INTRODUCTION XIII
la chasteté ^ Les uns et les autres, parce qu'ils accordent aux rites une importance capitale, reconnaissent l'autorité d'un sacerdoce-; et, parce que leurs rites sont obscurs et symboliques, les prêtres des uns et des autres sont des érudits et des docteurs qui de la piété font une gnose, et de la religion une science^; et, parce que les rites qu'ils dispensent requièrent des mortifications, ils deviennent pour leurs ouailles des directeurs de conscience qui apaisent les remords et rendent la quiétude \ Lorsque, aujourd'hui même, les chrétiens demandent à Dieu le a rafraîchissement )) spirituel de leurs frères défunts irefrigerium) , ils répètent la prière que les Egyptiens adressaient à Osiris pour que l'àme bienheureuse put éternellement se désaltérer aux sources fraîches descliamps d'Ialou^.
* Porphyre : de Abslinentia; Farnell : the évolution of relirjion, 1905, 154 : Plutarque: delside, 2 : Apulée: Mefam.Xl, 6. Isis même se convertit, dans le roman deXénophon d'Ephèse ^vers 280 p. Chr. nat.) elle protège la chasteté de l'héroïne. [Cumont, ll:î-113^.
- Cumont. 52, 6i, 115. Les uns et les autres connaissent des groupements d'ascètes : prophètes, galles, archigalles, métragyrtes, Thérapontes. Ksséniens.
^ Cumont, 40-41. Thot et Bel sont les révélateurs de la science. [Strabon, XVII, 21, XVI. 1 : Pline, H. N. vi, 26, § 121 : cil. Vil, 759: Porphvre : Epist. Aneh. 11 : lamblique: de mysf. Il, 111: Mon. Myst. Mit/ira, I, 312.
*. Cumont, 52.
= Cumont. 124. 280. Ao(t, 70'. ô ' Oij:z:; -h '^o/gÔv Ûoojo. Kaibel : IGSI, 1488, 1705. 1782, 1842. Cf. Corpus 1ns' Sernit, II,' 141 istèle araméenne de Carpentras). — L'expression de « très chers frères » avait cours parmi les fidèles de Jupiter Dolichenus [cil. Vî, 406 = 30758]. — Le motif iconographique de la Vierge portant l'Enfant Jésus dérive du type des déesses-mères, e'est-à-direj
Ici cl là, la morale elles croyances sont pareillement orientées. Faire la volonté de Dieu, c'est la règle de conduite que Sénèque propose à ses lecteurs S aussi bien que V[\uionviVAdapa, et le rédacteur delà Genèse-, etJésus dans YÉvangile. Et c'est un « combat » qu'impose au fidèle devenu un « soldat » celle volonté de Dieu, selon Milbra et selon Jésus \ Car, Mazdéens et Cbréliens s'accordent à cet égard, un Esprit mauvais s'oppose dans le monde au règne de la justice et du bien : ici Ahriman, là Satané Et les fidèles, dans leur
peut-ôlrc. crisis et Ilorus [Revue d'hisfoire et de lilie'rature relif/ieuses, 4902, 366]. L'art chrétien, chacun l'accorde, est sorti de l'art païen. — Gevaert a montré l'influence de la musique païenne sur la musique chrétienne [d'après C. Bellaigue : Revue des deux Mondes, lu septembre 1907, p. 449-450].
* De Providentia, V, 5-6. C'est la fameuse prière de Démétrius: « Hoc unum de vobis. di immortales, queri possum, quod non ante mihi voluntatem vestram notam fecistis. Prior enim ad isia venissem ad quaî nunc vocatus adsum. Vulfis liberos sumere ? vobis illos sustuli. Vultis aliquani partem corporis "? sumite... Nihil cogor. nihil patior invitus, nec servio Deo, sed adsentior. » <( Si l'on veut comparer cette prière au Suscipe de saint Ignace, la belle effusion qui termine le livre des exercices spirituels, on sera étonné de la ressemblance des deu.x morceaux. » C'est un jésuite qui parle, le R. P. Delehaye: Légendes hagiof/vaphiques, ilO, note. Et il garantit qu'il n'y a ])as ici intluence directe de Sénèque.
- Cf. infra p. 222. Dhormes : Choix- de textes religieux assyrohahijloniens. Paris, 4907, 155-157; Genèse,Z. — S. Mathieu, 6, 10. — Mithra. aussi, impose à ses fidèles ses ivToXa»!.
