‹ Les Réservoirs du Virus de la PesteChapitre 14 sur 22 · REY PS · texte numérisé non relu

REY PS

les reins, le cœur sont normaux. I1 n’y a pas de ganlions rétro-péritonéaux ; pas de ganglions sousmaxillaires. Il n’a pas été rencontré de bacilles dans le sang circulant, ni dans le sang du cœur. Il ne paraît pas y avoir de septicémie. Celle-ci doit exister à un moment donné, mais, à coup sûr, elle est fugace et ne se produit — si tant est qu’elle se produise —— que dans des conditions qui n’ont pas encore pu être réalisées expérimentalement. Quoi qu’il en soit elle n’a pas été constatée.

Bactériologie. — Par ordre de fréquence, ie bacille pesteux se rencontre le plus souvent dans la rate, puis dans le foie, et, en dernier lieu, dans les ganglions : ceux-ci contenaient toujours très peu de bacilles.

Dans la rate, il y en a depuis 2 ou 3 jusqu’à 25 par champ d'objectif à immersion. Il faut être prévenu que, pour les trouver, il n’est pas nécessaire d’examiner toute une préparation, mais qu’il faut examiner des points séparés et différents, car le bacille est irrégulièrement disséminé, souvent en amas, dans le tissu de l’organe.

Tous les diagnostics n’ont été établis que lorsque les animaux d’épreuve avaient succombé en présen- ‘ent des bacilles dans leurs organes, surtout dans la ‘ate. Chez eux, les ganglions étaient plus gros et plus fréquents, mais non constants. Toutes les inoculations ont été faites par simple frottis sur la peau du ventre épilé, pour éviter la pénétration du pneumocoque ou

du pneumo-bacïlle,

EC

Le microbe offrait tous les caractères au coecobacille de Yersin, avec sa coloration bipolaire, sa non affinité pour le Gram, son groupement en amas ou en séries linéaires dans le tissu interstitiel de la rate. Il tranchait, par son aspect trapu, sur les autres bacilles à coloration bipolaire comme le bacille de Friedlander, les bacilles paratyphiques, le bactérium coli ou d’autres espèces indéterminées qui, avec quelques mycoses, le bacillus subtilis, 1e bacille mégaterium et, quelquefois le bacille tétanique, forment le fond de la flore microbienne des rats morts, Ces animaux, sans doute à cause des contaminations incessantes aux-

quelles ils sont exposés, sont envahis très vite, après leur mort, par ces microorganismes.

On observe aussi des formes plus longues, plus grosses, qui rappellent certaines formes d’involution des vicilles cultures. Elles ressemblent au pneumobacille, mais elles déterminent la mort des animaux de contrôle avec tous les symptômes de la peste expérimentale. Elles perdent, d'ailleurs, assez rapidement leur aspect dans les inoculations successives et font retour à la forme classique. En culture, ces formes se

reproduisent à peu près, à la troisième génération.

Inoculations. -- Les animaux utilisés pour contrôler les diagnostics et déterminer l'activité du microbe étaient des souris blanches, des cochons d'Inde et des rats blancs. Un fait intéressant est que les animaux ne mouraient pas rapidement, mais seu-

lement au bout d’une semaine environ, après une

SAUNT CRE

courte période d’abattement précédée d’une longue période d’incubation. La mort ne survenait que vers le 5° jour au plus tôt ou le 11° jour chez la souris, vers e 11° ou le 15° chez le rat blanc ou le cochon d'Inde. Ces derniers animaux se sont montrés beaucoup plus résistants que la souris, et les adultes sont plus résistants que les jeunes. Un de nos rats n'est mort que le 29° jour, après avoir paru très bien se porter pendant 18 jours.

