SCÈNE VI
MADAME DUBOIS, MADAME DENISART, 2mis DENISART
MADAME DUBOiS
Je trouve que tu n'es pas assez sévère avec Nounou.
MADAME DENISART
J'ai tellement peur qu'elle nous quitte comme la première. {Entre Denisart, une dépêche à la main.)
DENISART
Nounou est partie?
MADAME DENISART
A l'instant... Tiens... on entend la voiture s'en aller?
DENTSART
Une dépèche pour elle.
MADAME DUBOIS teuclaiil la main, lisant la siiscriplion.
Voyons. « Madame Planchot. » Qu'est-ce que ça peut bien être?
MADAME DENISART
Encore une tuile.
DENISART
Oh ! pourquoi ..
Ces gens là n'envoient pas des dépèches pour rien.
MADAME DEMSART
Evidemment. Ce doit être grave.
MADAME DUBOIS, elle a jjins la dépêche et Venir ouvre, On ne peut rien voir.
DEMSART
Nous saurons bien ce qiïB c'est quand elle rentrera.
MADAME DEMSART
C'est peut-être très pressé.
DEMSART
Si on savait ça, on irait la lui porter... J'irais comme en me promenant aux Tuileries... Je sais où elle s'assied d'habitude...
MADAME DENISART
Oui. Je lui ai bien recommandé de se tenir toujours à la même place.
DEXISART
Et je reviendrais tout de suite vous dire ce qu'il en est.
MADAME DEiMSARÏ
Nous serions ainsi tranquillisés... Il est évident que je ne pourrais pas rester deux heures sans savoir...
DEMSART
Alors, j'y vais?...
MADAME DUBOIS
Et si c'est une très mauvaise nouvelle... Cette fille est très impressionnable.
MADAME DEMSART
C'est peut-être son mari qui est mort?
DEMSART
Oui. Nous avons reçu une lettre tantôt... Il était tombé, il s'était foulé le pied droit.
MADAME DEMSART
C'est cela. Je suis certaine que c'est cela... Il aura eu des lésions internes, dont il ne s'était pas aperçu d'abord...
DENISART
C'est très vraisemblable.
MADAME DENISART
I^auvre femme !
MADAME DUBOIS
11 n'y a pas qu'elle, à plaindre... Dans tous les cas, il serait tout à fait imprudent d'aller lui porter cette dépèche... pendant qu'elle a l'enfant sur les bras. Elle peut s'évanouir, avoir une crise de nerfs.
MADAME DENISART
D'autant plus qu'elle aime beaucoup son mari.
MADAME DUBOIS
Vous voyez bébé au milieu de tout cela.
DENISART
Alors, que faire?
MADAME DE.MSAKÏ
Après tout, ce n'est peut-être pas ce que nous pensons.
MADAME DUBOIS
Il n'y a qu'un moyen, ouvrir la dépêche...
DENISART, hésitant.
Oh!
MADAME DUBOIS
Mais dans l'intérêt même de Nounou. Ces paysans ne sont pas de fins diplomates... Si c'est une très mauvaise nouvelle, ils l'auront annoncée brutalement : « Mari décédé », ou
quelque chose d'approchant. Nous, nous saurons la lui apprendre avec ménagement... on lui dira d'abord qu'il est un peu malade.
MADAME DENISART
Maman a raison.
MADAME DUBOIS
Si ce n'est pas important. Nounou ne nous en voudra pas de l'avoir lue. Si c'est grave, pour son bien, il vaut mieux que nous en prenions connaissance avant elle.
MADAME DEMSART
D'ailleurs, Nounou n'a pas de secrets pour moi. Elle me montre toutes les lettres qu'elle reçoit de son pays.
MADAME DUBOIS
Nous devons agir envers elle un peu comme des parents, comme des tuteurs...
MADAME DEMSART
Je me rappelle justement un sermon du Père Espérance sur les devoirs des maîtres à l'égard des domestiques. Il disait qu'il fallait les traiter comme faisant partie de la famille...
