‹ Les règles de la perspective pratiqueChapitre 2 sur 23 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

CHEZ L’AliTEUIt, (JUAI MALA(^LAlS, 3

ET CHEZ I.ks PRINCIPAUX UIIÎRAIRES, ÉDITEÜR.S ET MARl.HANDS D E.-i I A S! P f. A DE PAULS et DE.S DE P A U'I K M I N T.s ,

L’AIUS. - ÎMIM\1MEKIE DE ROUKGOiîiXK ET DAKTINET, T<ci->!< 30.

DE LA

- ■ -- -iff - r -

La perspective est indispensable à toute personne qui dessine; car non seulement elle enseigne à l’œil à voir juste, mais encore elle sert à représenter, par des opérations simples, la position, l’étendue et la forme exacte apparente de tous les objets, d’après la place qu’ils occupent. Elle détermine aussi la direction, la forme et la juste limite des ombres portées et de l’ombre naturelle; plus, la réflexion ou répétition de tout ce qui peut se mirer sur la surface des eaux calmes.

La perspectwe est la grammaùe du dessin. On sentira que lorsqu’on possède ces connaissances, on doit marcher avec assurance et arriver promptement au but que l’on s’est proposé.

La perspective se compose de deux parties : l’une, d’opéralion, s exécute avec la règle et le compas; l’autre est toute de sentiment : c’est le résultat du savoir et de l’expérience. Lorsqu’on possède la première, on doit arriver naturellement à connaître la seconde; du reste, pour faciliter cette étude qui est la plus importante, puisque c’est elle qui constitue le bon, le vrai dessinateur, j’ai créé et publié un Cours complet de dessin linéaire et perspectwe , que j’ai nommé Dessin morpho graphique (ou l’art de retracer les formes apparentes des corps solides) , afin de la distinguer des méthodes de routine qui sont encore trop usitées, et qu’il serait cependant urgent de faire disparaître, car elles sont pernicieuses, faisant perdre trop de temps aux élèves et ne donnant que des résultats incertains.

La perspective peut encore être considérée de deux autres manières : composer un tableau ou dessin, et dessiner d’après nature. Pour composer il faut être sûr de la forme des objets que l’on veut créer, connaître leurs rapports entre eux, et savoir les disposer le plus avantageusement possible. Mais pour dessi

nei d’après nature il ne s’agit que de savoir copier ce qui se trouve devant soi, exécutant toutefois par raisonnement et principe; pour cela les règles sont très simples, les opérations faciles; encore peut-on s’aider d’un moyen abréviatif qui fait gagner beaucoup de temps et donne de suite un résultat.

Les professeurs de l’Académie ont eux-mêmes prouvé fimportance qu’ils attachent à cette science , en décidant qu’à l’avenir on ne pourrait être admis, même au premier concours i’esquisses pour le grand prix, sans avoir préalablement obtenu Tine mention quelconque dans un concours de perspective. On ne peut qu’applaudir à cette mesure qui contraindra les élèves à étudier une science qui leur est si nécessaire, et dont la plupart ignorent les premiers éléments. S’ils savaient du moins que de peines ils s’éviteraient par cette étude , que de temps ils gagneraient ! car les progrès sont bien plus rapides lorsqu’on se rend compte de tout ; quand on sait que celte ligne, cet édifice doit être dans telle direction ; que sa profondeur ne doit pas excéder tel endroit; que ces figures humaines ou ces divers objets ne doivent pas dépasser telle hauteur d’après le plan où ils se trouvent, etc., etc.

Depuis vingt ans j’ai consacré tout mon temps à améliorer l’étude et la pratique de la perspective, d’abord par les cours nombreux que j’ai faits, puis par mes rapports fréquents avec les artistes, soit pour leur expliquer les principes et opérations qu’il leur était nécessaire de connaître, soit en traçant dans leurs tableaux les objets architecturaux et pittoresques qu’ils voulaient représenter; ce travail surtout m’a révélé la pratique la plus prompte et la plus simple, et m’a initié aux besoins fréquents que comporte chaque différent genre de peinture ; mais il ne suffit pas d’améliorer, il faut encore faire jouir de ses découvertes ceux à qui elles peuvent être utiles ; cette partie qui semble la plus facile est cependant celle qui m’a présenté le plus de difficultés; car ce n’est qu’à force de persévérance et abreuvé d’ennuis de toute espèce, que je suis arrivé au but que je m’étais proposé. L’immense succès que j’obtiens, je le dois à mon travail seul; les hommes chargés par le pouvoir de décerner les récompenses et de protéger ceux qui sont utiles au pays ne m'ont pas offert jusqu’à ce jour les encouragements que je crois avoir mérités; mais, qu’ils s’occupent ou ne s’occupent pas de moi, je pour-

suivrai aussi loin que la Providence me le permettra l’œuvre d’amélioration de la pratique de la perspective et particulièrement de \ enseignement du dessin. Je veux rendre populaire ce langage commun à toutes les nations, si nécessaire aux diverses classes delà société, et qui doit, par cette raison, entrer en première ligne dans l’instruction des peuples.

