‹ Les remplaçantes; pièce en trois actesChapitre 20 sur 46 · SCÈNE XI LP: \)' lilCHO.N, LE I)' TIHEIXE · texte numérisé non relu

SCÈNE XI LP: \)' lilCHO.N, LE I)' TIHEIXE

LE D'' KICUON

Je me présente moi-même, monsieur el cher confrère... Modeste praticien de campagne...

LE D'' TIKELLE

M. le D'' Riclion ?... Enchanté, mon cher confrère... Je vous ai prié de venir pour vous demander des renseignements sur la femme Plancliot, que nous examinerons tout à l'heure, d'ailleurs.

LE D'" RICHON

Ils sont excellents à tous points de vue.

LE 1>' TIKELLE

Primipare ?

LE D' KICUON

Secondipare.

LE D'' TIHELLE

Tant mieux .

LE D'' HICHON

Le premier enfant, mort d'accident.

LE D'' TIRELLE

Très bien. Parfait. Antériorités?

LE n'' KicnoN Très bonnes.

oS Li:S REMPLAÇANTES

LE D'' TIRELLE

Très bien... Ouf! il fait chaud dans votre patelin. Ça va, la clientèle?

LE D'' RlCllO.N

Peu.

LE D'' TIRELLE

C'est comme partout. Il y a trop de médecins et pas assez de malades. Si nous pouvons remmener la nourrice, ma cliente va être contente.

LE n'' RICHON

Elle est trop faible pour nourir elle-iTième ?...

LE D'' TIRELLE

Elle est un peu faible, en effet, et sur sa demande, j'ai déconseillé l'allaitement. Mais nous avons affaire à un nourrisson de six mois, dont la nourrice est part'ie subitement. {Passe, au fond, un pauvre homme dont la moitié de la figure est cachée par un bandeau noir. Le D'' Tirelle le remarque.)

LE D'' RICIION

Très bien.

LE D'' TIRELLE .

Elles allaitent elles-mêmes, ici, les bourgeoises?

LE D'' lUCUON

Je ne permettrais pas à une de mes clientes de faire autrement.

LES RL;M^LA(;A^TLS oO

LE l)"" ÏIIŒLLE

filn province, oui... mais à Paris.

LE !»'■ HICIIUN

Je sais bien... Cependant, à Paris, on y fuit les enfants de la même manière qu'à la campagne.

LE D'' TIRELLE

Oui et non. Mais ça serait trop long à vous expliquer. Voyez-vous, mon cher confrère, une femme un peu répandue dans le monde, a des devoirs vis-à-vis de ce monde, vis-à-vis d'ellemême, vis-à-vis de son mari, si vous voulez. L'allaitement, c'est la claustration forcée pendant un an. Vous ne pouvez raisonnablement pas demander cela à une femme jolie, spirituelle, ambitieuse... On n'a pas le droit d'exiger d'elle le sacrifice de sa jeunesse et de sa beauté parce qu"un hasard malheureux l'a rendue mère...

LE D"" RicnoN

Du moment qu'à Paris on appelle ça un hasard malheureux...

LE D'' TIRELLE

Evidemment ici, c'est le contraire. Un enfant, c'est un gagne-pain. Toutes les femmes vont à Paris pour être nourrices n'est-ce pas ?

LE D'' RICIION

Presque toutes. Les autres prennent en garde les enfants que FAssistance publique leur envoie, les petits abandonnés. Ce pays est entretenu par la misère et le vice de Paris.

LE D'" ïiRELLE, Comme à lui-même.

Je m'étais toujours douté que le vice devait avoir du bon ..

LE n'' RICHON

Comment, monsieur?

LE D"" TIRELLE

Je dis cela pour plaisanter, mon cher confrère. Alors ici, vous avez peu de malades?

LE D'' RlCllON

Nous n'avons guère que les enfants. Ceux des nourrices sur lieu... et les autres. Nos paysannes à force de considérer l'enfant comme un gagnepain, ont perdu pour la plupart l'instinct de la maternité. Hier, une de ces malheureuses, fatiguée de voir ses petits s'en aller, me disait en' pleurant : « Mais enfin, monsieur, les médecins ne pourraient donc pas trouver le moyen de donner du lait à une femme sans qu'elle ait besoin d'avoir un enfant? «

LE D'' ÏIRELLE

Ça, c'est amusant... {liegardanl au loin.)

Arrivent-ils, avec leur teuf-teuf?... Qu'est-ce que c'est que ce mendiant que je vois là-bas, et qui a passé là tout à l'heure, avec un bandeau noir sur la figure.

LE D'' RICHON

Une victime.

LE D' TIMELLE

Je ne comprends pas.

LE D'' RTCHON

Vous y tenez? EIi bien, voici. Un nourrisson de l'Assistance publique était atteint par hérédité, de la plus redoutée des maladies contagieuses. Vous savez laquelle. L'enfant l'a communiquée à la nourrice. Une gerçure du sein a suffi. L'homme qui vient de passer, c'est le mari de cette nourrice. Il paraît soixante ans, et n'en a pas quarante. Ses enfants sont contaminés également. Lui, il est perdu... Et malgré les examens les plus attentifs, un danger semblable plane sur toutes les maisons de nos campagnes...

LE n'' KJtELLE

Mais ceux à qui pareil maHuMu- an-i\e, on doit les couvrir d'or.

LE D'" RICHON

Oui?,.. Eh bien, savez-vous ce qu'on a fait

pour le malheureuN que vous venez de voir et qui sera aveugle dans six mois ? Le directeur de FAgence, le médecin inspecteur sont allés, au début, trouver la nourrice, ils lui ont dit que ce n'était rien, qu'on la soignerait gratuitement. Puis, comme elle était dans la misère, car elle ne pouvait plus exercer son métier, on lui a donné de^ix cents francs, en lui faisant signer une renonciation à tous ses droits. C'est avec deux cents francs que l'Assistance publique paye la sanlé d'une famille qu'elle a empoisonnée. Et le directeur de l'Agence qui a fait cela est bien noté par ses chefs parce qu'il sait éviter des ennuis à l'administration !

LE rt'' TiHELLE. sans accent.

C'est épouvantal)le.

LE DOCTEIR RICllON

.le n'ai pas dit le contraire.

LE DOCTEUR TIRELLE

Ah! je les entends!... Alors, vous dites, secondipare, premier enfant mort d'accident, saine...

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