ACTE III, SCENE IV
laisserais peut-être aller; mais il faut gagner ma commission, la dot de ma fille. (Haut.) Vraiment je vous aime beaucoup, vous me plaisez...
quinola, à part.
Dire qu'on aurait un procès criminel si on l'étranglait.
FONTANARÈS.
Vous êtes de fer, je serai comme l'acier.
MATHIEU MAGIS
Qu'est-ce, monsieur?
FONTANARÈS.
Vous resterez avec moi, malgré vous.
MATHIEU MAGIS
Non, je veux mes capitaux et je ferai plutôt saisir et vendre toute cette ferraille.
FONTANARÈS.
Ah ! vous m'obligez donc à repousser la ruse par la ruse. J'allais loyalement!... Je quitterai, s'il le faut, le droit chemin, à votre exemple. On m'accusera, moi ! car on nous veut parfaits! Mais j'accepte la calomnie. Encore ce calice à boire. Vous avez fait un contrat insensé, vous en signerez un autre, ou vous me verrez mettre mon œuvre en mille morceaux, et garder, là, (t7 se frappe le cœur) mon secret.
MATHIEU MAGIS
Ah! monsieur, vous ne ferez pas cela. Ce serait un dol, une friponnerie dont est incapable un grand homme.
FONTANARÈS.
Ah ! vous vous armez de ma probité pour assurer le succès d'une monstrueuse injustice.
MATHIEU MAGIS
Tenez, je ne veux point être dans tout ceci, vous vous entendrez avec don Ramon, un bien galant homme à qui je vais céder mes droits.
FONTANARÈS.
Don Ramon !
Celui que tout Barcelonne vous oppose.
FONTANARÈS.
Après tout! mon dernier problème est résolu. La gloire, la fortune vont enfin ruisseler avec le cours de ma vie.
Ces paroles annoncent toujours, hélas! un rouage à refaire.
FONTANARÈS.
Bah ! une affaire de cent sequins.
MATHIEU MAGIS
Tout ce que vous avez ici, vendu par autorité de justice, ne les donnerait pas, les frais prélevés.
Pâture à corbeaux, veux-tu te sauver !
MATHIEU MAGÏS.
Ménagez don Ramon , il saura bien hypothéquer sa créance sur votre tête... (Il revient sur Quinola.) Quant à loi, fruit de potence, si tu me tombes sous la main, je me vengerai !... (A Fonlanarès.) Adieu , homme de génie.