Le ms. donne adulatoriam. Cf. plus loin, p.3ao, n. i
2 . Fr. Schulte, Die Gcschichte der Quellen etc., t. I, p.'i3a.
THÉOLOGIES OPPOSÉES DE RUFIN ET DE GÀNDULPH. 3i7
écrit : « Cependant ce ne sont pas seulement les deux canonistes ci-dessus nommés qui appartiennent à cette école, mais encore un autre, dont le nom n’est pas moins souvent nommé que celui de Roland : c’est Gandulph, que nos modernes canonistes connaissent seulement par des citations tirées d’écrivains étrangers, mais pas par des livres. On n’avait aucune idée que ce canoniste était également théologien, à Bologne, où il n’a pas enseigné beaucoup plus tard que Roland 1 . »
Le Père Denifle signale ensuite quatre manuscrits des Senientiae de Gandulph. Le malheur a voulu que ces quatre manuscrits appartinssent à un seul fonds, la bibliothèque nationale de Turin. Ils ont disparu dans l’incendie du début de 1904 2 . Les Sententiae de Gandulph ne sont plus connues aujourd’hui que par un extrait ou Flores Sententiarum Magistri Gandulphi , lequel a été signalé aussi par le P. Denifle, dans un manuscrit de Bamberg 3 . La lecture de ce résumé confirme pleinement l’appréciation du P. Denifle : « Gandulph porte, à la vérité, dans ses Sentences (qui ne trahissent pas une grande spéculation, mais de grandes connaissances patristiques, dans la manière des Sentences plus anciennes) plus d’une opinion singulière; mais il est, si je ne me suis pas trompé, en dehors du cercle d’idées abélardiennes 4 . »
A quelle époque Gandulph a-t-il enseigné à Bologne? Sur ce point, M. Schulte et le P. Denifle sont d’un avis différent. Tandis que le premier 5 , s’appuyant sur certaines expressions de la Summa Decreti d’Huguccio, est d’avis que Gandulph a été le maître d’Huguccio, le P. Denifle trouve que ces conclusions dépassent les textes allégués, et comme on l’a vu plus haut, il admet que Gandulph « n’a pas enseigné beaucoup plus tard que Roland. » Ces deux appréciations sont difficilement conciliables, car Roland ayant terminé sa carrière d’enseignement vers 1 i 5 o, et Huguccio, la sienne en 1 190, il reste quarante années pour les deux professorats successifs de Gandulph et d’Huguccio. C’est beaucoup. Mais ne pourrait-on pas trouver, dans
1. Archiu für Literatur und Kirchengeschichte des Miftelalters, t. I (i885), p. 6a 1 et suiv.
a. Du moins ils ne figurent pas dans VInventario dei Codici super stiti. C’est donc qu’ils sont dans un état qui les rend inutilisables.
3. (/est le manuscrit B. IV. 29 de la Bibliothèque royale de Bamberg. Les Flores sententiarum se trouvent fol. ia6"b-i4a' b.
4. Archiv fur Literatur und Kirchengeschichte des Mitielalters, 1. 1, p. 6aa.
5. Fr. Schulte, Die Geschichtc der Quellen etc., t. I, p. i56, n. a.
318 LA THÉOLOGIE DE L’ÉCOLE DE BOLOGNE
les œuvres de Gandulph, quelque indice de l’époque où il enseignait ?
Dans les Sententiae , il y a une pensée dePetrus Manducator 1 . C’est là un indice qu’on ne peut négliger. Le P. Denifle l’écarte, parce qu’il admet que les Flores senientiarum du manuscrit de Bamberg donnent, avec le texte de Gandulph, des additions faites par des auteurs subséquents. Mais sur quelle preuve se fonde ce sentiment? On n’en donne aucune. Or a priori et en l’absence de toute raison contraire, on doit admettre que les Flores sententiarum donnent exclusivement des extraits de Gandulph. On voit comment cette citation de Petrus Manducator est de nature à fortifier lç sens que M. Schulte reconnaissait à certains passages d’Huguccio. Petrus Manducator a été chancelier de l’École de Paris de 1 164-68 à 1 178 2 . Par suite Gandulph pouvait fort bien le citer vers 1170, et avoir été le maître d’Huguccio.
