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SŒURS FRANCISCAINES DE LA PROVIDENCE DU PRADO

Congrégation pour Tœuvre des catéchismes. Maison-mère à Lyon, au Prado, rue Dumoulin, 14.

I. Le P. Chevrier, fondateur de TŒuvre du Prado. — II. Les Franciscaines du Prado et les œuvres.

Le 18 mai 1894, Mgr Coullié, archevêque de Lyon, dans sa visite quMl fit au Prado, ordonna aux prêtres qui dirigent l'œuvre des catéchismes, de préparer le procès de canonisation du P. Chevrier^ et déclara qu*il serait heureux de travailler à cette cause, comme il l'avait fait à Orléans pour Jeanne d'Arc. C'est dire tout de suite l'estime et la vénération que nous devons avoir pour le- fondateur des Franciscaines du Prado.

Antoine Chevrier naquit à Lyon, le 16 avril 1826, jour maintenant consacré par TÉglise à honorer la mémoire de saint Benoît Labre ; il devait mourir, cinquante-trois ans plus tard, à la veille de la fête de saint François d'Assise : ces deux héroïques pauvres forment le cadre de cette vie, qui se résume dans l'amour de Jésus-Christ et de la pauvreté! (i).

Son père était employé de l'octroi, sa mère possédait

I. Nous résumons ici la vie du P. Chevrier, d'après VHisfoîfe écrite par J.-M. Villefranche, 380 pages. — Lyon, librairie Vitte, 3, place Bellecour, 1894.

Il grandit en âge et en vertu. « Aimes-tu beaucoup le bon Dieu ? lui disait-on. — Je Taime grand comme le ciel et la terre. »

Dieu voulut se l'attacher à tout jamais par un bienfait extraordinaire.

Antoine avait neuf ans, et allait à Técole chez les Frères ; dans sa simplicité et^a foi naïve, il s'imaginait que Notre- Seigneur descendaif visiblement sur Tautel, à la messe, au moment de la consécration, mais que le prêtre seul avait la faveur de le contempler, tandis que les fidèles baissaient la tête pour ne pas voir une si grande merveille. Un jour, poussé par une sainte curiosité, il leva la tête en ce moment solennel, et il aperçut, sans étonnement, mais avec admiration, un globe de feu, qui descendait éblouissant sur le calice. Il se prosterna aussitôt, adorant et se reprochant sa témérité, et surtout n'osant pas en parler, si ce n'est plus tard à son directeur. Le souvenir de cette grâce resta toujours gravé dans son âme.

Il fit sa première communion à onze ans, le i6 mars 1837, et dès lors demanda à servir la messe de 5 heures ; quelque temps après, il fut admis à l'école cléricale de Saint- François, où il resta trois ans, faisant la joie de ses condisciples et de ses maîtres par sa piété, son amour du travail et son excellent caractère. Il fut envoyé au séminaire et devint, prêtre le 25 mai 1850. Il fut nommé vicaire à Saint- André de la Guillotière, où il resta sept ans, exerçant, au milieu des pauvres et des ouvriers, un ministère fructueux. Il était vraiment fait pour les malheureux, et ceuxci l'aimaient comme un père.

Sa charité était sans limite. Le bon vicaire avait parmi ses malades un jeune homme atteint de la petite vérole et couvert de pustules, néanmoins il l'embrassait à chaque visite.

Lors des inondations de 1856, l'abbé Chevrier se mit à parcourir en barque les quartiers envahis par l'eau pour porter des vivres aux affamés prisonniers dans leurs maisons. Il ne prit aucun repas, durant deux jours entiers, tout occupé à sa tâche de sauveteur et de porteur de pain.

L'empereur, à son passage à Lyon, lui accorda une men- ' tion honorable insérée au Moniteur,

Un jour qu'il méditait, dans le temps de Noël, sur le mystère de Tlncarnation, il eut de telles lumières sur la pauvreté, que sa résolution fut prise de la pratiquer le plus parfaitement possible toute sa vie, à l'exemple de Notre- Seigneur, et en même temps d'entrer dans le Tiers-Ordre de Saint-François. C'est de cette grâce extraordinaire qu'il faisait dater ce qu'il appelait sa conversion. Dès lors, il avança à grands pas dans le chemin de la sainteté, eut faim et soif de pauvreté et de mortification.

