M« Culhicr-Coreil, notaire
4. M. Dorceau de Fontette la cède, le 13 messidor an XIII, à M. Clément de Kis, et M. Clément de Ris à Anue-Maiie Gaspard, marquis de Clei-mont-Tonnerre, lieutenant-général, commandeur de Saint-Louis et oflicierde la Légiun d'honneur, marié à Charlolte- Mélanie de Carvoisin d'Achy, le 12 juillet 1841. La propriété passe ensuite au sieur Bailly, puis au sieur Florentin, à M"" de Malherbe et enfin arrive, par voie d'héritage, à sa fille, M*' de Petitville, qui l'occupe jusqu'en 1880 où un nouveau propriétaire fait démolir la maison et construit celle qui existe actuellement.
Jusque-là, la terrasse avait été conservée et la maison avait à peu prés gardé son aspect extérieur. On s'était contenté de faire des appartements séparés à chaque étage.
Au moment de la vente Caubert, en janvier 1792, il est probable
Cet hôtel, qu'elle avait ardemment désiré et qu'on avait construit pourtant exprès pour elle, Anne de Caumont-La Force ne l'habita pas longtemps; un nouveau caprice lui était venu tout à coup et c'est au Grand-Luxembourg qu'elle voulut établir sa résidence. Ce fut cette fois dans les pavillons du grand Palais, à gauche de la grande entrée, qu'un luxueux appartement lui fut installé au rez-de-chaussée. Toute cette partie a subi de profondes modifications et ce n'est que par un plan de Chalgrin et les mémoires de Caubert1 qu'on peut se rendre compte de ce qu'était ce vaste logement qui s'ouvrait sur un jardin dessiné à la nouvelle mode, dans la manière de Trianon2. Au milieu des bosquets et des pelouses à l'anglaise, on éleva de gracieux pavillons. Une laiterie, une vacherie, un poulailler, une couverie, un pigeonnier permirent à la favorite de
que deux parcelles avaient été distraites, qui furent rachetées plus tard par M. Clément de Ris et par M. deClermont-Tonucrre. L'une de ces parties située dans le jardin, avait été louée en Tan V à un limonadier qui avait construit un établissement provisoire sous les arbres.
1. R^. Papiers des Princes. Provence. Mémoires de ( laubert, entrepreneur de maçonneries, dans le courant de Tannée 1"88, pour les travaux exécutésau palais du Luxembourg, chez M-" de Balbi, pour le service de Monsieur, livre du Roi, lils de France.
2 Ces jardins à l'anglaise ont été remplacés par les parterres actuels qui s'étendent devant l'Odéon et si* trouvent bordés par la rue de Vaugirard. Ils ont vVi sensiblement diminues lors du percement de la rue Médicis.
jouer à la fermière à l'instar de la Reine, et de se livrer aux divertissements champêtres si fort recherchés par le goût du jour. La laiterie ne le cédait en rien à celle de Marie-Antoinette avec sa cheminée de marbre « à l'anglaise » et ses mortiers de marbre blanc. Les pièces d'habitation furent somptueusement décorées, et le comte de Provence, qui avait fait les frais de l'ameublement, n'épargna rien pour réaliser le dernier mot de l'élégance la plus nouvelle et du confortable le plus luxueux.
Muu' de Balbi n'était pas seule éprise de nouveautés: c'était l'époque des recherches précieuses dans l'habitation, la Reine avait à Fontainebleau un boudoir turc, meublé dans le goût oriental et éclairé le soir par des lampes placées dans une pièce voisine, derrière une grande glace doublée d'un taffetas dont on variait la couleur.
Lj comte d'Artois avait également, à Versailles, un cabinet turc qui lui servait de bibliothèque et dont des glaces masquaient la cheminée. Même la comtesse d'Artois, si modeste dans ses goûts, avait « un cabinet arabesque » en 1782.
Mais la favorite est à peine installée depuis quelques semaines dans la nouvelle demeure, luxueusement aménagée à son intention, qu'un incendie se déclare, et dévore en quelques heures
MADAME DE BALBl ET LA COMTESSE DE PROVENCE. 178
toutes les merveilles amoureusement combinées par Monsieur.
Mme d'Abrantès, qui n'aime pas M,no de Balbi, n'hésite pas à l'en rendre responsable. A l'en croire, l'incendie aurait été volontaire, et Anne de Caumont-La Force en aurait été l'auteur. Mécontente de l'ameublement, elle aurait trouvé ce moyen un peu radical de le faire entièrement remplacer et aurait elle-même mis le feu, une belle nuit, après avoir pris soin de se garantir de tout danger. « Tout fut consumé, ajoute M,m d'Abrantès, on remplaça le mobilier et l'on choisit de riches tentures de lampas vert et blanc à crépine d'or; Monsieur avait dépensé 200.000 livres pour la première installation, il lui en coûta plus de cinquante pour réparer les dégâts 1 . »
Les registres de comptes de Monsieur ne mentionnent pas cette dépense, il est donc difficile de l'apprécier même approximativement, mais le mémoire de Chalgrin, dressé après l'incendie, nous permet de savoir au juste à combien s'élevèrent les frais de restauration, ils ne dépassent pas 7.000 livres2.
Quant à la cause de l'incendie, nous la connaissons également. La mauvaise installation d'un