Narrative ofa Journey, etc., ch. xxv
vishnouisme, lequel du Teste n'a jamais cessé lui-mêm« d'être à beaucoup d'égards, une religion solaire.
Un système polythéiste même parvenu à un état avancé d'anthropomorphisme, s'il conserve l'unité de ses rites, peut, comme celui du Vêda et de l'Avesta, se passer longtemps d'images. Mais il ne le peut plus, dès que cette unité vient à se briser et qu'à la pluralité des dieux s'ajoute la pluralité des cultes. Aussi les religions néo-brâhmaniques ont-elles été de très bonne heure idolâtres. Dans les écrits les plus récents de la littérature védique, dans les Sûtras et même dans un morceau peu ancien, il est vrai, d'un Brâhmana*, il y a des mentions expresses de temples et d'images des dieux, qui ne peuvent se rapporter qu'à ces religions, car il n'est jamais p^rlé ni des uns ni des autres dans les prescriptions que ces écrits donnent pour leur culte propre, qui est le vieux culte brahmanique. Il y a de même des allusions à des représentations figurées dansPânihi, qu'on place d'ordinaire au quatrième siècle avant Jésus-Christ, et Patanjali, qui est dn deuxième, et qui nous a conservé à cet égard quelques renseignements curieux, mentionne spécialement des idoles de Çiva, de Skanda, de Viçâkha (une forme de Skanda), de Kâçyapa (probablement om dieusolaire^). Ces images étaient en général petites, puisque le nom en était formé à l'aide d'un suffixe diminutif, et que, d'après une glose assez moderne, il est vrai, leurs possesseurs les promenaient parfois de maison en maison et les présentaient contre rétribution aux hommages des fidèles^. Ceux qui faisaient ce métier étaient appelés r/éuato, dêoalakas et, comme tous ceux qui vivaient de ces cultes populaires, ils étaient en butte aux mépris officiels des brahmanes^. De même, les premiers temples étaient simplement des places consacrées par la présence à poste fixe d'une idole, tout au plus des édicuies de la structure la plus primitive, tels qu'on en rencontre encore à chaque pas dans le pays : au premier rang, les Sûtras deGautama citent les carrefours 5. . Et ces- dimensions exiguës sont toujours restées un des caractères distinctifs du temple hindou. Il s'est accru par le dehors ; à l'intérieur il a peu changé. Même plus tard, quand les édifices religieux vinrent à couvrir d'énormes étendues de terrain, et à former parfois des villes
1. L'Adbhutabrâhmana, publié par M. A. Weber ap. Zicei vedische Texte ûber Omina und Portenta. Pour d^autres passages védiques où il est question dUdoIes, cf. ibid., p. 337. On peut y ajouter Gautama IX, 12; 66. Apastamba 1,30,20; 22.
2. A. Weber, Ind, Stud. XIII, 344. De la glose sur Pânini I, 2, 49, et du passage du Mabâbhàrata signalé ibid., p. 346, rapprocher l'érection des « cinq Indras » dont il est question dans Tinscription du pilier de Kahaon, Journal of tlie A^, Soc. of Bengale i, VII, et A. Cunriingham, Arcœological Survpy, t I, p. 94, pi. XXX.
3. Goldstiïcker, '/*4nini, his place in sanskrit Literature, p. 229. On songe involontairement à RV. IV,. 24, 10. — Pour l'âge de Kayata*, Fauteur de la glose, cf. Kielhom, Kâtyâyana and Patanjali^ p. 12; et Bûhler, ap. Journ. of theRoy. As. Soc. Bombay, t. XII, extra number. p. 71.
*4. Gautama XV, 16; XX, I. Manu III, 151, 152, 180; IV, 205. 5. IX, 66.
entières, le sanctuaire proprement dit resta ce qu'il était diabord, une étroite et obscure cella, un devaiâyatana^ le gîte d'un dieu. Ce n'est pas ici le lieu de classer ni de décrire les innombrables images qui formèrent peu à. peu lé panthéon figuré de l'Inde, depuis la pierre informe, barbouillée de vermillon qui se dresse aux abords des villages, jusqu'à l'idole faite d'or massif et toute revêtue de pierreries, qui s'abrite, ou plutôtiqui s'abritait* au fond despagodes.il n'est personne qui n'ait présentes à la mémoire quelques-unes de ces figures souvent colossales, parfois obscènes, toujours monstrueuses, de divinités aux têtes, aux bras, aux jambes*, aux attributs multiples, qui résident dans l'ombre des grands sanctuaires, qui en peuplent les portiques et les parvis, s'étageant parfois jusqu'au faite de leurs» hautes pyramides, productions d'un art étrange, qui semble s'être proposé de réaliser toutes les formes imaginables en dehors des limites du possible et du beau.
Outre les images, il y a des symboles ; en première ligne celui de Çiva, le phallus. Ce dieu est en effet figuré de bien des façons; mais ses véritables idoles Siont les lingas. Les commencements du culte du linga sont obscurs. Creuzer en faisait^ après celui de la triade, la forme religieuse la plus ancienne de rinde2,et il se peut en effet que, comme pratique de fétichisme populaire, il remonte aux temps les plus. reculés. Mais il n'a certainement pas pénétré dans les grandes religions du Vêda, où il y a bien des idées et des rites phalliques 3, mais point de culte du phallus. N'en trouvant pas l'origine dans le Vêda, on la chercha sans raisons suffisantes, tantôt chez les races 'dravidiennes*, tantôt chez les nations occidentales, et jusque chez les Grecs^. Le plus probable estgue les Hindous, une fois en quête de symboles figurés, auront trouvé, celui-ci d'eux-mêmes ; ce qui n'a pas dû être- difficile à un peuple pour qui les noms de a mâle » et de « taureau » étaient depuis longtemps des synonymes de « dieu ». En tout cas, on le voit apparaître en même temps que le çivaïsme. Déjà, dans le Mahâbhârata il est l'emblème de Mahâdêva, etlesPurânas en font l'objet des spéculations les plus bizarres®. Dans les monuments du culte il a soiivent pour support l'organe femelle,
1. Depuis Mahmoud le Ghaznévide, qui pilla Somnâth en 1024, les musulmans ont été de terribles destructeurs d'idoles dans l'Inde. Kutb-Uddm, le conquérant de Delhi (H9i), bâtit sa grande mosquée sur l'emplacement et avec les matériaux de vingt-sept temples païens. A. Cunningham, Archœoto^ gical Survey, I, p. 175.