‹ Les rayons et les ombresChapitre 33 sur 54 · VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

VINGT-CINQUIÈME

Ange à qui Ton rêvait des ailes repliées!

Vierge la veille encor, des jeunes mariées

Ayant Tétonnement et la fraîche pâleur,

Qui, reine et femme , étoile en même temps que fieur ,

Unissait, pour charmer cette foule attendrie,

Le doux nom d* Antoinette au beau nom de Marie !

Son prince la suivait, ils souriaient entre eux.

Et tous en la voyant disaient : Qu'il est heureux ! » —

Et je me tus alors, car mon cœur était sombre;

La laissant contempler la fête aux bruits sans nombre,

Le fleuve où se croisaient cent bateaux pavoises.

Le peuple, les vieillards à Tombre reposés.

Les écoliers jouant par bandes séparées.

Et le soleil tranquille, et, de joie enivrées.

Les bouches, qui, couvrant Torchestre aux vagues sons,

Jetaient une vapeur de confuses chansons.

Moi, vers ce qui se meut dans une ombre éternelle, Je m^étais retourné. L^âme est une prunelle.

— Oh ! pensais-je, pouvoir étrange et surhumain De celui qui nous tient palpitants dans sa main ! O volonté du ciel ! abîme où Tœil se noie !

Gouffre où depuis Adam le genre humain tournoie! Gomme vous nous prenez et vous nous rejetez ! Comme vous vous jouez de nos prospérités !

Sur votre sable, 6 Dieu, notre granit se fonde! Oh ! que Thomme est plongé dans une nuit profonde ! Gomme tout ce qu'il fait, hélas! en s'achevant Sur lui croule ! et combien il arrive souvent Qu'à l'heure où nous rêvons un avenir suprême. Le sort de nous se rit, et que, sous nos pas même,

Dans cette terre où rien ne nous semble creusé,

Quelque chose d'horrible est déjà déposé!

Louis Seize, le jour de sa noce royale,

Avait déjà le pied sur la place fatale

Où, formé lentement au souffle du Très-Haut,

Gomme un grain dans le sol, germait son écbafaud !

ATrU 1839.

iJmjt-JStirtême.

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