CHAPITRE VIII
LQtlIS XV
C était à Versailles, le 5 janvier 1757, à cinq heures trois quarts du soir. Comme Louis XV se dirigeait vers sa voiture pour retourner à Trianon pour voir Mesdames, un inconnu s’approcha de lui et lui porta un coup de coateau au côté droit.
Louis XV chancelle et s’écrie :
— « On m’a porté un furieux coup de poing ! » Puis, passant sa main sous son vêtement, et
la retirant ensanglantée :
— « Je suis blessé! »
Il voit l’homme imm^btlè et debout.
— « C’est lui qui m’a frappé, » dit le roi.
Et il ajoute, comme tous les souverains chrétiens en pareille occasion :
— « Qu'on ne lui fasse pas de mal ! Malheureux ! Je lui pardonne! «
C’est grand.
Mais la justice sociale a d’austères devoirs et refuse d’écouter, au nom du salut public, la voix généreuse des victimes qui, en pardonnant au crime, l’encouragent.
On arrête le régicide; il s’appelle Damiens.
C’est un mauvais sujet, le désespoir et la honte de sa famille ; — moralité ordinaire des criminels.
Il est connu pour son esprit indocile, pour sa paresse ; il a été tour à tour serrurier, racoleur, garçon de cabaret, marmiton, valet d’armée, valet de réfectoire, commis fripier, vagabond, enfin voleur, et poursuivi comme tel.
Nul doute qu’il ne fût affilié à quelque société secrète, et qu’il n’eût des complices parmi les perturbateurs de la paix publique; car après avoir été fouillé et trouvé muni de l’arme régicide, il s’écria :
— « Qu’on prenne garde à Mgr le Dauphin !
Que Mgr le Dauphin ne sorte pas de la journée ! »
Et comme on lui demandait quels étaient ses complices, il répondit :
• — « Ils sont bien loin ; on ne les trouverait plus ; si je les déclarais, tout serait fini. »
Quant au roi, la blessure qu’il avait reçue était moins grave qu’on ne l’avait craint d’abord ; elle se cicatrisa quelques jours après.
On apprit que Damiens était non-seulement un fanatique révolutionnaire, mais encore un fanatique d’irréligion.
Le 9 janvier, il remit à un officier, pour le roi, la lettre suivante :
« Sire,
» Je suis bien fâché d’avoir eu le malheur de vous approcher; mais si vous ne prenez pas le parti de votre peuple avant qu’il soit quelques années d’ici, vous et monsieur le Dauphin et quelques autres périront. Il serait fâcheux qu’un aussi bon prince, par la trop grande bonté qu’il