À l’autopsie, les lésions étaient très réduites, les Bubons peu fréquents et toujours axillaires, bien que Finoculation ait été faite sous la peau du ventre ; le foie et la rate étaient peu vongestionnés, à peine hypertrophiés. I n’y avait pas de ganglions rétropéritonéaux, pas de lésions pulmonaires ni de lésions pleurales, ni de lésions rénales et l’anatomie pathologique était en somme assez comparable à celle des rats qui avaient fourni le matériel d’inoculation.

Ces constatations comportent quelques déductions, car elles font ressortir que le rat peut être, en dehors de toute épidémie de peste, porteur de bacilles pesteux, tout en restant en bonne santé. Le microbe se conserve chez lui sans reprendre de virulenee. Il se transmet à des générations successives sous une forme végétative. [1 se passe pour lui ce qui se passe pour Île tarbagane, que Simond considère comme ‘un réservoir du virus de la peste, se propageant chez lui d’une manière continue et restant à l’état d’enzootie avec des manifestations épizootiques de loin en loin. Simond rappelle, à ce sujet, les recherches de Dujar

din-Beaumetz et Mosny én 1912 qui, inoculant la peste à des marmottes en hibernation, ont vu que ces animaux ne présentaient ni fièvre, ni bubon, ni réaction ct mouraient lentement en 2 et même 4 mois.

Ainsi l’enzootie survit à l'épidémie sous une forme atténuée qui échappe à l'examen et qui peut durer très longtemps. Ce n’est, d’ailleurs, pas ia première fois que le rat est soupçonné d’être réservoir de virus. Uriarte, dans son « Exposé de la peste en Tucuman » l'indique explicitement, de même que Renaud, dans un très intéressant travail sur la « Peste au Maroc ». Blue à San Francisco, Loiselet à Beyrouth, ont exprimé un avis analogue et ont trouvé un chiffre voisin de celui que nous avons indique.

Mais pourquoi le microbe se conserve-t-il ainsi, chez le rat, qui n’hiberne pas comme la marmotte et ne reste dans son trou que par les temps très froids ? Doit-on admettre une immunité acquise, soit dans la jeunesse, soit plus tard, à la suite d'une atteinte bénigne ? Cette explication se conçoit très bien dans ies villes où la maladie est, pour ainsi dire, endé-. mique, comme Bombay, et où les épidémies mürines ‘cf humaines se succèdent avec des cas sporadiques dans l'intervalle des paroxysmes épidémiques; mais elle ne se comprend plus très bien quand on envisage des régions où l'épidémie mürine a été si faible qu'il a fallu des recherches minutieuses pour la révélér, et où la mortalité chez les rats n’a pas paru s’élever d’une façon sensible, même avant l'épidémie humaine.

De plus, un animal, ainsi immunisé, ne pourrait pas

être porteur chronique : l’immunité de ia peste est une immunité complète et détermine un état virulivide définitif.

Faut-il croire, plutôt, que cela tient à une diminution de virulence du microbe, atténuation qui ressort, du reste, du fait que la mort des animaux de contrôle est tardive ? Cette atténuation de la virulence semble bien avoir été mise en évidence, par des passages sur des souris adultes. Dans ces conditions, on à vu le virus rester fixe ou perdre encore de son activité pathogène. Quelques animaux même, après avoir présenté une courte période d’abattement et de torpeur, ont guéri. Sacrifiés un mois plus tard, ils présentaient encore des bacille pesteux, en petite quantité, dans leur rate et leur foie, avec des lésions encore plus réduites que les rats porteurs. Il en a été de même avec les cochons d’Inde et des rats blancs. En revanche, les jeunes souris succombaient plus facilement et plus régulièrement. Il est probable que, par des passages sur des nouvelles nées, la virulence du bacille aurait pu être exaltée.

