LE POETE A LUI-MÊME
Tandis que sur les bois, les prés et les charmilles S'épanchent la lumière et la splendeur des cieux, Toi, poète serein, répands sur les familles.
Répands sur les enfants et sur les jeunes filles, Répands sur les vieillards ton chant religieux !
Montre du doigt la rive à tous ceux qu'une voile Traîne sur le flot noir par les vents agité : Aux vierges, l'innocence, heureuse et noble étoile; A la foule, l'autel que l'impiété voile; Aux jeunes, l'avenir; aux vieux, l'éternité!
Fais filtrer ta raison dans l^homme et dans la femme. Montre à chacun le vrai du côté saisissant.
Que tout penseur en toi trouve ce quMI réclame. Plonge Dieu dans les cœurs, et jette dans chaque âme Un mot révélateur, propre à ce qu'elle sent.
Ainsi, sans bruit, dans Tombre, 6 songeur solitaire, Ton esprit, d*où jaillit ton vers que Dieu bénit. Du peuple sous tes pieds perce le crâne austère; — Gomme un coin lent et sûr, dans les flancs de la terre, La racine du chêne entr*ouvre le granit.
Juia 1839.
Cinquième*
On croyait dans ces temps où le pâtre nocturne, Loin dans Tair, au-dessus de son front taciturne, Voyait parfois, témoin par Tombre recouvert.
Dans un noir tourbillon de tonnerre et de pluie, Passer rapidement la figure éblouie D'un prophète emporté par FEsprit au désert!
On croyait dans les jours du barde et du trouvère! Quand tout iin monde armé se ruait au Calvaire
Pour délivrer la croix, Et pour voir le lac sombre où Jésus sauva Pierre, L'Horeb et le Gédron et les portes de pierre
Du sépulcre des rois !
On croyait dans ce siècle où tout était prière;
Où Louis, au moment de ravir Lavallière,
S'arrêtait éperdu devant un crucifix ;
Où Tautel rayonnait près du trône prospère ;
Où, quand le roi disait : Dieu seul est grand, mon père ?
L'évéque répondait : Dieu seul est grand, mon fils!