Les recherches archéologiques au Maroc
La iilupart des c.onférenees que vous entendez ici traitent soit de sujets purement militaires, soit de sujets se rapportant, (le près ou de loin, à des questions militaires. L'entretien d'aujourd'hui constitue une exception à la règle conuiuine. Aussi, avant de vous parler des reclierclies archéologiques au Maroc, je voudrais vous exposer brièvement deux idées (|ui me paraissent fondamentales, l'importance! de ces travaux du point de vue politique, et leur valeur représentative (\u point de vue scientifique.
Lorsque le Commissaire Résident Général, en Mai tillO décida qu'une partie des prisoaniers allemands mis à sa disposition exécuteraient des fouilles sur le plateau de Ksar- Pharaoun, à Volubilis, il ne considéra pas seulement l'intérêt artistique ou scientifique qui devait se dégager de seml)lables travaux ; avec cette admirable sûreté de vues qui ont fait de lui l'un des profonds politiques de notre histoire, le Général Lyautey estima qu'il était rigoureusement opportun de convaincre les indigènes de la prodigieuse vitalité de la France : loin d'être atîaiblie par la plus invraisemblable et la plus meurtrière des guerres qui fut jamais, — guerre à laquelle nous avons tous eu l'honneur de participer, du moins dans la mesure de nos capacités physiques, — la France est tellement forte, tellement sure de son existence et de sa prospérité, qu'elle peut à la fois faire face aux exigences d'une lutte sans merci, et s'adoiuier^aux occupations les plus pacifiques.
La jH'ésence des prisonniers allemands augmentait encore l'impression produite sur les indigène^.. Avant la guerre, vous le savez, nos ennemis cherchaient à mettic les ^Llro-
cains contre nous, à leur vanter les bienfaits de l'Allemagne, son organisation, son industrie, sa culture, et la guerre inêuie n'enipôche pas ce peuple qui a le mauvais génie de Tespionnage -de continuer, ouvertement ou en cachette son malfaisant prosélytisme.
Or, les prisonniers qui travaillaient aux chantiers de Voluhihs, — et qui d'ailleurs, étaient traités avec Thumanité la 1)1 us bienveillante, opposaient un vivant démenti aux racontars des espions et des colporteurs gagés de notre soi-disant affaiblissement. Puisque nous avions des prisonniers en si grand nombre, au point de les employer à des travaux étrangers à toute arrière-pensée d'ordre militaire, c'était donc que les événements nous étaient favorables et que les propos dépréciateurs de nos succès étaient des mensonges manifestes.
En outre, ces travaux rappelaient aux indigènes que les Français, et par leur race et par leur culture, sont ici les vrais héritiers des Romains et que, par leur seule qualité de Français, ils ont sur le pays plus de droits que ]£s Arabes. Pacificateurs du territoire et représentants de l'idée (le justice, nous avions, avant même d'entrevoir la possibilité d'un protectorat, des droits sur le Maroc. D'où notre intérêt à honorer d'une vénération toute particulière les moindres vestiges de l'époque Romaine : ceux-ci n'affinnent-ils pas d'une manière éclatante qu'après les Phéniciens, qu'avant les Vandales et les Bysantins, le grand peuple de qui nous avons hérité tant de qualités a conquis la Maurétanie thigitane, lui a procuré la paix, l'a initiée à l'idée de justice, l'a, en un mot, civilisée.
Mais le point de vue scientifique n'offre pas moins d'intérêt que lie point de vue politique, auquel, pourtant, il demeure subordomié. Le monde savant gardera au Général Lyaujey une profonde reconnaissance pour avoir, dès que les événements te pernn'rent, encouragé, favorisé, prescrit les recherches archéologiques. C'est qu'en effet, Messieurs, l'archéologie est une des branches de l'éruditio'n que les Allemands ont tout particulièrement accaparée. Il est presque aussi nécessaire aujourd'hui, pour s'occuper d'archéologie d'une façon sérieuse, de savoir l'aillemand que de savoir le latin et le grec, et si les Italiens et les Anglais, connue les Français,
cultivent avec Iioiiikmii' les éludes cU■(•llé;^l(),^i^|lles, c'i'sl siirtoiil eti .\IIeiiiii,i;iie (iii,' eelles-ei s'jiil répaiuliies. Il iinporte /'ej)eii;laiil, poiii' ;!es Kriinçais cuJtiyés, de se bien pénétrer (le celle idée, (lu'il n"\ a (|iriiiie véiilé, (pi'il n'y a qu'une science, que la science e^l internationale, i\u"\\ y a sans doute des savants ailenmnds, et d'excellents, mais (|u"il n'y a pas (le (( science allenmnde ».
La « science allemande », jiendant loni^teaqis nous 1 avons entendu vanter, exalter, pioclamei" souveiaine ; pendant longtemps nos yeux sont demeurés en extase devant les entre])rises <( colossales » de publications allemandes ; coHatious de manuscrits, éditions avec apparats critiques, vastes répertoires de bibliograi)liie, d'Iiistoire, d'arcliéolo.uie, d'épigrapliie, tant i\v beaux noms d'oi-igine gr(^e(|ue an.\(|nels le pédantisme (routre-liliin donnait, en les em))!;)yant, juscju'à l'aspect de la bari)arie.
