OBSERVATION XXX
Marcelle B..., âgée de onze ans. entre à l'hôpital le 27 juillet 1908.
Antécédents héréditaires. — Père mort bacillaire. Mère morte cardiaque. La grand’mère a présenté dans son enfance des troubles choréiques.
Antécédents personnels. — Née à terme et nourrie au biberon elle a eu la rougeole à dix-huit mois. Depuis cinq Jours
elle présente des mouvements incoordonnés.
DO
Etat actuel. — Chorée de moyenne intensité : pas de souffle organique du cœur.
Les réflexes rotuliens sont faibles.
Le signe de Babinski n'existe pas.
Anesthésie pharyngienne et conjonctivale.
Pas de troubles pupillaires.
Pas de signe de signe de Brudzinski.
En résumé, sur nos 30 cas : le réflexe rotulien a été trouvé :
Normal, 13 fois ; diminué, 5 fois ; augmenté, 12 fois.
L’anesthésie conjonctivale et pharyngienne a été constatée 15 fois.
Le signe de Babinski a été 2 fois positif.
Lesigne de Brudzinski n’a pas été rencontré.
Les réflexes pupillaires ont toujours paru normaux.
L’anesthésie conjonctivale et pharyngienne constatée 15 fois très nettement, chez des enfants venant la plupart à l’hépital pour la première fois, établit l'existence d’affinités étroites entre la chorée et l’hystérie.
Sans doute lorsque la chorée a été précédée de douleurs articulaires ; qu’elle se complique d’accidents cardiaques, il est facile de dire chorée vraie compliquée d’hystérie.
Mais lorsque manquent ces éléments, comment poser le diagnostic : chorée arythmique liée à l'hys-
térie, ou chorée vraie avec hystérie surajoutée ? Cela ne semble pas facile.
Et cette difficulté fait dire à Weil : « Voici comment je comprends la chorée :
« Elle constitue une réaction spéciale du système nerveux de la seconde enfance. La même circonstance, frayeur, infection, provoquera dans le premier âge des convulsions, de six à treize ans de la chorée, plus tard de l’hystérie. »
Un signe, entre tous, permettrait de séparer aisé- ment ces deux affections voisines et de préciser leurs limites : c’est le signe de Babinski, le phénomène des orteils, accompagné ou non de la flexion combinée de la cuisse et du bassin. Nous avons constaté ce signe deux fois sur trente cas et il est évident que, dans ces cas, il suffit à lui seul à faire affirmer l’existence d’une chorée vraie.
Mais nous ne pouvons pas dire avec M. Babinski que « ce signe se rencontrant très souvent dans la chorée celle-ci est une maladie organique ».
Les réflexes lendineux nous ont paru normaux dans presque la moitié des cas, treize fois sur trente — faibles cinq fois — forts dix fois. Or, toutes ces chorées ayant évolué normalement excepté celle de l'observation XX VIII (cas avec réflexes diminués) dont la durée fut anormale et qui resta rebelle à l’antipyrine et à la liqueur de Boudin, on peut se demander si la diminution des réflexes n'est pas un phéno-
mène constant sur lequel on peut s'appuyer pour
porter un diagnostic de chorée sévère et réserver son pronostic.
Que disent à ce sujet les auteurs qui ont observé des cas de mort dans la chorée et qui n’ont pas négligé l'étude des réflexes ? Dans deux cas de Massalongo, intitulés : « Endocardite chronique, insuffisance mitrale, chorée mortelle », les réflexes cutanés et tendineux étaient absolument normaux.
Dans un cas de MM. Dupré et Camus, les réflexes tendineux et cutanés étaient un peu exagéres ; le signe de Babinski faisait défaut.
Dans un cas de M. Comby, les réflexes étaient exagérés ; dans un autre ils étaient a/ffaiblis
En somme dans ces cinq cas de mort par suite de chorée, ou de complications de chorée, les réflexes tendineux ne sont diminués qu’une fois.
Il est donc impossible d'admettre que les chorées graves se caractérisent, entre autres signes, par la diminution ou l'abolition des réflexes tendineux.
Le signe de Brudzinski n’a pas été trouvé par nous Nous avons demandé à M. Brudzinski s’il avait trouvé son signe chez les malades atteints de chorée de Sydenham. Il nous a répondu que, depuis le jour où il a décrit ce signe, il l’a cherché chez tous les choréiques passés dans son service et ne l’a jamais rencontré.
Nous l’avons en outre recherché récemment dans huit cas de chorée dont les observations ne sont pas relatées ici, et nous ne l’avons pas trouvé.
Nous pouvons donc dire que le signe de Brudzinski n'existe pas dans la chorée.