Désirant suivre les conseils 'évangéliques qui constituent . la vie religieuse, et exercer en même temps le ministère paroissial, il alla consulter le curé d*Ars, qui l'encouragea dans son dessein et lui prédit qu'il ferait une abondante moisson d'âmes. A partir de ce jour, une étroite amitié unit ces deux prêtres dévoués. Le vénérable Vianney renvoya même souvent à M. Chevrier des personnes qui venaient le consulter, en leur disant : « Pourquoi venez- vous ici, vous avez un saint à Lyon, allez le voir. >

Après son entrevue, M. Chevrier quitta la paroisse Saint- André, distribua aux miséreux son linge et ses modestes meubles, et devint chapelain de la cité ouvrière de l'Enfant-Jésus, bâtie par un pieux laïque, M. Rambaud, devenu prêtre plus tard. Là, on évangélisait et catéchisait les enfants délaissés. L'instruction de la jeunesse devint l'œuvre de prédilection du P. Chevrier^ c'est ainsi qu'il fut désormais appelé par les enfants et le peuple. Il menait une rude vie. A sa cellule de la cité, il avait pour tout mobilier une paillasse placée sur deux planches, une table formée d'une planche non rabotée reposant sur quatre piquets de bois blanc, et un bureau de même style, surmonté de rayons bruts pour y mettre ses quelques livres.

Il avait pris pour résolution « de renoncer à tout ce qui sent la recherche dans les vêtements, le logement, l'ameublement et la nourriture » .

Un jour qu'il grelottait de froid, on lui fit accepter un manteau, le jour même de Saint-Martin. Ce vêtement de*

vint célèbre parmi les pauvres gens, qui rappelaient le manteau de saint Martin. Quelque malheureux venait-il demander l'aumône ? Si le P. Chevrier n'avait plus d'argent, ce qui arrivait souvent, il donnait son manteau. Le pauvre le portait au Mont-de-Piété, et, après avoir touché une quinzaine de francs, il rapportait la reconnaissance à Taumônier de la cité. Quelque bonne personne le rachetait et le renvoyait à son propriétaire. Quand survenaient de nouveaux miséreux et que le manteau de saint Martin se trouvait en circulation, le Père donnait sa montre, afin qu'elle prît le. même chemin. Dieu seul connaît tous les traits de charité dont il fut lé héros durant son séjour à la cité.

Cependant celle-ci étant devenue exclusivement composée de familles d'ouvriers, le P. Chevrier se sentit inspiré de fonder à l'autre extrémité de la Guillotière son ceuvre de prédilection, l'œuvre des catéchismes pour les enfants abandonnés. Il loua une baraque de la rue Creuzet et y recueillit un enfant qu'il avait vu fouiller dans les balayures des rues et manger gloutonnement des écorces de melon. Bientôt quatre enfants vinrent rejoindre ce premier. On se serrait pour tenir tous dans la pauvre masure ; on y cou. chait côte à côte sur le plancher, en attendant mieux.

Quant aux filles, elles furent recueillies dans une maison bâtie sur l'emplacement de la nouvelle église de Fourvières, et le soin de leur faire le catéchisme fut confié à deux religieuses qui eurent le courage de se consacrer à cette œuvre naissante et sans ressources. Le bon Père les visitait et les confessait.

Cependant la situation de ces deux œuvres identiques, mais éloignées l'une de l'autre et privées de la présence habituelle du fondateur, n'était pas normale, et il fallut songer à les réunir dans un même local.

C'est ce qui se réalisa le lo décembre i86o. Le P. Chevrier put louer, à la Guillotière, dans un des recoins les plus mal famés de ce faubourg populeux, un vaste et méchant bâtiment en briques nommé le PradOy et qui servait de salle de danse, depuis vingt ans, à tous les gens de bas

LES RELIGIEUSES PBANCISC-

étage de ia grande ville. La Provideoci fallait pour meubler la chapelle et la ma

C'est là que s'écoula la plus belle é[ P, Chevrier. C'est là qu'il se sanctifia fois les petits et les malheureux.

Ce vieux Prado délabré avait des attt, pour le cœur du pauvre, « En passant le noircis et branlants, disait le fondateur, Ce prêtre n'est pas logé mieux que me pas d'aller à lui. > Et l'on accourait à lu si bien, si simplement, avec tant de cor d'amour du bon Dieu, que tous les cœ gués. A.U parloir, au confessionnal, à la siégeait littéralement.

