P LA .N CHUT
Et puis moi, je serai là.
46 LES REMPLAÇAMES
LAZAHE'ITl-:
Oui... mais on in"a dit que le biberuu...
LE l'ÈKE l'LA.XCIlnT
Avec quoi donc que j'ai été élevé, moi? J'ai soixante-dix ans, et je ne crains personne pour la santé.
LAZAHETTI-:
Je veux rester avec mon petit.
LE l'ÈKE PLA.XCIIUT
Oui. (.4 son fils.) Alors, c'est elle qui dit « je veux » dans ton ménage, espèce de Nicodème I
l'LA.NCllUT
Lazarette, c'est pas à toi de dire « je veux. »
LE PÈKE PLA.NCIIOT
Si c'est pas à elle, c'est à toi de le dire, à moins que tu ne sois aussi bête qu'un Parisien devant les femmes.
PLA.NCHOT, à Lazfireltc.
Tu devrais accepter ce qu on te propose.
LAZA BETTE
Non.
LE PÈRE PLANCHOT
Elle ne te l'envoie pas dire, ta princesse, mon pauvre moutard.
LES hi:.\ipla(;am'es 47
i'i,A.\cii(»T, n fjizarellc.
.l'ai ruminé tout ça depuis laiilO>l. Il faut que tu ailles à Paris. [Sanx énerfik.) Je le veux, là !
Li; l'ÈHi: i'i.AM.Udï, rifuitaiil.
T'as des façons de dire « je veux ! » Mets-toi à genoux, pendant que tu y es. Je vas lui parler, moi... Dites donc, la belle, combien que vous avez eu, en vous mariant?
LAZAHEITE
Vous le savez bien.
LE PÈRE l'LANCIloT
Dites-le tout de même.
LAZAKEÏTE
Kien.
LE 'PÈRE PLANCHOT
Il n"a pas fallu de charrette jiour amener votre butin, ni de sacoche pour mettre vos louis d'or. Vous êtes arrivée avec ce que vous aviez sur le dos. C'est y vrai ?
lazari:tte Oui.
le père PLAiNCHOT Eh bien ?
[Silence.)
LAZARETTE
Quoi... Parlez...
LE PÈRE PLANCUOT
Eh ben ? Ça ne vous a pas étonnée que moi, qu'aime mon gars, je lui donne mon consentement à se marier avec vous... lui qui avait quinze cents francs et du linge, et deux costumes de dimanche, et tout ce qu"il faut?
LAZARETTE
Je ne sais [)as...
LE PÈRE PLANCHOT
Je me suis dit : Voilà une iille qui n'est pas une beauté, elle n"a pas un rouge liard, mais elle a dans la frimousse un je ne sais pas quoi qui plaira aux Parisiens ; elle a Tair futé, elle nous gagnera des sous. [A son fils.) C'est-y vrai, Planchot, que je t'ai dit ça?...
PLANCUOT
Uui, c'est vrai.
LE PÈRE PLAXCHOT
A votre premier enfant, je me suis déjà douté que j'étais refait. Vous avez été malade — comme une dame, s'il vous plaît — ce nigaudlà vous a soutenue... enfin, c'a été une nourriture de perdue. Cette fois, vous êtes bien portante. Alors, moi je vous dis que si vous ne voulez pas en profiter, vous êtes une vilaine engeance.
LAZARETTE
Mon Dieu 1 Est-ce que vous m'aviez dit ça, à moi, que vous comptiez là-dessus.
LE PÈRE PLANCHOT
Je ne vous l'ai point dit ?... D'abord... c'est-y sur que je ne vous l'ai point dit ?... Mais quand même... je veux bien. Je suis t'y un imbécile ou un père qui n'a pas de souci de son fils et qui l'aurait laissé faire son malheur en épousant une fille sans argent ?
LAZARETTE
L'argent ! l'argent ! Ah ! ça vous tient, l'argent ! Vous ne vivez que pour ça, vous ne pensez qu'à ça !.. . Pour en avoir un peu plus, vous vendriez tout, jusqu'à la santé des petits... Vous dites que dans mon pays on vaut moins que chez vous. Eh bien, ça n'est pas vrai.
PLANCHOT
Dis-donc, tu ne vas pas parler comme ca !... Tu m'entends.
Laisse-moi tranquille, toi... Tu veux faire le maître parce que ton père est là... Tu ne m'empêcheras pas de dire que dans mon pays, les femmes gardent leur &ein pour leurs petits. Elles ne vont pas porter tout à Paris, à des enfants de
bourgeois, en abandonnant ceux qu'elles ont faits. Les filles, chez nous, quand on les marie, ne sont pas comme des femelles d'animal qu'on mène au mâle pour tirer profit de leur lait... L'argent ! vous n'avez que ce mot-là à la bouche, l'argent! Vous me reprochez de n'être pas d'ici, eh bien, maintenant que je vois tout ça, j'en suis orgueilleuse...
l'LANCHOT
Lazarette, tu vas te taire.
LAZARETTE
Tu ne vaux pas mieux que les autres, toi... Je t'aimais bien, je t'avais dans le sang, avant de nous marier... eh bien, parole, si j'avais su que tu ne m'épousais que dans l'espoir que je te rapporterais de l'argent en me louant, en me cédant à d'autres, même siça expose notre enfant à la mort, je t'aurais laissé où tu étais, toi et tes quinze cents francs!... On dit qu'à Paris il y a des hommes qui vivent aux crochets des femmes, vous êtes pareils.
