LAIDE-A-VOIR
Nous vous entendons, maîtresse; comment pourrons-nous, ma sœur et moi, nous...
FAMMA.
Ah ! ah! c'est assez juste ; vous pouvez parler, il fout aussi pouvoir entendre. Je vous ai donné la parole, je vous rends Touïe, elle sera plus délicate que jamais. Adieu, je nai pas besoin de vous dire de bien causer ; la conversation ne languira pas, j'en suis sûre, il y a si longtemps que vous êtes muettes! »
Trois mois après cet entretien, il y avait grande rumeur autour de la ferme du vieux Rarton. Les ouvriers s'étaient réunis, et s'apprêtaient à offrir
à leur maître un magnifique bouquet , car on était à la veille de sa fête. Au moment où le plus savant d'entre eux ouvrait la bouche pour prononcer le discours d'usage. Famma se présenta, jeune et parée.
Richard et le fermier furent très-étonnés de cette apparition; à Tétonnement succéda la joie, et le bon Barton , qui s'était fait superbe ce soir-là , offrit sa main à la belle Famma , et l'introduisit dans sa chambre la plus ornée. « Bienfaisante dame, lui dit-il, vous ne pouviez arriver plus à propos, c'est fcte ici aujourd'hui et demain ; nous avons fait quelques préparatifs, et nous aurons le plaisir de vous traiter convenablement.
FA3IHA.
Je vous remercie de tout mon cœur, mon cher Barton. je suis venue dans l'intention de célébrer aussi voire fête. .Te vous apporte, à cette occasion, deux bouquets qui vous seront on ne peut plus iigréabies... Laide-à-voir, Fleur-fanéc, appro- -chcz... »
La porte s'ouvrit, et les pauvres servantes s'approchèrent à pas lents. Elles étaient houleuses et n'osaient lever les yeux.
(( Voilà mon cadeau , reprit Famma ^^^ jcs montrant du doii^t. Sous celle cnv-
;loppe grossière ?s que vous préférerez à Laide-ù-v-;;^^. ^j ;^ KieiM-nmée; aussi je
sont cachées deux filles ch';^,,,,,,,,^^,^ q,je vous pre-
vais leur ordonner de paraître... Lucile, Anna, venez embrasser votre père et votre frère... »
A ces mots , Laide-à-voir et Fleur-fance devinrent deux belles jeunes filles, qui, en poussantun cri de joie , s'élancèrent dans les bras du fermier. . .
« Vos deux enfants vous sont rendues, maître Barton, et j'espère que vous n'aurez qu'à vous louer de leur conduite désormais. Elles ont sulTisamment expié leurs fautes; elles ont eu regret de vous avoir abandonné, et grâce entière leur a été accordée. Qu'elles vivent toujours lieureuses avec vous , et qu'elles réparent par leur vive affection , par leurs soins empressés , les peines qu'elles ont causées à vous et à votre fils Richard. Adieu. Demain, je viendrai prendre ma part des réjouissances... »
Famma s'en alla, laissant les ouvriers dans l'élonnement , et le fermier et ses enfants dans une joie que je ne pourrais vous décrire.
Le lendemain , elle assista à la fête comme elle Tavait promis, et sa présence augmenta la gaieté et les plaisirs. Le soir, elle embrassa Lucile et Anna , salua gracieusement Barton et Richard , ainsi que les villageois qui étaient présents, puis disparut dans les airs pour toujoiu's.
Dès lors le fermier fut le plus fortuné des hommes. Richard prit en main la conduite de toutes les alîaires , et augmenta rapidement les revenus delà ferme. Quant à Lucile et à Anna, elles
190 LF.S RÉCITS
se firent aimer de tout le monde par leur douceur et leur modestie ; elles épousèrent les plus riches villageois du pays , qui les rendirent irès-heureuses. La légende n'en dit pas davantage.
ERNEST
Ce conte est à la fois très-agréable et très-instructif. Je suis désolé que mon oncle ne nous ait laissé que celui-là.