•''Gumont.XllI-XIY. 18'3-184: S. Reinach: laMorale du Mithràismc [Cultes, Mythes et Religions, II, i90ti. i.'20] : A. Ilarnack : Militia Christ i. Tubingen, 4905.
* Bousset. Die Religion des ludentums im neufestamenf lichen Zeitalter, 483. La question des rapports du Judaïsme et du Mazdéisme est très délicate en raison de l'incertitude où l'on est de la date de l'Avesta.
INTRODUCTIOX XV
lutte contre ses ministres et contre lui, s'appuient sur le secours d'êtres divins, yazatas, démons ou anges', comme aussi sur la bénédiction de leurs protecteurs particuliers, génies domestiques, dieux locaux ou martyrs".— Ciux^tiens et Syriens adorent également « une divinité unique, toute puissante, éternelle, universelle, ineffable" » et très sainte. La Trinité que prêche rÉglise rappelle les triades chères aux théologiens de la Chaldée ' et de l'Egypte : Tune et les autres expriment la richesse infinie de VVAvc ineffable. Cet Être a un vicaire — quePhilon et les chrétiens appellent le Verbe — ici Shou ou Mardouk % là Jésus. Jésus a été conçu, comme Persée ou Hermès, dans le sein d'une vierge ^ ; comme Apollon et llorus, Pio.mulus et Rëmus, il a, dans son enfance, miraculeusement échappé à la mort" ; il
* Plutarque: de Iside. 46; Arnobe, IV, 12: Laciance: Insl. die, II.9.1o;ps.-Iamblique : de Myst.. \\\, 31; Cumont, 184 et o0.5-3U7: article Anrjélolor/ie dans le Dictionnaire de théologie catholique; Hild : les Démons ; Zeller : Philosophie dev Griechen, \\ JS8.
-Cf. notre Chrislianisafion des foules, 3" éd., 1907, Paris; Lucius : Die Anfdnge des HeiligenkaUs. Tuhingen, 1904, et, quant à Finfluencedes légendes païennes sur les légendes chrétiennes, Delehaye : op. laiid.
■' Cumont, 161, 137. 230. Cf. le texte de Maxime de Madaiire, vers 390, P. L. 33, 82 (et 313). Pour le stoïcien Boethus [Zeller, ni. 1. 33*], Dieu est transcendant au monde [ii« s. av. J.-C.].
^ Cf. infra p. 33, 35, 105.
^ Cf. infni p. 41, 108.
•* La remarque est de saint Justin : première Apol. 21-22 [Pautigny, 42-46]. — Cf. Celse, dans Origène:co«^mC'e/A7on. 1,37. — Holtzmann : Lehrbuch der neulestamentliclien Théologie, 1 (I897j, 409.
' Gunkel: Zum religionsgeschichflichen Versfd/idniss des nei/en Testaments. Gottingen, 1903. p. G9.
est mort et il est ressuscité, comme Osiris et comme Adonis ; pour les chrétiens comme pour les mystes d'Attis, sa résurrection est le gage de la nôtre ^. La résurrection de Jésus et la résurrection de Tammouz marquent également le début du printemps ^ ; comme Osiris et Dionysos, Jésus est par excellence le Sauveur-; et la misère humaine qu'il a détruite, Chrétiens et Orphiques s'entendent là-dessus, était la conséquence d'une très ancienne l'autel On sait du reste que l'idcMj d'une révolte des hommes contre les dieux est commune aux Egyptiens, aux Ghaldéens^ et aux Juifs ; que les hdèles de lahvé et les adorateurs de Thot attribuent la création du monde au prononcé d'une toulepuissante parole ; que l'angélologie, la démonologie et l'eschatologie d'Israël présentent des points de contact très particuliers avec les doctrines de Babylone et de la Perse ^ Et l'on sait encore que lahvé leTrès-Haut recruta des prosélytes parmi toutes les nations païennes, surtout, semble-t-ib i)armi les mystes de Sabazius etdAt-
' Cf. infra : Cumont, 09-73, \t\. Gunkcl ; Zum relif/ionsgeschichl. Vers!, 8i.
- Gunkel, p. 71).
■■' Cf. Wendlaïul : Zeilschri/'l /itr neulesl. \Visf>., V. 1904. 'àbb. Comparer surloul à cet égard Jésus cl Mithra.
