LES FIGURINES HUMAINES
Ues statuettes de l'ùge quaternaire *^ Les troglodytes auraientils donc préparé ravénement des déesses-mères et préludé aux rites mystérieux de l'Isis égyptienne?... Ne nous lançons pas dans les conjectures. Il nous suffit d'entrevoir que les statuettes ' iilplées par nos ancêtres étaient ordonnées à un but religieux. S'il en est ainsi, on ne voit plus comment l'hypothèse anthropomorphiquc pourrait encore se soutenir. Les plus anciennes liiTurines sont contemporaines de l'aurignacien inférieur (éburnéen de Brassempouy), c'est-à-dire des tout premiers débuts de l'art paléolithique. Et c'est aussi l'époque où le culte des animaux se révèle par les images gravées ou peintes sur les l^^ois des grottes ^^. Et par conséquent la zoolâtrie n'est nuUel^^nt antérieure à l'anthropomorphisme. Ces deux aspects de
É religion quaternaire ne sont pas successifs, ils sont parallèles simultanés. Ils ne rentrent donc pas dans le cadre rigoureu- '^oment évolutionniste qu'on prétend leur imposer.
Bien plus, de même que le culte des animaux est intimement lié à la naissance et au développement de l'art, de même l'an-
11. M. l'abbé Breuil est revenu deux fois sur l'interprétation de la iiesque de Cogul : l" Anthropologie, t. XX, p. 19 : « Il semble bien... lu'il s'agisse d'une danse, ou de quelque cérémonial analogue, où neuf (lames » entoureraient un homme ; on songe à quelque rite d'initia- ^^jn, à une danse du genre de celle que Stow rapporte, de-stinée à ^■ébrer la puissance créatrice de Kaang, où quelque sorcier Bushman, ^Rrsonnifiant le dieu, entouré d'une bande de femmes dansant fréné- ^Ruement, leur imposait, l'une après l'autre, l'acte procréateur ». — ^H/b/d.., t. XXIII, p. 557: « On se souvient que les neuf « dames » ^H Cogul dansent autour d'un tout petit satyre ; diverses personnes ont ^Bis la pensée que sa petitesse dénotait non la peinture d'un homme, ^Bais celle d'une divinité fécondante )>. Cette seconde interprétation qui d'ailleurs ne diffère pas pour le fond de la précédente a été suggérée par la découverte, à la Cueva de la Vieja et à l'abri del Queso, de peintures représentant des personnages qui semblenttenir en l'air, soit une informe statuette (ibid, p. 556, fig. 12), soit un petit bonhomme, très bien fait, probablement encore une statue, (cf. flg. 181,
■^■2. Il n'est d'ailleurs pas impossible que le culte des idoles soit en J^^ation avec le culte des animaux, au moins en certains cas. L'une dfs femmes sculptées sur les bas-reliefs de Laussel, on l'a vu, tient dans sa main droite une corne de bison. Mais la fresque de Cogul autorise à supposer que les rites où interviennent les figures féminines avaient une portée plus large et visaient peut-être à renouveler h fécondité de la nature tout entière.
l.es Relig'ons de la Préliistoirr. 19
thropomorphisme n'en saurait être davantage séparé. Il n'a pu être question d'anthropomorphisme qu' à partir du jour où l'homme apprit le secret de reproduire, par le pinceau ou par le burin, l'image de ses dieux. Avec les figurines aurignaciennes, nous atteignons donc les toutes premières origines de cette cou-
Fig. 143-144. — Dessins exécutés sur le sol de limon desséché dans l'une des galeries, aux parois très surbaissées, de la grotte de Nianx\ (N" 6 du plan, supra^ p. 259). En haut, cheval ; en bas, bison. A noter les cupules creusées dans le flanc des deux animaux. Le poitrail du cheval est percé d'une flèche. Sur le corps du bison, des pointes de flèches aboutissent aux cupules. (Cf. Attthropologie, t. XIX, pp. 42 et 44)^
tume, puisque, avant l'aurignacien, il n'y avait pas encore d'images. Il paraît donc légitime d'affirmer absolument que zoolâtrie n'a point précédé, dans l'histoire des religions, l'anthropomorphisme ; ce sont là deux formes religieuses apparues^ au même moment de la durée.
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A côté de celte première série de représentations humaines, il en est une seconde qui comprend toutes les gravures ou peintures où l'image de l'homme est exécutée, pour ainsi dire, au naturel, c'est-à-dire, sans avoir été modifiée sous l'influence de préoccupations spéciales. Cette série nous apprendra peu de chose au point de vue religieux. Et si nous la mentionnons, c'est surtout parce qu'elle nous fournira tout à l'heure des termes
e comparaison utiles. Du rest€, l'énumération sera brève. On 'citerait peu de dessins qui portent l'image absolument authentique de l'homme.
