‹ Les rayons X et la photographie de l'invisibleChapitre 18 sur 36 · Eil de porc · texte numérisé non relu

Eil de porc

P..'— Bague en or entourant le doigt.

A. — Règle de bois de 1b millimètres d'épaisseur.

La photographie montre que les milieux de l'œil sont moins perméables pour les rayons X, que le bois de la règle et les doigts de la main, ce qui explique pourquoi notre œil ne peut les percevoir.

(D'après une photographie de MM. de Rochas et Dariex).

LES PROPRIÉTÉS DES RAYONS X

Irèrenl, que raluminium, ce que l'on avait du reste déjà constaté, était particulièrement transparent, même sous des épaisseurs relativement grandes; que les autres métaux, plomb, zinc, cuivre, zinc amalgamé, élain, acier, or, argent se laissaient traverser de façon appréciable, sous la condition de se présenter en lames minces, de Q mm 9 d'épaisseur, que le platine, transparent sous une épaisseur extrêmement faible, un centième de millimètre, devenait rapidement absolument opaque, et que le mercure, enfin, semblait présenter de mêmes qualités que le platine, étant tout à fait imperméable aux rayons X sous une épaisseur, bien faible cependant, de O""!.

A la suite de ces expériences M. Chabaud en entreprit d'autres destinées à mesurer le coefficient de transparence de diverses sortes de verres.

Voici le procès verbal de ces derniers essais qui portèrent sur six échantillons de qualités diverses.

« Les six échantillons mis en expérience étaient les suivants :

Fluorescence (vertd'cau) A, verre h base de soude, de potasse et de chaux

— (bleu) B, cristal.

— (vert d'eau claire) C, verre ternaire k base de soude, de potasse et

de chaux.

— (vert jaune) D, verre allemand.

E, verre uranc couleur claire.

F, verre urane couleur très foncée

* Le cliché développé permet de constater que :

« 1» Les trois verres A, C, D sont les plus perméables aux rayons de Rœntgen, et cette perméa bilité est très grande ;

« 2° Le cristal est réfractaire ;

« 3» Les deux échantillons verre urane se sont laissé traverser plus difficilement que les trois verres A, C, D ;

0 4" Le verre urane le plus foncé a été plus réfractaire que le verre urane de teinte claire.

« L'opacité du cristal s'explique facilement par la présence du plomb. Le peu de transparence des échantillons d'urane ne s'explique guère qu'en admettant la présence de matières étrangères, l'arsenic peut-être.

« On pourrait aussi trouver, dans ces résultats, une explication à cette remarque, qui a été faite, que les verres à fluorescence bleue ne donnent pas de rayons de Rœntgen ou en donnent peu {M. d'Arsonval. Compte rendus de l'Académie des Sciences, séance du 2 mars) . Ce pourrait être la paroi qui s'opposerait au passage de ces rayons. Le siège d'émission des rayons de Rœntgen serait alors à l'intérieur du tube (1). »

Cependant, dans ces premières recherches, les

(1) V. Chabaud. — Sur quelques échantillons de verre soumis Cl l'action des rayons X, dans les Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des Sciences, séance du 9 mars 1896, p. 004.

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expérimentateurs n'avaient guère eu en vue que de constater le fait brutal delà perméabilité des corps examinés, sans se soucier d'obtenir des mesures comparatives sur la façon dont s'effectuait le passage des rayons X au travers des divers milieux.

MM. Auguste et Louis Lumière, à qui l'on doit des expériences fort bien conduites sur l'absorption des radiations de Rœntgen par les couches de papier photographique sensible, se sont au contraire préoccupés de recueillir de semblables indications. Pour cela, ils exposèrent à l'action d'un tube de Crookes un paquet de 230 feuilles de papier sensible au gélatino-bromure d'argent. Au bout de dix minutes, ils purent constater que la cent cinquantième feuille présentait encore une impression.

La même expérience réalisée avec la seule lumière du jour ne permit guère d'impressionner durant le même temps plus de cinq feuilles de papier. Enfin, une série d'essais pratiqués avec du papier blanc non recouvert d'une émulsion de gélatino-bromure montra qu'il fallait environ 300 feuilles pour produire la même absorption que 130 feuilles de papier sensible, ce qui revient à dire que l'absorption des rayons X par la couche sensible de gélatino-bromure est la même que celle du papier lui servant de support.

