‹ Les relieurs françaisChapitre 23 sur 171 · PLANCHE X · texte numérisé non relu

PLANCHE X

RMiure in-8», exécutt^e pour Nicolas Fnmie, évèquo de Beauvais. Fori.l brun avec arabes.|..e> mosaùiuùs en peau brun-rougo filet.-s or. Dessin très pur ot d'une rare dléganc. iUtbi. nat. Expos., n" 491.)

couramment, on y regardait à deux fois avant de l'employer aux reliures. Auguste de Thou, qui cependant n'économisait guère pour sa bibliothèque et possédait beaucoup de volumes habillés en maroquin, en faisait aussi couvrir en vélin blanc et même en basane verte de médiocre qualité.

La dorure sur tranches paraît dater du règne de Louis XII ; on chercha même, dès le début du procédé, à en augmenter encore l'effet par des ornements ciselés au moyen de fers qui, frappés au marteau sur les tranches, s'y imprimaient en creux. C'étaient des guillochis, des arabesques, des emblèmes, et le plus souvent des lettres initiales. Rehaussée quelquefois par des tons de couleurs variées, cette ornementation pouvait plaire à l'état de neuf; mais, avec le temps, la poussière incrustée dans les creux produisait un aspect terne et peu agréable. Le système avait encore pour inconvénient d'obliger à prendre quelque précaution pour tourner les feuillets, qui, pris ensemble par les incisions pratiquées, ne se détachaient pas facilement les uns des autres'. On fera plus tard de nouveaux frais pour l'embellissement des tranches par la ciselure, et cette opération s'appellera : antiquer les tranches.

Le parchemin^ se gondolant facilement sous l'influence de la température, il était indispensable, pour tenir les livres bien fermés, de les attacher, et on le faisait au moyen âge par de simples lanières ou des rubans pour les volumes ordinaires, et par des fermoirs d'argent ou d'or plus ou moins ouvragés pour les livres riches. Cette habitude se conserva assez longtemps même pour les volumes imprimés sur papier ; mais les fermoirs

1. Nous possédons un petit volume à la marque de François 11, portant un F ciselé sur les tranches et dont l'état fatigué indique un usage très fréquent; on risque encore, néanmoins, de déchirer les feuillets en les tournant, si on ne le fait pas avec soin.

2. Nous avons dit, p. 9, que la reliure des livres en parchemin était un travail spécial, que les artisans qui la pratiquaient étaient appelés relieurs de livres en parchemin, et que beaucoup d'enlumineurs, même dans le xvi" siècle, reliaient euxmêmes ou faisaient relier chez eux les manuscrits qu'ils avaient décorés.

du XVI* siècle, quoique assez beaux parfois, n'avaient plus autant (le richesse que ceux du moyen âge adaptés aux manuscrits recouverts de velours, de soie, d'or ou d'argent repoussé et ornés de pierres précieuses. Peu à peu, l'usage s'en perdit, car on comprend que les livres imprimés sur papier, une fois bien battus et bien emboîtés dans leurs châsses, devaient, par cela seul, se maintenir d'eux-mêmes hermétiquement fermés. Les fermoirs, devenus superflus, ne servirent plus que comme motif à enrichissement.

Pour les livres ordinaires toujours reliés en peau de veau, en vélin ou en peau de mouton mise en couleur et appelée basane, les plaques avec sujets en relief, les roulettes gaufrées qui durèrent en Allemagne au delà du xvi'' siècle , avaient été abandonnées d'assez bonne heure en France, où, à partir de looO environ, les reliures d'un usage courant étaient traitées avec la plus grande simplicité. Les plats ne portaient guère que de simples filets à froid sur les bords ou un encadrement intérieur avec fleurons aux coins presque toujours à froid. Quelquefois, ces fleurons de coin, ainsi qu'un sujet de milieu étaient dorés. Les dos, également très simples, le plus souvent sans titre, n'avaient généralement aux entre-nerfs qu'un petit fleuron à froid.

On ne doit pas oublier qu'à une époque où les collections se composaient d'un petit nombre de volumes, ceux-ci portaient leur titre sur le plat des couvertures, parce qu'on les posait à plat dans les bibliothèques ; mais la production de Timprimerie allant toujours en augmentant, il fallut bien, pour épargner la place, aligner les volumes debout ot côte à côte, au lieu de les étaler à plats sur des tablettes inclinées. On inscrivit désormais au dos les titres des ouvrages et l'ornementation de cette partie du volume, quelque peu négligée jusqu'alors, prit une plus grande importance.

Quoique les volumes fussent toujours cousus sur nerfs, ainsi que les ordonnances l'exigeaient, on les couvrait généralement de façon à ce que ces nerfs fussent invisibles, ce qui permettait, sans être gêné par les nerfs en relief, de décorer dans toute sa

hauteur le dos resté uni. Pour les reliures ordinaires, des filets or simples ou doubles et formant encadrement suffisaient avec le titre en tète ; mais pour les dos des livres riches, on imaginait une nouvelle composition d'ensemble s'harmonisant autant que possible avec celle des plats. Ce système excellent, d'une exécution facile, s'il s'agissait de semis et de dessins courants, donnait aussi à l'artiste l'occasion de montrer son talent, quand il lui fallait assortir la décoration du dos avec les plats d'un volume d'une ornementation quelque peu compliquée.

Quant à ce qui est de la façon de la reliure proprement dite, du corps d'ouvrage, suivant l'expression technique, nous devons remarquer que la couture était généralement faite avec soin et solide ; le battage laissait à désirer, de même que l'endossage, lourdement exécuté, n'avait pas l'élasticité suffisante. Aussi les cartons tendent-ils à retomber trop vite sur le livre quand on veut l'entr'ouvrir.

L'ensemble, en somme, s'il est solide, manque de cette délicatesse dans le travail, que nous ne trouverons seulement qu'au commencement du xviii° siècle.

Dans beaucoup de beaux volumes, la coiffe très élevée s'abaissait en pente adoucie sur les bords des plats (voy. pi. II et III) ; mais ce ne fut qu'une exception et à laquelle on renonça, sans doute à raison de l'inconvénient qui en résultait, quand il fallut aligner les livres en rayons dans les bibliothèques.

Les gardes étaient toujours faites de papier blanc. Les reliures, doublées de peau à l'intérieur, sont tellement rares au xvi'^ siècle, qu'on a pu prétendre que celles qui existent ne sont pas authentiques et que ces doublures, formées de plats pris sur d'autres volumes, auraient été appliquées après coup.

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