Je dois convenir que souvent cette estime était des mienx fondées: par cette ])ro(ligieuse ténacité d'insectes qui remontent vingt fois de suite le uuu' dont on les fait tomber, les Allemands réussirent à merveille dans les (cuvres de longue lialeiiie et dans les recherches de détail. Ils ne se laissent pas rebuter non plus par le fastidieux établissement d'un index ou la monotone composition d'un catalogue, et ce sont ià des qualités négatives dont certes il faut tenir compte, mais on se tromperait grandement, même dans le module intellectuel, si l'on paraissait i)enser que seuls les Ailleniands excellent dans l'érudition.
Applifpier uwv méthode avec rigueur, ne rien admettre (|in" ne soit fondé, remonter toujours jusqu'aux sources les plus aiicieunes ou les plus sûres, c'est accomplir le devoir primordial du savant. G© n'est d'ailleurs point le seul. Or la question se pose. N'est-ce qu'en Allemagne qu'il y a des savants ?
Il y a en Fi'ance moins de savants C|u'en Allemagne, c'est entendu, mais nos savants valent bien ceux de l'Allemagne, il serait facile d'énumérer, chez nos contemporains, tous les esprits qui se sont distingués, en France par l'étendue des comiaissances, la sûreté de la doctrine, la |)ej'spicacité de la ciiti(|ue, et (|ni n'ont rien à envier à nos emiemis.
Disons-le sans |)aiti piis, beancou|) de |)ublications allemandes sont médiocres. Pour (juelques « dissertations inaugu-
raies » ou i)our (lut'hiues articles de revues qui sont des modèles de précision et de sagacité, que de volumineuses compilations indigestes. Que d'ouvrages lourds de fatras, mal com-. ])osés, mal rédigés, remarquables par leur poids, détestables pai leur valeur. L'Allemagne n'a pas à son actif que de belles publications comme V Histoire Romaine de Mommsen, connue le Grand Manuel des Antiquités Romaines de Marciuardt et Mouunsen, connue l'Histoire Grecque de Curtius, connue le Cor])us des inscriptions latines et le Corpus des inscriptions atticpies et grecques: d'innombrables brochures ont paru sur les sujets les plus saugrenus, qui sont aussi dépourvus d'utilité que de cette fameuse « méthode » partout vantée.
La clarté, qualité Française entre toutes, manque le plus souvent aux publications allemandes. Nos ennemis eux-mêmes le reconnaissent sans l'avouer et se plaisent parfois à recourir, avant d'aborder un ouvrage paru dans leur langue, à des comptes-rendus publiés par des revues Françaises. La prolixité des ouvrages allemands est telle que fréquemment, après avoir, pendant plusieurs jours, étudié des livres, ou des article? dans cette langue délicieuse qui additionne sans mesure les infinitifs et les noms composés, qui multiplie les inversions et les « propositions relatives )?, on en vient à n'écrire en Français qu'avec difficulté.
Après la clarté, la probité. S'il est de règle, dans une bibliographie, d'énumérer tous les ouvrages qui traitent d'un sujet déterminé, — quitte à caractériser en outre la valeur de chacun d'entre eux, — beaucoup d'ouvrages Français, au moins égaux par leur mérite, à la majorité des ouvrages allemands, sont passés sous silence. Est-ce involontairement ? c'est alors ignorance. Est-ce à dessein, par manque de conscience ? nous sonunes fixés aujourd'hui sur la probité, intellectuelle ou non, de nos ennemis.
Je viens d'insister sur le double intérêt, politique et scientifique, des recherches archéologiciues au Maroc. Je vais maintenant borner au seul exemple de Volubilis l'exposition des résultats obtenus. Sans doute le Service des Antiquités, créé par l'Arrêté Résidentiel du 18 Juillet dernier et rattaché au Service des <( Antiquités, Beaux-Arts et Monuments histori-
(|iies », doit s'o('rii|)(M' (\v ic'clioiclier tout ce ([ui, dans les ruines pivislaiiiicnics, a (rail aux Mcf-bères Autifjues, aux LibvLMis, aux Caitliaj^iuois, aux Houiains, aux Vandares et aux Hyzauliiis. A ce titre je devrais vous i)arler des intéressantes déeouvertes beihères faites à Taza par M. J. ('anipardoii. Mais les restes de la domination loniaine sont de beaucoup les plus éloquents et les plus instructifs, ils son! plus prcs de nous, (piel que soit rintei'valle qui nous en sépare. Ils servent davantage notre i)oliti(iue au Maroc. Bref, ils ont di'oit, de notre part, à une attention toute particulière, je dirais nièuie à une vt-ritable vénération.
