ACTE PREMIER
langue à un bon docteur, et tu seras très petit garçon, comme les autres.
BERTRY
Ça ne prouverait rien ! Autrefois, les malades priaient Dieu de les guérir ; maintenant qu'ils ne croient plus à Dieu, ils croient à la science, plus que vous n'y croyez vous-mêmes, et c'est vous qui avez hérité delà puissance des prêtres.
LE DOCTEUR
A-t-on perdu au change ?
BERTRY
Je le crois... ils donnaient...
Oh ! oh I... ils donnaient !...
BERTRY
Ils « vendaient », si vous voulez, l'espérance dans une vie future, moins triste que celle-ci... Vous, vous êtes les m.inistres de cette déesse de déception qui s'appelle la science !... La médecine...
LE DOCTEUR
Ne dis pas de mal de la médecine... Elle a des martyrs...
BERTRY
Pas autant que de victimes!
LE DOCTEUR
Elle a des héros...
BERTRY
Je le sais aussi bien que toi ; mais pour un Claude Bernard, un Pasteur ou un docteur Roux, que la renommée va chercher malgré lui, dans son laboratoire, pour un certain nombre d'entre vous qui sont modestes et apitoyés, il y en a trop... d'autres... assoiffés de réclame et dépourvus d'humanité 1... Je dis que vous semez la terreur par vos découvertes de maladies nouvelles, par vos descriptions, vos prescriptions et vos menaces. Vous rapetissez les caractères en développant dans de gigantesques proportions la peur de la mort. Vous empoisonnez tous nos plaisirs, tous nos actes, toute notre vie...
LE DOCTEUR
Nos clients ne disent pas cela...
Vos clients !... Je les connais !... Je le connais votre client fidèle ; il sue l'effroi par tous les pores, il promène, tout entortillé de flanelle comme un cheval de course malade, une existence ratatinée et souffreteuse... Il vous consulte pour savoir quand et comment il doit manger, boire, dormir et même aimer... Vous avez venté la peur des microbes...
LE DOCTEUR
Ça vaut bien la peur de l'enfer 1