‹ Les religions actuelles, leurs doctrines, leur évolution, leur histoireChapitre 1 sur 261 · DU COLLÈGE COLONIAL DE PONDICHÉRY · texte numérisé non relu

DU COLLÈGE COLONIAL DE PONDICHÉRY

En 1855, on avait trouvé aux environs de Pondichéry^ de grandes colonnes monolithes de granit^ enfouies j disait'Ony en 1761 par les Anglais. Décorées de sculptures représentant des divinités hindoues^ elles ornaient j croyait-on^ au dernier siècle, le palais ou plutôt l* hôtel de DupleiXj dans V enceinte du Fort-Louis rasé par les Anglais après la capitulation du \^ janvier 1 761 . Ces monolithes ont été dressés il y a quelques années à l'entrée de la place du Gouvernement j l'ancien emplacement du Fort- Louis j oà ils font paur ainsi dire escorte à la statue de l'ancien Gouverneur qui rêvait pour la France dans Nfide le rôle civilisateur dont après nous s'est emparé r Angleterre : je suis de ceux qui regrettent cet efface-'

ment de la France et qui croient que VInde n'aurait pu que gagner à recevoir son éducation des fils rf^ 1789 au lieu de la subir des Anglais royalistes y religieux et coM" merçants.

Mais y à l^ époque où elles furent découvertes ^ ces colonneSj apportées en ville^ furent couchées sous les arbres qui séparaient la place du cours Chabrol^ où elles restèrent longtemps exposées aux intempéries des moussons et aux injures des passants.

Nous venions Jouer par là presque tous les soirs^ en sortant du collège^ et^ dans notre ardeur déjeunes croyants^ nous prodiguions les outrages et même les coups de pied à ces vieilles idoles qui rCen pouvaient mais^ et qui se corn-portaient avec nos talons un peu comme la lime de Vhorloger avec le serpent de La Fontaine. Nous étions tous imbus des leçons de nos maîtres, les pères missionnaires y qui ne nous ménageaient pas les instructiom religieuses et qui entremêlaient de pieuses lectures les explications grecques et latines. Je me souviens entre autres d'un livre que f ai cherché depuis sans parvenir à le rencontrer , le Don Quichotte philosophe, un monument achevé de sottise et de mauvaise foi, où un certain libre penseur, M. Hablard, cite à tort et à travers Voltaire, Rousseau, Diderot, d^HoU bach, et est toujours honteusement réfuté par de simples paysans ou par des enfants armés de leur catéchisme; pendant qu'il va ainsi discourir à travers champs, sa fille quil a élevée « philosophi/jucment » se fait enlever par un

freluquet^ et le malheureux père rCa â^autre ressource que de se convertir et de pleurer ses égarements.

Mais ce fut vers cette époque que je commençai sérieusement V étude du tamoul ; je ne fis pas de grands progrés avec mon premier maître. Cest seulement avec le dernier^ Aiyâsâmi^ que je fus initié^ quatre ans plus tard^ à Karikal, à la sagesse des vieux Hindous; quoique chrétien^ Aiyâsâmi ne craignit pas de me faire traduire le Râmâyana et les Kur'àl de Tiruva//uva et de m' enseigner chemin faisant les antiques légendes et les hauts faits des dieux du pays. J'appris ainsi à comprendre les sculptures des monolithes que nous nwprisions jadis; à ne m' étonner d'aucune extravagance mystique; enfin à respecter toutes les religions comme des produits spontanés de Vesprit humain dans son évolution constante, mais à les condamner toutes comme prétendant, une fois nées, faire désormais obstacle à cette même évolution.

Cest parce qu'en faisant ce livre ma pensée s'est reportée à cette époque déjà lointaine, que je viens vous le dédier, mes chers condisciples. Le sort nous a dispersés sur toute la surface du globe; plicsieurs d'entre nous ont déjà disparu^ emportés par la maladie et par les hasards implacables de la vie; et de ceux qui restent beaucoup ne se révéreront peut-être jamais. Recevez cet ouvrage comme un souvenir de nos jeux et de nos travaux communs, de nos rivalités scolaires et de noire bonne camaraderie. En vous l'envoyant, il me semble presque me retrouver

moirmême au milieu de vous y dans ce pays où tout est grandy large et beau ; où fai appris à penser et à m* élever hors des sphères étroites de la religion vulgaire; et d^oàfai rapporté P amour de la science^ du travail et de la liberté.

Julien Vinson.

L'Épineite, près Libourne (Gironde), le 22 septembre 1887.

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