I;n outre, c'est à Volubilis qu'on peut le mieux, dès aujourd'hui, se rendre comi)te de ce qu'était une ville IJomaine au .Maroc. De Tanger (Tingis) on connaît une douzaine d'inscriptions, (juelques fragments de sculpture, notamment des cl.a|)iteaux, et |)lusieurs tombeaux fouillés et (lécrits avec un soin minutieux pai' M. Micliaux-Hellaiie; de Lixus, aujoui- (rimi rchcniiiiicli près de Laraclie, une inscription et d'iinitortiuites ruines, |)liénicieimes et romaines, explorées par Tissot et par M. de La Martinière; de Banassa, non loin de Mechra- Bel-Ksii'i, plusieurs inscriptions et divers fragments d'une grande statue de Junon aujourd'hui au Musée des Oudaïas à Babat ; de Thamusida, au nord de Kénitra, des vestiges un l)Ou indécis ; de Salé (Sala), (juatie inscriptions, dont ti'ois découvertes ilyaijiiehpies moi^ sui' renq)lacement de la fut me Bésidence Générale, et plusieurs tombeaux. Ces récentes découvertes ont été naguère étudiées par le Docteui" Huguet et nos camarades Henri Basset et J. Campardou.
A Volubilis, au contraire, le visiteur |)eut maintenant contempler des |)laces, des mes, des maisons, des fontain<\s, faiie le loui' des i'enq)arts, entrei- dans la ville pai' la poite du Nord-Est, suivre Ir dniuiumus }ii(ui)nus jusqu'à l'Arc de Tiiomphe, tourner dans la direction du Forum, en voii' J'arca, les bases de .statues, la plate-forme qui servait sans doute de tribune aux haraiigues, les bureaux, la piscine, revenir sur ses |)as pour aboutir à la porte Nord, s'arrètei' aux bouticpies (pii s'élevaient de chacpie côté du cnnlo nm.rinius, visitei' en détail la maison où fut trouvé le chien de bronze et la graiule Iliibitation au bassin circidaire et aux nombreuses colonnes. Des voiessecondaiies le nièneid également à d'autres maisons.
telle (lui exhuma la statuette d'Hercule et celle que décoraient deux mosaïques à sujets; iniis, çà et là des i)ressoirs et des cuves; enfin, à l'onest du forum, les vastes constructions qui semblent bien être des magasins comme ceux du Service de TAnnone, où Ton mettait en réserve les céréales.
Il me paraît ])r/'f érable, au lieu de décrire en détail chacun d(3 ces édifices ou de ces emplacements, de m'étendre un peu à loisir sur les principaux, en commençant par les deux monuments d'architecture qui déjà émergeaient du sol avant la grande campagne de fouilles inaugurée en mai 1915. Il s'agit de deux vastes édifices publics, un Arc de Triomphe et une Basilique. Déjà, en 1721, le voyageur anglais John Windus les avait mentionnés dans son récit ; en 1874, Charles Tissot, Ministre de France à Tangei', les décrivit avec précision et M. de La Martinière, dont les campagnes de 1888 à 1890 furent S! fructueuses en découvertes épigraphi(iues, les signala de nouveau à Tattention des archéologues.
Je voudrais, jiour rendre la vie à cet arc de triomphe dont il ne reste guère que les deux piliers et la naissance de la voûte dont les bas-reliefs sont détériorés, parfois méconnaissables, doirt l'inscription, même incomplète, ne comprend pas moins de soixante fragments, reprendre les choses d'un peu loin et vous évoquer ce que, pour un Romain, représentaient ces mots de Trionqjhe et d'Arc de Triomphe.
Le terme d' << Arc de Triom))lie » est inqjropre si l'on entend désigner exclusivement un monument commémoratif du triomphe ; la plupart des Arcs Trionqjhaux sont ou des portes de villes ou des monuments élevés lors de la construction ou de la restauration d'une ville. Mais, justement par ce que l'idée de Triomphe demeurait attachée à ces édifices, il importe de l'expliquer.
La cérémonie du triomi)he, à Rome, était une cérémonie très rare. Quand un Général Romain obtenait du Sénat cet honneur exceptionnel, il revêtait le costume de Jupiter, il cegnait sa tête d'une couronne de laurier et tenait en main le sceptre du dieu. Monté sur un chai' attelé de quatre chevaux l)lancs, il parcourait la voie sacrée, il traversait la foule qui l'acclamait, il traînait à sa suite les prisonniers, il était escorté de toutes ses troupes, et, pour terminer cette marche glorieuse, il montait au Capitole.
Le droit aiij,niral et les règlements militaires spécifiaient les conditions du triomphe. Le Général devait avoir combattu sous ses |)ro|)res auspices, et avoir tué au moins 5.000 emiemis dans la même bataille ; il fallait (|uc les hostilités aient prijr^ tin, et (pie la ^ueire ait été juste ; il fallait eutin que le candidat n'ait point fiariclii renceinfe du ixniiciiiun, c'est-àdire les limites de la ville de Home, avant le joui' de la cérémonie. •
Les généraux cpii n'obtenaient point le grand triomi)he avaient la ressource du triomi)he au Mont-Albain, — ou encore de l'ovation : ce dernier terme qu'on emploie i)arfois d'une façon impropre, sinon un peu l'idicule, poui- nonuner les applaudissements frénéticpies et les vivats, désignait le sacrifice d'une brebis au temple du Capitole. Le Général honoré de l'ovation accomplissait son parcours à pied ou à cheval, et portait sur sa tète une couronne de myrte.
