PLANCHE XXVII
Reliure mosaï<iue de Jacques-Antoiue Deroine. faisant partie do la collection de M. le baron James de Rothschild.
leurs seuls moyens, ils ont enfanté des compositions bizarres, confuses, naïves ou puériles jusqu'à la niaiserie, et naturellement sans style, comme le plus souvent, hélas ! sans le moindre goût.
Sauf quelques rares reliures, une entre autres, exécutée évidemment sur un assez bon modèle, pour Marie-.losèphe de Saxe et conservée à la Bibliothèque nationale (Expos. n° G.j9. — Voy. fm de la préface), les autres compositions que nous connaissons de ces maîtres font naître la plus vive déception par cette absence vraiment trop complète d'une notion quelconque du dessin.
A défaut des volumes eux-mêmes, et pour que le lecteur puisse se faire une idée de ces mosaïques monnieresques par des types vraiment extraordinaires, nous lui signalerons dans le Bulletin de M. D. Morgand (n° 14, mars 1883) un très beau facsimilé en chromo d'une reliure mosaïque de Lemonnier couvrant une //««Vw^/o^z de IG90; puis dans le Manuel de M. Gruel un non moins exact fac-similé polychrome d'un Daphnis etChloé de 1718. Ces dorures d'une réelle importance sont d'une exécution remarquable : aussi n'en déplore-t-onque davantage qu'elles n'aient pas été poussées sur des compositions mieux dessinées.
En somme, les paysanneries ou les chinoiseries des Lemonnier, malgré ces accumulations débordantes d'animaux, de fleurs et d'oiseaux chimériques, d'attributs champêtres, de rubans, de minarets ou de pavillons chinois qui les couvrent, le Daphnis de Padeloup aux feuillages anti-naturels et leurs similaires ont leur place marquée dans une collection pour y représenter le goût bizarre d'une époque : mais on doit, pensonsnous, les considérer seulement comme des curiosités fort intéressantes et non comme des reliures d'art.
Nous nous sommes conformé à la tradition, basée sur de grandes probabilités, pour admettre que c'est à Padeloup le Jeune que seraient dus l'adoption et le succès des reliures mosaïques du xvni= siècle. Les nombreux volumes décorés dans ce style, marqués à son nom ou portant ses fers habituels, justifient
PLANCHE X.WIII
Kol.urc mosaïque aux armes du Dauphin et de la Dauphine (Mario-Antoi..etie)'couvraat un manuscrit de 1T70 appartenant à M. le l,arou J. Fichon.
176 ÉTUDE sua LES STYLES DE RELIURE.
d'autant mieux cette attribution qu'aucun autre nom de relieur ne se présente à l'esprit pour lui disputer avec vraisemblance le mérite de l'initiative. Mais il n'en est pas tout à fait de même pour une autre création qu'on lui prête également, création d'autant plus intéressante qu'elle a, au point de vue de l'histoire de la décoration des livres au xviii'' siècle, une valeur artistique réelle : nous voulons parler de ces fameuses dentelles à très riches rinceaux, encadrant les volumes avec élégance et formant en somme une ornementation décorative parfaite et du goût le plus pur. C'est le style qui dominera tout le xvui^ siècle et qui doit se classer à côté des entrelacs à feuillages et spirales fleuries, des encadrements intérieurs avec bouquets aux petits fers et des entrelacs avec filigranes.
Il est peut-être de quelque intérêt de rechercher qui fût le créateur de cette admirable décoration, mais il est à craindre de ne pouvoir y réussir et, comme cela nous est arrivé souvent, d'avoir encore à conclure par l'anonymat le plus complet.
Nous avons vu, hélas! que les plus habiles doreurs du moment n'avaient en réalité que de très sommaires notions du dessin, si toutefois ils en avaient les moindres. Appelant à leur aide un dessinateur de profession pour leurs mosaïques, ils auraient dû le faire pour chaque volume, ce qui, avec les outils à graver, les aurait conduits à des frais que les prix qu'on leur payait alors ne leur permettaient vraiment pas de supporter; mais ici il s'agissait d'une combinaison possible, et qui bien comprise devait donner des résultats très variés tout en restant absolument pratique.
On s'adressa donc à un dessinateur de talent, ayant l'esprit inventif et de plus habitué dans ses créations à obéir aux besoins professionnels de l'art pour lequel on sollicitait son inspiration. Ces nécessités pratiques de métier étaient du reste faciles à résoudre, et la seule difficulté consistait à trouver non seulement une jolie composition, d'un effet décoratif certain, mais un ensemble qui permît au doreur de pouvoir former d'autres combinaisons analogues avec les mêmes fers changés de place et disposés différemment.