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CHAPITRE DIXIÈME

Extension des coutumes religieuses de l'Age quaternaire.

SOMMAIRE

Les conclitsiona vrécédemmertt acquises ne sont applicables qu'à vne aire géo- (jraphique relativement restreinte. — Le snnt-eUcs à Vuniversalité du monde paléolithique ?

I. — I/UMFORMITK DES COUTUMES RELIGIEUSES, A 1/ ÉPOQUE orATERNAIRE DEMEURE PROBLÉMATIQUE. — La carte du monde paléolithique. — Insuffisance relative du critérium typoloqique. — NécesKÏté de recourir aux critériums habituels : la géologie et la paléontologie. — Difficultés que présente, en dehors de VEurope, Vemvloi de ces deu.v normes.

Le paléolithique dans l'Afrique du nord; —■ en Egypte; — en Afrique australe; — en Palestine et en Syrie; — à Ceylan et à Sumatra; — en Australie et en Tasmauie ; — en Amérique. — Résultats de l'enquête. — Ils ne nous apprennent rien sur les ,idées religieuses des peuplades quaternaires étrangères à l'Europe.

Ijcs vieilles gravures ou peintures rupestres ne sont pas davantage utilisables. — Da»i« l'Afrique du nord les plus anciennes semblent appartenir au néolithique. — Dans l'Afrique australe, les plus vieux dessins exécutés par les liushmen ne remonteraient pas au delà de quatre cents an». — En Australie, on ne peut évaluer l'antiquité des images mpestres.

II. Dans quelle direction se sont faites les migr\tions quaternaires. — Le foyer de Vart paraît être en Europe occidentale. — Mais l'expansion det peuples semble s'être produite d'Orient en Occident.

Indications fournies par les fouilles de Grimaldi. — A Grimaldi, le moustérien est contemporain d'une faune chaude; — la race de Cro-Magnon y est plus ancienne que sur les bords de la Vézère; — Vaurignacien y est moins récent que partout ailleurs en Europe occidentale. — D'où venaient les tribus qui ont peuplé la tiaule f — Relations de l'Italie avec l'Afrique, à l'époque quaternaire. — Vn pont existe alors entre la Tunisie et /n Sicile. — Possibilité d'une migration africaine en Europe par l'Italie. — La migration africaine paraît plutôt venir de l'Orient. Le Ca.ssis rufa de la grotte du Prince. — Mirage oriental et miraqe occidental.

donclusion générale de ce travail. Le peu que nous savons de la religion à l'époque quaternaire. — L'homme paléolithique était religieux. — Il a eu la notion de l'Etre suprême. — Il pratiqua le culte des ainmaux. — Il crut à la survivance. - Ces idées, souvent disparates, ne forment pas un système lié.

Nolro élude sur la religion de l'Age quaternaire serait terminée s'il ne restait à résoudre une dernière et inéluctabh^ question. On a j)u remarquer, en effet, que la base des enquêtes antérieures était, au point de vue géographique, plutùt restreinte. Elle ne dépassait pas une aire comprise entre l'Es-

pagne et l'Autriche, d'une part, l'Angleterre et les rivages français de la Méditerranée, d'autre part. A l'intérieur même de ce domaine, nous avons emprunté la plupart de nos documents aux stations de l'Europe occidentale : l'Espagne, la France, la Belgique et la Suisse. Les inductions peuvent être valables pour l'ensemble de ces pays. Le sont-elles pour l'universalité du monde paléolithique ?

C'est à cette question que nous voudrions répondre, avant de clore ce travail. Il est d'ailleurs facile de formuler à ce sujet le verdict actuel de la science. En réalité, nous allons brièvement le démontrer, il est absolument impossible de décider SI les croyances et les coutumes religieuses, professées ou pratiquées par les troglodytes de l'Europe pléistocène, ont été celles des peuplades disséminées, à la même époque, à travers les autres contrées de la terre. Cette conclusion négative est assurément peu encourageante. Elle vaut la peine d'être établie. Elle fait, une fois de plus, toucher du doigt notre indigence, et, par cela seul, invite à nous mettre en garde contre les généralisations prématurées.