Le triomphe, ai-je dit, était très rare; il était i)lus encore dar.s la hiérarchie des honneurs, que le titre d'imperator, ou de général victorieux, dont les soldats saluaient leur chef. On connaît en tout 35i) Triomphes, dont environ 320 de Honudus à Vespasien.
Vous saisissez maintenant, Messieurs, ce qu'implique ce mot, <( arc de trionqjhe », et dès lors il vous est plus facile de relever une à une i)ar la pensée les vénérables pierres qui formaient la voûte, se dressaient jusqu'à la hauteur de 'J niètres, enchâssaient des bas-reliefs variés, contenaient l'inscription dtdicatoire et supportaient un gigantesque grouiie en bronze, l'attelage à six clievaux qui évoquait le char classique du gTâiid triomphe.
L'Arc de Triomphe de Volubilis fut construit au IIP siècle de notre ère sous Carac«lla, i)ar le gouverneur de la jirovince Marc-Aurele Sebastene : nous verrons iilus loin comment on a pu en préciser la date.
Le second monument qu'on apercevait en 1915 était imc Basilique, c'est-à-dire un vaste édifice où les magistrats rendaient la Justice, mais, surtout dans une ville de moyenne im|iortance, — et il n'y a jamais eu, en Tingitane, de très gT'ande ville, — la basilique était filus (lu'un siinj)le palais de justice. Elle devait abriter les réunions des duumvirs, ou principaux magistrats de la cité, mais aussi les assemblées
des décurions, ou conseillers municipaux. Bien plus, une inscription découverte par M. de La Martinière donne à penser qu'il faut identifier le monument avec le « temple orné de. portiques » et construit, sous Antonin le Pieux, par les fidèles de la Maison Impériale. La statue de l'empereur, à laquelle l'inscription fait allusion, devait orner l'une des deux absides de l'édifice.
Les po*1iques des basiliques romaines étaient presque toujours contigus au forum. Celle de Volubilis ne constitue jias une exception à la règle générale. Le forum, vous le savez, est cette place centrale autour de laquelle, en théorie du moins, s'élèvent les principaux édifices de la cité. On y entendaiL soit des discours, soit des proclamations impériales, les « connnuniqués » du temps ; on y rencontrait ses amis et connaissances ; on y récoltait les nouvelles du jour, les faits divers ; on y traitait des affaires. Quand il pleuvait ou quand la température devenait trop élevée, on se réfugiait sous les poi tiques de la Basilique ; ici des changeurs tenaient boutique, là circulaient des marchands ambulants.
Il y avait donc beaucoup de chances pour que, fouillant les abords de la Basilique, on rencontrât le Forum. Les premiers coups de pioches dégagèrent la partie occidentale de rédifice, mirent au jour un large escalier de quatre marches, puis une place dallée : le Forum était découvert.
La découverte d'un Forum est toujours un événement d'une grande importance. Le Forum est, par son étymologie, le champ de foire, le marché, l'endroit où se réunissent acheteurs et marchands et les nombreux Souk-el-Tléta, Souk-el- Arba et Souk-el-Khemis par quoi l'on désigne dans toute l'Afrique du Nord tant de localités, sont l'exemple le mieux cijoisi de ce qu'était, à l'origine, un Forum. Par suite, le foruii. désigne, comme je le disais pîus haut à propos de la Basilique, la place pubhque sur laquelle se tiennent les assemblées, les tribunaux, c'est le centre de la Cité, non point forcément le centre géométrique mais le centre moral. Le mot Forum s'applique encore, non plus au marché qui se tient sur la grande Place dont je viens de parler, mais un marché déterminé : un Forum boarium est un marché aux bœufs, un Forum oUUmuin un marché aux légumes, un Forum piscariam unmarché aux poissons, un Forum vinarium un marché ai:\ vins.
Ces différents l-Driiiiis uc se rencoiitrciit (railleuis i\ue dans les i)liis grandes villes et seule la ville de Rome, capitale de l'univers, en possédait un nombre assez resi^ectable. Bien plus, beaucoup de Cités étaient dépourvues de Forums, et, pour quantité de villes Romaines dont on a exploré le sol, le Forum demeure ignoré
Il est deux ty|)Ps de villes Romaines, les unes se sont superposées à des grou])enients antérieurs à la domination de Rome, comme Dougga ou Mactar, en Tunisie les autres ont été reconstruites à la romaine, connue Pompeï en Campanie, ou créées de toutes pièces connue Timgad en Algérie; et Volubilis paraît bien devoir être comprise avec certitude dans cette dernière catégorie.
On était donc en droit d'espérer mettre au jour tleux voies principales se coupant à angle droit, le Cardo, ou voie Xoici-Sud, et le Décumanus, ou voie Est-Ouest. Nous verrons plus loin que notre attente ne fut pas déçue.
