POUR SE PHOTOGRAPHIER SOI-MEME
11 y a divers procédés qui permettent à un opérateur de se photographier lui-même, OU de poser dans un groupe.
L'un des plus simples consiste à faire usage d'un obturateur à pose, muni d'un long tube de caoutchouc. La mise au point étant faite sur un objet placé à l'endroit où se tiendra l'opérateur, une chaise, par exemple, celui-ci, après avoir ouvert le châssis, viendra donner la pose en ayant soin de dissimuler la poire de caouchouc;
ORIGINALITES
il la tiendra dans la main s'il s'agit d'un portrait en buste ; il la placera sous le pied si les mains sont visibles sur l'épreuve
Nous avons vu un opérateur se faire photographier par son chien ; un obturateur chronométrique était armé et muni d'un fil de déclanchement. Ce fil, d'ailleurs assez solide })0ur déterminer l'ouverture du volet, pouvait se rompre sous une faible traction. A l'extrémité du fil })endant, notre ami attachait un morceau de sucre, puis emmenait son chien comme s'il devait fig-urer dans le cliché. Mais, au moment de la pose, il le lâchait en lui montrant le morceau de sucre. L'animal ne se faisait pas prier, et le déclanchement ne tardait guère.
Mais revenons aux procédés réguliers. Le photographe peut se photographier, lui et son appareil, en se plaçant devant une glace. Une variante originale consiste à faire, de cette façon, un portrait en buste, et à utiliser le cadre de la glace comme encadrement au portrait.
On peut imaginer de nombreuses dispositions mécaniques qui permettent d'ouvrir un obturateur à distance ; mais toutes ont l'inconvé- Fig. 73. nient de se trahir sur l'épreuve par un tube ou un fil qui va de l'appareil à l'opéj'ateur.
Nous préconiserions plus volontiers une disposition que nous appellerons self-obturateur, et qui consiste à déclancher l'obturateur par un mécanisme placé sur l'appareil même, et qui agit au bout d'un temps donné. Parmi les nombreuses formes que l'on pourrait (b)nner à un tel appareil, nous citerons la suivante, que nous considérons comme la plus simple : une guillotine à chute libre est tenue armée par un fil F'; pendant qu'un second fil F d'une longueur telle qu'il mainlienne l'appareil ouvert, est relié
au premier par une mèche combustible /", qui se prolonge par une mèche libre /dont la longueur détermine le temps cjui doit s'écouler avant la pose, pour permettre au modèle d'aller prendre place. La longueur de la mèche /"règle la durée de la pose. L'opération se comprend facilement. Après avoir tout disposé comme l'indique la figure 73, pagre 109, l'opérateur allume l'extrémité
de /, puis se rend à la place qu'il doit occuper. Un fragmient de poudre placé au voisinage du fil /', indique le « ne boug^eons plus » par un petit éclair; puis le fil F brûle, ouvre l'obturateur pendant que la combustion se continue en /' jusqu'à ce que le fil F. brûlé à son tour, laisse se fermer la g-uillotinc.
Il reste enfin un dernier procédé, qui consiste à opérer à la
ORIGINALITES lli
lumière artificielle. Tout étant prêt pour la pose, l'opérateur, après vs'ètre mis en place, presse la poire qui insuffle la poudre de magnésium dans la lampe.
Avec les anciens procédés — et le collodion sec en particulier — le photographe avait le temps, après avoir ouvert l'oLjeclif. d'aller se poster en face d'une partie sombre du paysage, et de venir rapidement fermer l'objectif après la pose. Rien n'empêche d'ailleurs de faire la même chose avec le g"élalino, et les amateurs qui ne craignent pas les minutes de pose pourront en essayer : il suffit de diaphragmer très fort pour arriver au temps de pose voulu.
Se photographier soi-même est une opération qui peut avoir un intérêt particulier pour le peintre ou le sculpteur.
A-t-il besoin, en l'absence de son modèle, de retrouver une attitude, une forme quelconque ? Lui-même posera, et l'appareil photographique lui fournira, au moyen de l'un quelconque des procédés ci-dessus, le renseignement dont il a besoin. Nous reproduisons (fig. 74, p. MO) une académie ainsi obtenue.
ïi-t LES RÉCRÉATIONS PHOTOGRAPHIQUES
LA PHOTOGRAPHIE AU THÉÂTRE
Certains théâtres déploient un tel luxe de lumière qu'il est possible d'y obtenir des photographies dans des condilions qui diffèrent peu de celles de la lumière du jour.
En 1887, M. A. Hulot obtenait ainsi (h^s épreuves, au sujet desquelles il s'exprimait de la façon suivante :
« Je réussis actuellement à peu près couramment la photographie au tliéàlre. Je m'installe dans une baignoire, avec un petit 9 X 12 fixé au dossier de ma chaise, et toujours avec un petit aplanat qui me sert })our le })ortrait en chaml)re, je photographie les scènes de féerie, de ballet, etc., qui m'intéressent le plus. J'obtiens des résultats complets, môme en l'absence de lumière électrique.
« Il est bien entendu que tout le monde sur la scène ignore ma présence.
« 11 ne s'agit pas ici évidemment de photographie instantanée. Je choisis naturellement les tableaux oh je puis poser 10 secondes au minimum. De 12 à 15 secondes, les résultats sont presque parfaits ; personnages et décors viennent très bien.
« Je tire ensuite des positifs sur verre de mes petits clichés, et je les agrandis sur l'écran, à la lumière oxyhydrique, à 3 mètres de distance.
« Dans le cas de photographie au théâtre, je ne place aucun diaphragme dans l'objectif, et je me sers comme plaque de ce qu'il y a de plus rapide. J'emploie aussi un développateur très énergique. »
L'ado})tion de la lumière éleclri(|ue dans la plupart des théâtres facilile beaucoup l'obtention des photographies, et dans certains cas, la pose peut être presque instantanée.
C'est ainsi que, en 1888, M. Balagny a obtenu, au théâtre du Châtelet, des clichés assez complets, avec une pose de une demiseconde seulement.
Les perfectionnements qui se produisent de jour en jour au
LA PHOTOGRAPHIE AU THEATRE
point de vue de la rapidité des plaques permettent de prévoir que, sous peu, il sera possible de faire de l'instantané dans les théâtres qui emploient la lumière à arc pour l'éclairage de la scène.
Fig. 75 (1).
iD Extrait du journal « ïlilustralion. »