‹ Les remplaçantes; pièce en trois actesChapitre 45 sur 46 · LAZARE 1 TE · texte numérisé non relu

LAZARE 1 TE

C'est inutile.

LE PÈRE PLANCHOT

Alors, vous vous sauvez de chez les gens sans sans rien dire, comme une voleuse!...

LAZARETTE

Une voleuse, moi !

LE PÈRE PLANCHOT

Dame?... A moins qu'ils aient menti... Ils m'ont dit que vous étiez partie de chez eux avec tons vos affutiaux de nourrice... Alors ils disent que si vous ne voulez pas revenir, ils les enverront chercher par les gendarmes.

LAZARETTE, récoltéo.

Les gendarmes!... Les gendarmes ici 1... Ils disent ça!... ils disent ça!... Ah! les sales gens! Tenez ! [Allant chercher le paquet et le sortant de l'armoire.) Les voilà, leurs afl'aires, on leur z'y enverra...

LE PÈRE PLANCHOT

Vous les quittez comme ça?... ^

LAZARETTE

Oui... Après ce qu'ils m'ont fait.

LE PÈRE PLANCHOT

Oui, ils m'ont tout raconté... Il va bien notre gars, pas vrai?... Alors... si vous les aviez écoutés, vous auriez économisé la dépense du

voyage... Voilà dos gens qui ont eu des bontés pour vous...

LAZA}{ETTE

Alil

LE l'ÈHE l'LANCllOT

C'est pas vrai?

LAZAHETTE

Si.

LE PÈKE PLAXCHOÏ

Alors?

LAZAHETTE

Us ont eu des bontés pour moi comme vous en avez pour vos bestiaux.

le' père l'LA.NCllOT

Vous abandonnerez votre petit nourrisson?

LAZARETTE

C'est pas les nourrices qui manquent.

LE PÈRE PLANCHOT

Vous n'avez pas de cœur...

LAZARETTE

C'est quand j'ai laissé mon enfant pour aller soigner un étranger, qu'on aurait dû me dire ça.

LE PÈRE PLANCnOT

Ça, cest des idées de communard, des histoires, des contes, delà berlue I... Est-ce qu'une dame peut nourrir elle-même ! Est-ce f^ue ça s'est jamais vu?...

160 LES hemi'LA(;antes

LAZARETTE

>'on, non, je sais bien. C'est pas assez chic pour elles ! Elles ont peui- de s'abîmer la poitrine, elles veulent se la garder belle, pour pouvoir aller au bal. Oui, je sais... Elles la montrent tant qu'elles peuvent : il n'y aura bientôt plus que leurs enfants qui ne l'auront jamais vue.

LE PÈRE PLAXCnOT

Enfin, ils sont dans l'embarras, vos bourgeois.

LAZARETTE

Qu'ils prennent la fille Ménard.

LE PÈRE PLANCHOT

Ils ne veulent pas d'une fille.

LAZARETTE

C'est vrai ! Ils disent que c'est encourager le vice! Ils aiment mieux séparer la femme d'avec le mari et détruire une famille.

LE PÈRE PLANCHOT

Y a rien à lui dire... {A son fils.] Us conviennent que tu doist'ennuyer tout seul... ils ne demandent pas mieux que de donner un peu plus, pour que tu puisses, de temps en temps, aller faire une partie au cabaret...

LAZARETTE

Ça, c'est plus fort!... Pour me décider, ils vont donner à mon homme de quoi se débaucher tout à fait.

LES nr.MI'L.VcANlKS Ifil

LE PÈRE l'LANCIlOT

Ce n'est pas à vous que je parle, c'est à Plancliot.

PLANCUOT

Moi, je ne veux plus qu'elle retourne chez des bourgeois.

LE PÈRE PLANCUOT

Tu ne veux plus! C'est ce que nous verrons.

PLANCUOT

C'est tout vu.

LE PÈRE PLANCUOT

Quoi?