Il est à remarquer que la couleur des substances ne parait avoir aucune influence sur leur transparence. M. Nodon, à cet égard, a fait des expériences très concluantes, expériences que MM. Lumière ont du reste précisées et complétées en constatant que des plaques au gélatino-bromure colorées et sensibilisées pour diverses régions du spectre, s'impressionnaient avec une même rapidité en présence des rayons X; sous la condition de présenter une même sensibilité à la lumière blanche.

Notons encore à ce propos que MM. Bleunard et Labesse, ont eux aussi observé que les substances colorantes n'apportaient aucun trouble au passage des rayons.et que M. H. Dufour (deLausanne) ayant imaginé de photographier suivant la méthode de M. Rœntgen une petite auge à parois parallèles incomplètement remplie de sang obtint un cliché ne montrant « qu'une différence d'intensité à peine sensible entre la partie vide et celle qui était occupée par le liquide . >>

Quoiqu'il en soit, si la nuance des corps ne change en rien leurs qualités de transparence, il n'en est, en revanche, plus de même quand il s'agit de leur nature chimique.

La note suivante adressée par M.Meslans rà l'Académie des sciences, est concluante à cet égard :

Planche 13. — Main photographiée par les Rayons X.

(Epreuve de M. A Loiiile.)

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« Le diamant, le graphite, l'anthracite, le charbon de sucre (corps très transparents) donnent une image faible, d'une tonalité semblable à celle du bois ou de la paraffine sous une égale épaisseur, alors que lo soufre, le sélénium, le phosphore, l'iode offrent des images très vigoureuses qui dénotent une grande opacité.

« Les matières organiques, éthers, acides, corps azotés se laissent aisément traverser par les rayons X et donnent une image à peine visible. Mais l'introduction dans la molécule organique d'un élément minéral, tel que l'iode, le chlore, le Iluor, le soufre, le phosphore, etc., donne à celle-ci une très grande opacité. Les sulfates d'alcaloïdes sont dans ce cas. De même, l'iodoforme est très opaque, alors que les alcaloïdes, l'acide picrique, la fuchsine, l'urée sont très transparents. Le fluorure de phtalyle est beaucoup plus opaque que l'acide phtalique, bien que ces deux corps aient un poids moléculaire très voisin. (1)

« Les sels métalliques jouissent d'une grande opacité, mais qui varie avec le métal et avec l'acide (2). »

(1) Des recherches entreprises par MM. Ackroyd et KnoNvles ont montré à ces physiciens que la perméabilité des divers corps aux rayons X dépendait du poids atomique ou moléculaire. L'opacité, ont-ils en effet reconnu, croit avec le poids moléculaire. [Société de Physique de Londres, séance du 20 mars 1896.)

Dans SCS premières recherches, M. Rœntgen, du reste '■onsla a ,,uc l'opacité augmentait avec la densité.

(-) Maurice Mcslans. - influence de la nature chimique

MM. Bleunard et Labesse qui ont étudié spécialement la façon dont s'opérait le passage des rayons X à travers les liquides ont fait des remarques analogues. C'est ainsi que ces observateurs ont constaté, que l'eau était très transparente etque « les solutions de bromure de potassium, de chlorure d'antimoine, de bichromate de potasse offrent une résistance assez considérable au passage des rayons Rœntgen, alors que les solutions de borate de soude , de permanganate de potasse se laissent plus facilement traverser. » D'une façon générale, enfin, ont observé MM. Bleunard et Labesse, « l'opacité des corps semble croître avec les poids atomiques (pour les solutions salines) du métal et du métalloïde. » (1)

La question de la transparence des diverses substances pour les rayons X, comme l'on voit, a vivement préoccupé les expérimentateurs, et cela fort naturellement, du reste, les applications pra-

des corps sur leur transparence aux rayons de Rœntgen, dans les Comptes rendus hebdomadaires des séances de r Académie des Sciences, séance du 10 février 1896, p. 310.

(1) Bleunard et Labesse. — Sur le pouvoir de résistance, au passage des rayons Rœntgen, de quelques liquides et de quelques substances solides, dans les Comptes rendus hebdomadaires des Séances de l" Académie des Sciences, séance du 23 mars 1890, p. 725.

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liques de la découverte de M. Rœntgen en découlant toutes directement.

Cette circonstance, cependant, n'a point écarté les recherches intéressant plus spécialement la physique pure.

Et il en est si bien ainsi que de nombreux travaux sont actuellement encore poursuivis en divers laboratoires, à seule fin d'étudier en toute précision quelle influence exercent les rayons X sur les corps électrisés.