Avec les cultures issues de l’ensemencement du suc de la rate, les résultats ont été les mêmes, mais, comme il arrive souvent avec une espèce peu virulente, elles devenaient d moins en moins actives, si bien qu'après trois repiquages, on a pu injecter impunément 1 ec. de bouillon de 48 heures à un cochon d'Inde,

On pourrait se demander s’il ne s’agit pas d’une variété particulière du bacille pesteux, qui, tout en

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ressemblant au bacille pesteux, en diffère par son inocuité relative. On a ainsi décrit plusieurs espèces de bacilles pseudo-pesteux qui, tout en déterminant la mort de l'animal, se différenciaient au véritable por ieur défaut d’agglutinabilité avec le sérum des malades. De même, on a dit que la confusion avec le bacille typhique des rats est facile. Cependant, même à l'examen direct, ce dernier est différent : il est plus allongé, ses points polaires sont beaucoup plus arrondis et plus nets, les lésions expérimentales qu'il Gétermine sont différentes; il a été rencontré plusieurs fois et écarté facilement. Le bacille de la tuberculose des rongeurs est le seul dont le diagnostic rapide soil à peu près impossible, mais les inoculations viennent contrôler le diagnostic. Or, les inoculations de conitrôle ayant été positives au point de vue de la peste, il ne pouvait s'agir que du bacille de Yersin.

La réaction d’agglutination aurait, peut-être, permis de faire une différenciation, mais nous ne croyons pas qu’elle eut pu suffire pour faire un diagnostic d'espèce, surtout quand il s’agit d’un microbe aussi dangereux et aussi suspect de variations de virulence que le bacille pesteux. Yersin, d'après Simond, n’admettail-il pas, en effet, que la virulence du bacille pesteux était variable ? Ce sont ces mêmes rariations de virulence qui ont permis à Batzaroff d'écrire que le bacille pesteux n’est pas toujours semblable à lui-même. Cependant, nous nous promettons de rechercher l’agglutination au sérum antipesteux à la première occasion,

ENST À e PES

Le rat apparaît donc bien comme un réservoir de

virus, et la doctrine, qui nous enseigne que cet animal

est toujours atteint de la peste avant l’homime, doit

être complétée par cette donnée qu'il peut garder, pendant des années, le bacille dans ses organes, le lransmettant à des générations successives sous une forme peu virulente, jusqu’au moment-où sous l’in-

fluence de causes secondes, il récupère, peu à peu, son

activité, C’est là un fait qui dépend de causes qui sont

mal connues, mais qui sont vraisémblablement liées à un état physiologique des humeurs, et qui sont manifestes pour quelques protozoaires comme le spirochète ictéro-hémorragique ou celui du sodoku. Rien ne s’oppose à ce que le rat se comporte vis à vis

de la peste comme la chèvre vis à vis de la fièvre de

Malte.

Sous quelle influence se fait l’exaltation de la virulence ? Ici, nous ne pouvons faire que des hypothèses et des recherches ultérieures nous renseigneront peutêtre. Dujardin-Beaumetz pense que le passage par Pulex chéopis paraît nécessaire, Nattau-Larrier croit que l’épizootie, pour se développer, doit s'attaquer aux nouveaux-nés, déterminant une épidémie de nid.

Quelle que soit l'opinion qu’on professe à ce sujet, un fait demeure établi, le seul que nous nous sommes efforcé de mettre en relief dans ce chapitre : à savoir, la présence de bacilles pesteux dans les organes de rats sains. Ces bacilles, qui ne tuaient pas rapidement les animaux de contrôle. sont de vrais bacilles pesteux, à virulence atténuée. Ces résultats, fruit des recherches

— 48 — x de M. Tanon, ne concordent pas avec les conclusions de M. Léger qui, ainsi que nous le verrons dans le prochain chapitre, n’a pas trouvé chez l'homme, porteur $ain de bacilles pesteux, que la virulence de ce bacille fut, en quoi que ce soit, diminuée. Au surplus, notre étude n’a pas la prétention de résoudre le problème., Son but, beaucoup plus modeste, n'est que de souligner la possibilité pour le rat de constituer un

réservoir de virus pour la peste.

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