CRANES DE VERRE
Diaphanes me sont les crânes.
Je distingue les idées du cerveau comme à travers le cristal d'une cloche les délicatesses d'une fleur rare, et, sans que mon prochain ne s'en doute, je suis l'évolution de son esprit généralement en contradiction avec la parole sortie de sa bouche. 11 profère : oui ! mais sous le crâne j'ai surpris : non! D'où, presque toujours, un acte oblique, fausse extériorité du vœu foncier, symbole hypocrite de l'intime pensée.
En vérité, durant telles heures de dégoût, la vie me parut un carnaval où les effets
n'étaient que les chienlits des causes, aussi bien, puisqu'il me suffit d'examiner le spectacle de l'individu pour en inférer que son oeuvre est l'opposite de son rêve, en arrivais-je à ne plus regarder au travers des crânes.
0 les crânes humains !
Pour quelques-uns riches de fleurs ou de diamants, combien d'analogues à des marécages, à des ravins hérissés de guet-apens, à des préaux de prison, à des champs de carnage...
Par contre quelle logique sous le crâne des bêtes. Point de duplicité. Elles sont tendres ou barbares, bonnes ou mauvaises. Nulle pensée de loup dans un cerveau de brebis, aucune pensée de brebis dans le cerveau du loup.
La bête est plus loyale que l'homme.
C'est pourquoi je fuis souvent l'humanité pour aller vivre sauvagement, parmi les patte* et les ailes.