‹ Les rayons du Nord, poésies canadiennesChapitre 35 sur 38 · LU PITIE · texte numérisé non relu

LU PITIE

A Roger des Varennes

Le Glaive avait fermé l'Eden ciiaste et serein. Sur le globe désert pesait un ciel d'airain, Et nos premiers parents marchaient à l'aventure, Errants comme brebis en quête de pâture, A travers les sommets, les plaines, les vallons, Sans trêve, sans sommeil, sans abri, sans jalons, Perdus dans l'infini des mornes solitudes. Côte à côte ils allaient, rompus de lassitudes,

Du tison des remords incessamment brûlés. Muets, craintifs, tremblants, furtifs, échevelés. Sous le firmament lourd tout leur était hostile : La pierre déchirait leurs pieds nus, le reptile, L'insecte, le buisson, les piquaient de leurs dards ; Dans les antres lions, tigres et léopards. Qui, la veille, autour d'eux se jouaient sous l'ombrage, Du lointain leur jetaient d'horribles cris de rage. O l'indicible horreur du premier châtiment ! Par moments sur les deux bannis plus âprement S'acharnait la nature inclémente et Jalouse.

Un jour, Adam s'était éloigné de l'Epouse

Morte plus qu'à demi de fatigue et de faim.

Pour chercherquelques fruits le longd'unlacprochain —

Au pied d'un mont.

Hélas ! la terre était stérile, Vainement notre A'ieul, anxieux et fébrile, Avait interrogé les rameaux, le gazon, Et sondé du regard l'insondable horizon : 11 n'avait rien trouvé sous les grands cieux livides ; Et comme il revenait vers Eve, les mains vides. Dans la sinistre paix tombant avec le soir, |

Le déshérité fut pris d'un tel désespoir 1

Qu'il s'arrêta soudain pour finir son supplice, Plongeant un œil farouche au fond d'un précipice, '•

Désirant mourir seul, ne voulant plus revoir :

La Femme, qui, gisante au creux d'un ravin noir, j

Epiait de la mort l'épouvantable approche. i

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