P LANGUE IV
Ucliurc iu-fol. lailc pour Grolior. Eucadromoiits k filets or avec Heurons alilins pleia or. [Dibl. nat. Expos., u° 492.)
rino de Médicis, pour Diane de Poitiers ou les derniers exécutés pour Grolier, en sont les spécimens les plus beaux et les plus extraordinaires par leur perfection. La variété de tous ces types est vraiment infinie et aucune description, tant minutieuse fùtelle, ne saurait valoir une simple visite à l'exposition permanente de la Bibliothèque nationale. Il s'y trouve un très grand nombre de volumes de ces royales provenances, ainsi que des Grolier non moins nombreux, et leur réunion constitue, pour l'amateur, la source d'initiation la plus sûre et la plus complète qu'il soit possible de désirer.
Toutes ces compositions, dim sentiment artistique réel, révèlent chez leurs créateurs une élévation d'idées qui ne se présentera plus dans l'histoire de la reliure, à quelque époque que ce soit. De plus, leur exécution, sur laquelle il nous faut revenir, dépasse de beaucoup, pour le fini du travail, les reliures italiennes du temps, et cette supériorité, très appréciable dans les livres de François I'^ reliés à la fin de son règne, et principalement dans ceux de Henri II, se reconnaît encore bien mieux pour peu que l'on compare entre eux les volumes des célèbres bibliophiles, Tltalien Maioli et le Français Grolier \
Les ex-Maioli, reliés en Italie, sont d'une façon peu satisfaisante, tandis que le plus grand nombre des ex-Grolier sont des spécimens admirables de la réelle habileté des ouvriers auxquels on les doit. Or, si, parmi les livres du Trésorier de France, il en est qui furent vraisemblablement reliés dans la péninsule, oii les devoirs de sa charge l'obligèrent à séjourner longtemps, et d'autres, qui, dit-on, furent exécutés à Lyon, comme les meilleures reliures lyonnaises, quels qu'en soient le mérite et la date, sont, ainsi que celles de Maioli, très loin de valoir les reliures parisiennes, ne faut-il pas croire que les volumes, à la marque du célèbre bibliophile, laissant à désirer du côté de la netteté du travail, auraient été reliés en Italie ou à Lyon, tandis que les plus belles reliures de sa bibliothèque seraient l'œuvre des
1. Nous ne parlons pas de la bibliothèque de Marc Lavrince ni de celles de quelques autres bibliophiles du temps, car leurs livres, beaucoup moins riches que ceux de leurs émules, sont encore inférieurs comme façon à ceux de Maioli.
Reliure in-foL exécutée pour Grolicr. Eacadremcat à lacets eutre-croisOs nlclés or et fleurons aldins or azurés. (DM. nal. Expos., n» o22.)
plus habiles ouvriers de son temps, c'est-à-dire des Parisiens?
Il est regrettable toutefois de ne pas posséder une preuve authentique à cet égard, un document sans réplique, mais malheureusement il n'est pas plus possible d'appliquer aux ex- Grolier qu'aux autres beaux types de reliure de la plus grande partie du xvi^ siècle un seul nom d'artiste relieur ou doreur. Par suite de l'absence, à cette époque, dans les papiers de la corporation, de désignation exacte concernant la profession spéciale des membres qui en faisaient partie, soit les imprimeurs, libraires, relieurs et papetiers, on ne peut même citer avec certitude, comme ayant exercé la reliure, que les noms de très peu d'individus.
On connaît ceux de Guillaume Eustache et de Philippe Lenoir (1320), auprès desquels nous ne pouvons nommer, pour les trois premiers quarts du xvi^ siècle, que les relieurs parisiens qui suivent : Edmond Lefèvre (1500); Jean de Brie (4510), qui s'intitulait : libraire-doreur; Guillaume Merlin (1530), chez qui se faisait aussi la dorure sur tranches ; Pierre Roffet (1510) et son fils Etienne Roffet, dit le Faucheux (1530), qui fut relieur du roi; les frères Arnould et Charles Langelier (1535); Jean Bailleux (1544) ; Jean Corbon ; François Desperets (1545), relieur de la Chambre des comptes du roi ; Laurent Thomas, Hugues Rogier (1550); Geoffroy Tory, qui, outre ses entreprises diverses, avait encore chez lui un atelier de reliure ; Claude Piques (1552), relieur du roi; Jean Cavelier (1557); Richard Breton (1558); Gilles Gilles (1538) ; Jean de Bordeaux (1565); et enfin Jean Canivet (1560), s'intitulant : Religator predicte Universitatis.
Ces renseignements, pour une période de plus de soixante années, sont d'autant plus insuffisants, qu'il n'existe aucun indice, d'après lequel on pourrait reconnaître le travail des uns ou des autres, si ce n'est pour Geoffroy Tory, dont on a plusieurs reliures à la marque du Pot Cassé. C'est, du reste, cette ignorance forcée qui constitue une des plus vives contrariétés de l'amateur de reliures ; l'anonymat dans lequel il lui faut laisser tous ces chefs-d'œuvre qu'il admire, est pour lui un sujet con-