Souvenirs du duc de Broglie, tome II, pn^e
» Alors le sang m'est monté au visage et je lui ai dit :
» — Madame, M. d'Argenson remplit ici son devoir et d'ailleurs il fait bien ce qu'il fait.
» Ces vieilles femmes de l'Ancien régime ont des façons inconcevables. Il n'y a que la perfection du bon goût qui puisse enseigner de si mauvaises manières. Elle ùtait son chapeau, puis son bonnet, puis son chàle, disant qu'elle étouffait, qu'il fallait se déshabiller, puis elle faisait demander une prise de tabac à un député de sa connaissance; puis elle perdait son mouchoir et faisait demander à ses voisins de lui en prêter un. Elle avait en tout cetle familiarité insolente des grandes dames d'autrefois qui se croyaient tout permis .1
Ouelque peu indulgent que se montre l'auteur, le portrait n'en est pas moins typique et il nous montre une fois de plus qu'en vieillissant, M,u" de Balbi avait gardé son esprit caustique et cette vivacité d'enfant gâté où se retrouvait la « divinité » d'autrefois habituée à voir exaucer tous ses caprices.
Elle décochait comme autrefois à ceux qu'elle n'aimait pas quelques mots mordants lorsqu'elle se trouvait en leur présence et éprouvait un malin plaisir à faire rire à leurs dépens. Son ironie
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malicieuse excellait à découvrir les défauts, les travers et les ridicules, l'envers des mots et des choses et souvent elle se montrait impitoyable.
« Elle est méchante comme cinq cent mille diables, disait en riant M. de Narbonne, mais elle a de l'esprit autant qu'eux l.
Le duc de Laval 2 ayant dit un jour qu'il s'ennuyait et voulait rentrer en France, Mmt de Balbi s'écria :
— Comment, Monsieur le duc, vous voulez aller à Paris et qu'y ferez-vous ? Vous savez qu'il n'est plus permis de porter ses titres. Comment vous ferez-vous annoncer dans un salon?
— Mais, dit le vieux duc en relevant fièrement la tête, je me ferai annoncer : Anne de Montmorency, ce titre en vaut bien un autre.
— Ah ! Monsieur le duc, répartit en souriant la comtesse, vous voulez dire Zèbre de Montmorency.
Ce mot ne valait évidemment quelque chose que pour ceux qui connaissaient lé duc, mais le seul fait de le prononcer devant un tel homme, dit