‹ Les rayons et les ombresChapitre 35 sur 54 · A UNE JEUNE FEMME · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE FEMME

Voyez-vous, un parfum éveille la pensée.

Repliez, belle enfant par Taube caressée,

Cet éventail ailé, pourpre, or et vermillon,

Qui tremble dans vos mains comme un grand papillon,

£t puis écoulez-moi : — Dieu fait Fodeur des roses

Gomme il fait un abîme, avec autant de choses.

Celle-ci, qui se meurt sur votre sein charmant,

N'aurait pas ce parfum qui monte doucement

Gomme un encens divin vers votre beauté pure.

Si sa tige, parmi Peau, Tair et la verdure,

Dans la création prenant sa part de tout.

N'avait profondément ptongé par quelque bout.

Pauvre et fragile fleur pour tous les vents béante,

Au sein mystérieux de la terre géante.

Là, par un lent travail que Dieu lui seul connaît,

VINGT^HUITIÈHE. 131

Fraîcheur da flot qai court, blancheur du Jour qui nait,

Souffle de ce qui coule, ou végèle, ou se traîne,

L'esprit de ce qui vit dans la nuit souterraine.

Fumée, onde, vapeur, de loin comme de près,

— Non sans faire avec tout des échanges secrets, —

Elle a dérobé tout, son calme à Tantre sombre,

Au diamant sa flamme, à la forêt son ombre,

Et peut-être, qui sait? sur Taile du matin

Quelque ineffable haleine à Tocéan lointain !

Et, vivant alambic que Dieu lui-même forme,

Où filtre et se répand la terre, vase énorme.

Avec les bois, les champs, les nuages, les eaux^

Et Tair tout pénétré des chansons des oiseaux,

La racine, humble, obscure, au travail résignée.

Pour la superbe fleur par le soleil baignée,

A, sans en rien garder, fait ce parfum si doux

Qui vient si mollement de la nature à vous,

Qui vous charme , et se mêle à votre esprit , madame,

Car Pâme d'une fleur parle au cœur d'une femme.

Encore un mot, et puis je vous laisse rêver.

Pour qu'atteignant au but où tout doit s'élever. Chaque chose ici-bas prenne un attrait suprême, Pour que la fleur embaume et pour que la vierge aime^ Pour que, puisant la vie au grand centre commun, La corolle ait une âme et la femme un parfum. Sous le soleil qui luit, sons l'amour qui fascine, Il faut, fleur ou beauté, tenir par la racine. L'une au monde idéal, l'autre au monde réel, Les roses à la terre et les femmes au ciel.

Mars 183...

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