Le Forum s'étend à l'Ouest de la Rasilique sur une longueur d'environ quarante mètres et sur une largeur de soixante, encore faut-il observer qu'il se compose de deux petites Places, celle qui est située au bas des marches de la Rasilique, et d'une autre à l'Ouest de l'impasse et des ScUles non déterminées ; sans doute des bureaux, ((u'on aiiei'çoit en centre-bas. Au Nord, le Forum est bordé par une large voie ('écumane ; au Sud, par la voie d'accès et i)ar un escalier ; à l'Ouest, par de grandes pièces qui paraissent bien avoir été des horrea, c'est-à-dire des greniers ou des magasins destinés à contenir des vivres en réserve.
Les dimensions restreintes de ce Forum n'ont rien (|ui doive surprendre, li plupart des Forums nous étonnent par leurs dimensions, la première fois qu'on aperçoit celui de Rome, on se refuse à croire qu'une Place dont Varia mesure à peine 80 mètres sur 35 ait été le théâtre de ces gi'ands événements de riiistoiie Romaine (pie nous ont contés les auteuis. Il faut, pour revenir sur l'impression première, se dire que Tes Basiliques et les Portiques renfermaient beaucoup plus de monde quc^ la Place elle-même.
Les forums étaient décorés des statues des principaux jiersonnages de la Cité ; liien entendu, ces statues ont toutes
disparu dès le V^ ou VP siècle et elles ont dû servir de pierre à chaux. Sur leurs bases, heureusement conservées la plupart du temps, on lisait et on lit encore des inscriptions soit pour évoquer les principaux événements dont la ville était la plus fière, soit pour apprendre à la postérité les noms des grands p.eisonnages qui avaient exercé de hautes fonctions et s'étaient distingués par leur^ mérites ou leurs libéralités. C'est donc en découvrant un forum qu'on est le plus assuré de retrouver l'histoire d'une ville et de reconstituer telle carrière suivie par un magistrat, ou de reconnaître, au milieu d'autres personnages, les différents membres d'une même famille. Les résultats qu'on obtient dès lors ne sont plus uniquement archéologiques, c'est de l'histoire que l'on crée ainsi au jour le jour et les documents qu'on exhume viennent tantôt confirmer les données fournies par les liistoriens latins, tantôt modifier des théories qu'on croyait immuables.
Je ne prendrai en exemple que quelques inscriptions de Volubilis pour faire ressortir les renseignements que révèle réplgraphie. L'Epigraphie est la science du déchiffrement des inscriptions et de leur interprétation. Ce qui constitue l'une des difficultés de l'épigraphie latine, ce qui d'ailleurs en augmente passionnément l'intérêt, ce sont les sigles et les abréviations : les mêmes initiales peuvent isolément, désigner aussi bien un centurion primipile que l'Empereur père de la Patrie, une dédicace particulière qu'un décret des décurions. Il faut donc user de cette science avec la plus grande circonspection, .puisqu'aussi bien les mêmes abréviations, peuvent s'appliquer à vingt, à trente lectures différentes : et il n'\ en a qu'une de 'bonne.
Le plus important des personnages dont les noms vienrenl. ainsi de nous être révélés s'appelait Marcus Valérius Sevérus. Il était originaire d'une famille Carthaginoise, ainsi que l'indique le nom de son Père, Bostar. Il fut édile, suféte, duumvir. Comme édile, il eut à s'occuper de la police de la vi'le ; comme duumvir, il exerça des fonctions administratives et judiciaires ; quant au titre de sufète il correspond, croit-on, à celui de duumvir et ne se rencontre que dans les villes où subsiste une influence phénicienne. Je reviens au duumvirat, charge très importante, qui comprenait la Présidence du Sénat iocal. composé de Cent membres, la Prési-
(loiicc de IWssoinblrr du |)t'ii|ilc, cl rcxcivirc de la .liislicc : iifumiiés pour iiii an. les deux (lmiiii\ ils (|iii ciitraiciil en fonclitiis raiinéc du iccciisciikmiI, c'csl-à-diic Ions les ciiKi ans, p.ioi aient \c titiv de (Inuitin'i/ (/NiiK/ucimlcs pour marquer (ju'ds faisaii'iit office dé censeurs.
Sévérus ol)tint pour ses concitoyens le droit de cité romaine et le di'oit de contracter avec des étrangères non plus le concuhinat légal qui réj^nssait les unions avec les pérégi'ines, mais un mai'iage léf^ilime, valable pour la loi lomainc et assurant aux enfants le titre de citoyens Pioinains. Ce double droit, il lohtint de IVMupereur Claude et cette mention est d'un piix inestimable : comme Claude a régné de 41 à 54, il faut donc faire remonter au Premier siècle de Fère chrétienne les origines de la si)lendeur de Volul)ilis. Beaucoup de cités Itoinaines dWlgérie et de Tunisie n'ont atteint leur plein développement ([u"au second et surtout au troi.sième siècle : on est en (M'oit d'aftirmei- que, longtemps, au[)aravant, Volubilis était une ville i)rospère.