Les enfants surtout accouraient, les pa de la première communion.

Quand on demandait au P. Chevrier 1 entrer dans sa Providence, — c'est le r son établissement, — il répondait toujoi ditions sont exigées : ne rien avoir, ne ri valoir. » De fait, il recevait les enfants li les plus méchants, et il disait à ses prètr ressources venaient à manquer, il faudra! les enfants les plus sages et garder les p que ces derniers ont plus que les autri ceuvre. »

< On doit, disait-il, traiter les enfani charité, et ne jamais les frapper. S'ils faut les reprendre avec patience et prit devons être pour les enfants des pères ei

Aussi, comme les enfants aimaient le raient voulu l'avoir toujours au milieu d

Le P. Chevrier avait au cœur un p réaliser avant même l'œuvre des premii "c'était celui de former une communauté la vie religieuse dans l'exercice du m soit libre, soit paroissial. Combien de sortir du séminaire et dans le ministère, (

de ces deux vies : la vie du religieux, la vie de communauté pour rintérieur, la vie du prêtre séculier pour Textérieur ! Le bon Père composa un règlement complet et détaillé pour l'exercice du saint ministère comme il Tentendait; puis ayant été nommé curé du Moulin-à-Vent, paroisse qu'il créa à 2 kilomètres du Prado, il essaya de le mettre en pratique. Pendant les ofâces, on laissait les portes de la cure ouvertes ; personne n'y restait, et l'on trouvait habituellement en rentrant les vivres pour la journée, et souvent pour toute la semaine. Les choses allèrent bien ainsi pendant quatre ans, mais l'abbé Martinet, qui remplissait habituellement les fonctions de curé au nom du P. Chevrier, occupé au Prado, manqua de patience, et obtint, à son insu, la cure du Moulin-à-Vent. La fondation du bon Père n'existait plus ; il offrit au bon Dieu, en cette circonstance, < une des plus grandes croix de sa vie ^.

11 réalisa ensuite son dessein en fondant une école cléricale pour les jeunes gens que Dieu pouvait appeler au sacerdoce, et qui, unis aux prêtres venant de l'extérieur, ont formé l'oeuvre de prêtres séculiers vivant en communauté.

Le zèle du P. Chevrier ne s'enfermait pas dans la zone de ses œuvres. On l'appelait souvent dans les paroisses pour y exercer le saint ministère. Une foule innombrable de Lyonnais et d'étrangers, attirés par la réputation de ses vertus, remplissaient tour à tour le parloir délabré où il donnait ses audiences, entouraient sa chaire et se pressaient à son confessionnal. Tous louaient la sagesse de ses conseils, l'intuition de son intelligence, éclairée par des lumières surnaturelles, le nommaient un nouveau curé d'Ars.

Nous ne rapporterons pas ici les faits miraculeux attribués au bon Père, disons simplement qu'il exorcisa et délivra une vingtaine de personnes possédées du démon. Avec la pauvreté, la charité était sa vertu de prédilection. Il l'exerçait envers tous, même avec les ivrognes.

Un jour, raconte un de ses amis, le Père rencontre un homme titubant et qui allait perdre l'équilibre. Il se précipite pour le recevoir dans ses bras, t Tiens, le Père Chevrier!.., bonjour Père Chevrier », dit alors distinctement

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l'ivrogne. Le Père le remit sur ses jambes et pendant quelques minutes pour voir s'il pouvai continuer sa roule.

Le P. Chevrier mourut le 3 octobre 1879. Ai la nouvelle de son trépas fut connue, la maison f par les fidèles de tous rangs et de tous les âg voulant placer des chapelets et des médailles de ce corps prédestiné à la glorieuse résurrec inhumé dans la chapelle du Prado, au milieu d tance de plus de trois cents prêtres et d'une foi à plus de vingt mille personnes.

Ainsi que nous l'avons dit, quelques pieuses vinrentaider ]eP. Chevrierpour catéchiser les i données; leur nombre alla en augmentant. Dès la fondation, en 1860, elles furent affiliées au T de Saint-François.

Au printemps de 1875, le Père fit un voyage ; à son retour établit un noviciat plus complet. C devint pour le Prado le principe d'une vie toutt

Désormais les religieuses Franciscaines se c avec encore plus de zèle à toutes les œuvres d

Dans les trois maisons de l'institut : Lyon-Pn nesl, Noire-Dame de la Roche, il y a actuellemen rantaine de professes. Le noviciat est placé à L compte une douzaine de novices. Elles observen du Tiers-Ordre séculier de Saint-François avec titutions particulières en rapport avec le but de gation qui est d'aider leurs Pères dans l'évangéli pauvres, des petits et des humbles.