Pour la commodité de l'exposition, nous distinguerons les
ip^iires i.solées, et les figures qui semblent trahir, de la part (les artistes, l'intention de tracer un ensemble, un tableau plus ou moins rudimentaire.
Il n'est pas absolument exceptionnel de rencontrer des gravures de jambes ou de bras séparés du corps (fig. 182-183, ï». 335). L'idée assurément est plutôt singulière. De quel sentiment procède-t-elle ? C'est là un mystère que nous ne chercherons pas à éclaircir ^^. Au Mas d'Azil, un bois de renne reproduit, en gravure, l'empreinte d'un pied humain. Aux Comharelles (gravures pariétales), à Lourdes (grotte des Espélugues ^*), ce sont des jambes soHtaires. A la Pasiéga, une main neinte est emmanchée à un bras qui se rattache lui-même à un
lorceau d'épaule, sans trace de corps ^^.
Les figures complètes ne sont guère plus fréquentes : on en citerait à peine deux ou trois ; encore en est-il de discutables. A Laugerie-Basse, sur un fragment de bois de renne, on croit distinguer le corps d'une femme ; mais l'auteur de la découverte, M. Massénat, suggère que cette figure pourrait presque aussi bien être celle d'un poisson ". Au Mas d'Azil, sur le revers
13. Rappelons simplement que dans certaines cérémonies d'initiation lUstralienne (cf. supra, ch. v) on voit intervenir le de.ssin de membres "parés.
14. PiF.TTE, L'Art pendant làqr rlii Renne, pi. C, fia. 2. La irravnre sur fragment de pierre), représente un profil de jambe avpr nno prir-
tion du torse.
15. La Pasiega, op. cit., pi. xxv, partie supérieure du complexe n" 75.
16. GiROD, Stations... de la Vézère, Laugerie-Basse,, op. cit., pi. xxxi, n° 1. Cf. Explication des planches, p. 15».
d'un disque à demi-brisé, on aurait identifié les traits d'un homme, assis sur un rocher, et qui paraît manier un arc Hig. 184, p. 337). Si cette lecture était justifiée, on en devrait conclure que l'usage de l'arc n'était pas inconnu à l'époque paléolithique, même dans nos régions françaises. L'archer problématique de Laussel déposerait dans le même sens ^'^ (lig. 176- 179, n° 2, p. 327). Mentionnons encore, à Castillo, de petites peintures schématiques qui semblent être des hommes Hig. 185- 186, p. 339) : et c'est à peu près tout.
En revanche, les figurations humaines associées, soit entre elles, soit avec d'autres objets pour former des sortes de tableaux sont plus nombreuses. A Laugerie-Basse, sur une palme de Renne, une femme en état de grossesse, est foulée aux pieds par un renne dont le corps, s'il fut jamais réprésenté en entier, a presque totalement disparu {fig. 187, p. 341).
Un autre fragment offre un assemblage curieux : un personnage projette en avant deux bras gigantesques, tandis que audessus de lui, s'esquisse un profil de ce qui paraît être un gros poisson. Les deux bras immenses sont peut-être les filets qui servent à capturer l'animal [lig. 188, p. 344).
Mais l'un des tableaux les plus intéressants de cette station est celui qui représente le chasseur d'Aurochs (lig. 189, p. 346). Il est tracé sur un manche d'outil en bois de renne. « L'aurochs a la tête basse, hérissée, volumineuse ; les cornes menaçantes ; les naseaux très ouverts ; la queue relevée et arquée, annonçant bien un bœuf effrayé, s'efforçant d'échapper par la fuite à un ennemi redoutable. L'homme est nu. La tête est bien indiquée ; elle est rejetée en arrière et la physionomie a une certaine expression de joie qui frappe tout d'abord ; les cheveux sont raides et en touffe sur le sommet du front ; le menton est orné d'une barbiche très apparente ; le col un peu long ; la partie du bras, du coude à l'épaule, relativement courte ; les mains mal dessinées ; le bras droit rejeté en arrière semble vouloir lancer un trait dont il est armé et dont on suit la ligne en, avant de la tête, tandis que le bras gauche coudé, se termine] vaguement à la pointe de la queue de l'aurochs ^*. »
La Madeleine, Gourdan et Raymonden ont fourni trois petits] tableautins qui peuvent être utilement rapprochés. A Raymon-