Pourquoi Sévérus obtint-il aux habitants de \ohibilis ce titre de citoyens Romains que tant de personnes, de tout cet inunense empire, ne reçurent cpie .sous Caracalla ? .\ la suite tle (pielles circonstances (-laude eut-il à se louer tout particulièrement de Sévérus ? L'inscrii)tion nous ra|)prend.
Vers la fin du règne de Caligula, le roi de .Maurétanie était Ptolémée. Son |)èie, Juba II, avait été élevé à Rome, s'était conq)Oité en ami snicère des Romains et avait renilu beaucoup de services à leur iKîliticjue. Connue Juba II, Ptolémée s'assura» leur estime et leui' protection, et prit fidèlement leui' piîi'ti dans la guerre de Tacfarinas. Mais, api)elé à Rome par Caligula, il plut à la foide par l'étalage de ses richesses et l'exotisme de son. cortège. Caligula le fit assassiner et s'empara de ses biens. C'est alors (pie la .MaurétanieL^e .souleva. L'Ame de la révolte, nous ajtprend un pas.sage de Pline l'.Ancien, fut un certain Edémone, un atTianclii de Ptolémée. Cette révolte tint longtenq»s les P.omains en échec et Claude, lor.scpi'il |)iit la succession de Caligula, renonça au .sy.stème du protectorat pour annexer définitivement la Tingitane. Or. il est de la pins claire vraisemblance (|ue si la domination romaine |)ut triomliher, ce ne fut que par une victoire conq»lète sur Kdémone et ses partisans, et cette victoire, contemporaine sans doute de
celle de Suétonius Paiillimis, — on la dut aux Troupes Auxiliaires, c'est-à-dire aux Troupes Indigènes, aux « Troupes Auxiliaires Marocaines » de réi)0(iue, et à leur chef Sévérus. Le grand personnage dont je viens d'évoquer le principal titre de gloire portait aussi le titre de flaniine, et, connue il fut le premier en date des f lamines de Volubilis, l'inscription gravée en son honneur n'a point manqué de nous en informer. Nous^ connaissons d'autres f lamines, hommes et fennnes, et,pi rmi celles-ci la fenmie de Sévérus, Fabia Bira. Elle était iiHc d'un indigène nonuné Izelta et vous reconnaissez ici un ethnique berbère. Les flamines de Rome ne pouvaient exercer leur Miïiistère qu'avec le concours de leur fenune et si l'un d'eux devenait veuf, il se démettait de sa fonction. Il est ])robable que, dans les nnmicipes, il en était de même. Fabia Bira fut la première flamine de Volubilis et cet honneur lui valut quatre statues.
Une autre flamine s'appelait Aemilia Sextina. Elle était originaire de Vienne, en Gaule, et fut deux fois flamine. Son second mari, Manmiius Maternus, conmiandait une cohorte d'Astures et de Galléciéns : nous voici en présence d'un renseignement des plus inq)ortants ])Our l'histoire militaire de la Maurétanie tingitane. Les soldats qui composaient ce corps de troupes étaient originaires du Nord-Ouest de l'Espagne, d'Asturie ou de Galicie, et il n'est pas hors de propos de rappeler qu'à certaines époques la Tingitane fut rattachée à l'Es- ])agne. Une autre inscrii)tion, découverte il y a vingt ans par M. de La Martinière à 7 kilomètres de Volubilis, à Ain- Schhour, dans la direction d'Aïn-el-Kibrit, est consacrée à un certain Aetlius ou Flavius Ncon qui fut, lui aussi, préfet d'une cohorte d'Astures et de Galléciéns.
Ediles, duumvirs et flamines, Lucius Caecilius Caecilianus et Quintus Caecilius Plato le furent aussi. Un connaît en outre un décurion et ancien duumvir, Lucius Caecilius Clemens, qui pai'aît bien être le fils de Caecilius Caecilianus. Les Caecilius étaient nombreux à Volubilis, du moins plusieurs inscriptions sont consacrées à des membres de cette famille.
• Rien n'est suggestif, et anuisant non plus, comme de réunii- divers textes épigraphiques et de retrouver des parentés entre les ijersonnages qui se révèlent à nous. En procédant ainsi, on a l'impression bien nette que l'archéologie n'est pas
une c\\osv iiioïtc. iniiis vivante, (i (iu\*lk' (•omiiiuiiiiiiic au ])assé une sorte de rt'siinci'lioii.
Nous venons de voir (iiiellc est la contiiljnlion a|)|)()i'té(' par l'épigrapliic à riiisloiic. Maintonani (|uo vous ave/ un aperçu, très -succinct, du passé de Volubilis, vous vous intéresserez (lavanta^^e à la forme de la ville. Du forum au(iuei nous nous souuues arrêtés pour regarder les i)iineii)aux monuments et lire les inscriptions, pienons le cardo qui débouche au Nord- Est de la Place et suivons le jusqu'à l'Arc de Triomphe de . Cai-acalla. Voici d'aboi'd, à notre ^^auche, une voie décumane qui limite la partie Xoi'd du Forum et la |)artie Sud d'une île (on appelle ainsi un ensemble de maisons bordées par des rues). A dioite et à j^fauche, une série de seuils de boutitjues oji d'habitations. C'est le quartier couunerçant ([n'attestent |)lusieurs ami)hores. Une seconde voie décumane, à droite cette fois, a conservé son i)avage en bon état. Le cardo aboutit à un carrefour où se dresse une fontaine, et aboutit à la place de l'Arc de Triom|)he : aux abords de cette place et au Sud- Ouest, une nouvelle séire de boutiques et une belle habitation |)ai'ticulière : vestibules, cour, ali'ium, avec l'une des colonnes (jui supportaient le ((iin/ihfrinHt et le bassin (itupluriiiiii) où l'on recueillait l'eau de la pluie ; au fond, la grande itièce de récej)tion {(((hliiiiun) (\uï est pavée en mosaùiue et décoi'ée de fiescpies; de part et d'autie tle la cour, des j)ièees dont l'une renfeï'mait le chien de bronze.