Nous venons de faire allusion à un « monde » paléolithique, dépassant les frontières de l'Europe occidentale et centrale (fig. 240, p. 400). Serait-il donc vrai que, dès les temps géologiques, l'humanité eût déjà envahi une grande partie de notre globe ? S'il en était ainsi, quelle impressionnante antiquité ne conviendrait-il pas d'attribuer à notre race? Le peuplement des continents n'a pu s'accomplir en quelques années, ni même en quelques siècles. Nous en tombons d'accord. Ajoutons cependant que la dispersion des peuples, si vaste qu'on la suppose, ne saurait ébranler le système de chronologie raisonnable que nous adoptions au début de nos recherches. Le temps nécessaire au déplacement des tribus nomades n'échappe pas à tout contrôle. De nos jours encore, certains groupes de Primitifs chasseurs franchissent, en l'espace de quelques mois, des distances de auatre et six cents kilomètres \

1. Le P. Trilles (Totémisme chez les Fân) cite quelques exemples de la rapidité avec laquelle les clans se transportent et s'établissent à des

LE MONDE PALEOLITHIQUE

Cela dit, essayons de dresser, en quelques traits, la carte du Paléolithique, et surtout de déterminer le degré de créance qu'il convient de lui accorder.

De prime abord, l'entreprise paraît toute simple. Les fouilles pratiquées dans le sol de nos pays européens ont permis une classification des instruments, et cette classification, on doit le reconnaître, s'applique à la presque totalité des stations explorées. Elle comporte une série de types, nettement caractérisés. Nous avons appris à discerner, par exemple, un outil chelléen, moustérien, magdalénien. Chacun de ces types correspond à une phase de l'âge quaternaire. Si donc l'on découvre, en Afrique ou en Asie, des instruments dont la forme

Fig. 220-22 1. — Masques des Australiens de Queensland. (Cf. Aliamira, p. 225.)

rappelle à s'y méprendre les pièces européennes, il sera légitime d'admettre que, là aussi, l'homme paléolithique a vécu et que, d'après l'aspect de son outillage, il fut contemporain de telle ou telle phase de l'évolution industrielle en nos contrées.

Si l'on classait, d'après ce principe de similitude, dans les galeries d'un musée unique, les objets recueillis, presque tous les pays du monde seraient représentés dans l'une ou l'autre série. Il y a des silex paléolithiques dans l'Espagne méridionale et en Italie. Il y en a au Maroc, en Algérie, en Tunisie, au Sahara, dans la vallée du Nil et jusque dans l'Afrique australe. Il y en a en Palestine et en Syrie ; à Ceylan, à Suma-

distances très longiies de leur point de départ. Ainsi (p. 123), e le village des Abé, sur la rivière Tsini, à quelque vingt kilomètres de Libreville, avait été conduit par son rhef actuel, lors de sa jeunesse, depuis les sources de l'Aîna jusqu'à remplacement actuel, à 500 kilomètres environ du lieu d'orig^ine ».

:y,)0 KXTKNSION DES COUTUMES RELIG. DE E AGE OLATEHN.

tra ; il y en a en Australie et le sol de l'Amérique du nord en est jonché. Si bien qu'après avoir procédé à ce premier et superficiel inventaire, nous devrions déjà admettre que l'homme quaternaire, entre le chelléen et le magdalénien, avait fait le tour du monde.

Observons toutefois que ce critérium morphologiques se révèle tout à lait insuffisant à dirimer un problème aussi complexe que c(*lui-là. Qu'il y ait entre deux séries de silex découvertes, l'une dans les alluvions de la Somme, l'autre sur les bords d'un fleuve américain, des affinités indéniables, s'en suitil que ces deux séries doivent être strictement datées de la même époque? Point du tout. Aurait-on même écarté l'hypothèse, d'ailleurs soutenable en certains cas, d'une coïncidence fortuite attribuable à l'identité des besoins et des buts qui ont conduit à la confection d'un même type d'outil, il faudrait encore démontrer que la série américaine n'a pas été confectionnée à une époque antérieure ou postérieure à la série européenne. Bref la ressemblance des formes peut créer une présomption en faveur de la contemporanéité des pièces: elle ne donne pas, elle ne ])eiit pas donner toute seule la certitude.

Il y a donc lieu de recourir à im autre critérium. Or ce critérium décisif, c'est la géologie, avec son auxiliaire inséparable, la paléontologie. Aussi longtemps qu'un instrument n'aura pas été daté, d'une manière incontestable, par le terrain où il fut enseveli et par la faune qui l'accompagne, son âge restera douteux, et l'archéologie n'en pourra faire usage qu'avec beaucoup de prudence et de circonspection. Nous retrouvons ici les idées directrices qui ont seni à démontrer l'existence de l'homme quaternaire. Ces idées ont une portée universelle. Qu'il s'agisse de l'Europe, de l'Amérique et de rOcéanie, elles dominent la discussion. Elles assignent aux trouvailles leur valeur scientifique.