PLANCUOT

Je dis que c'est tout vu... Je ne veux pas qu'elle fasse comme madame Ghapois ou comme madame Jubier, et qu'un jour, en revenant de Paris, elle ait pris les habitudes de la ville et qu'elle méprise la campagne, et qu'elle ne me trouve plu§ assez bien, et qu'elle aime mieux son petit bourgeois que son petit à elle. Ça arrive, ça, et souvent... Je te dis, je ne veux plus qu'elle me quitte...

LE PÈRE PLANCUOT

Alors !...

PLANCUOT

C'est pas la peine que tu dises rien... Je ne

suis plus un gamin et maintenant, je veux être maître chez moi, comme toi^ tu es le maître chez toi.

LE PÈRE PLANCUOT, après un long regard.

C'est bon... Du moment que tu me parles comme ça, c'est bon... Seulement, après que vous nous aurez repris votre petit... avec quoi que nous mangerons, nous, les vieux ? [Pleurnichant.) Les quarante francs par mois qu'elle nous envoyait... il ne nous en restait presque rien, ça c'est vrai... presque rien... rien... quoi!... mais tout de même, ça nous aidait à vivre... Maintenant, nous allons être forcés d'aller mendier, ou d'aller mourir à l'hospice... Et quand je pense que t'as eu quinze cents francs en te mariant, et du linge.

• LAZARETTE

Allons, père, vous savez bien qu'on ne vous laissera pas dans le besoin... Et s'il le faut, on vous les rendra, vos quinze cents francs. [Regard de Planchai.) Mais réfléchissez donc. Mais regardez donc ce qu'il devient, votre village, et tout le pays, à force d'envoyer des nourrices <à la ville...

LE PÈRE PLANCHOT

Moi, je ne vois qu'une chose... Nous sommes sur la paille... sur la paille... comme des che-

LES REMPLAÇANTES UV-i

mineaux... Un fils à qui jai donné quinze cents francs en le mariant... quinze cents francs !... Avec ça, nous aurions de quoi vivre jusqu'à la tin de nos jours sans rien demander à personne...

LAZARETTE

Je vous dis qu'on vous les rendra... N'estce pas Planchot ?

l'LANCHOT

On les rendra... On les rendra... {A non père.) On vous donnera tout ce qu'il vous faut, mais on ne les rendra pas...

LE PÈRE PLANCnOT

T'es un fils dénaturé!... Après tout ce que j'ai fait pour toi...

PLANCHOT timide el grave.

Si on parlait... peut-être que moi et tous les autres qui sont comme moi, nous n'aurions pas que des remercîments à faire à nos parents... Si je suis mal fichu, si je suis malade tout le temps, depuis que je l'ai été si fort lorsque j'étais tout petit, c'est peut-être bien parce que maman n'était pas là pour me soigner... C'est vrai ce qu'elle dit, la femme, qu'il en meurt beaucoup, des petits; mais les autres, ils ne sont pas .toujours ni aussi bien portants — ni

ir>4 LES HEMI'LAÇANTES

d'aussi braves gens que si on les avait bien soignés et bien élevés... Le petit Joseph, est-ce que tu crois qu'il aurait fini en prison si sa mère avait été là pour Tempêcher de courir les rues pendant que son père était au cabaret?... Et les cousines Garboin, rappelle-toi I... Et toutes les filles qui restent seules avec leurs pères... Rappelle-toi... C'est quelquefois des choses à ne pas dire qui se passent... Et les deux filles de ma tante Marie qui a demeuré si longtemps à Paris comme nourrice sèche, tu sais ce qu'elles sont devenues, ses deux filles... La ville les a prises et en a fait de pauvres malheureuses vilaines femmes. Je te dis : vous ne faites pas seulement du mal aux petits de chez nous qui s'en vont... vous faites du mal aussi à ceux qui restent.

LE PÈRE PLANCHOT

Moi, je ne vois qu'une chose... Nous sommes sur la paille... Et si les bourgeois nous envoient les gendarmes!... Jamais un Planchot... {Entre Bichon.)

LES REMPLAÇANTES lOo

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