LA PHOTOGRAPHIE EN BALLON, CERF-VOLANT, ETC
On a songé depuis longtemps à faire des levés topographiques au moyen de la chambre noire, placée verticalement sur la nacelle d'un ballon, et les premiers essais dans cette voie sont dus, croyons-nous, à M. Nadar. En 4884, M. Cécil V. Shadbodt a obtenu, en Angleterre, des résultats dignes de remarque. En 1885, MM. Gaston Tissandier et Jacques Ducom ont pu, de la nacelle d'un ballon, obtenir, en l/SO" de seconde, des clichés ne laissant rien à désirer au point de vue de la finesse. Les épreuves regardées à la loupe laissent voir les détails des maisons, les passants sur les routes, etc. M. Pinard, MM. Ch. et P. Renard et Georget, M. Weddel, MM. Tissandier et P. Nadar, en continuant à chercher dans cette voie, ont obtenu de nombreuses épreuves, dont la plupart sont absolument parfaites. Le temps de pose a pu être réduit jusqu'à 1/200" de seconde.
La photographie peut se faire en ballon monté ou non monté . Dans le premier cas, un appareil léger est suspendu à un petit ballon captif, et déclanché électriquement au moment convenable. Tel est l'appareil Triboulet, qui permet de relever tout le tour d'horizon au moyen de six appareils panoramiques, tandis qu'un septième appareil, vertical, relève le plan. L'ensemble de la nacelle est relié au ballon par une suspension à la Cardan.
Les appareils disposés en ballon monté, libre ou captif, n'ont rien de particulier. Il est bon que les opérateurs évitent de faire bouger la nacelle au moment de la pose, bien que celle-ci soit rapide; les appareils choisis sont toujours d'un format moyen, afin d'éviter toute difficulté au moment d'une descente difficile.
M. Arthur Batut a donné une solution intéressante du problème de la photographie à grande hauteur. Le ballon est remplacé par un grand cerf-volant de 2"", 50 de longueur, muni d'une longue queue qui lui assure une grande stabilité, et qui supporte un petit appareil, du poids de 1,200 grammes. Le déclanchement de l'obturateur se fait par la combustion d'une mèche d'amadou.
L'altitude est donnée par un baromètre enregistreur. En même temps que le déclanchement a lieu, une bande de papier, qui tombe en se détachant de l'appareil, vient avertir l'opérateur que l'opération est terminée, et qu'il peut redescendre le cerfvolant.
M. Amédée Denisse a cherché à arriver au même résultat, d'une façon beaucoup plus simple, en enlevant la chambre noire par une fusée volante. Cette photo-fusée, parvenue à la fin de son ascension, brûle une mèche qui produit le déclanchement de l'obturateur en même temps qu'elle détermine l'ouverture d'un parachute qui sert à la descente de l'appareil. Cette ingénieuse disposition permettrait le lever photographique des plans, avec un matériel relativement simple.
LA PHOTOGRAPHIE EN BALLON, EN CERF-VOLANT, etc. 41
Fig. 16. — Photographie de la ferme d'Eulaure (Tarn),
prise à 127 mètres de hauteur à l'aide d'un cerf-volant.
d'après un cliché de M. Arthur Batut.
LA PHOTOGRAPHIE SANS OBJECTIF
LA PHOTOGRAPHIE SANS OBJECTIF
Il est curieux que, après avoir abandonné pour l'objectif la chambre noire primitive de Porta, dans laquelle l'image réelle était fournie par une simple ouverture circulaire, on ait reconnu que cette chambre noire possédait, dans certains cas, des avantages particuliers sur l'objectif. Le champ obtenu est, en effet, parfaitement rectilinéaire, la même ouverture peut servir
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avec différents tirages et fonctionne, par conséquent, comme une trousse disposant de tous les foyers possibles entre des limites assez étendues ; enfin, l'angle embrassé peut être considérablement plus grand qu'avec les meilleurs grands angulaires.
Telles sont les qualités particulières qui avaient frappé M. Méheux, lorsque, en 1881, il fit ses premiers essais de photographie sans objectif. L'ouverture qui lui sembla convenir le mieux fut un trou de 0™"\.3 de diamètre, bien circulaire, à bords tranchants, percé dans une plaque métallique. Une série d'ouvertures de diamètres différents, percées dans la même plaque, permet d'ail-
leurs de faire choix de celle qui donne le maximum de netteté. Il va sans dire que la pose est assez longue, et se compte souvent par minutes. La lumière est presque toujours trop faible pour qu'on puisse aisément voir l'image sur la glace dépolie : il n'y a d'ailleurs pas de mise au point ; mais, comme il importe de faire cadrer le sujet sur la glace, on emploie pour cela une ouverture de 2 ou 3 millimètres de diamètre, que l'on remplace, au moment de la pose, par l'ouverture plus fine, donnant plus de netteté.
La figure 17, page 43, est une reproduction par la photographie d'une épreuve obtenue sans objectif, et que nous devons à l'obligeance de M. Méheux. Le cliché a été obtenu dans des conditions qui montrcnl jusqu'à quelle simplicité peut être réduit le matériel de photographie sans objectif. La chambre noire était formée d'une simple boîte de carton, au fond de laquelle la glace sensible était retenue avec de la cire ; le couvercle était percé d'une ouverture et muni de la plaque métallique avec trou de 0""",2 de diamètre. La pose à été de 1 minute (distance focale 0'",05). Il est bien évident que le gélatino-bromure seul peut être employé avec le trou ; les produits d'une sensibilité moindre exigent des poses qui rendent le procédé absolument impraticable.
M. le capitaine Colson a, de son côté, obtenu des résultats intéressants en ce qui concerne la photographie sans objectif. Il a indiqué la relation suivante qui relie le diamètre d de l'ouverture, à sa distance /" à la glace dépolie
D étant la distance de l'objet à reproduire.
Lorsqu'il s'agit de paysage, comme c'est presque toujours le cas, D peut être considéré comme infini, et la relation prend la forme,
F étant alors le foyer principal, relation qui montre que la rapidité du système est d'au-
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tant plus grande que d est plus petit; autrement dit, s'il y avait possibilité de faire de l'instantané avec ce système, ce serait avec de petites ouvertures et très courtes distances focales. Les figures 18 et 19 montrent un appareil dit sténopé, com-
Fier. 18.
Fis. 19.
posé d'une plaque métallique circulaire percée de plusieurs trous de grandeurs différentes. Les deux trous percés à l'extrémité du même diamètre sont les mêmes, et la plaque est mobile autour de son centre. Ce dispositif permet d'utiliser 3 ouvertures au choix, pour l'obtention d'épreuves, soit simples, soit stéréoscopiques. La figure 20 représente une chambre noire munie du sténopé.
M. Léon Vidal a dressé une table des temps de pose pour opérer sans objectif. Nous donnons page 46 cette table, qui évite tout calcul, et permet d'opérer avec plus de sécurité que lorsqu'on donne la pose au jugé, comme on le fait trop souvent.
« Le nMO est la belle lumière {plein soleil), le n" 1 est une lumière dix fois moindre ; et de 9 à 2, on a les degrés intermé-
Fig. 20.
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