PLANCIIOT
Tu vas te taire ! tu vas te taire !
LAZARETTE
Oui, vous êtes pareils!... L'argent! T'aimes mieux l'argent que ta femme, t'aimes mieux l'argent que ton gosse... Tout le monde est
LKS REMPLAÇANTES 51
comme toi, ici... Il n'y a qu'à voir voir votre cimetière, il est plein de toutes petites croix, sur des tombes grandes comme des berceaux ! J'en ai un là-bas... et vous voulez... {Les xanglols Vempêchenl de continuer.)
PLANCHOT, émxi malgré lui.
Allons, pleure pas comme ça, voyons... Te voilà bien avancée de te mettre dans un état pareil... Tu dis des choses, je ne sais pas oîv tu vas les chercher... Puisqu'on te jure qu'il sera bien soigné, allons, comme si c'était par toi...
LAZARETTE, effondrée.
Si j'en étais bien sûre, mais là bien sûre...
LE PÈRE PLANCHOT, troublé.
.le vous dis que vous nous prenez pour des sauvages.. . ! Je ne sais pas ce que nous avons fait, mais vous ne pouvez pas nous voir. Vous m'avez parlé, là, tout à l'heure, comme personne ne m'a parlé... Eh bien, je vous donne le pardon, parce que c'est par amitié pour votre petit que vous disiez toutes ces bêtises.
PLANCHOT
Tu vois bien que le père est bon... qu'il te comprend... Hein?
LAZARETTE, dans les larmes.
Je ne dis pas non...
l'LANCnOT
T'as eu raison de lui dire des mots comme ça, dis? t'as eu raison...?
Non, je n'ai pas eu raison... je le sais bien...
PLANCHOT
Alors ?
LE PÈRE PLANCHOT
Si c'était pour aller en Amérique, je comprendrais. Mais Paris, ça n'est pas si loin... Si jamais il lui arrivait la plus petite des choses, au mioche, est-ce qu'on regarderait à vous envoyer une dépêche pour vous faire venir... Croyezvous donc que je ne l'aime pas, moi aussi, ce gamin -là !
PLANCHOT
Si tu refuses, qu'est-ce qu'on pensera de toi dans le pays... On dira... on dira... des choses vilaines...
LAZARETTE
Allons... Puisqu'il le faut, j'irai...
LE PÈRE PLANCHOT
Vous pouviez pas dire ça tout de suite, plutôt que de vous faire du mal à pleurer comme une fontaine...
LAZARETTE
Mais vous en aurez bien soin, n'est-ce pas...
Vous le soignerez bien... Il a déjà ses petites habitudes... Il faudra... il faudra... Mon gosse ! mon gosse ! mon pauvre petit gosse ! [Elle sort C)i sraiglolant.)
PLANCHOT, qui l'a suivie des yeux.
C'est une bonne femme tout de même.
LE PÈRE PLANCHOT
Oui. C'est une bonne femme... Va la consoler... Dis-y encore qu'il ne manquera de rien, foi de Planchot. Dis-y qu'elle mette un tablier propre et un bonnet, qu'elle soit avenante pour les bourgeois qui vont arriver. Qu'elle accepte tout... Et puis, pour l'argent, elle dira que c'est avec nous qu'ils faut qu'ils s'entendent, ça vaut mieux, pas vrai ?
PLANCHOT
Oui, père.
LE PÈRE PLANCHOT
Maintenant, pour qu'on ne soit pas embêté avec la loi, il faudra qu'elle dise que nous gardons ton mioche pour rien. Comme ça, les médecins inspecteurs ne seront pas toujours sur notre dos... Seulement, combien quelle nous donnera?
PLANCHOT
Je ne sais pas, ce que vous vous voudrez.
LE PÈRE PLANCHOT
11 y en a qui donnent vingt-cinq francs... mais c'est pas assez pour qu'un enfant soit bien soigné.
PLA.NCHOT
On vous en donnera trente.
LE PÈRE PLAiNCUOT
Pour bien faire... mais alors, là... bien ; pour le nourrir... y donner du lait tant qu'il en voudra, et puis plus tard, des bonnes bouillies... y fourrer tous les médicaments, faire venir le médecin... le tenir bien propre... Ça coûte, tout ça, tu sais. Nous n'avons point de vache... le lait, le savon, et tout ce qui est besoin... faudrait presque compter jusqu'à trente-cinq francs.
PLANCUOT
Je le dirai à Lazarette. . .
LE PERD PLANCIIOT
Oui, mais explique lui bien tout ce que ça coûte...
PLANCIIOT
Oui.
LE PÈRE PLANCIIOT
Et dis-y qu'elle soit avenante avec les bourgeois, Iiein ?
l'LANClInT, surlUill.
Oui. pci'c.
LE l'ÈHE l'LA.NClloT, sriil.
Voilà une bonne jouinée de gagnée. [liiilrc !<• IJ' h'iclinii. deux médecin de canipaijne.)
SCÈiNE X LE l'ÈRE PLA.NCHUT, LE D' lUCHU.N