Or, il faut avouer qu'en nombre de circonstances, ce critérium géologique et paléontologique ne fonctionne pas ou fonctionne mal, soit parce que les pays auxquels on l'applique ne furent pas directement soumis à l'influence des phénomènes glaciaires, soit parce que les faunes exotiques ne concordent pas avec les faunes de l'Europe pléistocène. Les cas sont rares où l'on peut se prononcer, sans courir le risque d'erreur, sur l'âge des instruments. Et voilà pourquoi la carte du monde paléolithique ressemble et ressemblera longtemps encore à ces

Il MONDi; l'Ai. LOI. niiiori:

vieilles mappemondes où les conlrécs inconnues étaient figurées par (le larges espaces blancs, semés d'indications hypothétiques.

Voici d'abord l'immense continent africain'. Par le nord il

Fig. 222-228. — Tktes anthropoïdes, (i). Font-de-Gaume {Cf. Font-de-Gautne, p. 130). (2 à 7), Combarelles (Cf. Congrès de Monaco, T. I, pp. 412-414).

se tient aux confins de l'Europe. Tout porte à croire (iiir le contre-coup des glaciations Scandinaves, alpestres et pyrénéennes, s'est fait sentir au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Le refroidi-ssemenl qui annonça la dernière période glaciaire Kviirmien), a dû entraîner dans ces contrées certaines transformations de climat rf Hc fniine?. Mais il est diffirile, pour ne

2. Une vue d'ensemble du Paléolithique dans l'Afrique fin Nord a été tracée par M. G.'sell, flistoire ancienne iJr f Afrique (Ut y'nrd, f. I, pp. 177 !i 215. Paris, 1913.

392 EXTENSION DES COUTUMES RELIG. DE l'aGE OUATERN.

pas dire impossible, de mesurer l'amplitude de ces variations climatériques qui peuvent avoir été fort minimes. En fait, d'après M. Boule, « les animaux actuels ressemblent tellement à leurs prédécesseurs quaternaires, que l'étude stratigraphique et chronologique des formations géologiques pléistocènes de l'Algérie rencontre de sérieuses difficultés^. »

Une autre lacune fâcheuse accroît encore le désairoi. Le plus souvent les instruments n'ont pas été ensevelis dans des couches de terrains stratifiées. Ils gisent à fleur de terre et ne sont associés à aucun ossement d'animaux ^. Outils chelléens, acheuléens, moustériens sont mélangés, pêle-mêle, à ce point que l'on peut se demander s'ils n'ont pas été utilisés indifféremment dans le même temps. Seuls les outils moustériens se révèlent assez autonomes pour légitimer une coupure ^. Dans les stations où les observations stratigraphiques sont permises, ils se superposent au chelléen et à l'acheuléen \ Quant aux séries du paléolithique supérieur, ou âge du renne, elles ne correspondent pas adéquatement aux séries européennes^. Le gétulien de M. Pallary, ou capsien inférieur, se rapproche de notre aurignaclen. L'ibéro-maurusien, ou capsien supérieur, se rapproche de notre magdalénien *. Ces analogies ne sont pas fortuites sans doute. Mais en somme ce n'est que par approximation que l'on parvient à établir un synchronisme entre le développement industriel de l'Europe et celui de l'Afrique du Nord. Tout ce que l'on peut avancer, c'est que cette partie du

3. M. Boule, Les Mammifères quaternaires de V Algérie, cï après les travaux de Pomel. Anthropologie, t. x, pp. 563 et suiu. Voir, en particulier, p. 571.

4. Il y a quelques exceptions ; Ternifine (à l'est de Mascara) ; Lac Karar (au nord de Tlemcen ; Aboukir (sud-est dç MostaganemV Cf. GsELL, op. cit., pp. 178-179.

5. « Dans quelques grottes de l'Algérie, des instruments moustériens apparaissent avec une faune quaternaire, et d'ordinaire au-dessous de couches renfermant une industrie néolithique. D'autre part, l'absence d'outils chelléens et acheuléens permet de croire qu'elles sont postérieures à celles dont nous avons parlé précédemment », (c'està-dire celles qui contiennent des outils du type cheliéen et acheuléen)^ GsELL, ibid., p. 184.

6. Maurice Reygasse, Etudes de Palethnologie Maghrébine, Anthropologie, t. XXVII, p. 356.

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