‹ Les récits du châteauChapitre 29 sur 35 · DE NANTEUIL · texte numérisé non relu

DE NANTEUIL

Tu ne dois pas en douter. Un engagement est sacré.

ERNEST

Très-bien : il n'y a phis à reculer, Anna. Nous sommes tout oreilles , nous attendons avec impatience que tu commences ton récit.

ANNA

Jeu suis lâchée pour vous et surtout pour loi , mon cher Ernest ^ car mon petit conte rappellera une de tes plus célèbres équipées. Tu te souviens encore du voyage que lu as entrepris à Tage de douze ans?

EilNEST.

Je me le rapi)ellerui toujours. Me croyant, un matin, le plus instruit de tous les enfanls de mon âge , je résolus de voir le monde. Le travail ,

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létude ei les reproches me déplaisaient fort; je voulus m'y soustraire en quittant le toit paternel , où, après deux jours cruels d'absence, je rentrai plus honteux qu un renard qu'une poule aurait pris. Tu ne pouvais choisir un meilleur sujet.

Je n'ai pas l'intention de te faire grand'peine , mon cher Ernest ; mais enfin je ne suis pas fâchée de Rapprendre à ne plus insister pour que je raconte des histoires.

ERXEST.

Parle toujours, je prendrai ma revanche im autre jour.

ANNA

Et je serai ce jour-là ton auditeur le plus attentif. Mais c'est assez de ce long préambule, que M. Lecointe appellerait du bavardage: je commence le récit de mon pauvre petit conte.

Le petit Robert n'avait que douze ans, et cependant il se croyait l'égal des hommes de vingtcinq ans. Il était fier et ambitieux. 11 se croyait appelé à de grandes choses , et pourtant il n'était point instruit, tant s'en fallait.

Le maître d'école de son village lui dit un jour : « Vous m'étonnez, Robert -, depuis que je montre à lire et à écrire, je n'ai pas rencontré d'enfant aussi pi'ésuniijiucax que vous. (}uc })r('teiidez-vous faire en ce monde, mon bon petit monsieur? Vous igno-

rez tout , et vous avez la prétentiou de devenir quelque chose. Vous voulez commander , et vous ne savez pas obéir. Croyez-moi , Robert , travaillez beaucoup si vous voulez faire votre chemin et, avant de rêver grandeurs et richesses, commencez par apprendre à lire couramment et à écrire lisiblement. )>

Cette petite leçon ne plut pas à Robert , qui se fâcha tout rouge , parce qu'on avait blessé son amour-propre en lui disant la vérité.

(( Je n'irai plus à lécole , murmura-t-il , et mon maître sera bien puni. » Vous voyez comment raisonnait Robert-, il n'agissait pas mieux. Au sortir de la classe , il assembla autour de lui ceux de ses camarades qui ne valaient pas mieux que lui, et il leur parla en ces termes :

(( Mes amis, je suis davis que nous abandonnions notre maître d'école , qui chaque jour nous accable de reproches et de punitions. Vraiment, au lieu de nous ennuyer sur nos bancs , nous ferions beaucoup mieux d'aller nous promener au loin. On assure que le monde est bien beau et bien grand ; allons en visiter une partie , et , à noire retour, nous serons plus instruits que tous les savants de notre village. Je me charge de vous conduire dans un pays admirable où nous jouerons tout le jour à la balle , à la toupie et à colinmaillard, où nous pourrons entin manger, boire et dormir sans travailler. Cela vous aourit-il ?

— Beaucoup I s'écrièrent à la fois les écoliers paresseux.

— En ce cas, partons tout de suite. IVous vendrons nos livres chemin faisant; c'est le moyen d'avoir quelque argent pour les premiers besoins de la route. »

Une petite troupe se forma . les jeunes villageois Jacques, Philippe et Jean en furent les chefs; Robert se mit à la tête et sortit gaiement du hameau. Tout alla bien pendant deux ou trois heures ^ mais quand la fatigue et lappétit se firent sentir, les voyageurs changèrent de résolution.

« Il fait beau temps , dit Tun d'eux , mais cela ne nous donne pas à manger. Personne n'a voulu de nos livres; où aurons-nous de l'argent ?

ROBERT

Ne soyons pas inquiets, prenons courage.

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