CIGALES
A Paul Valéry.
Le Temps récite le rosaire du SoleiL
En ces heures couleur de trésor d'église, des joues d'ange que l'on mangera sourient sur les bras verts des candélabres dont les bobèches d'herbe sèche vocalisent. Par les rubans blancs du vallon blond, dont un coteau semble une idylle de Théocrite et l'autre une bucolique de Virgile, viennent et vont des pèlerins en blouse, ceints d'un diadème qui repousse, tenace, malgré la boule de toile moyennant quoi la main tous les
ilO LES REPOSOIRS DE LA PROCESSION
vingt pas l'efface, péremptoire. Dans un verger messire Epouvantail bat la mesure au-dessus d'un pupitre aux notes de cerise exécutées sur le lifre par un berger d ouailles qui bêlent sous un vol vivace d'hirondelles tricotant l'espace. Ce pendant, devant son seuil enjolivé de chèvrefeuilles, un vieillard d'avant-garde aiguise l'annuelle faulx, comme s'il lustrait avecque de la bise une lame de fond.
Le Temps récite le rosaire du Soleil.
Provence, juin 1891.