Tout d'abord MM. L. Benoist et D. Hurmuzescu et M. A. Righi, constatèrent que les radiations de Rœntgen agissant sur des corps électrisés leur faisaient perdre leur charge rapidement surtout si celle-ci se trouvait négative, et M. Swyngedauw signala les rayons X comme provoquant un abaissement des potentiels explosifs statiques et dynamiques. Ces derniers faits relevés encore par MM. J.-J. Borgman et A.-L. Gerchun, de l'Université de Saint-Pétersbourg, dans une lettre adressée en date du 11 février au secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, sembleraient démontrer que les rayons de Rœntgen, doivent être rapprochés des rayons ultra-violets qui possèdent justement de semblables qualités.

<< Ces analogies des rayons de Rœntgen, avec les rayons ultra-violets, écrit même, à ce propos,

M. Niewenglow ski, dans la Scieîice française (1), permellenl de supposer qu'ils ■ doivent occuper dans le spectre une position intermédiaire aux ondes lumineuses et aux ondes électriques; ils ne sont qu'un nouveau mode de l'énergie qui, bien qu'elle soit susceptible de nous apparaître sous une infinité d'aspects, procède au fond d'une puissance unique, l'énergie dynamique dont le son, la chaleur, la lumière, l'électricité, le courant nerveux, etc., ne sont que des manifestations diverses dans des périodes vibratoires plus ou moins rapides. »

Cette opinion, cependant, semble ne devoir cire admise que sous les plus expresses réserves.

Il est à remarquer, en effet, ainsi que M. J.-J. Thomson, membre delà Société royale de Londres et l'un des physiciens les plus autorisés d'Angleterre le démontrait tout récemment, que la déperdition d'électricité provoquée par les rayons X diffère de celle occasionnée par la lumière ultraviolette par plusieurs traits essentiels : •

« La lumière ultra-violette ne produit que la déperdition de l'électricité négative, tandis que les rayons Rœntgen agissent également sur les deux électricités. De plus, l'eflfet de la lumière ultra- vio-

(1) Niewenglowski. — Rayons ultra violets et rayons .V, dans la Science française, n" 58 du 6 mars 1896.

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lette n'est considérable que quand le corps électrisé est un métal fortement électro-positif présentant une surface propre. Au contraire, les effets des rayons de Rœntgen sont très marqués quel que soit le métal (1) et se produisent quand la lame élec' trisée est plongée dans des isolants solides ou liquides, aussi bien que quand elle est plongée dans l'air (2). >

En réalité, d'après M. J.-J. Thomson, si les rayons X présentent la particularité de décharger

(1) De nouvelles rccherclies de MM. L.Bcnoist et D.Hurmuzescu, viennent de préciser les conditions dans lesquelles s "opiTC la désélcctrisation des divers corps, en particulier des métaux, par les rayons X. Celle-ci, en effet, n'est point la même pour tous, mais varie avec la nature du mêla' exposé.

« L'aptitude des différents métaux cà utiliser l'énergie des rayons X pour la dissipation de l'électricité varie nettement en sens mverse de leur transparence pour ces rayons, l'aluminium très transparent aux rayons X se décliarf^cant moins vite que le platine très opaque). Cette aptitude représente donc une sorte de pouvoir absorbant, comparable à celui des corps plus ou moins opaques pour les radiations lumineuses et calorifiques.

« De plus ce pouvoir absorbant a son siège dans la couche superficielle du métal lui-même, car il augmente nettement avec l'épaisseur du métal, quand cette épaisseur est encore très faible ». (Benoist et Hurmuzescu, dans les Comptes rendus hebdomadaires des Séances de l'Académie des Sciences.) séance du 30 mars 1896, p. 781

(2) J.-J. Thomson. — Décharge de l'électricilé produite par les rayons de Rœntgen, dans l'Éclairage électrique, n» 10 du 7 mars 1896, p. 455.

les corps éleclrisés, ce n'est nullement parce qu'ils sont formés de radiations ultra-violettes ou toutes voisines de celles-ci, mais simplement parce qu'ils rendent conductrices à réleclricité durant le temps de leur passage toutes les substances qu'ils viennent à traverser.

Comme l'on en peut juger par ce rapide résumé des recherches opérées en ces derniers temps sur les propriétés des rayons X, celles-ci sont nombreuses et déjà assez bien définies.

Un avenir prochain, au surplus, ne saurait manquer de les préciser davantage, en attendant qu'il ne nous fixe définitivement sur leur origine exacte et par suite sur leur nature réelle.

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