, et de provoquer, après ce passage, la luminescence de certains corps qui s'éclairaient brillamment. Plaçant sa main entre l'ampoule et un écran de t papier couvert de platinocyanure de baryum, le professeur Rontgen vit, sur cet écran devenu fluorescent, se projeter en noir l'ombre des os de la main, tandis que l'ombre des parties molles, plus perméables aux radiations nouvelles, n'était que faiblement accusée ; il vit aussi que la même silhouette pouvait être fixée sur une plaque photographique mise à la place de l'écran.
Telle fut l'origine des deux nouveaux procédés d'invostigation dont le professeur Rontgen enrichit itotre art : d'une part, la radioscopie ou fluoroscopie, c'est-à-dire l'examen, à l'aide d'un écran de carton, couver! d'une substance fluorescente, des ombres plus ou moins noires portées sur cet écran par les divers organes et les divers tissus du corps humain, inégalement perméables aux radiations nouvelles suivant leur épaisseur et leur composition chimique ; d'autre part, la radiographie, autrement dit la fixation des mêmes ombres sur des plaques photographiques substituées à l'écran et la conservation des témoignages fournis par ces ombres sur la situation, la forme, les dimensions et la densité des organes profonds, invisibles à nos veux.
C'est en décembre 1895 que le professeur Rontgen publia son célèbre mémoire où il donnait le résultat de ses expériences, sans en faire connaître toutes les conditions, comme pour stimuler le zèle des imitateurs par les difficultés à vaincre. De tous côtés on se mit à l'œuvre aussitôt pour reproduire ces expériences, les étudier et en faire sortir, par le perfectionnement de la technique, les services qu'elles promettaient.
En notre pays, les docteurs Oudin et Barthélémy furent les premiers à deviner le parti que la médecine pouvait tirer du nouveau mode d'exploration et les premiers à obtenir les résultats indiqués par le professeur de Wiirtzbourg;
le 21 janvier 1896, M. Poincarré communiqua en leur nom à l'Académie des Sciences une photographie des os de la main obtenue à l'aide des rayons de Rontgen, c'est ainsi qu'avec justice on appela dès lors les nouvelles radiations.
Dans la voie ouverte par MM. Oudin et Barthélémy, et avec leur collaboration, le professeur Lannelongue, par une série de Notes à l'Académie des Sciences (1 ), montra les services que pouvaient rendre au diagnostic des maladies chirurgicales les rayons de Rontgen. Bientôt nul ne douta de leur utilité dans la recherche des corps étrangers, dans l'exacte appréciation de la forme, du volume et des rapports des divers éléments du squelette.
Pendant ce temps, MM. Oudin et Barthélémy, mettant à profit les perfectionnements chaque jour réalisés dans la technique de la radioscopie et de la radiographie, s'efforçaient, sans trôve, d'élargir le champ de leurs applications au diagnostic. Au mois d'août 1896, ils publièrent au Congrès de médecine de Nancy et au Congrès de Londres le résultat de leurs persévérantes tentatives : « On obtient, dirent-ils, des silhouettes très remarquables permettant de distinguer parfaitement le gril costal, la colonne vertébrale ou le sternum, on donne à la cavité thoracique une assez grande transparence pour qu'on voie parfaitement battre le cœur ou l'aorte et, à chaque
(I) 27 janvier, 10 février et 23 mars 18%.
respiration, le diaphragme avec le bloc hépatique se déplacer sur une étendue qu'on était loin de soupçonner. Les poumons sains apparaissent en clair. U y a là, croyons-nous, toute une source de recherches très intéressantes et nouvelles, car la transparence des poumons variera suivant qu'ils seront sains ou enflammés, scléreux ou infiltrés de tubercules, ou entourés d'une plèvre épaissie, remplie de liquide, etc. Les hypertrophies du cœur, les aortites, les inégalités de rythme des cavités cardiaques pourront sans doute bientôt se voir assez facilement pour apporter ainsi un puissant appoint au diagnostic. »
Il faut regretter que ces excellents ouvriers de la première heure n'aient pas eu à leur disposition un service d'hôpital pour y vérifier euxmêmes leurs prédictions, mais aux recherches dont ils étaient alors presque seuls à comprendre l'importance, ils surent intéresser et initier le professeur Bouchard qui, dans leur laboratoire, sur une personne attachée au service de l'un d'eux, vit, pour la première fois, des lésions anciennes de tuberculose pulmonaire guérie se manifester à l'écran fluorescent par une tache sombre contrastant avec les autres portions plus éclairées du tissu pulmonaire.
Tel fut le point de départ des remarquables études du professeur Bouchard sur les malades de l'hôpital de la Charité et de la série de ses communications à l'Académie des Sciences.
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Lapremière, intitulée : La pleurésie de l'homme étudiée à l'aide des rayons de Rôntgen (7 décembre 1896), montra que l'épanchement pleurétique arrête en partie les nouvelles radiations et marque par une teinte sombre, à l'examen radioscopique, le côté malade qui contraste ainsi avec la clarté brillante du côté sain. Elle contenait ces lignes significatives : « Nous sommes en droit d'espérer que l'exploration par les rayons de Rontgen ne rendra pas à la médecine de moindres services qu'à la chirurgie. » Ainsi le professeur Bouchard confirmait avec autorité ce qu'avaient aperçu plusieurs mois auparavant MM. Oudin et Barthélémy.