A part les élèves et les gens du monde, plus de dix-huit cents artistes et professeurs ont suivi mes leçons, je puis citer parmi ceux qui ont le plus obtenu les suffrages du public : MM. Amiel, Atocb, Aubry-Lecomte, Auviay, Badin, Bardel, Bazin, Berger, professeur de perspective en Russie, J. Berger, directeur de C Académie de Cambrai, Bertin, Biard, Blanchard, Bodinier, Boilly, Bonnier, fondateur d'une école de perspective à Lille, Bouquet, Bourgeois, Brisset, Brune, Caron, Casatti, Cbasselat, Cbatillon, Ciceri, Corbillet, Auguste Couder {de T Institut), Debacq, Debez, Demabis, Demetz , Duchesne , Ducornet, Dupré, Dupuis, Durupt, Elshoëct, Enfantin, Etex, Fauchery, Fleury, P^ontallard , Franquelin, Gassies, Gavarni, Girard, Giraud, Girault-de-Prangey, Godard, Grévedon, Guiaud, Guyot, Hesse, Hollier, Holfeld , Hussenot, fondateur d'une école de perspectiveà Metz, Husson, Joly, Jourdy, Cdiàuvuer.^ peintre del'em^ pereur de Russie, Lan té, Lapito, Latil, Lecoq,Lecurieux, Lefranc, Lepaulle, Léopold-Robert , Lepoittevin, et Léop, Leprince, Lequeutre, Lequeux, Levicomte, Longuet, Maille, Marigny, Marqu et. Marquis, Massé, Mauzaisse, Mielle , Monfort, Monvoisin, Mozin, Noël , Pernot, Prévost , Pierron , Raffort , Raverat, Régnier, Revel, Robert-Fleury, Scbmitz, Schopin, Sigalon, Steuben , Tanneur, Tripier le-Franc, Tumeloup, Van Oss, Vernet, Vidal, Villeneuve, Volpelière, Wachmut, Watelet, Wattier, Werner, etc., etc.

J’ai fait et publié sur la perspective les ouvrages suivants :

en 1827, Essai de perspective praticpie , un vol. in-8" de 48 planches, avec texte: il est épuisé j il en a été fait une traduction en l834 à New-Yorb, intitulée : Practical perspective, for the use of students translated from tlie Jrcnch of J.-P . Thénot by one of his pupüs ; 2° en 1829, Cours de perspective pratique pour rectifier les compositions et dessins d'après nature, un vol. in-4“ de 66 planches avec texte : il est épuisé et se rencontre rarement dans le commerce; 3° en 1834 , Traité

de perspectiçe prMique pour dessiner d’après nature , un voL in-8o de 24 planches, avec texte explicatif; il a été traduit à Londres sous le titre de : A eomplete seientifie and popular treatisse upon perspective ^ with lhe théories of reflection and Schodows ; hj J. -P, Thénot ; London^ 1836. Il est augmenté de l’histoire de la perspective, et d’éloge qui place ma méthode au-dessus de celles qui lui sont antérieures, par M. A. JV. Hakewill y membre de la Société d’architecture de Londres. Une lettre de Berlin m’annonce que prochainement il paraîtra une édition de cet ouvrage en allemand; 4“ en 1838, Prineipes de perspective pratique, à la portée de tout le monde, et devant être connue de toutes les personnes qui dessinent, un vol. de 16 planches, avec texte explicatif.

M. Schnorr, premier peintre de l’empereur d’Autriche, professe ma méthode à l’Académie impériale de Vienne, etc.

Dans quelques années je publierai un dernier travail sur la perspective; il réunira tous les exemples qui peuvent se rencontrer dans la pratique des beaux-arts. Je prendrai mes modèles, pour le bien et le mal, dans les tableaux anciens et modernes, et dans les vues et monuments connus; à part des opérations, je traiterai de la composition de tous les divers genres de peinture, histoire, portrait, paysage, genre, marine, intérieur, fleurs, etc., etc.

Gomme préface, je ferai le récit des entraves et injustices qu’un artiste consciencieux peut rencontrer dans sa roule. Mon but sera de combattre ce qui est vicieux et de faire servir mon expérience à améliorer les ennuis qu’éprouveront dans leur carrière ceux qui viendront après moi.

Thénot.

Page 1