SCÈNE VI
Les Même?, ADÈLE.
M. FRANÇOIS, à Adèle, à gauche.
Eh bien, la jeunesse, on travaille toujours?
ADÈLE, très jeune, très fraîche, très gaie,
amoureuse et malicieuse ijendant toute la scène.
Vous voyez, monsieur François.
M. FRANÇOIS
.J'ai une place pour toi, ma belle.
ADÈLE
Mais je n'en cherche pas, monsieur François.
LES ke.mi'Lai;ante^ 29
M. FKA.NÇOIS
Cne bonne place.
ADÈLE
Je n'en veux pas, monsieur François.
M. FRANÇOIS
Qu"est-ce que lu vas faire ici toute seule ?
ADELE
Je ne serai pas toute seule, je vais me marier.
M. FRANÇOIS
Toi aussi; il n'y a pas à dire, elles sont enragées.' Mais le métier va devenir impossible. Si ça continue, avant deux ans. on ne trouvera plus une fille-mère dans tout le département î... Et avec qui vas-tu te marier ?
ADÈLE
Tiens 1 Avec le fils Bordin.
M. FRANÇOIS
Il ne veut pas de toi.
Que si.
M. FRANÇOIS
Les parents ne consentiront pas.
ADÈLE
Que si.
M. FRANÇOIS
Il va épouser la fille Claudet.
ADKLE
Que non.
M. FRANÇOIS
Le père et la mère Bordin ont donc changé d'avis ?
ADÈLE
Dès quon a su que bientôt je pourrais être nourrice, tout le monde a changé d'avis, monsieur François. Avant, les garçons me regardaient bien un peu, mais pas un ne pensait au mariage, ils disaient tous : « Cette petite maigrichonne-là, elle ne sera pas capable de rien rapportera son mari, n Ça m'agaçait d'entendre dire cela..
M. FRANÇOIS
Alors, lu tes mis en tète de leur prouver qu'ils avaient tort.
Naturellement, monsieur François
M. FRANÇOIS
Et tu y es arrivée ?
ADÈLE
Facilement, monsieur François. Alors, quand ils ont vu cela, et que j'engraissais et que je devenais plus avenante, ils voulaient tous se marier avec moi.
M. FRANÇOIS
Tu as eu l'embarras du choix.
ADÈLE
Que non, monsieur François.
M, FRANÇOL*
Gomment cela !
ADÈLE
Lorsqu'ils ont appris que je ne voulais pas aller faire une nourriture à Paris, ils ont tous disparu.
M. FRANÇOIS
Naturellement.
ADÈLE
Excepté un.
Le tïls Bordin ?
ADÈLE
Le Hls Bordin.
M. FRAxNÇOIS
Cest un serin.
ADÈLE
Je ne pense pas, monsieur François...
M. FRANÇOIS
Comment allez-vous vivre ?
ADÈLE
Nous prendrons un ou deux enfants de l'hospice.
M. FRANÇOIS
On n'en donne pas dans la conunune.
ADELE
Je le sais bien... Nous irons demeurer à deux lieues d'ici, à Margny.
M FRANÇOIS
Tu étais bête dans le temps, tu as changé.
ADÈLE
«Trace à Bordin, monsieur Krancois.
Qu"est-ce qui le les fera avoir, les enfants de "hospice?
ADÈLE
M. Corbet. le député... Bordin est allé le trouver.
M. FRANÇOLS
Allons, il n'y a rien à faire avec toi. Dis donc ! Quand tu auras une maison, il faudra t'assurer contre lincendie.
ADÈLE
J"y pensais.
M. FRANÇOLS
Tu sais que je représente la meilleure compagnie de France... Si tu ne veux pas avoir d'ennuis avec les inspecteurs des enfants assistés, je ne te conseille pas de l'adresser à d'autre qu'à moi.
ADÈLE
Soyez tranquille, monsieur François.
LES REMPLAÇAMES 33
M. FRA.NÇOIS
Et je te garderai une pièce de vin pour ton entrée en ménage.
ADÈLE
C'est que nous ne sommes pas riches.