Cette première note fut suivie, à une semaine d'intervalle (14 décembre 1896) d'une seconde dont le titre est celui même de la question, objet de cette étude : Les rayons de Rontgen appliqués au diagnostic de la tuberculose pulmonaire.
Si grande est l'importance de cette nouvelle communication, elle répond brièvement de façon si préciseaux principaux éléments du problème, qu'il importe de la reproduire presque en entier : « Chez tous les tuberculeux que j'ai examinés à l'aide de l'écran fluorescent, j'ai constaté l'ombre des lésions pulmonaires; son siège était en rapport avec les délimitations fournies par les autres méthodes de l'exploration physique, son intensité était en rapport avec la profondeur de la lésion. Dans deux cas, des taches claires appa-
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raissant sur le fond sombre ont marqué la présence de cavernes vérifiées par l'auscultation. Mais dans d'autres cas où l'auscultation faisait connaître l'existence d'excavations, celles-ci n'ont pas été vues à l'examen radioscopique. Chez un malade, les signes généraux et la toux faisaient soupçonner un début de tuberculisation, mais l'examen de l'expectoration ne montrait pas de bacilles et les signes physiques ne permettaient pas de poser un diagnostic certain. La radioscopie a montré que le sommet de l'un des poumons était moins perméable et, quelques jours après, l'auscultation comme l'examen bactériologique ne laissaient pas le moindre doute. »
La révélation des lésions pulmonaires luber- # ,. culeuses à l'écran fluorescent, l'aspect variable I correspondant aux cavernes et, surtout, la possibilité du diagnostic précoce de la tuberculose par la radioscopie devançant les autres modes '
d'exploration, tels sont les grands faits désormais acquis.
L'exactitude en est aussitôt reconnue par divers observateurs, en particulier par le professeur Bergonié (de Bordeaux) qui, sur des malades de l'hôpital Saint-André provenant du service du professeur Arnozan, s'applique surtout à vérifier la comparaison qu'a faite M. Bouchard des renseignements donnés par la radioscopie à ceux de la percussion. Sur le thorax de ces malades ont été tracés, au moyen d'un crayon dermogra-
phique, les diverses zones de malité relevées par les moyebs classiques ordinaires. Ils sont ensuite soumis à l'examen radioscopique et les zones claires sont séparées des zones sombres par de nouvelles lignes que trace dans l'obscurité un autre observateur. Il ne peut y avoir ainsi aucune erreur ni aucune tentative inconsciente de parfaire une coïncidence approximative. Cependant, à une zone de matilé correspond toujours une zone d'opacité et la coïncidence est parfois étonnante de précision.
Dans une Nouvelle note sur l 'application de la radioscopie au diagnostic des maladies du thorax (28 décembre 1896), le professeur Bouchard reconnaît que plusieurs fois la radioscopie a révélé ce que les autres moyens de l'exploration physique avaient laissé inaperçu, ce que même ils ne révélaient pas à un nouvel examen. Un an s'est écoulé depuis la découverte du professeur de Wùrtzbourg et, de l'avis de M. Bouchard, « l'emploi des rayons de Rontgen, qui rendait au chirurgien de si grands services, est devenu tout aussi précieux pour le médecin ».
Désormais, l'élan est donné, la voie est ouverte ; parmi les médecins de notre pays qui s'y engagent à la suite de MM. Oudin, Barthélémy et Bouchard, nous citerons seulement ceux dont les recherches publiées rentrent dans notre sujet : le professeur Bergonié, le D r Fernet, le professeur Polain, MM. Béclère, Martin-Durr, Milian,
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Garrigou, Kelsch, Boinon, Carrière, Mignon, Variot, Chicotot, Signeux, Claude, Guilleminot et de Bourgade.
Dans les autres pays, des recherches du même genre sont simultanément poursuivies ; nous nommerons seulement les auteurs des principaux travaux : en Allemagne, Levy-Dorn,Loewenthal. Grunmach, Bénédikt, Hoffmann, Rumpf; en Amérique, Williams, Tracy, Jones ; en Angleterre, Thomson, Stubbert; en Italie, Maragliano.
On trouvera à la fin de notre travail une table alphabétique par noms d'auteurs des diverses publications françaises et étrangères qui, de près ou de loin, touchent au diagnostic de la tuberculose à l'aide du nouveau mode d'examen. Parmi les plus remarquables à notre avis, après les "Notes du professeur Bouchard à l'Académie des Sciences, il convient de signaler l'importante communication du D r Francis Williams (de Boston) au Congrès des médecins américains (5 mai 1897), Sur les rayons de Rôntgen dans les maladies thoraciques, et celle du professeur Maragliano au Congrès de Naples (20 octobre 1897) sur le même sujet. Nous voulons citer aussi, comme une bonne revue d'ensemble, la récente thèse inaugurale d'un de nos anciens élèves, le D r Mignon : Étude anatomo-clinique de l'appareil respiratoire et de ses annexes par les rayons de Rôntgen. Enfin, nous recommandons la lecture de l'excellent rapport présenté, simullanément
avec lo nôtre, au IV e Congrès pour l'étude de la Tuberculose, par le D r Claude, au nom du professeur Bouchard et au sien, sur la question étudiée ici : Les rayons de Rôntyen et le diagnostic de la Tuberculose.