' Cf. infra p. li>8.
" Les Chaldéens el les Juifs, peul-ètre même les Egyptiens, connaissent un déluge vengeur du ciel.
Les points de contact de l'histoire de la tour de Babel et de l'histoire des Titans sont relevés depuis longtemps [Philon : tle confusione linfjuarum, I, 40o. Mangey d'après Tauchnitz. — Voir Odf/ssée. XI, 315, et Genèse, 11. Jules Martin : P/iilon, 27].
"^ Voir riiisloiic de répo(iue syncrétisle.
INTRUDL'CTIUN XVII
lis ; que beaucoup de Juil's, :i la suite dllermippe, d'Aristoboiile et de Philon, tentèrent d'accorder la sao-esse de Moïse et la sagesse de la Grèce ; et que le Gnosticisme eniin exprime avec ampleur un "Tand travail de conciliation judéo-païenne.
Le Judéo-Christianisme se présente donc au regard sous les traits d'un syncrétisme ^
Lhistorien ni le théologien ne peuvent s'en montrer surpris. Les âmes qui embrassaient la « bonne nouvelle » avaient été façonnées par une longue tradition religieuse. Le monde était très vieux lorsqu'il entendit prècherles apôtres; si vieux, que beaucoup croyaient sa lin toute proche. Les apôtres refoulaient certaines tendances, ils en exaltaient certaines autres. On ne peut pas envisager leur action indépendamment des forces qui la secondèrent ou des réactions quelle provoqua. Pour comprendre les unes et les autres, l'historien doit les rattacher à ces traditions et à ces tendances du monde païen et du monde juif -. Il est vrai de dire que, en un sens, le Christianisme est sorti de terre.
' Cf. Hermann Gunkel : Zam religionsgeschichllicfien Vevstandniss des neuen Testaments Gôttingen, 1903 ; Clemen : Die reli- Qioîisgeschichttic/ie Méthode in der Tlteolor/ie. Giessen, 1904: GelTcken : Ans der Werdezeit des Christentams . Leipzig, 1904 : Harnack. : Ausbreitung des Cfiristenti/ms. 2* édition, 1906. Noter un mot curieux de saint Basile sur Tutilité de comparer les religions, rappelé dans Max Millier : Essais sur lliist. des religions, 3" éd., p. XIX.
- Et. lorsqu'il n'y a pas coïncidence de mouvements spontanés et distincts, c'est donc que l'un copie l'autre. Le fait s'explique historiquement avec i)lus d'aisance encore.
XVIII LE l'ASSK CIll'.liTlEX
Est-ce à dire qu'il ne soil pas descciulu du ciol ? La lutte doctrinale du Christianisme contre le Gnosticisme montre quils ne sont ))as identiques. PareilliMiient, la ![î^uerre de iKtat romain contre l'Église chrétienne ])rouve que les conditions de la vie dans Tempire ne suifisentpas à exj)liqueria nature de la vie chrétienne dans Ib^glise. Le Christianisme est une doctrine enveloppée dans une histoire très particulière : cela ne se retrouve nulle part ailleurs. Tous les rites, toutes les croyances qui lui sont communs avec les religions païennes sont môles ici d'inepties et d'ohscénités ; ils s'organisent, là, pour former la doctrine la plus haute, la plus pure et tout ensemble la plus logique et la plus une qu'on ait constatée jamais'. L'Église catholique a rejeté le fidéisme exaspéré qui inspire les doctrines de Luther et de Calvin, de Baïus et de Jansénius et maintenu que la nature humaine, dans son état actuel, est capable de (pielque bien, que la loi de Dieu est gravée dans la conscience, que Dieu peut même donner un secours surnaturel aux païens indépendamment des sacrements ecclésiastiques : « l'identité des instincts religieux ('naturels) auxquels les diverses religions doi-
* Do Bi'(»i4:lie : Vrohlèmes et conclusions de Vhisloive des reUgions. Paris, 4« éd., p. 292. « llassembler tout ce qu'il y a do bon dans los diverses religions ne serait rien, si ces divers éléments n'étaient associés ensemble avec ordre et unité, s'ils ne formaient (|u*un chaos et non une harmonie'. Si, on effet, los éléments des diverses religions étaient ainsi asseml)Iés péle-mélo. l'œuvre formée do la sorte serait incohérente et pleine de contradictions... », p. 292, Cf. p. 20U.