I. — La « Summa Coloniensis
M. Schulte a donné le nom de Summa Coloniensis à une explication du Decretum de Graticn qui se trouve dans le manuscrit D. II. 17 de la Bibliothèque royale de Bamberg 1 2 . Ce titre indique que l’auteur appartenait au diocèse de Cologne. M. Schulte tient l’auteur pour un allemand; M. H. Singer 4 ', pour un français fixé dans le diocèse de Cologne. D’après les deux critiques, la composition de l’ouvrage se place peu d’années après 1 169-1 1 70!
L’étude consacrée par M. Schulte est détaillée et instructive. Mais il va sans dire que de pareils comptes rendus n’ont qu’une valeur provisoire. Dans le cas présent, le compte rendu qui nous
1. On trouvera la description du manuscrit, et une étude détaillée de la .Sftmma dans l’article de F. Schulte, Zweiter Beitrag ; le premier (p. 93-114) des trois chapitres de cet article est intitulé : Die Summa Coloniensis des Cod, Bamberg. D. II. 17.
2. H. Singeh, Die Summa Decretorum des Magister Bufinus, p. liv, n. 43.
LA THÉOLOGIE DE L'ÉCOLE DE BOLOGNE
intéresse est fait sur l’inspection et la lecture d’un manuscrit assez étendu et d’une écriture pas toujours facile à lire. Rien de surprenant, par suite, que plusieurs particularités importantes de la Summa Coloniensis aient échappé à M. Schulte. Je n’en citerai qu’une seule, mais qui éclaire beaucoup le sujet. La Summa de Cologne utilise le livre des Sentences de Pierre Lombard et cette circonstance permet de ramener a l’unité toutes les constatations de M. Schulte.
Notre Summa n’est pas un commentaire suivi des divers canons du Décret , comme les autres Sommes. C’est un exposé systématique du droit, à l’aide de Gratien. L’auteur formule d’abord des principes généraux, puis les discute en se servant des textes fournis par Gratien ; il n’hésite pas à diviser son sujet d’une manière personnelle et indépendante du Décret. Ces particularités, d’après M. Schulte, donnent à la Summa un intérêt tout spécial. Sans doute, mais c’est là un mérite qui n’est aucunement personnel. C’est Pierre Lombard qui a donné au canoniste de Cologne l’idée d’un exposé systématique du droit. On voit comment la forme systématique créée par Pierre Lombard exerça bien vite de la séduction sur les esprits, puisqu’on en vint à appliquer cette forme systématique à l’enseignement du Décret et du droit. M. Schulte a noté que l’auteur utilise Rufin, Étienne de Tournai, Burchard; on peut ajouter la Pa normia 2 d’Yves de Chartres. L’auteur connaît très bien la méthode de l’École et les œuvres de Bologne. 11 a vraisemblablement étudié dans cette ville. De la sorte sa doctrine nous présente une combinaison de l’enseignement de Paris et de celui de Bologne. Elle est donc intéressante à ce titre, mais aussi parce que l’auteur attache une grande importance à l’autorité et aux décisions de l’Église romaine. Sur la question des ordinations, quelle est la doctrine de la Summa Coloniensis ? Ce n’est pas celle des écoles de Paris, mais celle de Bologne. L’auteur de Cologne est tout à fait d’accord avec Roland et Rufin :
i. Summa Coloniensis, duns Cod. Bamberg. D. IL 17, p. 107 : « De saccrdote vero catholico sed excommunicnto utrum [eucharistiamj conficere posait, non est auctoritatibus perspicuum. Magistro doctori Petro visum est quod non et in scriptis suis ita tradidit. » C’est la solution donnée par Pierre Lombard, dans Sententiarum, IV’, dist. 1 3 , § 1 (P. L., t. CXCII, col. 868). Ici l'auteur de Cologne dépend manifestement du texte de Lombard. On verra plus loin un autre exemple de cette dépendance.
a. Summa Coloniensis, Cod. Bamberg., D. IL 17, p. 104 : « Requirc in prologo Panormie Yvonis. »
L’ABANDON DE LA THÉOLOGIE DE BOLOGNE
De sacramento dignitatis quest io latebrosa nascitur quam sanctorum testimonia in utramque partem loquencia perplexam efficiunt. Siquidem predicta considérant! bus vide ri potest sacramentel dignitatis aput hereticos non esse, quod utique veruni est et p resentis temporis ecclesia ita crédit et docet : unde et Anastasius secundus i uatnriationis sententiain promeruit, quia sicut dignitatis sic necessitatis sacramenta ab hereticis col lara virtutem et effectum habere asseruit 2 .
Après avoir rappelé les objections classiques contre la thèse qu’il soutient, l’auteur critique la théorie de Gratîen :
In hac questione Gratianus ita pertransit ut dicat quod generaliter sacramenta apud hereticos non aliter quam in Dei ecclesia celebrantur vera et rata sint quantum ad se, 'mania quantum ad effectum , et in his a quibus male suscipiuntur. Que solutio ideo infirma est, quia idem de catholicis criminaliter irretitis dici posset, in quibus, propter reprobam vitam, non efticiunt sacramenta quod continent.
Il donne ensuite sa solution : elle comporte deux formules, comme celle de Roland et de Rufin 3 :
Melius ergo per hereticorum distinctionem lis ista dirimitur.
I. — Vel enim heretici occulti vel manifesti tolerati et notati et hoc vel suspensione vel depositione vel excommun icatione vel precisione. Inter suspensionem et depositionem hoc interesse puto quod inter relegationem que ad tempus et deportationem que in perpetuum. Qui ergo sola excommunicatione ab ecclesia separati sunt, sacramenta foris couferre possunt, ex potestate quam intus acceperunt ; precisi vero minime ; precisi sunt qui quorumque errores in catholice ecclesie concilio anathematizati sunt.
Vero inter ipsos precisos quidam subsequenter distinguunt quia dupliciter precisiofit : vel per solam anathematis sententiain, vel per exauctorationem. Precisi ergo nec exauctorati adhuc super se retinent sacramenta que intus acceperunt, undenec redeuntibus redduntur, si dispensatioexigit ut iusuis^radibus recipiantur. Itaque quia foris retinent quod intus acceperunt, etiam precisi ordinare possunt, sed cxauctoratis non nisi laïca communio relinquitur, ideoque de talibus auctoritates superiores interpretantur.
II. — Qui vero in ecclesia potest atem acceperunt 1 etiam foris eam exercere possunt, nisi in precisione nudentur 8 .
Ordinati ergo extra ecclesiam ab his qui potestatem intus acceperunt per manus impositionem confirmant ur.
i. Il s’agit du pape Anastase II. Gf. plus haut, p.
a. Summa Coloniensis, Cod. Bamberg., D. II. 17, p. 104. L’auteur donne ensuite les objections qui se présentent contre cette solution. Il dépend ici très étroitement de Pierre Lombard dans Sententiarum, IV, dist. a 5 , £ a, dans P . L ., t. CXCI 1 , col. 906. Il conclut, p. io 5 : « Ecce quomodo Ecclesia pia dispensationc, in redeuntibus ordines et dignitates agnoscit quas foris pcrccperunt. Ergo in hereticis extra ecclesiam sacramentum dignitatis est. »