‹ Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire dans les départements en lChapitre 161 sur 225 · Arch. nat., AF 11, 125, dossier 2i, pièce · texte numérisé non relu

Arch. nat., AF 11, 125, dossier 2i, pièce

• Les représentanls... arrôlenl que le particulier le plus riche imposé dans Teniprunl de neuf millions, qui n'a poinl satisfait dans les vingt-quatre heures à son imposition, sera exposé demain, 18 du 2' mois, depuis 10 heures du matin jusqu'à 1 heure sur l'êchafaud de la guillotine.

« Ceux qui n'auront point acquitté leur imposition dans la journée de demain, subiront un mois de prison par chaque jour de délai, attendu le salut impérieux de la patrie. »

Strasbourg, le 17 du 2* mois de l'an 11 (1 novembre 17^3).

Berger, agent du ministre de la Guerre, lui écrivait à ce propos (19 brumaire, 9 novembre) : • Ils crient, mais ils payent... la guillotine est permanente, c'est ce qui les fait marcher. L'assignat a repris de la faveur. Sous peu, Strasbourg ne sera plus reconnaissable d'il y a un mois. • (Dépôt de la Guerre, armée du Rhin, à la date.)

Le libraire Treuttel fut particulièrement l'objet des rigueurs du Comité de surveillance et de sûreté générale, chargé de l'application du décret. On lit dans les procès-verbaux :

« En considération de l'égoïsme du citoyen Treuttel et de son peu de zèle pour la Révolution, le Comité arrête que, si, dans le délai de trois jours, ledit Treuttel n'aura pas satisfait à sa contribution, sa famille, et notamment sa femme, sera mise en état d'arrestation. • {Uvre bleu, t. I, Procèsverbaux, p. 19.)

Treuttel a fait et publié plus tard un Mémoire contre les vexations dont il avait été l'objet, sous ce titre : Tyrannie exercée à Strasbourg par Saint- Just et Le Bas. (Bibl. nat., Lb*i 1248.) Au moment où il écrit, il peut noter, sur cet emprunt de neuf millions, qu'on n'en avait pas demandé autant aux villes conquises, et bien plus riches, de Bruxelles, d'Anvers et de Francfort.

eu. XXXI. — LA RÉVOLUTION EN ALSACE 329

i5 brumaire : « Dix mille hommes sont nu-pieds dans Tannée; il faut que vous déchaussiez tous les aristocrates de Strasbourg et que demain, à dix heures du matin, les dix mille paires de souliers soient en marche pour le quartier général. »

27 brumaire : « Tous les manteaux des citoyens de la ville de Strasbourg sont en réquisition. »

Et nous en passons.

Nous ne pouvons omettre pourtant celui du 16 brumaire (6 novembre) qui prescrit de faire « arrêter, sous les vingt-quatre heures, tous les présidents et secrétaires des sections lors du 31 mai et tous ceux qui ont manifesté quelques connaissances avec les fédéralistes * » ; car le fédéralisme était le grand crime alors en province. A leurs prédécesseurs se rapporte l'institution de la Propagande dont ils eurent à s'occuper aussi : comité de jacobins, pris parmi les plus prononces des Sociétés populaires des déparlements voisins et appelés h Strasbourg pour y régénérer l'esprit généralement modéré du pays. Ce qu'étaient ces hommes, il ne faut pas sans doute en croire sur parole ceux qui avaient bien appris à les connaître, mais qui écrivent après le 9 thermidor : « Une horde de patriotes à moustaches qui, dans des orgies nocturnes, consumèrent crapuleusement les comestibles mis en réquisition », dit un ancien administrateur du Bas-Rhin *; « une école normale de contre-révolution », dit Faure, — (contre-révolution à la façon du père Duchesne), — « planant sur les autorités constituées » et répandant une telle consternation dans le Bas- Rhin (c que la moitié des habitants avaient déserté leurs foyers » ^; « monstrueuse association, dit Ilarmand (de la Meuse); dans les soixante membres environ qui la formaient on comptait à peine trois ou quatre individus chez lesquels

1. Bûchez et Roux /. /., p. 30; Heilz Sociétés politiques de Strasbourg, p. 290.

2. Bekker, 25 thermidor an H, dans le Livre bleu, 1. 1 (1" morceau), p. ix.

3. Séance du 24 pluviôse an III, Moniteur du 2C (14 février 1795), t. XIIÏ, p. 441.

l'amour de riiumanité n'était pas éteint*'». — Ces ténioinsà sont des ennemis, mais écoutons leurs partisans :

« La guillotine va toujours son train ici », écrit le 29 brumaire an II (19 novembre 1793) un citoyen Delcambe au représentant Milhaud (Milhaud venait de quitter Strasbourg et devait apprendre avec plaisir que tout s'y maintînt dans la voie ouverte par lui et par Guyardin, son collègue) :

Une vingtaine de jacobins de différents départements sont arrivés à Slra^^bourg pour achever de détruire les vieux préjugés des Slrasbourgeois; déjà ils ont remplacé l'autel des prêtres de la cathédrale par Taulel de la patrie. Ils vont aussi démuscadiner la Société populaire, et bientôt on dira : « Strasbourg fui aristocrate ». L'esprit public y change journellement '.