Ces inductions sont encore vérifiées par ce fait que la Summa Lipsiensis cite, comme autorités principales, Jean de Faenza et Gandulph. Dans des thèses importantes, ces autorités sont souvent citées en faveur de conclusions opposées, et c'est l’avis de Gandulph qui est suivi. Or un ouvrage inédit, dont il va être question, résume la discussion d’un système de Jean de Faenza faite par Gandulph. Tout cela s’explique ainsi : Jean et Gandulph étaient contemporains. Chacun d’eux a écrit une Summa Decreti y mais celle de Jean a paru la première et cite Gandulph au moins une fois. Quant à la Summa Gandulphi , elle discutait les opinions de Jean. C’est de cet ouvrage que se servaient et l’auteur de la Summa Lipsiensis , et l’auteùr de l’ouvrage inédit dont il va être question tout de suite.
Un manuscrit de la Bibliothèque royale de Bamberg contient un traité assez étendu auquel M. Schulte a donné le titre : Am nymi quaestiones decre taies adcompilationem I compositae c. a.
1. Cod. B. IY. 29 de la Bibliothèque royale de Bamberg, Flores sententiarum Magistri Gandulfi, fol. i3i "a : «Petrus Manducator, in sermone cui inicium est Oiu habitat in adiutorio Altissimi etc. Notandum quod novissima carnis nostre sint quinquc, materia vilis, actus humilie, ingressus flebilis, status difficilis, [fol. i3i"d] egressus horribilis. » Ce texte se trouve dans Pétri Comestokis Sermones, P. L., t. CXCVIII, col. 1757.
2. Petrus Manducator (Comestor) apparaît dans les actes comme chancelier de rUnivcrsité de Paris, de 1168 ù 1178. Son prédécesseur Odo signe un acte, en 1164. Ces renseignements sont tirés de H. Deniflk et E. Châtelain, Char tutarium Universitatis Parisicnsis, t. I, p. 8 (Paris, 1889).
1190 LM. Schulte place la composition de cet ouvrage peu d’années après 1190 : « L’auteur possède une formation juridique étendue. Son écrit est précieux et fournit les discussions les plus complètes de ce temps-là, sur les questions traitées 1 2 . » Quel était cet auteur ? M. Schulte a négligé d’étudier la question. Voici un élément d’information. L’auteur écrivait en France; il se demande si une concession faite par l’évêque de Paris est valable pour les diocésains de Chartres 3 4 5 . D’autre part il connaissait très bien la littérature de l’école de Bologne, et spécialement Gandulph et Jean de Faenza.
Voici ce qu’on lit dans le manuscrit. L’auteur rapporte d’abord l’opinion de Jean de Faenza, d’après lequel l’Eucharistie ne peut pas être consacrée par les prêtres hérétiques qui ont le pouvoir d’ordre. Il ajoute : « Opinioni G. in hoc et in premissis consentimus ut generaliter sive heretici sive depositi si confitiant et in forma, verum esse corpus Christi, sic et si ordinenl veritatem ordinis collati habereL » Quel est l’auteur désigné par l’initiale G.? Ce signe désigne d’ordinaire Gandulph, dans les gloses et les Summae Decretfî. Cette raison générale serait donc tout à fait suffisante. Mais on peut la confirmer encore, en montrant que la doctrine prêtée au Magister G. de notre manuscrit, est, exactement celle que les gloses attribuent à Gandulph 6 . Enfin le Magister G. de la Summa Lipsiensis est certainement Gandulph 7 . Or un mot caractéristique que la Summa
1. Ce manuscrit, portant la cote P. II. 4* appartient à la Bibliothèque royale de Bamberg. Il est analysé et décrit p. 58-04* aans l'article suivant : Fr. Schulte, Literaturgeschichte der Compilations antiquae. Au même endroit M. Schulte indique deux autres manuscrits du même ouvrage.