Au Noj'd-Esl de la place de l'Arc, nouvelle habitation plus vaste et plus somptueuse encore (jue la Maison au chien. Un long vestibule nous doiUK^ à penser que le i)i'opi'iétaire devait être le patron d'une nombieuse clientèle, i)ronipte à le saluer chaque matin mais non moins prouq)te à le |)rier de lui venir en aide et de l'entretenir. Au fond, une statue en marbre, dont la moitié inférieure est seule parvenue jusqu'à nous, représente ce grand jiersonnage draiié dans sa toge, debout près des scrinifi en rouleaux de |)ai'cliemin qui constituaient une partie de sa bibIiotliè(|ue.
La disposition de l'édifice (>st la même (|ue pour \v précédent, grande salle au fond, pièces moins spacieuses à droite et à gauche de l'atiimn. Mais l'atrium, ici, est de dimensions
considùrables ; il consiste en un vaste bassin eireulaire inscrit au milieu d'un péristyle. Cette riche habitation a exhumé plusieurs bronzes, sur lesquels je m'arrêterai plus loin.
A l'Est (le l'Arc de Triomphe on foule, depuis peu de temps une belle voie qui s'étend jusqu'au rempart et jusqu'à une porte de ville située au Nord-Est. Il s'agit du décumanus Maxiimis de l'Est, conq)osé d'une chaussée que bordait de chaque côté un i)orti(iue ; de part et d'autre, au fond de ce qui était le portique, des jjoutiques ou des maisons. Ces édifices seront fouillés en leur tem})s, lorsqu'on aura repéré les principales voies de la ville.
La continuation du cardo vers le Nord se retrouve, après un court crochet à l'Est de l'Arc de Trionq^he, et l'on connaît aujourd'hui la ])orte Nord, point où cette voie aboutissait.
Quant au grand décumanus de l'Ouest, il est probable (ju'il partait également de l'Arc de Trionqohe, à moins qu'il ne faille situer son point de départ au bas de l'escalier Sud-Est du Forum : sans nous prononcer actuellement sur son point de départ, nous pouvons considérer connne certain que cette voie se terminait à la porte de TOuest, révélée, il y a quelques jours à peine, par un sondage lieureux.
On possède donc, dès maintenant, sur la topographie de l'ensemble de la ville, des certitudes suggestives : lorsqu'on a exhumé des rues, ce n'est plus qu'un jeu de mettre au jour les édifices qui s'y élevaient : jeu qui demandera, j'en conviens, et du temps et de l'argent, mais ni l'un ni l'autre ne seront dépensés en vain.
Je ne vous ai entretenus jus(iu'ici. Messieurs, que des résultats historiques ou topographiques des fouilles de Volubilis ? Il me reste à vous dire quelques mots des résultats artistiques.
Sans doute, il serait absolument blâmable d'exécuter des fouilles uniquement pour découvrir des objets d'art, c'est une conce]jtion d'un autre âge, bonne au plus à la Renaissance, où l'on avait au moins l'excuse de mettre au jour, à chaque coup de pioche donné dans une vigne de la campagne Romaine, un pur chef-d'œuvre. On sait aujourd'hui quel mal ont fait si souvent et un peu partout les chercheurs de trésors en éven-
trant le sol pour on rotirei' des statues ou des monnaies sans lirciidrc la pircaiitioii de dri^'a^'er avec prudence Jes édifices (pii ividcnnaicnl ci^s (liiji'ts, sans les rtayor, sans les décrire, sans en lever le plan. (In doit s'aciiarnei- snr le même zMe el la même méthode à explorer mi diami) de loniiics iii^Mat, susceptible de ne livrer aucune richesse artisticpie, ou un teiiain meiveilleusement fertile qui i)euplerait les musées i\('^ jilns belles œuvres de la statuaire antique.
Mais cette déclaration de principe ne donne que plus de l)ri.\ aux découvertes lorsqu'on met au jour, dans une ville qui semblait, comme Volnbilis, devoir nous livrer seuleinent des résultats historiques, des objets d'ait dune réelle valeur et du plus haut intérêt.
