AU PARC LINCOLN DE CHICAGO
A H. Archambault
Incarnant Marc-Aurèle, Esope et Démocritc, Et rêvant de servir la Liberté proscrite, L'obscur Lincoln gravit les sommets lumineux Où l'astre du Triomphe a versé tous ses feux. A la fois clément, ferme, ardent, rieur, austère, — Officiers et soldats en lui voyaient un père, — Lincoln versait des pleurs quand il fallait punir, Et ne leva jamais la main que pour bénir. Son œil réfléchissait les plus vastes idées,
Comme la source, aux eaux que nul vent n'a ridées
Et qui semblent garder comme un calme éternel,
Reflète en son azur les mille astres du ciel.
Héritier des héros de Pline et d'Hérodote,
Maudissant l'esclavage et plaignant le despote,
Chérissant son pays d'un amour souverain,
Souvent il opposa sa volonté d'airain
A ceux-là qui voulaient, sans craindre les désastres,
Tirer à reculons le chariot des astres.
Et tout Noir dans son cœur lui dresse un piédestal.
Non, nul, sous le soleil du monde occidental,
Aux races ne légua plus éloquent exemple ;
Et, pour édifier laitier fronton d'un temple
Où devait rayonner le nom de ses aïeux,
Il tailla de sa main des blocs prodigieux.
Des blocs éblouissants des blancheurs de la gloire,
Dans le marbre immuable et serein de l'Histoire.
Et, les yeux éblouis de nos temps sans rivaux,
Les peuples à venir béniront ses travaux,
Tant que le grand Wabash, qui berça son enfance,
Portera son tribut à l'Océan immense.
Tant que le cœur d'un riche ou d'un déshérité
Battra pour l'Amérique et pour la Liberté.
LM COUPC DU SOLEID
Au poète Achille Paysant
Pour le soleil la terre est une coupe immense Qui tourne autour de lui sans heurt et sans effort, Chaque matin, à l'heure où sa course commence, Du vin de la lumière il l'emplit jusqu'au bord.
A l'horizon, le soir, il boit l'ardent tluide Qui déroule ses flots sur la création; II le boit à longs traits, comme le prêtre vide Le radieux calice à la Communion.
L'éternel éclaireur épuise la lumière Dont les ondes doraient des deux l'immensité ; Puis, fermant lentement sa sanglante paupière, 11 plonge dans la nuit le vase illimité.
Sur ce vase il étend l'ombre comme une moire Oùs'allume l'éclair de la lampe d'Endor : Tel le lévite aussi recouvre le ciboire D'un voile parsemé d'une floraison d'or.