Ces éloges mêmes permettent déjà de les juger. On les jugera mieux encore par leurs actes. Ils avaient tenu leur première séance le 27 vendémiaire (18 octobre 1793), vers la lin de la mission de Milhaud et de Guvardin, et dès le début ils se posaient en maîtres. Il faut voir avec quel mépris quelques-uns de ces hommes parlaient de la ville qui les avait accueillis. Les délégués de Saône-et-Loire écrivaient à leurs frères de la Société populaire de Beaune (21 brumaire, 11 novembre) :

La ville de la Strasbourg, cette clef de la Répubhque, a failli être victime d*une trahison infâme. Elle devait être livrée, il v a trois jours, aux despotes de la Prusse et de TAutriche. La conspiration a été découverte,... disons encore une fois Vive la République,

Frères et amis, les traîtres ne font qu'ajourner leurs projets, ils ne les abandonnent jamais. Ils vont travailler à une conjura-

1. Conseil des Anciens, séance du " fructidor an V, Moniteur du 12 fructidor (29 août 1797), t. XXVlll, p. 782.

2. Séance du 3 frimaire an U, Moniteur du o (2o novembre 1793), l. XVIU, p. "lOO. — La Société populaire de Strasbourg, qui comprenait naturellement la fleur des Jacobins, faisait encore appel le 23 brumaire (13 novembre) aux Sociétés affiliées de province pour avoir du renfort. {Litre bleu, t. I : Pièces à l'appui de VApfK'l de la commune à la République et à la Convention nationale, n" 83, p. 13t.

cil. XXXI. — LA RÉVOLUTION EN ALSACE 331

tion nouvelle. Le mauvais esprit de la majorité des habitants de la ville de Strasbourg, le caractère vil et rampant de ces hommes amis de l'esclavage , les intelligences que l'ennemi trouve encore le secret d'entretenir dans la place; les royalistes, les indifférents, les égoïstes dont le pays abonde, tout fait craindre pour le sort d'une ville qui, par sa prise, compromettrait le salut de la République entière.

Il faut que de toute part les patriotes se rendent dans cette place importante pour contre-balancer par leur énergie les efforts de la malveillance *, etc.

L'établissement du culte de la Raison venait de leur livrer la cathédrale. Le 27 brumaire (17 novembre)*, ils y tinrent une réunion générale avec les autorités constituées et la Société populaire de Strasbourg-, réunion où Ton s'occupa de la défense du pays, compromise par les aristocrates et les égoïstes, et par conséquent de la guerre à faire tout d'abord aux nobles, aux agioteurs et aux fanatiques. Le lieu était propice pour déclamer contre les prêtres. Le peuple, consulté dans les deux langues, déclara qu'il n'en voulait plus reconnaître d'aucune sorte; et du temple de la Raison, on se rendit en masse h la Société po[)ulaire, en chantant l'hymne de la liberté '. — L'égalité faillit recevoir un autre hommage. Le 4 frimaire (24 novembre), un des membres de la nouvelle administration créée par Saint-Just et Le Bas, un des jacobins indigènes celle fois, fit la motion d'abattre la tour de la cathédrale

i. Livre hUu, t. Il, n*» 60, p. 169.

iî. Et non lo 27 vendémiaire (18 octobre), comme il est dit dans Y Appel de In commune de Strasbourg {Livre tAeUy t. ï, p. 13). — Voy. Hcitz, Sociétés politiques de Strasbourg, j). 29i.

3. Procès-verbal de rassemblée générale des autorités constituées et réunies au temple de la Raison le 2"o jour du 2« mois de l'an II. (Livre bleu, t. I. Pièces à l'appui de l'Appel, n» 33, p. 2i.) — Cf. l'adresse de la Propagan<le révolutionnaire aux citoyens de Strasbourg et des départements du Rhin (12 frimaire, 2 décembre 1"93) :

• Lors(|ue l'énergie de tous ceux qui doivent entretenir celle du ))euple nous sera démontrée, lorsque ses faux amis seront démasqués, et ses ennemis confondus, nous irons dire dans nos départements : • Les sans-

• <'ulotles de Strasbourg, débarrassés de tous les artisans de la rontre-révo-

• lution, soulTriront la mort plutôt que de cesser d'être libres. • (Ibid., n* 43, n. i\A

jusqu'à la plate-forme *, en haine de tout ce qui domine, par amour du niveau. Qui eût osé l'entreprendre? Saint- Just et Le Bas firent une chose plus pratique. Pour mettre rancienne église en harmonie avec ses nouveaux fidèles, ils prirent cet arrêté :

Les représentants chargent la municipalité de Slrashourg de faire abattre dans la huitaine toutes les statues de pierre qui sont autour du temple de la Raison.

Ajoutons, ce qui devait moins plaire, même aux jacobins de Strasbourg, que tous les vases d'or et d'argent des éghses furent envoyés à Paris *.

Baudot et Lacoste.

Milhaud et Guyardin, rappelés à la Convention, avaient été remplacés en Alsace par Baudot, Ehrmann et Lacoste', la mission supérieure de Sainl-Just et Le Bas durant toujours; et les nouveaux arrivants ne paraissaient pas de nature à gêner beaucoup ces deux derniers proconsuls. Une des premières manifestations de Baudot fut un hommage rendu à l'énergie qu'ils venaient de déployer. Il écrit le 29 brumaire (19 novembre) à son collègue Charles Duval:

C'en était fait de Tesprit public sur la rive du Rhin, sans les opérations révolutionnaires de nos collègues Saiut-Just et Lebas.

Et parlant de la Propagande qui venait de tenir sa grande réunion :

Les Sociétés populaires des départements de la Cote-d'Or, des Vosges, de la Haute-Marne, de la Meurthe, du Mont-Ter-

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