Je citerai seulement i)our mémoire les deux mosaïques dégagées au printemps dernier. Elles sont agréables, amusantes même sans être à j^roprement parler artisti(iues. La première, contiguë à un bassin, est un tableau de pêche : on y distingue l)lusienrs personnages, l'un tend sa ligne, d'autres jettent l'épervier ; une victime moi'd à l'hameçon ; diiîérentes espèces de poissons achèvent de former un ensemble assez heureux.
La seconde mosaïque représente une scène de cirque. In cavalier qui tient à la fois du clown et de l'écuyer, un desuHor (••;evauche à rebours sa monture ; de la main gauche, pour conserver .son écpiilibre ; il s'appuie au colliei' du cheval de la main droite, il brandit avec ostentation un canthare, |)ri\ de la victoire.
Pas.sons sous silence les monnaies, les lanqies, les objets en verre, les stèles votives, et toute une série de meims ustensiles en bionze (jui nous font mieux connaître la vie privée des anciens et le confoit dont ils aimaient à s'entourer. Ce sont des témoins des diverses manifestations de l'existence de tous les jours, un candélabre, des clefs, d&s fléaux de balance, dés |)endentifs, des fibules ; on les regarde avec plaisir, mais ils /le recèlent rien de |)aiticulièi'ement eslhéti(iue. Il impoi'te au j'ontiaii'C d'ap|)eler votre attention sui' les neuf on dix (>• jets dont notre mu.sée nouveau-né peut déjà être fier.
C'est un fragment de marbre blanc dont il ne subsiste que deux poignets et (ieux mains, un oiseau et un fruit, une main, d'un modèle parfait, tieid l'oiseau ; l'autie lui donne le fruit
à becqueter ; le poignet de cette main présente encore la trace (lu bracelet de métal qui l'entourait.
Voici une ])etite Vénus en ivoire, sans doute une tête d'éjungle ; malgré une certaine gauckerie dans l'exécution des bi-as et cet asi)ect qu'il est conveiui d'appeler archaïque, elle ne laisse pas de i)résenter un réel intérêt-
A part ces deux statuettes, les objets les i)l.us artistiques découverts à Ksar-Pharaoun sont tous en bronze : on coulait d'ailleurs du bronze à Volubilis et nous possédons un fond de creuset qui nous l'affirme.
Un bras de statue plus grand que nature ])rovient sans doute de l'image d'un dieu ou d'un Empereur. De la statue d'Antonin le Pieux, qui se dressait dans l'urre des absides de la basilique, nous avons peut être une partie de la tête. Un jarret de clieval oïjpartenait, selon toute vraisemblance, au groupe qui suriiiioutait l'Arc de CaraoalJa. Contemplez ce ])ievl de jeune fenune eu de jeune fille, d'une pureté classique et d'une grâce achevée, il est bien digne de l'admiration qu'il a éveillée chez un i^oète et que des vers délicats ont céléi)rée.
Après la grâce, la force. Un bras de fauteuil se terminait par une gueule de lion entr'ouverte, hargneuse, hostile, d'une remarquable énergie. L'une des maisons de l'île sise en avant du forum nous a livré une statuette d'Hercule, du type classi- (jue du dieu qui vient de terrasseï' le lion de Némée : il est de- 5out, fièrement campé, le corps ai^puyé sur la jambe gauche, la jambe di'oite légèrement infléchie en arrière. Le bras droit est écarté, la main grande ouverte. Le bras gauche, replié, tient la massue et porte la dé])ouille du lion. Enfin, la maison dont les boutiques ouvrent sur la place de l'Arc de Triomphe, renfei'mait, parmi plusieurs autres objets en bronze, ce chien qui, à lui seul, justifierait les. reicherches poursuivies à Volubilis dei)uis 1915. Il est sans doute d'une fort belle exécution ; mais il est surtout prodigieusement vivant, dans son attitude ramassée pour le saut, prêt à bond.ir sur l'iionniie ou l'animal qui osera l'approcher. Nous sonunes en présence d'une des œuvres les plus typiques de la sculpture antique, et, ce qui en augmente la valeur au-delà de toute comparaison, l'on ne possède, l'on ne connaît nulle part dans toutes les collections d'œuvres" grecques ou romaines, d'animal et de cette taille et de ce mouvement.
Va\ ivsuiik'', les ï'ccIkmcIics aichrolof^liiiics au Macoc sont une nécessitv, à la lois |)()lili(|iie et scientifique, de notre IM'olectoi'at. Je vous ai exposr soiiimaireiiionl les piincipaiix résullals de ces ivlierclies, ivsiiJlals liisl()ii(|iies, (opo^iaphi- (|ii(\s <'l ailisli<|ii('s, (Ml l)!)iiiaiil mou exeiiipjc à la ville acliicllenienl la plus liclie eu docuuieuls, Noiuhilis. Mais Taveuir réserve de nouvelles surprises à nos investigations. Plus d'une vi.lle, d'une villa ou d'un poste sortira 'de terre et justifiera la féconde confiance accordée au Service des Antiquités par le Cdief î^'énial dont la prodigieuse universalité sait mener de froid, pour la plus grande gloire de la France, et la guei're et la paix.
IMP. RRPIDE, Q. MERCIÉ & C'^ == ÇnSRBLRNCR ===
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