P L A N C U E VII
Reliure iii-fol. exécutée pnui- Henri II. Riche encailrement à lacets très savamiiieiU cuirecroiso^ ; mosaïque peinte à filets or. {IJibl. mit. Expos., n" 300.)
ils interprétèrent, plutôt qu'ils ne les suivirent servilement, les modèles de la Renaissance italienne. On en trouve la preuve évidente dans les lignes et les ornements, dans les décorations extérieures et intérieures des édifices élevés par les architectes français, et surtout dans ces magnifiques meubles tant admirés aujourd'hui. Les détails d'ornementation, non moins que les formes très étudiées et toujours d'une pureté de contours exceptionnelle, répandent un charme très appréciable dans son originalité sur toutes les manifestations d'un art devenu pour ainsi dire siii generis et par suite si justement appelé la Renaissance française.
Cette distinction entre les styles renaissance des deux pays a été traitée de subtile, cependant nous ne croyons pas qu'on puisse nous accuser de trop grossir la voix à propos de l'art modeste qui nous occupe, si, pour ajouter encore aux preuves déjà fournies d'abondance, nous faisons intervenir dans la question le style de ces splendides reliures, non seulement exécutées, mais de plus inventées en France sous les Valois?
En effet, ce cachet particulier frappe les yeux et, s'il existe des reliures italiennes avec un reflet de ce style, il suffit d'un simple examen pour se convaincre qu'elles ne sont que des imitations. Enfin, sans s'arrêter à l'exécution, toujours inférieure chez les étrangers à celle des Parisiens, et ne s'attachant qu'au dessin lui-même, il est certain que les compositions des plus belles reliures italiennes connues, diffèrent essentiellement dans l'ensemble et dans les détails du style de nos reliures françaises d'alors et n'en approchent même pas pour l'élégance, la grâce et la hardiesse de conception. Les plus beaux livres de Grolier, dont cependant l'origine française n'est pas douteuse, suivant nous, seraient- ils éliminés d'un parallèle à établir, que les volumes, sans le moindre doute reliés à Paris, tels que ceux aux armes de Henri II, suffiraient amplement pour décerner à nos maîtres français la propriété de ce caractère spécial.
Il est à considérer, comme nous l'avons dit dans l'histoire de la Corporation des relieurs, que les doreurs de livres y furent seulement admis dans les dernières années du xvi* siècle et que ce ne fut pas sans peine, puisqu'on leur contesta même assez vivement leurs maîtrises pour l'obtention desquelles ils s'étaient cependant conformés aux formalités exigées. Avant cette époque, ils semblent, ainsi que les gaufreurs, être restés indépendants de la communauté des libraires et relieurs. Ils n'étaient du reste ni très nombreux ni très occupés, car on ne dorait encore très richement que fort peu de livres en dehors des volumes destinés aux princes, aux princesses et h Grolier, à peu près le seul parmi les amateurs qui attachât du prix aux belles reliures. Si, à l'occasion, ces doreurs poussaient en or des filets, des fleurons ou des sujets de milieu, leur rôle toujours assez modeste ne permet guère de croire qu'ils avaient pu acquérir à un haut degré le sentiment de la décoration et l'habileté nécessaire pour rendre ces belles compositions d'un mérite d'exécution égal à celui de l'invention.
Mais il y avait alors une industrie très florissante exercée par des hommes d'un véritable talent et dont les produits d'une grande richesse étaient en général du goût le plus pur : c'était Celle des cuirs dorés. Les procédés de fabrication ne furent pas toujours les mômes et se modifièrent à certaines époques par l'emploi de moyens divers appropriés aux résultats à obtenir. Sans entrer dans des détails historiques et techniques sur cette fabrication, il nous suffira de dire qu'au xvi'' siècle on ne se contentait pas seulement de larges effets en relief ou en creux produits par la simple pression sur une planche de bois gravée, ni des fonds argentés recouverts d'un vernis leur donnant hi teinte dorée et rehaussés de couleurs étendues au pinceau; les cuirs dorés ne servaient pas qu'aux tentures d'appaitemeni, on
les décorait souvent, et suivant l'usage auquel ils étaient destinés, d'ornements en or véritable et parfois d'une finesse extrême. N'en était-il pas ainsi pour les écrins, les gaines, les coffrets à bijoux et autres petits meubles recouverts en peau très en vogue alors et dont les rares spécimens parvenus jusqu'à nous témoignent du soin qu'on mettait à les enjoliver, à les rendre aussi élégants que possible ?
L'artiste se servait alors de la roulette, des poinçons et surtout des petits fers à filets courbes, et c'est après avoir couché son or qu'il poussait avec assurance les filets doubles ou simples des contours, les fleurs, les rosettes et autres motifs de décoration. Supprimant la couche d'or, quand l'effet devait se produire à froid, il procédait de la même manière en employant toujours ces mêmes petits fers.
Cet art comportait, de la part de ceux qui le pratiquaient, des qualités que ne pouvaient avoir les doreurs de livres de ce temps, puisqu'ils ne les eurent jamais à aucune époque que par très rare exception, tandis qu'à en juger par leurs œuvres, les maîtres doreurs sur cuir d'alors, qu'ils les aient exécutées personnellement ou qu'ils n'aient fait que diriger leurs ouvriers, furent certainement des gens de goût, possédant un sentiment très vif de l'art décoratif et doués d'une habileté incontestable.
Enfin, si la surface de dimension restreinte de ces magnifiques reliures dont nous cherchons à connaître les auteurs , exigeait des effets moins larges que ceux nécessités par les tentures d'appartement, leurs compositions ne sont-elles pas exactement, quoique dans des proportions réduites, formées des mômes agencements de lignes et d'entrelacs, des mêmes combinaisons de rinceaux, contournés avec la même grâce, en un mot, d'un style identique à celui de beaucoup de cuirs dorés de la même époque? Ces compartiments de couleurs, traités par la peinture, procédé absolument étranger aux doreurs de livres, et au contraire très familier aux doreurs sur cuir, ne peuventils pas, de plus, donner à penser que ce furent ces derniers qui les exécutèrent après les avoir imaginés eux-mêmes?
Un grand nombre de reliures mosaïques, telles par exemple