DEMSART
Alors, nous l'ouvrons ?
MADAME DUBOIS
Oui.
l.i:S HEMI'LAÇANTCS 07
MADAME DENISART
Oui. [Un silence.)
DEMSART. après acoir lu.
« Enfanl pas bien. »
MADAME DL'iiois, de uième.
« Enfant pas Lien. Planchot. » [Entre Edmond. ()n cache précipitamment la dépêche.)
MADAME DENISART
Qii'esl-ce que c'est?
EDMOND
Je venais demander à madame...
MADAME DENISART
Toul à riieure. [Edmond sort.)
DENISAlîT.
11 faut envoyer chercher Nounou.
MADAME DENISART
Damo... Sans lui dire pourquoi.
DEMSART
Oui... sous un prétexte quelconque.
MADAME DENISART
Et nous lui apprendrons la chose tout doucement... Elle pourra prendre un train ce soir.
DENISART
Voilà toul...
98 LES REMPLACAiNTES
MADAME DUBOIS
Et Bébé ?... vous êtes extraordinaires 1 Je crois que vous portez plus d'intérêt à cette femme qu'à votre enfant ! La première chose à faire^ c'est de chercher une autre nourrice. Quand vous l'aurez trouvée, lorsque la vie de votre enfant sera assurée, alors, vous pourrez envoyer Nounou auprès du sien.
DENIS ART
Jamais nous ne trouverons le temps d'aller chercher le docteur, de courir avec lui au bureau de nourrices, de. prendre les renseignements indispensables avant le départ du train.
MADAME DEMSARÏ
Quel ennui !
DENIS ART
Quel ennui !
MADAME DUBOIS
Vous me disiez tout à l'heure que vous aviez reçu une lettre de son mari.
DENISART
Oui.
MADAME DUBOIS
A quelle heure ?
DENISART
Il y a une heure environ.
MADAME DL'IiOlS
Cette lettre a donc été expédiée ce matin ou hier soir, au plus tard ?
DENISART
Oui.
Est-il question d'une maladie de fenfant ?
MADAME DE.MSART
Il n'y a pas un mot à ce sujet... Mais je sais que Nounou a dit aux parents de son mari de lui télégraphier à la moindre indisposition de son bébé...
MADAME DUBOIS
Ah ! mais voilà qui change la question du tout au tout... Comment, tu sais cela et tu nous laisses dans Témotion où tu nous vois !... Mais si Nounou a dit aux parents de son mari de lui télégraphier à la moindre indisposition de son bébé...
DE.MSART
Evidemment, la situation n'est plus la même.
MADAME DUBOIS
N'est-ce pas?...
DEMSART
Voilà ce qu'on pourrait faire : télégraphier au mari : « Donnez immédiatement détails sur maladie enfant. Signé, Denisart. »
100 LES lŒMl'LAÇAlNTES
MADAME DENISART
Réponse payée...
DEMSARÏ
C'est cela, réponse payée !
Réponse payée ! cela arrangera tout...
MADAME DENISART
Oui, c'est la meilleure ligne de conduite.
DENISART
Tout est concilié : les intérêts de Tenfant, de la nourrice et ceux du nôtre.
MADAME DUBOIS
Nous faisons notre devoir des deux côtés.
MADAME DENISART
Je suis enchantée que nous ayons trouvé cette solution. J'ai un poids de moins sur la conscience.
MADAME DUBOIS
Et nous attendrons la réponse pour donner cette dépèche à Nounou, afin de ne pas l'alarmer inutilement.
MADAME DENISART
C'est cela...
DENISART
C'est cela.
EDMii.ND, (uinunranl.
M. le docteur Ti relie.
Li:s hi:;3ii>la(,;ames 101
MADAME nUIiOIS
Voilà lo monde qui arrive. . venez avec moi, André, nous allons rédiger ensemble ce télégramme. \Ah docteur.) Nous sommes à vous, mon cher doctour. [Elle ^orl avec Denisarl .)