Le costume des Sœurs est des plus simple: camail en serge noir, bonnet noir, point de voili

Les archevêques de Lyon oot toujours favoi tution du P. Chevrier. S. Ém, le cardinal de Bo

béni le berceau de la communauté, S. £m. le cardinal Caverot confia aux disciples du bon Père le pèlerinage de Noire-Dame de la Roche, près Tarare, et S. Em. le cardinal Foulon, Técole cléricale d^Usson (Loire). S. G. Mgr Coullié, en arrivant à Lyon, voulut donner sa première confirmation aux enûmts du Prado (2 octobre 1893).

Voici un tableau rapide de l'état présent de TŒuvre de la Providence du Prado.

Les enfants que Ton prépare à la première communion passent six mois à la maison, où ils sont habillés, nourris et logés gratuitement. On reçoit chaque semestre cinquante garçons et trente-cinq filles. Leur journée est remplie par le catéchisme, Tétude, les exercices religieux et la récréation.

On prépare, en outre, après leur journée, des jeunes gens obligés de subvenir par leur travail aux nécessités de leurs parents, et qui, par conséquent, ne peuvent rester à la maison. Depuis la fondation, des milliers d'enfants ont bénéficié de l'Œuvre, et sont venus y apprendre leurs devoirs de bons chrétiens et de bons citoyens. Les lois scolaires la rendent plus nécessaire et plus opportune que jamais, car, dans les grandes villes surtout, beaucoup d'enfants ne font plus de première communion.

Une Œuvre de persévérance y établie à la maison, reçoit un certain nombre des enfants qui ont fait la première communion. Après le P. Chevrier, on a essayé de les garder complètement à la maison. On les envoyait de là travailler en ville, dans les ateliers et les usines. Mais après une expérience de huit ans, on a dû y renoncer à cause du peu de résultat pratique et aussi parce que cela demandait des ressources considérables. On se contente donc, maintenant, comme à l'origine, de leur trouver des places, puis de les recevoir, le soir, après leur travail, et le dimanche toute la journée.

Le cercUy qui est comme le couronnement de l'Œuvre de persévérance, compte une centaine de grands jeimes gens ou hommes mariés. Il donne depuis plusieurs années des représentations exclusivement religieuses, qui ont fait

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courir tout Lyon. Nous devons signaler f ment les mystères si touchauts de la Pass

On a, en outre, établi plus récemment u peuple, avec un bureau de renseignements

De leur côté, les religieuses franciscaint jeunes filles, après leur première communi< chez des personnes chrétiennes ; et il a été société de persévérance pour celles qui ] dimanche. On y admet aussi d'autres je qui ont besoin de ce secours pour se m bien.

L'Œuvre du patronne des enfants, le j jours de vacances, est plus florissante qi vient jusqu'à cinq cents : deux cents garçt filles.

Enfin, comme le raccommodage du ling afl[aire au Prado, où le vieux abonde plus a établi des ouvroirs, à la maison et en \ charitables s'y réunissent afin de travailler | du bon Dieu.

L'école cléricale sur laquelle repose l'avenir de l'Œuvre, compte environ soi; latin, dix de philosophie, dix grands sém déjà donné à l'Église soixante-dix prêtres e Mgr Pellet, évêque missionnaire de la cô Mgr Guillermin, évêque missionnaire au 1;

Enfin, seize prêtres travaillent aux œuvr blies dans les cinq maisons de l'institut.

Chose merveilleuse, il se fait dans ces ; rite, une iransformadon immédiate et inej gement humain. Quand on voit des enfa ingrates, aux haillons sordides, à peine bercail, prendre des allures convenables, s des exercices réguliers, présenter dans le raie l'aspect d'une communauté pieuse, on i ration.

En résumé, il se trouve actuellement d, Prado de deux cent cinquante à trois cent

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vivent uniquement sur les fonds de la Providence. Il faut, chaque année, pour tout ce monde, des sommes considérables. Point de revenus, aucun fonds constitué, personne ne gagne rien, c Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, le reste vous sera donné par surcroît. »

Les personnes charitables continuent à être les lieutenants de la Providence.

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