PLANCHE XXII
Doi-uro de Badier dans lo stylo des cncaclreniciits intrrieurs 'à tilets droits et courbes mais avec les gerbes et coins k palinettes gravés tout au pointilk^ Cette reliure faite pour lo cbovalicr Digby est conservée à la liibl. Mazarine.
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Gerbes, fleurons et coins à palniettes entièrement au pointillé, imitant les bijoux en filij^rane.
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Roulettes de lionlures le plus souvent employées par Florimoud Badier.
Les seuls noms de relieurs que nous ayons cités jusqu'à présent, pour la première moitié du xvu^ siècle, sont ceux du Gascon et de Badier, dont les personnalités très en vue effacent sensiblement celles de leurs confrères. On ne saurait oublier, toutefois parmi ceux qui eurent à cette époque quelque réputation, les relieurs du roi Clovis Eve et Macé Ruette, son successeur, passant pour l'inventeur du papier marbré destiné à remplacer le papier blanc des gardes ', et Pierre Portier, le créateur du parchemin vert naissant. Ils furent dans leur temps très occupés ainsi que les doreurs Gitfard, Clopejau, Pigoreau. Ballagny et Pierre Gaillard; ce dernier s'était même fait une spécialité de la dorure sur parchemin.
Après ces maîtres et vivant en même temps que le Gascon, il y eut encore les relieurs du roi Antoine Ruette, successeur de son père Macé, et Gilles Dubois, qui travailla aussi pour le cardinal de Richelieu, mais surtout Jean Cusson, reconnu, d'après La Caille, pour le plus habile relieur de son temps.
On connaît le travail de quelques-uns de ces maîtres par diverses reliures se composant de simples semis de lettres ou de fleurs de lys, n'ayant, par conséquent, guère d'originalité; mais ne serait-il pas intéressant, d'après l'éloge catégorique de La Caille, de pouvoir juger, sur un spécimen sorti de ses mains, du talent de Jean Cusson et de voir si, contemporain du Gascon et môme de Radier, il les suivit dans leurs manières ou s'en distingua par quelques particularités? Malheureusement, on ne connaît aucune reliure qui puisse lui être attribuée authentiquemcnt.
Après IGoO, Jean Le Mire, Michon, Jérôme Musier, Eloy
1. Ce papier, doat nous avons donné le procédé de fabrication à la biographie de Ruette, s'appelait papier marbre, papier peigne ou à l'aiguille, puis quand on en changea les dessins au xviiie siècle, on le désigna sous le nom de papier à l'esearpot ou torlilloQ.
Levasseur, Roland Houdan et Claude Le Mire, celui-ci relieur du Roi, eurent aussi une certaine vogue, sans cependant arriver à une notoriété égalant celle de Radier, par exemple, qui fut pour cette époque le dernier doreur doué de quelque esprit inventif, capable de créer un genre particulier et typique.
Les livres, à part ceux qu'on décorait encore dans les styles consacrés depuis trente ou quarante ans, s'entouraient simplement de filets ou de bordures plus ou moins riches et ne prenaient guère un caractère distinctif que par les armes de leurs propriétaires placées au centre. Les petits fers gravés au trait et mêlés de pointillé continuèrent à servir pour les entre-nerfs des dos, tandis que l'encadrement, formé de feuilles de chêne s'enroulant sur des branchages, employé surtout parles relieurs du Roi, peut être considéré comme le type le plus à effet du moment. (Voy. pi. xxin.)
A partir des dernières années du xvn'^ siècle et comme pour compenser, dirait-on, cette pénurie d'invention décorative, on se passionna pour les doublures en maroquin, ne se faisant précédemment que par exception. La quantité de volumes, datant de cette époque, doublés et encadrés d'assez jolies dentelles de largeurs variées poussées au moyen d'une roulette est vraiment grande; le goût, du reste, s'en maintint longtemps assez avant dans le xvnf siècle. (Yoy. pi. XXIV.)
Il n'y avait alors qu'un seul relieur jouissant d'une réputation dépassant de beaucoup celle de tous ses confrères et dont le nom se trouvait réellement en vedette : c'était Luc-Antoine Royet, que le Conseil d'Etat, contrairement aux ordonnances défendant d'accorder de nouvelles maîtrises, avait nommé maître peu après 4680, par exception et « pour son mérite ». Ce privilégié était, il est vrai, simplement relieur et nullement doreur. La tradition qui prête à cet artiste une propension marquée pour les reliures unies, le style dit Jansénisle, n'ayant d'or que le titre de l'ouvrage, serait donc d'accord avec les probabilités, car on comprend qu'il ait cherché le plus possible à se passer de collaborateurs, desquels on n'obtient pas toujours ce que l'on veut.
Jusque dans les dix ou quinze premières années duxvni'' siècle,
plan'ciiï: XXIII
Bordure d'un volume aux armes de Louis XIV. (Collcct. de l'auteur.)
les reliures furent donc relativement assez simples; mais il est absolument à remarquer que la qualité du travail d'ensemble, en un mot le me'rite du coiys d'ouvrage, dépasse par sa perfection ce qu'on avait fait jusqu'alors, et que certains types de cette époque pourraient encore servir de modèle aujourd'hui. Il nous a été donné souvent d'avoir entre les mains des volumes de petits et moyens formats à filets sur les bords et à petits fers aux entre-nerfs, par conséquent très simples de dorures, mais dont les châsses basses, le choix du maroquin, la confection de la couture et de l'cndossage ne laissaient absolument rien à désirer. C'était plus un enchantement pour la main que pour les yeux!
Boyet fut sans doute le premier relieur qui s'attacha et réussit à si bien soigner cette façon du corps cVoiivrage. Duseuil, qui s'établit vers 1703, et Antoine-Michel Padeloup, fait maître vers 1712, durent l'imiter de très près et même l'égaler, car leur réputation le dispute à la sienne et leurs noms à tous les trois marchent toujours ensemble.
Il est impossible de se faire une idée exacte du talent de Duseuil: on ne connaît de lui aucune reliure authentique, et de plus on ne sait s'il fut doreur en même temps que relieur, ou s'il ne fut que l'un ou l'autre. Il faut se contenter de savoir qu'il jouissait de son vivant de la plus grande réputation ; mais pour Antoine-Michel Padeloup, c'est tout autre chose. Il était relieur et doreur ; puis il est d'autant plus facile de s'édifier sur ses œuvres qu'il en marquait le plus grand nombre d'une petite étiquette à son nom, ce que ne firent jamais ni Boyet ni Duseuil.
En sa qualité de relieur et doreur tout à la fois, il revenait pour ainsi dire à Padeloup dit le Jeune de chercher à apporter quelques modifications dans les goûts du moment en fait de reliure, et c'est lui, en effet, qui parait avoir été l'initiateur d'un engouement dont la persistance devait se maintenir presque tout lexvm^ siècle. Il s'agit des reliures mosaïques, qu'il pouvait,